L’euro, étalon de la démesure humaine
Par Gilles Dryancour le dimanche 15 juillet 2012, 12:03 - Note de synthèse - Lien permanent
Nous avions pensé examiner les décisions du dix-neuvième sommet destiné à sauver la monnaie unique quand le site Turgot a mis en ligne l’article de Jésus Huerta de Soto consacré à l’euro fonctionnant comme un étalon-or imparfait.
Les analyses de cet auteur ouvrent de nouvelles perspectives à la compréhension de la nature de l’euro.
L’hypothèse que nous défendrons, ici, est que l’euro se prête difficilement au raisonnement analogique, car il forme une monnaie sui-generis dont il n’existe, sans doute, pas d’équivalent dans l’histoire économique.
En cela, les modèles monétaires ayant existé ne fournissent que des cadres de réflexion incomplets. Dès lors, il faut les dépasser pour essayer de tracer les véritables contours de l’euro.
La décennie qui vient de s’écouler, sous le régime la monnaie unique, les errements économiques qui en découlent, vont nous aider à mettre en lumière le fait que l’euro est une création purement mathématique qui s’oppose aux mécanismes d’ajustement économiques.
1. L’euro est une fiction mathématique
La crise de la dette publique dans l’Euroland et les programmes de rigueur adoptés par la Grèce, l’Espagne, le Portugal et bientôt la France soutiennent la proposition formulée par de Soto selon laquelle l’euro agirait comme un étalon-or qui contraindrait les Etats à la discipline budgétaire. Indirectement, cette proposition se rattache aux modalités de lutte contre l’inflation.
Sous le régime de l’étalon-or, la protection contre l’inflation est assurée par la parité fixe entre la devise nationale et une quantité d’or donnée. Cette parité repose sur la croyance commune que la monnaie véritable, c’est l’or physique. Les billets de banque n’ont pas de valeur en soi. Ils sont uniquement des traites sur le stock d’or détenu par la banque centrale. La seule raison d’être de ces billets est d’éviter les règlements en métal précieux dont le transport est onéreux et dangereux.
Afin d’assurer la parité fixe entre la monnaie-papier et la quantité d’or auquel il donne droit, la banque centrale est contrainte de réduire la quantité de monnaie-papier en circulation quand le stock d’or diminue.
Deux causes principales peuvent conduire à la diminution du stock d’or : le déficit commercial et le déficit budgétaire.
Selon la théorie, la balance commerciale se rééquilibre par la déflation – nous y reviendrons. Quant aux dépenses publiques, elles sont fortement encadrées par la nécessité de conserver un stock d’or qui garantit la valeur des billets en circulation.
La liquidation totale du stock d’or, par l’Etat, supposerait le retrait total de la monnaie publique de papier. Ainsi, il apparaît que les limites du système monétaire reposant sur l’étalon-or sont atteintes avec l’hyper-déflation.
C’est précisément pour cette raison que les hommes de l’Etat ont supprimé l’étalon-or. Car, la diminution rapide de la quantité de monnaie en circulation est beaucoup plus perceptible que l’augmentation insidieuse de la masse monétaire.
En mettant un terme à la convertibilité du papier-monnaie, les hommes de l’Etat pouvaient ainsi considérablement augmenter les dépenses publiques, sans que les électeurs en perçoivent les coûts immédiats. Le temps que la vitesse de la monnaie s’accélère et que l’inflation se manifeste, les voix des électeurs pouvaient être achetées à une valeur de règlement inférieure à la valeur nominale des promesses de rentes publiques.
En cela, l’élite dirigeante a un intérêt systémique à l’inflation. Cette dernière agit comme un achat des voix à crédit avec une garantie de défaut partiel aux dépends des électeurs.
L’inflation présente aussi l’avantage politique de faire supporter le coût des préférences idéologiques d’une fraction politique par tous les agents économiques. En particulier les rentiers qui se trouvent hors du segment électoral médian.
Les limites de ce système sont atteintes quand l’hyperinflation se met en place. C’est ce qui est arrivé en Allemagne en 1923 et plus récemment au Zimbabwe. Ces deux pays ont vu leur monnaie détruite dans une crise sociale et politique dont on connaît les conséquences dramatiques.
Comme les historiens se plaisent à le rappeler, le traumatisme de l’hyperinflation a dirigé la politique monétaire de la RFA, après la seconde guerre mondiale. L’Allemagne n’en est pas, pour autant, revenue à un mécanisme d’ajustement automatique des prix, comme celui de l’étalon-or. Son modèle de lutte contre l’inflation reposait sur l’indépendance de la Bundesbank et la fixation, a posteriori, d’un taux directeur qui dissuade la création monétaire, notamment par le biais des prêts bancaires.
Apparemment, de 1950 à l’an 2000, le mark a combiné les caractéristiques de l’étalon-or (la stabilité des prix) à celui d’un système monétaire qui ne repose sur aucun sous-jacent réel. D’une certaine manière, le système monétaire allemand se présentait comme un système inédit par rapport à ceux qui s’ajustaient par la déflation ou par l’inflation. Un système dont de nombreux auteurs ont vanté la remarquable stabilité.
Cet élément d’appréciation est important à relever, car on nous présente souvent l’euro comme le clone du mark. Ce qui est loin d’être le cas.
Mais avant d’étayer ce point de vue, il convient de réfuter l’idée reçue selon laquelle l’Allemagne moderne serait parvenue, avec le mark, à créer une monnaie parfaitement stable. Même si la gestion du mark a été en partie déconnectée de la sphère politique, il est demeuré une monnaie inflationniste. Ainsi, de 1970 à 1990, la moyenne annuelle de l’inflation en Allemagne a été de presque 4%.
Certes, ce niveau d’inflation était, dans la même période, plus faible qu’en France, en Italie ou en Espagne. Il permettait, néanmoins, la liquidation progressive de la dette publique allemande au détriment des épargnants (Une obligation allemande de 100 marks émise en 1970 ne valait plus que 40 marks constants en 1990).
En cela, il convient de changer notre perception du mark. Souvent qualifié de monnaie apolitique, il faudrait le requalifier de monnaie de compromis politique. Un compromis qui reflète l’équilibre des forces résultant des intérêts divergents des hommes de l’Etat, des syndicats et des employeurs allemands. Aussi n’est-ce pas un hasard, si la valeur du mark intégrait les coûts de ce compromis social, marqué par une relative modération salariale.
De même en France, la valeur du franc était le reflet du coût de transaction entre les hommes de l’Etat jacobin et les syndicats révolutionnaires dans la fixation des salaires. Traditionnellement, ce coût est plus élevé qu’en Allemagne, puisqu’il était faiblement limité par la rationalité économique. Cela a conduit à un franc, chroniquement, plus faible que le mark.
Ainsi, peut-on affirmer que, pour toute monnaie étatique de papier, il existe une relation inverse entre la valeur d’une monnaie et les coûts de transaction sociaux-politiques qui conduisent à la formation du prix des salaires. On peut même soutenir que la politique monétaire d’un Etat est bien plus conditionnée par ce rapport de forces que par les statuts définissant la mission de sa banque centrale. Une preuve en est donnée par le fait que la Bundesbank n’a pas été capable d’assurer une stabilité des prix comparable à ce qu’elle aurait été sous le régime de l’étalon-or.
Si l’on suit ce raisonnement, on comprend que l’euro ne peut pas être l’héritier du mark. Pour qu’il le fut, il faudrait que partout en Europe, le coût du compromis sociopolitique aboutissant à la formation des salaires soit égal à celui de l’Allemagne. Or, ce coût varie considérablement d’un Etat de l’Euroland à un autre.
L’euro ne peut donc rendre les mêmes services aux économies de l’Euroland que ceux rendus par le mark à l’économie allemande.
La valeur de l’euro est une valeur mathématique moyenne. Elle intègre artificiellement tous les coûts de transaction à la formation des salaires dans la zone euro. Cela implique que les pays dont le coût de transaction à la formation des salaires est inférieur à la valeur de ce coût moyen dans l’Euroland se retrouvent avec une monnaie dont la valeur de change est inférieure à ce qu’elle serait naturellement. A l’opposé, tous les pays dont le coût de transaction à la formation des salaires est supérieur à la valeur de ce coût moyen se retrouvent avec une monnaie dont la valeur de change est supérieure à ce qu’elle serait naturellement.
C’est là un fait structurant. L’euro unique dénature la relation économique entre les coûts de transaction sociaux et la valeur de change la monnaie. En d’autres termes, l’euro agit comme une amphétamine pour les pays du Nord de la zone et comme de la strychnine pour les PIIGS. Ainsi, la monnaie unique empêche l’ajustement des coûts de facteur entre pays de la zone.
2. L’euro ne permet pas l’ajustement des coûts de facteur de production
Un retour à l’analyse de l’étalon-or est, ici, utile pour comprendre pourquoi l’euro ne permet pas l’ajustement des coûts de facteur de production et le rééquilibrage des échanges commerciaux. Quand le déficit commercial se creuse, dans le régime de l’étalon-or, nous avons vu que l’offre de monnaie publique doit diminuer pour conserver la parité-fixe entre la monnaie papier (ou virtuelle) en circulation et le stock d’or. Cette diminution de la masse monétaire entraînait automatiquement la déflation du capital et des salaires.
Au XIXe, cette déflation était possible car l’empreinte de l’Etat sur la société civile était très faible. Il n’existait ni salaire minimum, ni charges sociales incompressibles qui auraient bloqué l’ajustement des salaires à la quantité de monnaie disponible. Surtout, la déflation était socialement acceptée, car les agents économiques savaient que tous les prix baisseraient et que, par conséquent, leur niveau de vie ne serait pas réduit du montant de la déflation. Or, cette forme de déflation soutenait l'investissement dans le capital productif. Tout investissement qui promettait un taux de rentabilité supérieur au taux de la déflation offrait une perspective de profit élevé.
A ce titre, on peut dire que l’étalon-or a soutenu le génie du capitalisme au XIXe siècle. Il a réalisé la gageure de combiner déflation, forte croissance et augmentation du niveau de vie.
Avec l’euro, on assiste au phénomène inverse. Tandis que la création monétaire devrait baisser dans les pays improductifs, elle est en train d’exploser. En effet, l’Espagne, l’Italie et la Grèce contribuent à plus de 70% à la croissance la masse monétaire. Et, là où la masse monétaire devrait augmenter (Allemagne, Finlande, Pays-Bas, Autriche), elle se contracte du fait des mécanismes de soutien instaurés par le FESF pour renflouer les pays insolvables de la zone euro.
Ce mécanisme pervers donne l’impression que la masse monétaire totale de l’Euroland est stable. Or, cette stabilité n’est que comptable. En vérité, ce qui se met en place, c’est un système invisible de transferts des richesses des pays du Nord vers les pays du Sud qui maintient à un niveau artificiellement élevé le prix des facteurs de production des PIIGS et à un prix artificiellement bas ceux des pays du Nord.
Ce dont il faut prendre conscience, c’est que les cures d’austérité adoptées par les PIIGS n’auront qu’une influence très marginale sur l’obstacle structurel à l’ajustement de leurs coûts de production avec les autres pays de l’Euroland. C’est précisément l’euro qui empêche cet ajustement par sa construction mathématique. Pour qu’un tel ajustement se produisit, il faudrait démanteler le droit social et forcer les salariés à accepter des diminutions régulières de salaire. Or, cette déflation salariale ne serait pas possible, car les individus n’ont pas confiance dans une monnaie de papier dont ils savent qu’elle est par nature inflationniste. Cette confiance est encore plus faible, dans les PIIGS où la masse monétaire en circulation est trop élevée.
Ce déséquilibre généralisé commence à ressembler au chaos monétaire. Il nous donne la raison pour laquelle les investisseurs des PIIGS achètent, depuis plusieurs semaines, de la dette française et allemande à des taux négatifs. C’est-à-dire à perte.
Faute de sous-jacent réel à l’euro, les investisseurs considèrent que les obligations des pays solvables de la zone euro sont de la quasi-monnaie. Ils agissent donc rationnellement en achetant la dette en euros, réputée encore solvable. Ce qui leur permettra d’éviter les pertes de change en cas de retour à la peseta, la drachme ou l’escudo.
Ajoutons que techniquement, tous ces investisseurs achètent déjà du mark et du franc à des prix subventionnés par l’Euroland. De fait, le système incite à la spéculation.
Si le phénomène venait à s’accentuer, on assisterait à un debt-run d’une ampleur cataclysmique que l’on peut très bien imaginer suivre ou précéder un bank-run, les deux phénomènes étant désormais liés par le système des réserves fractionnaires et le financement de la dette publique par les banques.
Que reste-t-il alors de commun entre l’euro et l’étalon-or ? En vérité, pas grand-chose. Si ce n’est la contrainte faite aux Etats membres de l’Euroland de réduire leurs déficits publics. Non pas le niveau de leurs dépenses, mais le niveau des déficits. Ce qui laisse aux Etats socialisés toute latitude de mener des politiques fiscales confiscatoires, inhibitrices de la croissance. Sources de tensions monétaires avec les nations plus respectueuses des droits de propriété et, elles, créatrices de richesses.
L’analogie avec l’étalon-or cesse également quand on a à l’esprit que les déficits commerciaux entre Etats de la zone se règlent en euros et sont couverts par des dettes publiques, alors que du temps de l’étalon-or, ils se réglaient en lingots. C’est là un autre facteur de déséquilibre qui s’ajoute à de nombreux autres. Ils font de l’euro une monnaie sui-generis d’une complexion extrêmement fragile.
3. L’euro est une monnaie sui-generis d’une extrême fragilité
Affirmer que l’euro est une monnaie plus fragile que la monnaie-or serait un poncif construit sur une lapalissade. Toutes les monnaies de papier sont, dans la durée, plus fragiles que les monnaies métalliques.
Ce qui est moins commun, c’est de constater que l’euro est plus fragile que la plupart des monnaies inflationnistes créées à ce jour. Ces monnaies peuvent vivre longuement et ne sont menacées que par l’hyperinflation. Le franc inflationniste (1 franc de 2000 valait 4 centièmes de centimes constants sur la base de 1901), le dollar inflationniste (1 dollar de 2010 vaut moins d’un cent constant de 1900) ont survécu malgré leur perte de constante de valeur.
L’existence de l’euro est menacée par toutes sortes de facteurs exogènes aux manipulations monétaires de la BCE.
Parmi ceux-ci, on citera : i) un bank-run ou ii) un debt-run dans un pays majeur tel que l’Espagne ou l’Italie, iii) la montée des taux obligataires, iv) l’aléa politique qui peut prendre la forme v) d’un refus des pays solvables de continuer à soutenir les Etats en déconfiture, vi) l’élection d’un gouvernement anti-austérité dans l’un des PIIGS, vii) l’explosion du chômage à 30, voire 40% dans certains pays de la zone, conduisant à viii) des troubles sociaux violents et révolutionnaires, ix) l’épuisement des fonds du FESF et du futur MES, xi) une dépression centrée sur l’Europe, xii) le retour de l’hyperinflation, xiii) le retrait unilatéral d’un grand pays, Espagne ou Allemagne, pour des raisons diamétralement opposées, xiv) une décision du tribunal constitutionnel allemand…
Tous ces facteurs montrent combien l’euro est une construction artificielle qui ne survivrait pas longtemps, sans la volonté des hommes de l’Etat de la maintenir jusqu’à la dernière coalition électorale assurant leur maintien au pouvoir.
Née d’une fantasmagorie idéologique, l’euro pourrait bien périr sur l’autel des réalités politiques. Sauf si une dictature Euro-cratique se mettait en place. Ce qui n’est, après tout, pas impossible, quand on voit que la Banque Centrale Européenne ne respecte plus ni sa mission, ni ses règles internes, ni les traités. Des dérives encouragées par les Etats du Sud qui prônent la mutualisation de la dette en attendant sa monétisation, dans l’espoir du retour de l’inflation qui liquiderait leur passif.
Les années à venir, sinon les mois prochains risquent bien de rentrer dans les annales de l’histoire monétaire où l’on retiendra que l’euro fut l’étalon… de la démesure humaine.
Commentaires
Je constate encore une fois combien il est important d’enfoncer le clou en soulignant que l’Euro n’est pas une monnaie mais une « devise ».
Une monnaie est un moyen d’échange qui répond aux critères suivants :
- Il doit être tangible et non pas virtuel
- durable
- homogène
- divisible
- transportable
- rare
- qu’il n’ait aucun assujettissement possible
- qualités qui lui donnent une valeur intrinsèque en plus de l’effort de production.
L’Euro, pas plus que le Dollar, le Franc Suisse, le Yen ou la Pound ne peuvent prétendre être des monnaies, ce ne sont que des devises, c'est-à-dire, et je reprends votre phrase : « Les billets de banque n’ont pas de valeur en soi. Ils sont uniquement des traites sur le stock d’or détenu par la banque centrale. »
Alors votre question : « Que reste-t-il alors de commun entre l’euro et l’étalon-or ? » ne peut même pas être posé, cela n’a aucun sens !
La valeur d’une devise est « déclarative » ce qui en fait le choix de prédilection des Etats et des Banquiers, cela leurs permet de louvoyer sans contrôle, hélas, c’est totalement incompatible avec « l’ Economie » qui n’est fait que de réels échanges de richesses.
Mais voyez vous, si les politiciens n’en n’ont pas conscience, les banquiers eux le savent depuis toujours, et c’est bien pour cela que les banques centrales ; qui ne sont en rien « étatiques » mais sont plus que jamais des cartels privés ; manipulent les cours des métaux précieux à la baisse pour les acheter à bas prix et ainsi accumuler la richesse au rabais.
Exemple : la Turquie a acheté 123 tonnes depuis Octobre dernier, Mexico 100 tonnes depuis Février 2011, les Philippines 32 tonnes in Mars, la Russie 15.5 tonnes en Mai, la Thailande a augmenté ses réserves de 80% depuis 2010, la Corée du Sud 40 tonnes etc….. soit pour l’ensemble des banques centrales 1,290 tonnes depuis le dernier trimestre 2008.
Dès lors que l’on perd de vue les fondamentaux, on peut écrire at nauseum et se perdre en conjectures.
Alors « l’Euro fiction mathématique », pourquoi pas ! Mais cela n’a pas grand intérêt ! On pourrait dire aussi « délire de politiciens » ou « racket de banquiers » et faire pour chacune des expressions un article démonstratif.
Cher Gilles, j'apprécie beaucoup - comme toujours - votre texte. J'ai cependant une réaction de détail sur un point. Vous écrivez :
"Et, là où la masse monétaire devrait augmenter (Allemagne, Finlande, Pays-Bas, Autriche), elle se contracte du fait des mécanismes de soutien instaurés par le FESF pour renflouer les pays insolvables de la zone euro."
Tout à fait d'accord avec le diagnostic. Mais, en fait, ce n'est pas seulement l'instauration du FESF (ou de son successeur le MES) qui est en cause, mais tout le système de paiements intra-européen (en clair : le mécanisme dit des "balances target") qui, lui, a été créé dès le départ et qui est aujourd'hui - surtout depuis l'an dernier, avec l'entrée dans la danse de l'Espagne et de l'Italie - détourné de sa finalité et utilisé à très grande échelle pour soutenir de manière quasiment clandestine la solvabilité des banques et des trésors publics méditerranéens.
Lorsque certains s'inquiètent de l'ampleur des transferts financiers auxquels aboutissent, ou risquent d'aboutir toutes les usines à gaz concoctées par les différents sommets européens qui se succèdent, ils ont raison. Mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. En réalité, il y a déjà toute une mécanique invisible - dans laquelle la BCE est totalement impliquée - qui d'ores et déjà, et sans passer par des moyens publics qui supposent que l'on sollicite des autorisations parlementaires, aboutit exactement au même résultat. C'est surtout cela qui rend furieux les Allemands (du moins certains d'entre eux), car cela viole leurs propres contraintes constitutionnelles et constitue un véritable déni de démocratie, donnant ainsi raison à ceux qui dénoncent la dérive politique des institutions européennes.
Le ver était dans le fruit dès le début, mais ne s'est activé qu'à partir de la crise de 2007. La grande erreur technique de l'euro était, d'une part, de maintenir l'existence des banques centrales nationales, liées au pouvoir politique, et de l'autre que le système des paiements à l'intérieur de la zone euro se solde par compensation multilatérale au niveau de la BCE (avec partage communautaire des frais en fonction de la quote part de chaque pays au capital de la BCE) plutot que de manière bilatérale entre les banques centrales nationales, comme c'est le cas dans le système américain.
La nuance n'est pas sans conséquence, car ce que cela signifie est que la somme totale des transferts de richesse est beaucoup plus importante que le laisseraient penser les seuls chiffres évoqués à propos des décisions d'aide officielle par la voie du FESF ou de son successeur le MES. C'est donc un système de transferts encore plus invisible que ce que vous écrivez.
Le paradoxe est que si, techniquement, la construction de la zone euro avait évité les deux erreurs que je viens de mentionner, tout ceci ne serait sans doute pas arrivé; l'engrenage mortel que vous décrivez si bien n'aurait sans doute pas vu le jour - bien que certains autres effets pervers (liés à l'uniformité des taux d'intérêt) auraient quand même joué et déployé leurs effets pervers dans le long terme, mais auraient été en partie compensés par le fait que certains mécanismes de rappel, totalement neutralisés dans le cas présent, auraient joué beaucoup plus tôt, et vraisemblablement évité que toute l'Europe ne s'enferre dans un processus cumulatif de transferts sans issue.
A Tooppy,
Merci pour votre commentaire didactique.
Soit, on peut dire que l'euro n'est pas une monnaie au sens où vous l'entendez.
Le critère le plus pertinent que vous utilisez, c'est la rareté intrinsèque de la monnaie qui fait que sa quantité ne peut être augmentée par la simple volonté des hommes de l'Etat.
Les devises de papier peuvent, cependant, répondre au critère de rareté, si leur quantité s'ajustait mécaniquement à la quantité de biens produits disponibles et s'ils étaient absolument infalsifiables. Ce qui supposerait que leur coût de production s'approche de leur valeur faciale.
La ligne de partage n'est donc pas aussi claire.
Même si les faits vous donnent raison.
Pour faire simple, disons que j'ai utilisé le mot de monnaie pour le concept de devise papier, car c'est devenu le terme consacré par l'usage commun.
Pour le reste, je pense que nous avons des lectures assez communes.
Bien à vous;
GD
Un grand merci Henri pour ce commentaire très complémentaire.
Nous sommes parfaitement sur la même ligne.
Ce qui me frappe, c'est que quel soit l'angle d'analyse que l'on utilise, l'euro se dévoile comme une source de déséquilibres.
Et, il est évident qu'on essaye de les cacher par des décisions qui engendrent de plus grands déséquilibres.
On ne voit donc que la pointe de l'iceberg.
Mais le navire de l'Euroland semble foncer droit dessus.
Le choc risque d'être brutal.
Amicalement,
Gilles
tooppy, ne seriez-vous pas Janus sous un autre pseudo?
Vous avez raison de dire qu'une monnaie-marchandise et une monnaie-papier sont deux choses différentes, mais vous avez tort dans votre utilisation des mots "monnaie" et "devise", ce qui nuit à votre exposé.
Ouvrez n'importe quel dictionnaire. En français, le mot "devise" signifie simplement "monnaie étrangère", et une devise peut très bien être une monnaie-marchandise (faite de pièces d'or par exemple) tout comme une monnaie-papier ou tout autre forme de monnaie.
Où diable evez-vous trouvé votre définition très personnelle des mots "monnaie" et "devise"?
A Gérard Dréan,
Je pense que la définition donnée par Tooppy est une interprétation assez personnelle de plusieurs critères reconnus par certains auteurs défendant les monnaies métalliques. I
l y a bien entendu une définition commune de la monnaie que l’on retrouve dans les dictionnaires.C’est celle que j’ai utilisée.
La question de Toopy m’est apparue accessoire par apport au fond du débat qui sont les déséquilibres créés par l’euro. Dans cette optique, il importe peu de savoir si la monnaie est d’or, d’argent, de cuivre, de coquillages. Toute la question est de savoir comment elle véhicule l’information sur le marché pour indiquer les raretés relatives des biens offerts et des facteurs de production.
L’euro n’en est pas capable. Pas plus que la lire ne le fut en son temps.
L’euro est de ce point de vue en train de reproduire les erreurs de l’Italie, de la Belgique et de l’Allemagne au moment de sa réunification. Là où elle a un caractère sui-generis, c’est qu’elle ne repose pas sur un marché politique unifié ou une culture homogène, comme le dollar aux Etats-Unis, ce qui permet aux individus de voter avec leurs pieds pour le dollar du Texas, contre le dollar de Californie.
Ce que pourront difficilement faire les chômeurs grecs, espagnols ou portugais.
Merci de votre soutien.
Bien à vous,
Gilles Dryancour
Bonjour M. Dryancour, Patrick Artus a publié chez Natixis un papier sur la monétisation des dettes publiques dont le titre est le suivant : "Le message de Sargent et Wallace : nécessité forte d’avoir des déficits publics et contrôle de l’offre de monnaie conduisent à l’excès d’endettement public, d’où plus tard la nécessité de monétiser les dettes, ce qui apparaît très clairement aujourd’hui"
http://cib.natixis.com/flushdoc.asp...
Qu'en pensez-vous ?
Oui en effet énorme machine à gaz comme un Zeppelin sans véritable direction et devant éteindre à coups d'expédients le moindre départ d'incendie sous peine d'exploser en vol !
Mr Dryancour, j'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre rappel du système de l'étalon-or, de ses qualités intrinsèques ayant apporté une grande fiabilité aux échanges internationaux. Depuis près d'une année que la crise de l'euro est devenue particulièrement aiguë cela m'inspire deux réflexions à savoir :
Les gouvernements ont tout fait pour maintenir la zone euro en l'état car la sortie d'un seul pays paraissait entrainer inexorablement par contagion au moins celle des pays les plus exposés. Si on avait ou pouvait avoir un doute au départ sur leur détermination, on a eu entretemps la réponse.
Deuxièmement, détermination sincère ou pas, le temps gagné leur a permis de préparer peu à peu les opinions publiques au scénario du pire, d'où morosité ambiante de rigueur et en lien un euro-scepticisme croissant.
La monnaie euro, dont je partage votre avis, née d'une pure abstraction politique non dénuée de bons sentiments mais bien mal ficelée pourrait effectivement bien tomber en déliquescence. Cela provoquerait par le même coup un rejet massif de la construction européenne actuelle et amènerait donc à une refonte complète de celle-ci sur de nouvelles bases.
a gérard Dréan:non je n'ai pas d'autres pseudo ,je n'en vois pas la nécessité sur un forum sérieux ,il serait malséant et infantile de jouer ce genre de farce,je retiens néanmoins qu'une "monnaie " devient devise quand elle n'est pas celle de votre pays et inversement,la définition du dictionnaire me parait sujette à caution quand ces braves décideurs considèrent entre autre que le mot rap fait parti de notre langue,alors bornons nous au terme anglo saxon de "fiat currency" beaucoup plus précis.Cordialement
A Gilles Dryancour
C’est l’ensemble des critères qui est déterminant, ils sont indissociables. Maintenant, s’il fallait vraiment déterminer le critère le plus pertinent, je ne pense pas que ce soit la rareté, c’est le fait qu’il ne puisse subir aucun assujettissement possible. Cela insupporte les politiciens et préserve en retour notre liberté, c’est un point clé.
L’intérêt de falsifier des devises est très réduit aujourd’hui, les bytes informatiques le font très bien et beaucoup plus facilement, aubaine pour les Etats et si vous avez remarqué, en ce moment ils ne s’en privent pas.
Il n’y a depuis longtemps déjà plus de corrélation entre la masse de devises physiques et leurs représentations informatiques, à tel point que les sommes annoncées quotidiennement pour tout et n’importe quoi, n’ont plus aucun sens. S’il devait y avoir une correspondance en billets, je ne suis pas sur que l’ensemble des forêts y pourvoiraient.
La ligne de partage est donc d’une netteté absolue.
Je vous rappelle que la synthèse de l’or n’existe pas, contrairement au diamant par exemple, et ce n’est pas faute d’avoir essayé.
Lorsque vous utilisez le mot de monnaie pour le concept de devise papier, car c'est devenu le terme consacré par l'usage commun, vous touchez donc du doigt le reproche majeur que vous ai fait, être tombé dans le langage populaire pour un papier technique.
Un mal pour un bien, cela a permis de replacer les choses.
Si vous pensez que le système mis en place depuis Bretton Wood, s’écroule irrémédiablement, alors nous avons effectivement une lecture globale commune.
Cordialement
Tooppy
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A Gérard Dréan
Non, je ne suis pas Janus, pourquoi ? Vous savez, je ne passe pas mon temps sur les forums a essayé de convaincre qui que ce soit, j’ai passé l’âge et je n’en n’ai pas l’intérêt.
Votre définition (du dictionnaire) d’une devise est amusante, voire infantile et bien peu réaliste. Mais rassurez vous, vous n’êtes pas le seul à ne pas comprendre la différence, c’est bien pour cela que j’en rappelais la définition qui est si curieusement méconnue.
Ce n’est pas une définition « personnelle », vous me faites trop d’honneur, c’est tout simplement les critères indispensables depuis toujours.
A Jean,
La problématique soulevée est un peu celle de la poule et de l'oeuf.
Est-ce que l'existence d'une politique monétaire conduit nécessairement à des dettes et à leur monétisation ?
En apparence, oui.
La plupart des pays de l'OCDE ont monétisé leurs déficits budgétaires jusque dans les années 1973.
Puis, ils ont financé leurs dettes par l'emprunt voyant que l'inflation menaçait les fondements mêmes de leurs économies.
Sur le très long terme on peut se demander pourquoi ?
Pourquoi les pratiques inflationnistes ont-elles cessé ?
Les monétaritses dont je suis se plaisent à imaginer que c'est l'influence des travaux de Hayek et de Friedman.
On peut se demander si, d'un point de vue systémique, le financement du déficit par l'emprunt n'était pas à l'origine une manoeuvre pour retarder l'échéance de l'inflation à de futures générations politiques.
Le désir d'inflation et de monétisation exprimé par nombre d'hommes d'Etat aujourd'hui le laisse croire.
En gros leur argument est de dire : vous ne voulez pas de l'austérité : il faut monétiser.
Vous ne voulez pas soutenir les banques qui prêtent aux Etats.
Laissez-nous monétiser.
Ainsi, la sortie des pratiques de monétisation n'aurait été qu'une ruse pour mieux y revenir...
Qui sait.?
Je crois personnellement qu'il y a beaucoup d'amateurisme et d'imprévoyance chez nos dirigeants et quand les choses commencent à mal tourner, ils recherchent les solutions de facilité.
L'inflation en est une.
On peut en débattre.
Merci de nous lire,
Bien à vous;
Gilles Dryancour
Au-delà de ces spéculations, tout dépend de l'opinion médiane.
a Gille Dryancour, effectivement il ne reste aux dirigeants que l'inflation ,mais ce n'est que la conséquence systémique obligée et le financement par l'emprunt n'était pas du a une quelconque sollicitude pour le générations politiques futures dont ils se moquent éperdument mais plutôt pour maintenir les avantages du moment:l'alternative étant la suivante:ou l'on saute tout de suite ou on repousse l'échéance révolutionnaire à venir.pour finir je laisse la parole à Voltaire (1694-1778) "une "monnaie" papier,basée sur la seule confiance dans le gouvernement qui l'imprime finit toujours par retourner à sa valeur intrinsèque,c'est à dire zéro " Bien à vous
A Wizard,
Très bonnes observations de votre part.
Personnellement, je n'ai jamais douté de la détermination de l'élite dirigeante à vouloir sauver l'euro à tout prix. Même à celui de 40% de chômage dans les PIIGS. Son sort politique est intimement liée à celui de l'euro.
Si l'Euroland éclate, il faudra rendre des comptes aux électeurs pour les milliers de milliards prêtés à perte aux PIIGS et aux banques, pour l'effondrement de tout un système fondé sur une lubie technocratique.
Là où je vous rejoins totalement, c'est que la réaction politique pourrait être d'une telle violence que la construction européenne pourrait être menacée.
On reviendrait, alors, doublement en arrière.
Le marché unique cesserait de fonctionner. On aurait de l'inflation et moins de liberté économique. Poitique aussi, sans doute.
C'est le drame de la monnaie unique.
L'euro risque de tuer l'Europe.
Et si on le conserve, il tuera nos économies.
Je crois que nous devons travailler davantage sur des scénarios de sortie, pour limiter la casse.
L'idée selon laquelle on préparerait les individus à cette échéance est originale. Ne sont-ce pas plutôt les événements qui les préparent ?
Le Politique agit, selon moi, à trop courte vue et sans coordination pour préparer quoi que ce soit (vous imaginez Hollande et Merkel se coordonner pour préparer leurs opinions à la sortie de l'euro ?).
Mais, c'est une bonne observation.
L'idée commence à gagner du terrain.
Les auteurs de ce site ont eu le mérite de metrre en avant les dysfonctionnements de l'euro avant tous les autres.
Au début, nous étions presque des parias. Aujourd'hui nos thèses sont reprises et débattues, ce qui souligne cette évolution.
Merci pour votre contribution au débat.
Gilles Dryancour
A Toopy,
A propos de vos commentaires, je me permettrais de formuler quelques observations méthodologiques.
La première est que si les définitions conceptuelles sont importantes, on est obligé de recourir à des formules comprises par tous. Un article purement technique serait mathématique, ce qui n'est pas ma ligne rédactionnelle.
Personnellement, je ne souhaite pas rentrer dans une querelle de définitions. Je suis plus interessé par la dynamique d'ensemble. Par le mouvement que l'analyse statique.
Ainsi votre opinion sur les hypothèses que je développe me seraient plus précieuse que de savoir si nous sommes d'accord sur la définition d'un mot.
Ensuite, je ne voudrais pas tomber dans le travers de l'identité des opinions qui serait une preuve patente d'une quelconque vérité.
Vous pouvez très bien avoir vos des opinions opposées aux miennes que nous pourrions avoir des points communs d'analyse.
Nos divergences ou convergences importent moins que la compréhension de ce qui se trame dans les tréfonds de l'économie.
Dans tous les cas, je vous remercie d'animer cet espace de débat.
Bien à vous,
GD
"L’euro est une fiction"... devenue réalité. Par contre, je ne vois pas en quoi elle est singulièrement mathématique! Peut-être que cette qualification est destinée à rallier plus facilement au raisonnement de l'auteur tous ceux qui sont allergiques aux mathématiques.
A Janus,
Merci pour la citation de Voltaire.
Je la connaissais, mais n'en savais pas l'auteur.
En effet; il n'y aucune sollicitude d'une génération politique à l'égard d'une autre.
Ce que je voulais dire et peut-être me suis-je mal exprimé, c'est que la monétisation a été remplacée par la dette qui ne peut être liquidée que par l'inflation.
Sous l'apparence d'un changement, on poursuit la même politique. La seule différence est que les coûts ne sont pas distribués de la même manière dans le temps et entre les différentes strates sociales.
Ce qu'il y a de certain, c'est que nous arrivons à la limite des subterfuges monétaires.
Bien à vous,
GD
A Lio,
formule logique, courte et aussi amusante de votre part.
Comment en effet une monnaie qui serait une fiction mathématique existerait- elle ?
Vous avez raison de souligner le paradoxe apparent.
Le paradoxe est apparent même si le raccourci qui aboutit à cette conclusion ne l'est pas.
Voici les raisons pour lesquelles on peut considérer l'euro comme une fiction mathématique :
1) Par le terme fiction, il faut entendre le caractère purement artificiel de cette monnaie. Elle n'a pas été créée spontanément et naturellement. Le mot artificiel conviendrait sans doute mieux.
Mais il y a aussi un caractère fictif à l'euro qui réside dans son fonctionnement mécanique et la valeur mathématique qui en découle.
2) Pour admettre les termes fiction mathématique, il faut revenir à un des problèmes centraux de l'euro qui est l'unicité de taux d'intérêt pour des pays ayant la même monnaie mais avec des économies structurellement différentes.
Le prix de change d'une monnaie (devise dirait Toopy) est en partie déterminé par le taux directeur de la banque centrale.
Comme il n'existe pas d'égalité entre les taux de croissance naturelle des différents Etats de l'Euroland et le taux directeur de la BCE, ce taux directeur est défini de manière purement arbitraire. Il est donc construit sur une fiction mathématique, cela quel que soit le modèle utilséi.
Fiction en partie inspirée par le concept de moyenne mathématique des taux de croissance dans la zone euro. Concept absurde et non réalisé.
Mais cette construction à partir d'une fiction va au-delà de la valeur de l'euro sur le marché des changes internationaux.
La fiction s'étend à l'illusion qu'un euro grec, par exemple, a la même valeur qu'un euro allemand. Fiction qui laisse croire que le risque de change a disparu entre les pays participants à l'euro, alors que son échéance de réalisation est tout simplement différée.
Les bank et debt runs auxquels on assiste montrent que ce risque s’est déplacé du taux de change entre les anciennes monnaies (mark, franc, lire, drachme…) sur les banques et sur la dette des pays qui auraient été exposés à ce risque. Plus clairement, Monsieur X n’achète plus de dette espagnole car la probabilité qu’elle soit honorée est plus faible que ne l’est la dette allemande. La valeur faciale donnée à la dette espagnole est donc une fiction.
De même madame Y retire ses économies de sa banque grecque pour les mettre au Luxembourg, car la valeur faciale de ses dépôts à vue en Grèce est, par le risque de faillite, inférieure à la valeur faciale des dépôts luxembourgeois. Pourtant, sur le papier un euro grec = un euro luxembourgeois. Cette valeur est fictive.
Voilà la base de mon raisonnement que vous pouvez contester.
Quant à votre remarque sur le choix du concept qui permettrait de soutenir mes affirmations, je crois que l'on peut dire cela de tout raisonnement démonstratif.
On choisit les idées et les concepts qui appuient la thèse que l'on défend. C'est un simple principe de cohérence.
Merci beaucoup pour votre remarque qui me permet de préciser l'arrière-plan de mes analyses.
Bien à vous,
Gilles Dryancour
@ l'auteur,
bravo pour cet article éclairant avec des idées que l'on ne lit pas ailleurs.
Juste un mot pour vous dire que vos analyses sont confirmées par les faits.
Six pays dont 5 de la zone euro empruntent à des taux négatifs.
Preuve s'il en est que les monnaies nationales reviennent au grand galop :
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/...
Il s'agit des pays les plus vertueux bien entendu.
Dans le même temps les taux espagnols remontent à la hausse.
Etonnant que personne ne semble prendre conscience à part les auteurs de ce site de ce qui se passe...
Question technique pourquoi la réduction de la masse de billets en circulation entraîne la déflation ?
Encore merci
VS
Vendredi 20 juillet 2012 :
Vers 14 heures 30 :
Espagne : taux des obligations à 10 ans : 7,219 %. Record historique battu.
http://www.bloomberg.com/quote/GSPG...
Espagne : la région de Valence demande l'aide de l'Etat.
La région espagnole de Valence, fortement endettée, a fait savoir vendredi qu'elle demanderait à bénéficier du mécanisme d'aide de quelque 18 milliards d'euros proposé par le gouvernement pour assainir les finances publiques des régions.
Le plan d'aide est assorti de la stricte condition que la région concernée se conforme à ses objectifs de réduction des déficits.
L'annonce a fait chuter les Bourses européennes ainsi que l'euro, tombé sous le seuil de 1,22 dollar.
Le gouvernement espagnol a approuvé la semaine dernière la création d'un nouveau fonds pouvant atteindre 18 milliards d'euros destiné à aider les régions en difficulté à se financer.
A VS,
Je vous remercie pour votre commentaire.
Difficile de répondre à quelques mots à votre question qui demanderait quelques développements micro-économiques.
Prenons un exemple prenons une économie où la masse monétaire M1 était égale à 200 euros et passe à 100€..
Le nombre de biens produits par cette économie de 100 à un prix moyen de 2€ (pour la simplicité de l'exemple).
En supposant que ces biens ne soient pas substituables, aient une élasticité comparable, que tous les producteurs veuillent les écouler - ne serait-ce que pour écouler les stocks -, plus aucun bien ne pourra être vendu plus de 1€.
Ce processus étendu à toute l'économie engendre la baisse des prix.
Il peut engendrer aussi la baisse de la production (les quantités s'ajustant à la monnaie disponible). Mais cela dépend de la flexibilité des coûts de facteur.
Si tous les prix baissaient de la même manière en même temps, rien ne changerait en termes de pouvoir d'achat, de production et d'emploi.
Seule la valeur nominale des biens seraient à la baisse.
J'espère que ce développement répond à votre question.
Bien à vous,
GD
.
Un grand merci à M. Dryancour et à tous les intervenants pour ces analyses limpides et passionnantes que l'on ne trouve quasiment nulle part ailleurs!
Pour ce qui est des "résultats" politiques à en attendre, je crains tout comme vous, M. Dryancour, que cela ne se termine mal - on en a d'ailleurs déjà eu plusieurs aperçus ces derniers mois - quand l'ensemble des citoyens se rendront compte qu'ils ont été roulés dans la farine... et malheureusement, je pense que les solutions les plus "raisonnables" ne seront pas celles choisies...
Espérons que les libéraux pourront, malgré tout, y jouer un rôle majeur!
A Daredevil2007,
Merci pour vos encouragements élogieux.
L'originalité que vous constatez chez tous les intervenants de ce site est peut-être le fruit paradoxal de l'ostracisme de notre courant de pensée en France (mais très commun en Amérique du Nord, Suisse, Pays-Bas, Royaume-Uni, etc.)
Nous avons la possibilité d'explorer les territoires délaissés par tous les intellectuels qui veulent être bien en cour. Cela nous laisse le champ libre pour de meilleures anticipations.
C'est une des raisons pour lesquelles, il faut soutenir la liberté d'opinion, sans restriction d'aucune sorte.
Comment l'histoire de l'euro se terminera-t-elle, c'est très difficile à dire. Plusieurs scénarios sont possibles, comme on le voit à la multiplication des facteurs potentiels d'éclatement.
Bizarrement, je ne crois pas à un scénario catastrophe.
Même dans le cas du retour aux monnaies nationales.
Après tout, nous avons vécu 1600 ans en Europe avec des monnaies régionales ou locales... Avec des succès et des faillites diverses.
Quant au long terme, il faut toujours avoir à l'esprit que si les Russes se sont libérés du communisme, nous pourrons nous libérer à notre tour de la social-bureaucratie.
Si nous ne l'avons pas encore fait, c'est sans doute parce que nous avons l'illusion du choix politique, alors que nous sommes prisonniers de rapports de forces systémiques.
L'échec programmé du retour de la social-démocratie française pourrait infléchir le destin de l'Europe.
Pas obligatoirement à gauche.
Quand les Français paieront la facture des nouveaux impôts, ils regretteront comme de coutume d'avoir élu ce gouvernement.
Cette fois-ci un peu plus que d'habitude.
Gardons quelque espoir de jours meilleurs.
Ceux où les idées de raison et de liberté économique s'imposeront par les faits mêmes.
Bien à vous,
GD
Samedi 21 juillet 2012 :
De plus en plus, les investisseurs internationaux placent leur argent dans cinq abris antiatomiques. De plus en plus, ils mettent à l’abri leur argent dans les obligations de ces cinq Etats :
Allemagne : taux des obligations à 10 ans : 1,167 %. Record historique battu. Le taux n’avait jamais été aussi bas.
Finlande : taux des obligations à 10 ans : 1,407 %. Record historique battu. Le taux n’avait jamais été aussi bas.
Pays-Bas : taux des obligations à 10 ans : 1,594 %.
Autriche : taux des obligations à 10 ans : 1,890 %.
France : taux des obligations à 10 ans : 2,073 %.
http://www.bloomberg.com/quote/GFRN...
Mais en revanche, les investisseurs internationaux fuient les Etats européens périphériques. L’Italie et l’Espagne sont deux bombes atomiques financières. Ces deux bombes atomiques financières vont bientôt exploser.
Italie : taux des obligations à 10 ans : 6,166 %.
Espagne : taux des obligations à 10 ans : 7,267 %. Record historique battu. Le taux n’avait jamais été aussi haut depuis la création de l’euro.
Les investisseurs internationaux savent que les deux bombes atomiques financières vont exploser.
Ils s’y préparent.
Nous-aussi, nous devons nous préparer à l’explosion.
@ l'auteur,
Meerci pour votre réponse qui me permet de mieux comprendre les mécanismes de la déflation.
Aujourd'hui Mario Draghi a déclaré que l'euro était irréversible :
http://www.lefigaro.fr/flash-eco/20...
Qu'en pensez-vous ?
Est-ce à dire que la BCE va monétiser la dette et s'engager dans l'inlfation ?
C'est que suggère cette déclaration grandiloquente...
VS
A VS,
Peu de commentaires sur les analyses et l'article.
On comprend que l'un des grands bénéficiaires de l'euro en termes de rémunération et de statut ait intérêt à déclarer l'irréversibilité de l'euro comme un dogme religieux.
Ce sont les faits économiques qui trancheront.
Pour être plus précis, l'inflation sauverait les Etats surendettés.
Elle ne règlerait pas les problèmes de productivité dans l'Euroland.
Mais, par rapport à la question de la dette publique, l'emploi et le taux de croissance sont des données secondaires pour les hommes de l'Etat.
Merci de suivre si attentivement nos articles et débats,
Bien à vous,
GD
Vendredi 20 juillet 2012, la région de Valence a officiellement déclaré qu'elle était en faillite : elle a officiellement demandé l'aide de l'Etat espagnol. En comptant la région de Valence, ce sont six régions qui sont en faillite.
Lisez cet article :
Six communautés autonomes vont demander une aide financière à l'Etat.
La Catalogne, Castille-La Manche, Murcie, les Baléares et l'Andalousie doivent affronter des emprunts qui arrivent à échéance dans les prochains mois.
Les exécutifs régionaux sont confrontés à des échéances de plus de 15,838 milliards d'euros d'ici la fin de l'année, y compris les deux prêts, les lignes de crédit et l'endettement. Ils devraient également officialiser une nouvelle demande de 15 milliards d'euros d'emprunt supplémentaire pour financer le déficit des régions, qui a été cette année autorisé à 1,5% du PIB.
La Catalogne fait face à une échéance de 5,755 milliards d’euros d’ici la fin de l'année, Valence 2,883 milliards d'euros, l’Andalousie 1,610 milliards d'euros, la région de Madrid 1,344 milliards d'euros, La Rioja 940 millions d’euros, et Castille-La Manche 705 millions d’euros, selon les données fournies par les gouvernements régionaux au Trésor.
http://economia.elpais.com/economia...
Dimanche 22 juillet 2012 :
Une seconde région espagnole va demander l'aide financière de Madrid.
La région de Murcie, dans l'est de l'Espagne, a annoncé dimanche qu'elle allait demander à son tour une aide financière à Madrid, deux jours après une demande similaire formulée par Valence.
Le président du gouvernement régional de Murcie, Ramon Luis Valcarcel, a indiqué au quotidien régional La Opinion de Murcia que son gouvernement demanderait « environ 200 à 300 millions d'euros » au nouveau fonds public, doté d'un montant total maximum de 18 milliards d'euros, mis en place la semaine dernière par Madrid pour venir en aide aux régions en difficulté.
M. Valcarcel a affirmé que la Murcie demanderait formellement cette aide au cours du mois de septembre, ajoutant qu'il s'attend à ce que les conditions posées par le gouvernement central en échange de ces fonds soient « très strictes ». « Personne ne doit penser qu'ils vont nous faire cadeau de cet argent », a-t-il ajouté.
Pour sa part, la région de Valence, très fortement endettée, avait indiqué vendredi qu'elle allait faire appel à ce fonds faute de pouvoir trouver l'argent nécessaire pour remplir ses obligations financières.
http://www.lesechos.fr/economie-pol...
En Espagne, ce sont six régions qui sont en faillite.
Deux régions ont officiellement demandé l'aide de l'Etat : la région de Valence, et la Murcie. Les quatre autres régions en faillite sont la Catalogne, Castille-La Manche, les Baléares et l'Andalousie.
@VS
la BCE monétise déjà de la dette publique, et à une grande échelle, pour les PIGS ( aujourd'hui en particulier l'Espagne et l'Italie). Les montants sont astronomiques : pour l'Italie, 276 milliards d'euros à la date d'avril 2012, émis en moins d'un an; 279 milliards pour l'Espagne (chiffre des encours Target enregistrés à la BCE), soit respectivement l'équivalent de 12 et 16 % du PNB. Tout cet argent pour financer le déficit commercial + la fuite des capitaux dans ces deux pays. Sachant que les additions à la monnaie de base sont en fait créées par les banques centrales nationales - et non par la BCE qui dirige la politique monétaire mais ne gère pas directement l'attribution des crédits à l'économie - 93 % du stock actuel d'euros en circulation et qui ont été créés en contrepartie de crédits à l'économie l'ont été par les banques centrales nationales des pays méditerranéens (et 7 % seulement par les banques centrales des autres pays membres de l'union monétaire qui représentent pourtant plus de 60 % du PNB européen).
Mais cela, pour l'instant, ne crée pas un pouce d'inflation supplémentaire. Cette création monétaire "méditerranéenne" (qui fuit ensuite vers le nord via le déficit commercial et les sorties de capitaux) est en effet compensée par la réduction des montants de nouvelle monnaie émis par les autres pays membres de la zone euro (principalement l'Allemagne + les Pays-Bas). Au cours de l'année écoulée, aucun nouvel euro n'a été créé par la Bundesbank Au contraire, celle-ci détruit de la monnaie en réduisant le volume de ses crédits à l'économie (du fait de l'abondance des liquidités en provenance des pays du sud, les banques commerciales allemandes n'ont plus besoin de venir frapper à la porte de la Bundesbank pour se faire refinancer leurs crédits). Désormais, c'est la banque centrale allemande qui s'endette vis à vis de ses banques commerciales et non plus l'inverse (ce qui revient à une opération de destruction de monnaie). Les euros qui sont détruits en Allemagne sont en fait remplacés par les euros italiens, espagnols ou grecs qui émigrent du sud vers le nord de l'Europe via le déficit de leur balance des paiements.
Au total, à l'échelle globale de l'ensemble de l'euro zone, rien ne change. Il n'y a pas d'explosion de la masse monétaire européenne. La croissance de celle-ci continue à un rythme normal (même plutôt en dessous de son trend de long terme si on en croit les graphiques de notre ami Steve Hanke qui prennent en compte M3). La BCE tient ses objectifs globaux.. Il n'y a donc pas de situation inflationniste en Europe. L'inflation n'est pas encore pour demain.
Ceci dit, ce processus de délocalisation de la création monétaire au sein de l'euro zone a en principe une limite. Lorsqu'un crédit à l'économie cesse d'être refinancé par la Banque centrale allemande, il y a disparition du crédit et donc destruction de monnaie. C'est ainsi que se fait la stérilisation du surplus d'euros créé par les banques centrales du sud. Ce faisant, la capacité de la Bundesbank a détruire de la monnaie est conditionnée par le stock de crédits à l'économie qui figure dans son bilan. Le jour où ce stock sera épuisé, le mécanisme de stérilisation devrait s'enrayer, la Bundesbank ne pouvant plus continuer à réduire son stock de monnaie émise. Il a été calculé que ce jour devrait se situer aux environs de la fin 2013. C'est alors que le risque de création monétaire véritablement inflationniste devrait apparaître - avec possibilité de dérapage vers l'hyperinflation.
Cependant, la BCE/Bundesbank peut encore reculer l'échéance et continuer à détruire de la monnaie centrale en acceptant de s'endetter auprès des banques commerciales allemandes, par exemple en leur vendant des titres de son portefeuille ou une partie de ses réserves d'or. Mais là encore, le petit jeu ne peut pas continuer indéfiniment. Les limites rîsquent d'être relativement rapidement atteintes - notamment du fait de la dégradation de la qualité des actifs détenus par la Banque centrale en conséquence de la croissance désormais quasiment incontrôlable du bilan des banques centrales nationales les plus endettés vis à vis du système européen de paiements.
Ceci dit, la conséquence de ce système est qu'une part croissante de l'épargne des allemands déposée dans les banques commerciales au lieu d'être investie dans des actifs réels rémunérateurs - dont ceux qui les achètent contrôlent le risque - se trouvera convertie en droits sur des balances comptables virtuelles (balances target) enregistrées à la BCE, portant un taux d'intérêt minimal, dont le remboursement n'est pas exigible, et dont le dégonflement sera finalement conditionné par la capacité des pays du sud à rétablir suffisamment rapidement leur situation concurrentielle au sein de l'Europe sans sortir de la Zone euro. Un pari aujourd'hui apparamment de plus en plus risqué !
Au vu de tout ceci, on comprend que les dirigeants de la Bundesbank mais aussi le public allemand deviennent de plus en plus nerveux devant la façon dont fonctionne actuellement le système européen de paiements sous la houlette de la BCE.
Lundi 23 juillet 2012 :
Vers 11 heures :
Espagne : taux des obligations à 10 ans : 7,524 %. Record historique battu. Le taux n’avait jamais été aussi haut depuis la création de l’euro.
Espagne : la chute du PIB s'est accentuée au 2e trimestre, à -0,4%.
L'activité économique de l'Espagne, entrée en récession au premier trimestre, a diminué à un rythme plus intense entre avril et juin que les deux trimestres précédents, selon des estimations de la Banque d'Espagne publiées lundi dans son bulletin mensuel.
L'activité économique a reculé de 0,4%, par rapport au premier trimestre 2012 qui avait déjà enregistré une baisse du PIB de 0,3%, alors que le gouvernement prévoit une contraction de l'activité de 1,5% sur l'ensemble de l'année.
http://www.romandie.com/news/n/_ALE...
Un grand merci pour votre réponse très détaillée Monsieur Lepage,
On comprend en vous lisant pourquoi le grand public n'y comprend que pouic, comme l'on dit chez nous.
Bien que versée dans les questions financières, j'ai dû relire vos analyses plusieurs fois pour comprendre toute leur portée.
Cela ne va peut-être pas exploser tout de suite, mais toute cette jolie construction est dynamitée.
Pour votre information personnelle, on s'attend (dans l'organisme dans lequel je travaille) à une vague spéculative contre le Portugal et l'Italie dès cet été.
Les taux obligataires devraient flamber comme des forêts de pins méditerranéens.
Mes collégues qui étaient très discrets jusqu'à présent me disent que cela sent le roussi, d'autres carrément le sapin.
Ils cherchent tous à placer leurs économies ailleurs sans savoir où d'ailleurs.
On vit des temps monétaires homériques.
Avec tous mes encouragements pour votre site, votre équipe exceptionnelle de rédacteurs très appréciée en francophonie, Belgique, Suisse et Canada.
Salutations cordiales,
VS
Lundi 23 juillet 2012 :
Panique boursière en Europe, l'Espagne et la Grèce au centre des inquiètudes.
Les Bourses européennes creusent leurs pertes à mi-séance, les finances publiques de la Grèce et de l'Espagne faisant souffler un vent de panique sur la zone euro, malgré l'assurance du ministre espagnol de l'Economie, Luis de Guindos, que Madrid n'envisage pas de faire appel à un plan de sauvetage pour l'Etat, en plus de celui pour ses banques.
http://www.capital.fr/bourse/analys...
Vers 15 heures 30 :
France : la Bourse de Paris chute de 2,96 %.
Allemagne : la Bourse de Francfort chute de 3,52 %.
Portugal : la Bourse de Lisbonne chute de 3,39 %.
Italie : la Bourse de Milan chute de 3,90 %.
Espagne : la Bourse de Madrid chute de 2,61 %.
Grèce : la Bourse d'Athènes chute de 7,04 %.
@VS
Merci, Viviane, de votre sympathique réaction.
Effectivement, peu de gens comprennent véritablement ce qui se passe, et pas seulement dans le grand public. Il s'agit d'un sujet que je suis actuellement en train de creuser et sur lequel j'aimerais publier un long papier. Sans doute les événements vont-ils me contraindre à accélérer cette rédaction car, comme vous le dites, "ça sent le roussi !".
La vérité est que ce que l'Europe vit actuellement n'est pas autrechose qu'une vaste "crise de paiements" d'une nature somme toute pas différente des crises de ce type qui rythmaient régulièrement les systèmes de change à taux fixes. Le mécanisme de cette crise des paiements est à bien des égards analogue à celui qui a conduit à la fin du système de Bretton Woods à l'époque des "balances dollars", avant que de Gaulle ne mette tout par terre en demandant aux Etats Unis de rembourser en or les avoirs français placés aux USA.
C'est la thèse que développe depuis plus d'un an Hans Werner Sinn, l'économiste de l'Institut allemand IFO. Il est sérieusement contesté pour cela. Tout l'establishment monétaire européen est ligué contre lui. Mais je crois qu'il a profondément raison.
Henri,
Merci beaucoup pour votre réponse à VS.
C’est un aspect de la crise de l’euro qui manquait à mes analyses.
Ce que l’on constate une fois de plus, c’est que cette crise est multidimensionnelle et les facteurs d’éclatement de la zone se multiplient.
Certains experts, bien en cour, estiment que les Etats de l’Euroland n’en font pas assez. Ce qu’ils ne voient pas, c’est que les déséquilibres s’accentuent au fur et à mesure que les Etats essayent de les corriger.
Comme dit VS cela sent le roussi. Plus exactement, on s’approche du moment où il ne sera plus possible d’intervenir sans entraîner des réactions incontrôlables comme l’inflation ou le chômage de masse.
Personne ne l’a remarqué, mais la Grèce et l’Espagne ont maintenant un taux de chômage égal à celui de la Grande Dépression en 1930-1939, soit environ 25% de la population active.
Avec l’euro ce taux peut encore augmenter substantiellement dans les années à venir. Cela n’est pas tenable et c’est socialement criminel pour reprendre une expression à la mode chez nos gouvernants plus enclins à condamner les dirigeants d’entreprise que leurs choix monétaires.
Les mois de septembre et d'octobre risquent d'être particulièrement sombres.
Amicalement,
Gilles
Cher Gilles, vous avez raison de souligner que dans certains pays on atteint maintenant des taux de chômage dignes de la Grande Dépression. Ce n'est pas assez connu.
Sans qu'on le sache non plus, la politique de la BCE depuis 2010, mais surtout depuis l'été dernier, aboutit à ce qu'a été mis en place subrepticement, en violation des traités, et à l'insu du contrôle des parlements nationaux, un gigantesque mécanisme de transferts monétaires intraeuropéens dont les effets ne sont pas de nature différente de ceux qui devraient logiquement résulter des mécanismes de solidarité financière que nos dirigeants s'évertuent de construire à coups de force sommets bruxellois et autres et qui vont encore mettre un certain temps avant de devenir opérationnels. Autrement dit, la BCE - de manière consciente, ou seulement par la force d'entraînement des décisions qu'elle a du successivement improviser pour répondre aux urgences - a, de sa seule autorité, pris les devants et anticipé sur les futurs instruments de la solidarité financière européenne. Même la mutualisation des charges d'intérêt et produits générés par les "balance target" fait que la zone euro est déjà dotée de l'équivalent d'un système de financement des déficits par des "eurobonds" qui ne disent pas leur nom. Mais cela l'opinion publique n'en sait rien, sauf l'opinion allemande qui commence à en prendre conscience.
Je pense que la stratégie implicite qui correspond à cet état de choses est de surtout ne pas en parler en attendant que le dispositif du MES soit opérationnel et qu'il puisse de manière enfin officielle prendre la relève et permettre aux banques centrales nationales d'éteindre les dettes comptables accumulées sur leur compte central à la BCE. Si le front politique tient bon, alors on pourra dire que c'est bien joué et qu'en définitive la BCE a sans doute eu raison de jouer le jeu particulier qu'elle a incontestablement usurpé en dehors de tout contrôle politique. Mais si le front politique ne tient pas, si les évènements s'emballent et conduisent à l'éclatement de la zone euro - ce qui ne saurait être exclu a priori, et qui est précisément ce que disent les marchés - alors la manoeuvre apparemment géniale de la BCE risque de coûter fort cher aux contribuables des pays créditeurs, et tout particulièrement aux contribuables allemands qui seront quasiment les seuls à rester en lice pour se partager le coût du non remboursement de leurs dettes comptables par les autres pays (d'où la fragilisation du rating allemand que l'on découvre aujourd'hui). Si cela se vérifiait, cela signifiera que l'aventure de l'euro couterait en définitive à l'Allemagne quasiment l'équivalent d'un second "traité de Versailles". Nous serons alors tous dans le même pétrin, et les références à la Grande Dépression risquent plus que jamais de s'imposer à nous.
Dimanche 29 juillet 2012 :
Les Allemands pensent qu'ils seraient mieux sans l'euro (sondage).
Une majorité des Allemands pensent que leur pays serait en meilleure situation sans l'euro, selon un sondage paru dimanche, alors que le ministre de l'Economie a répété ses doutes sur le maintien de la Grèce dans la zone euro.
Selon le sondage Emnid pour l'hebdomadaire Bild am Sonntag, 51% des Allemands pensent que l'économie de la première puissance européenne serait dans une meilleure situation si elle ne faisait pas partie des 17 pays de la zone euro.
Vingt-neuf pour cent pensent que la situation serait pire.
http://www.lesechos.fr/entreprises-...