Ce qu’ils veulent dire (les économistes), c’est simplement que ce que les Européens et les Américains doivent faire, c’est travailler plus et consommer moins, tandis que les Chinois doivent consommer plus et travailler moins.

Voila un programme électoral sur lequel il va être difficile d’être élu, ou réélu, mais hélas c’est ce qui nous attend !

Remarquons au passage que c’est ce que Madame Lagarde a dit aux Allemands, dans la mesure où les Allemands font subir à l’Europe ce que les Chinois font subir aux USA, mais aussi au vieux continent (cf. un de mes articles de l’été 2008 où j'écrivais: "l’Allemagne telle une ancre au cou de l’Europe" , qui m’a valu de me faire engueuler par de nombreux lecteurs, mais où je ne disais rien d’autre que ce que notre ministre des finances dit deux ans plus tard. Mieux vaut tard que jamais… )

Si en effet un pays a des excédents extérieurs très importants, c‘est sans doute qu’il est « trop » compétitif. En bonne logique de marché, cela doit vouloir dire que sa monnaie est trop basse et doit réévaluer, pour en quelque sorte, rendre les autres pays compétitifs. La hausse de la monnaie pénalise automatiquement les exportateurs locaux et favorise la consommation interne. La hausse de la consommation interne déclenche une hausse des importations et (peut être) une baisse des exportations. Le niveau de vie moyen monte tandis que la balance commerciale revient graduellement à l’équilibre.

Or depuis des années, le gouvernement Chinois, suivant une politique bassement mercantiliste, maintient sa monnaie sous évaluée et empêche sa hausse pour continuer à dégager des excédents commerciaux mois après mois, année après année.

Mais, comme l’a fort bien dit Milton Friedman, un Etat peut contrôler ou son taux de change, ou son taux d’intérêt directeur, ou enfin sa masse monétaire, mais il ne peut en contrôler deux sur trois, ou trois sur trois. Il faut choisir.

Le choix d’un taux de change sous évaluée par le gouvernement Chinois veut donc dire que les taux d’intérêt sont trop bas et que la masse monétaire locale explose à la hausse.

La Chine entre de ce fait dans une période inflationniste et les autorités Chinoises le savent fort bien. Or, et il faut le savoir, les émeutes en Chine ne se passent jamais historiquement lorsque le chômage monte, mais bien lorsque l’inflation accélère (dernier exemple, les émeutes de la place Tien Amen). Le gouvernement de l’Empire du Milieu n’a plus donc d’autre choix que de réévaluer pour reprendre le contrôle de sa masse monétaire et faire baisser les pressions inflationnistes là bas…

Qui vont être les gagnants de cette inéluctable réévaluation ? Nos chers exportateurs européens ou américains. Que le lecteur songe à une des grandes marques vendant le luxe français en Asie. Il est hors de question que leurs produits baissent de prix. Ils vont rester aux mêmes prix (en monnaie Chinoise) et toute la réévaluation se retrouvera dans une marge plus forte, et donc des profits plus élevés pour notre exportateur.

Pensons encore à ceux qui sont en concurrence avec des sociétés asiatiques (voitures par exemple). Si l’Euro baisse un bon coup contre le yen ou le won Coréen, voilà qui ne sera pas pour déplaire à Peugeot ou à BMW.

Bref, les « termes de l’échange » auront changé- en faveur du producteur européen, au détriment du consommateur européen - et en faveur du consommateur asiatique, contre le producteur de la même région.

Pour le dire plus brutalement, les rentiers européens payés en Euro (fonctionnaires, détenteurs d’obligations) vont voir leur niveau de vie baisser, tandis que le niveau de vie des entrepreneurs européens (sociétés exportatrices ou soumises à la concurrence internationale, actionnaires) va monter, le contraire se passant en Asie

Il s’agit là d’une bonne, d’une très bonne nouvelle pour l’Europe.

Enfin, la prise de risque va être récompensée et la recherche de la rente pénalisée. (Il faut savoir que depuis 1998-1999, un portefeuille obligataire en obligations longues de l’Etat Français a fait deux fois mieux que l’indice des actions en France. Ceux qui ont fait confiance à l’Etat ont gagné de l’argent, ceux qui ont fait confiance aux entreprises en ont perdu. Eh bien, je peux assurer le lecteur d’une chose : cette période est finie. A partir de maintenant, et pour au moins dix ans, les actions vont faire beaucoup mieux que les obligations).

Encore une fois, le lecteur doit vendre toutes ses obligations des Etats européens, à l’exception des obligations allemandes, et se reporter sur les actions toutes affaires cessantes.

Un mot pour conclure sur le déséquilibre créé par le mercantilisme allemand. Il n’existe pas d’outil de marché (réévaluation du DM, qui n’existe plus, hélas) pour régler ce problème. Le mercantilisme Allemand va donc mener à une crise institutionnelle gravissime entre pays Européens, ce qui ne va pas faire monter l’Euro. Ca a commencé avec la Grèce. Mais Dieu, que l’Euro aura fait de mal à l’Europe et à l’idée Européenne. Trait_html_691a601b.jpg

La version originale de ce texte a été publiée dans le Journal des Finances en date du 11 avril 2010.