Reconnaissons d’emblée à l’Académie le mérite insigne de faire ainsi émerger de l’océan verbeux des controverses médiatiques quelques ilôts de certitudes scientifiques raisonnables, nettoyant le débat des gribouillages approximatifs de Claude Allègre, comme de ses contempteurs journalistes qui s’essaient au débat scientifique « dur » - L’imposteur, c’est lui ! - en se figurant que leur passion idéologique vaut bien une licence en physique.

Le travail de l’Académie est courageux et d’autant plus estimable que ses auteurs se savent exposés à un feu médiatique dont ils ne maîtrisent que très imparfaitement la technique.

Pour autant, l’Académie valide-t-elle les thèses du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ?

Le prétendre oblige à faire un sort révolutionnaire à la vérité. Parmi les quelques masochistes - dont l’auteur de ces lignes - qui peuvent légitimement prétendre avoir lu intégralement les quatre rapports du GIEC, l’unanimité est parfaite sur le changement, dans le ton et dans la manière, entre les deux premiers, et les deux derniers rapports de l’organisation. De modestes, prudentes et modérées, les constatations et préconisations de l’hybride de science et de politique basé, à Genève, dans les bureaux de l’Organisation mondiale de la météorologie, se sont faites de plus en plus catégoriques, omniscientes et péremptoires, jusqu’à prétendre à la fusion ultime des sciences humaines et exactes (Résumé technique du Groupe de travail II, troisième rapport du GIEC, p. 29).

De cet activisme aussi dérisoire qu’insolite du GIEC, déjà dénoncé par le Conseil interacadémique mondial dans son rapport du 30 août dernier (Climate Change Assessments. Review of the Processes and Procedures of the IPCC), l’Académie lui fait rendre gorge, renouant ainsi avec les plus belles pages de sa propre histoire lorsque, confrontée aux menées des révolutionnaires qui exigeaient de s’annexer la science (Fourcroy), elle sut en maintenir les prérogatives.

Car si l’Académie rappelle opportunément que la science climatique est trop avancée pour justifier la posture faussement cartésienne de doute hyperbolique - « Rien n’est sûr ! » - des sceptiques radicaux, elle n’a de cesse, par ailleurs, de mettre en lumière les nombreuses zones d’ombre et d’incertitude qui interdisent à cette vibrionnante discipline de se livrer crédiblement à des prédictions à l’échelle du siècle (p.8).

Ainsi l’Académie souligne-t-elle que

« plusieurs indicateurs indépendants montrent une augmentation du réchauffement climatique de 1975 à 2003 ».

Depuis 2003, les données disponibles ont, en effet, fâcheusement tendance à s’écarter des prévisions modélisées.

Plus fondamentalement, note l’Académie, la connaissance des effets des émissions de CO2 reste encore incertaine, et

« des incertitudes importantes demeurent sur la modélisation des nuages, l'évolution des glaces marines et des calottes polaires, le couplage océan-atmosphère, l'évolution de la biosphère et la dynamique du cycle carbone. »

En effet, «l'analyse de l'évolution du climat impose de disposer d'observations globales (...) sur de longues périodes », or « c'est seulement depuis le milieu des années 1970 que les programmes d'observations par satellites (...) permettent d'obtenir des ensembles de données climatiques échantillonnées régulièrement dans l'espace et dans le temps. »

La validité des projections pour les décennies à venir et leurs incertitudes sont une question centrale, poursuit l’Académie :

« la comparaison des résultats de ces projections fournit une indication sur les incertitudes dues aux différences de modélisation de certains mécanismes. De plus, les mécanismes non encore identifiés ne sont naturellement pas inclus dans les modèles. »

En outre,

« les éventuels comportement fortement instables ou chaotiques du système atmosphère-océan-cryosphère-surfaces continentales sont un autre facteur important d'incertitude. La nature des comportements chaotiques ou de bifurcations entre états bien distincts du système climatique demeure ouverte et fait l'objet d'un intense effort de recherche (...) ».

La science n’est "settled" que pour les Diafoirus de la presse française qui ne se sont pas avisés que le journalisme scientifique de combat est un oxymore.

Remarquons que l’Académie des sciences réussit le tour de force de ne pas mentionner, ni a fortiori citer, ne serait-ce qu’une seule fois, dans ce rapport sur le climat, l’expertise frelatée du Groupe d’experts sur le climat ! Il n’était, sans doute, pas de plus belle manière de rendre hommage à la science politique du GIEC.

Pour conclure, suggérons de mettre sans tarder le GIEC sous la tutelle de cette Académie qui, quant à elle, fait honneur à la Science, et à la France. Trait_html_691a601b.jpg

Essayiste, auteur récemment de LE GIEC EST MORT, vive la science ! (Texquis, 2010)

En complément, voir et écouter l'excellente interview en vidéo de Vincent Courtillot diffusée par France culture dans son émission Science publique du 29 octobre.