La France a besoin d'autorité
Par Drieu Godefridi le vendredi 22 octobre 2010, 17:04 - Article - Lien permanent
Il existe, dans l’actualisation du droit de grève, une gradation : bien que susceptibles d’imposer de facto le repos aux non-grévistes, les arrêts de travail individuels et collectifs sont légaux et reconnus comme légitimes, à condition de respecter un certain nombre de règles minimales, telles que le préavis qui permet, dans les services publics, que soient prises des mesures de sauvegarde.
En France, le droit de grève semble toutefois ne s’épanouir pleinement qu’en dehors des limites de la légalité.
Ainsi des « piquets de grève » qui, empêchant les non grévistes de travailler, méconnaissent leurs droits élémentaires et sont d’ailleurs, régulièrement, l’occasion de violences contre leurs personnes et leurs biens. Ainsi de la mobilisation de ce désormais traditionnel (en France) bouclier humain syndical que sont les lycéens, dont le droit de grève est aussi sensé que, pour les retraités, le droit ne pas recevoir de fessée.
Vient enfin l’arme de destruction massive des syndicats qu’est le blocage des dépôts de carburant, des voies de communication, etc., bref la paralysie de la Nation entière. Du point de vue de la loi pénale, ces actes sont susceptibles de recevoir deux qualifications : voies de fait, et terrorisme. Ils conduisent, dans tous les cas, à piétiner les droits fondamentaux des Français, même lorsqu’ils sont assortis de très opportuns sondages qui prouvent scientifiquement qu’une majorité stalinienne soutient avec une ferveur quasi religieuse « le mouvement ».
D’autres pays que la France ont été, jusque très récemment, gouvernés à la corse. Ainsi de la Grande-Bretagne au début des années quatre-vingt, qui connut une grève insurrectionnelle lorsque son gouvernement décida de fermer des mines qui étaient jugées sans avenir (lequel lui a donné raison). Il était, jusqu’en 1983, littéralement impensable de rappeler ne serait-ce qu’oralement et à titre de lointaine suggestion, aux syndicalistes britanniques, leurs obligations légales, et les droits corollaires de leurs concitoyens. Cela jusqu’au jour où Margaret Thatcher prit et maintient une décision révolutionnaire : appliquer la loi. Sans zèle excessif, en évitant la violence. Simplement, appliquer la loi. En un an, 5987 personnes furent arrêtées et il y eut 1039 condamnations; la peine la plus sévère étant de neuf mois d'emprisonnement.
Le gouvernement Thatcher ramena également les syndicats dans le giron du droit commun de la responsabilité civile, pour permettre aux citoyens dont les libertés publiques - travailler, aller et venir - étaient violées, de poursuivre les syndicats en dommages-intérêts. Le croirez-vous ?, il n’y a pas eu, depuis, de blocage des axes routiers, ou des dépôts de carburant, britanniques.
Deux ans plus tôt, le 3 août 1981, treize mille contrôleurs aériens américains s’étaient mis en grève. Ils voulaient plus d'argent, des semaines de travail réduites et une retraite anticipée. Constatant que cette grève était illégale, le président Reagan refusa de céder, ou même de négocier : il licencia les grévistes. Ce jour-là, le Président et le Congrès retrouvaient la plénitude de leurs prérogatives constitutionnelles.
C’est de cette autorité que la France a besoin. L’autorité de la loi. L’autorité du droit. L’autorité d’un gouvernement qui ne se paie pas de mots, qui désapprend la lâcheté de ses prédécesseurs, qui se sait l’émanation d’un majorité démocratique et l’auteur d’une réforme minimaliste que rien, ni personne, ne devrait le conduire à enterrer, même sous un magnifique gerbe chiraquienne de mots creux.
Accessoirement, la France a besoin d’une Gauche responsable qui se résout, bonne dernière en Europe, à embrasser la modernité.

''_Drieu Godefridi__ est docteur en philosophie (Paris IV-Sorbonne) et essayiste."
Commentaires
Merci pour ces rappels bien utiles dans les discutions.
Un petit regret qui empêche de diffuser l'article de mon point vue : le titre pas tellement en rapport avec le contenu de l'article.
La France n'a pas besoin d'autorité. Elle a besoin du règne de la loi. ou du Droit.
@le libéralisme pour les débutants
Vous avez raison. Il s'agit bien évidemment de "l'autorité du droit". Je me suis posé la question. Mais il m'a paru préférable de conserver le titre (paradoxal pour des libéraux, et donc incitateur à voir ce qu'il y a derrière) que Drieu avait donné à son texte, le contenu du papier me paraissant suffisamment explicite. HL
Bonjour
La France a surtout besoin d'être gouvernée par des gens honnêtes, soyez persuadés que le reste suivrait.
Il me semble que notre législation comporte un vide juridique concernant le fait, commis par un ou plusieurs individus, d'interdire au propriétaire ou à ses prestataires l'accès à un ou plusieurs biens ou le transport de ces biens. Aussi, la justice n'a pas de moyens de sanctionner le blocage de l'entrée et de la sortie de marchandises des dépôts de l'entreprise, et les syndicats qui encadrent la grève profitent de cette situation. Il faut toutefois que l'action se situe hors de la voie publique, sinon, il y a infraction (entrave à la circulation).
Les piquets de grève n'interdisent plus, aujourd'hui, l'accès de l'entreprise à ceux qui veulent travailler, car il s'agit d'une faute lourde qui justifie un licenciement immédiat et sans indemnités. Mais les piquets peuvent se maintenir à la porte de l'entreprise (et même y accéder), s'ils ne s'opposent pas à la liberté du travail.
Il serait facile, et justifié, de prévoir un texte qualifiant de délit l'entrave au déplacement ou au transport de biens et marchandises, ou encore l'entrave à la jouissance paisible d'un bien. Un tel texte aurait sa place au titre III du code pénal qui traite des crimes et délits contre les biens. Le législateur ne l'a pas voulu...
Quant aux entraves à la circulation sur la voie publique, l'état a tous les textes qu'il faut pour les sanctionner, et l'ancien ministre de l'Intérieur Sarkozy en a efficacement usé il y a quelques années en faisant confisquer quelques permis de conduire, ce qui a eu pour effet immédiat la disparition de tous les barrages de camionneurs. Cette arme n'a pas été utilisée lors du conflit actuel, alors que les autorités, garantes de l'ordre public, auraient du sévir. Probablement, le gouvernement pensait tirer un bénéfice d'opinion des incommodités infligées aux usagers. C'est du cynisme, et de la basse politique.
Jean-Michel,
Nous partageons décidément les mêmes centres d'intérêt !
Il existe un foisonnement de dispositions, pénales et civiles, applicables, en l'état actuel du droit, aux délinquants du droit de grève, à commencer par les concepts transversaux d'abus de droit et voies de fait, le délit d'entrave, le droit commun de la responsabilité civile, sans oublier le droit de propriété, régulièrement appliqué par les tribunaux à la matière, etc. Voyez la jurisprudence de la Cour de cass., limpide sur les limites du droit de grève dans l'ordre constitutionnel français.
Le problème n'est pas là; il réside plutôt dans l'assistance juridique et judiciaire que devrait offrir une organisation des victimes de la délinquance syndicale à ceux et celles qui désirent effectivement porter leur cas en justice.
Mais de grâce, pas de nouvelle rumination législative qui justifierait l'impotence du pouvoir face aux délinquants actuels du droit de grève !
Drieu
Nice,I love it.
me too