Ahurissant !

La réponse est simple : le risque, dans leur monde, n’était plus défini par une solide analyse des fondamentaux, mais par une obéissance aveugle aux règles telles qu’elles sont édictées par leurs autorités de contrôle.

Les réglementations, tant pour les compagnies d’assurance que pour les banques, ou les caisses de retraite, précisent en effet : si une institution Française achète une obligation grecque, elle a besoin de mettre zéro de réserve obligatoire (zéro risque, d’après les autorités de contrôle), alors que si elle achète une action Air Liquide ou Essilor elle a besoin de mettre 50% de fonds propres en réserves, ce qui force la dite institution à n’acheter que des obligations d’Etat. Or le risque est beaucoup plus important, dans la réalité, pour une obligation Grecque que pour une action Air Liquide…

En fait ce sont les institutions de contrôle qui, pour des raisons politiques, ont inscrit dans les textes que le risque Allemand et le risque Grec étaient les mêmes alors que tout le monde savait que ce n’était pas vrai. Elles en paient le prix en ce moment, et tous les investisseurs avec eux, ce qui n’a rien à voir avec des manipulations de vilains fonds spéculatifs à Londres.

La France est mal partie

Cette erreur de réglementation à amené, fort logiquement, les gérants obligataires à bourrer les portefeuilles dont ils assuraient la gestion de titres émis par ces Etats à la solvabilité douteuse. Après tout, si le risque sur l’Allemagne et la Grèce est le même (c’est qui ce que disent les règles étatiques), autant acheter des obligations grecques qui rapportaient 30 points de base de plus, il y a deux ans, que les obligations Allemandes - surtout si en tant que gérant vous êtes évalué contre l’indice des obligations allemandes, et que votre bonus de fin d’année en dépend.

Cette « fiction » réglementaire est en train de nous péter à la figure et, c’est l’autre grande nouvelle, les marchés obligataires sont en train de rétablir une hiérarchie des risques entre pays européens conforme à la réalité, et non plus aux réglementations débiles rédigées par un technocrate irresponsable. Bien entendu, cela se fait dans la douleur, et met en lumière à quel point l’Euro était un concept vicié du début à la fin : les règlements étaient censés l’emporter sur les réalités de marchés, un peu comme en Union Soviétique.

La réapparition de cette hiérarchie des risques va amener les investisseurs institutionnels à étudier à nouveau les fondamentaux budgétaires de chaque pays et, là, une mauvaise surprise les attend. La France, qui bénéficie d’une cote d’amour importante chez eux, est à l’heure actuelle dans une situation tout a fait similaire a celle du… Portugal, que les marchés attaquent tous les jours.

Un tsunami budgétaire

En fait, si l’on regarde les chiffres, notre cher et vieux beau pays, comme l’aurait dit de Gaulle, a un déficit structurel de son budget supérieur (c'est-à-dire ajustée pour les variations cycliques de l’économie) à 6 % du PNB - ce qui est tout proprement monstrueux, surtout si l’on sait que la France est maintenant le leader mondial des dépenses étatiques en pourcentage de la richesse produite. Quant à la dette, elle monte comme une fusée, l’Etat français commençant à emprunter pour régler ses dépenses courantes à partir de fin Juillet, toutes les recettes étant dépensées dans les 7 premiers mois, ne laissant comme ressource que l’emprunt toujours, l’emprunt encore, jusqu'à ce que les marchés refusent de nous prêter et qu’il faille s’ajuster dans la brutalité la plus extrême, comme cela se passe en Grèce aujourd’hui.

Toutes ces constatations m’amènent donc à deux conclusions :

1. Une crise budgétaire gigantesque va submerger une grande partie de l’Europe, a l’exception des pays de l’Europe du Nord , de l’Allemagne et de la Hollande), tant elle s’est laissée aller à la facilite de la fuite dans la dette. Cette reprise en main par les marchés de la dépense budgétaire signifie qu’à partir de maintenant le rôle de l’Etat dans l’économie ne peut que baisser, contraint et forcé, puisqu’il ne trouvera plus ses financements..

2. Ce recul historique de l’Etat va s’accompagner d’une crise politique et sociale également sans précédent, tant ceux qui ont bénéficié, et continuent de bénéficier des rentes étatiques, vont se rebeller, comme cela a commencé à être le cas en Grèce ou en Espagne. Achetez des vélos, les transports en commun ne vont pas beaucoup circuler dans quelques mois en France, tel est mon premier conseil aux lecteurs.

Il est urgent de paniquer

Tout ceci pour continuer à dire aux lecteurs : regardez ce qu’il y a dans vos comptes d’assurance vie. S’il y a des obligations étatiques européennes autres que celles des pays mentionnés plus haut, exigez de changer cela en actions de grandes sociétés industrielles, ce que je dis depuis des mois. Etudiez la composition des fonds obligataires que vous détenez, et suivez la même politique.

Une nouveauté cependant : l e mouvement de prise de conscience a l’air de s’accélérer et quand la panique gagne les marchés, je préfère être parmi les premier à sa paniquer que parmi les derniers. Certes la situation n’est pas encore désespérée, mais elle est certainement sérieuse et paniquer me semble opportun.

La version initiale de ce texte a été publiée dans le Journal des Finances en date du 27 février.