Ce qui m’amène à mon sujet, c’est-à-dire au moment où je n’ai plus envie de discuter avec celui qui est en face de moi non pas parce qu’il serait incompétent, ce qui peut se corriger, mais parce qu’il est de mauvaise foi, ce qui est insupportable.

Je me surprends à dire, « monsieur brisons en là, vous êtes un âne » quand on m’oppose les arguments suivants:

1 - « Le libéralisme est d’origine Anglo-Saxonne et en y adhérant vous trahissez le génie Français, exprimé par exemple dans les Lumières

Voilà deux grosses bêtises en une seule phrase.

D’abord, une bonne moitié des grands théoriciens du libéralisme dans l’histoire ont été Français (citons au passage Montesquieu, Benjamin Constant, Say, Tocqueville, Bastiat, Rueff, Raymond Aron, JF Revel, qui tous se sont attachés à expliquer la relation qui unissait le marché à la démocratie), tandis qu’une bonne partie du reste ont été Autrichiens (Von Mises, Hayek, voir mon héros, Schumpeter), les anglo-saxons constituant une illustre cohorte, mais sans doute moins fournie en nombre (mon préféré étant Milton Friedman, tant il avait comme Bastiat le génie de la vulgarisation).

Ces esprits faibles confondent la réflexion théorique avec l’application dans la réalité. Le fait que les élites gouvernantes françaises n’aient jamais voulu appliquer le libéralisme dans la pratique, si l’on excepte de courtes périodes au XIXème, et un peu au début de la V République, alors que les Etats-Unis et l’Angleterre s’en inspiraient massivement, porte simplement condamnation de la nullité de nos élites qui ont amené en deux siècles et demi notre pays de la première puissance mondiale à un « Lander » allemand, et du plus grand créateur culturel à un pays rempli de musées et mort à la Culture.

Quant aux Lumières, le Libéralisme représente, et représente SEUL la pensée des lumières appliquée à la création de richesse et à la seule justice sociale qui compte, c’est-à-dire comment arriver au plein emploi. Le fait que le mot « Lumières » ait été capturé au XIX ème par des gens qui soutenaient, et soutiennent encore, le socialisme et son cortège d’assassinats, de génocides, de ruines financières et économiques, relève de la captation d’héritage. Le Libéralisme a comme clé de voute la Liberté, comme son nom l’indique, tandis que pour le socialisme, c’est le goulag.

2 - « Le libéralisme est d’extrême droite ».

Quelle imbécillité foudroyante !

Au XIX eme siècle, trois personnes débattaient dans la sphère politique:

Le conservateur, qui pense que, pour régler les problèmes, il faut en chercher les solutions dans le passé et empêcher tout mouvement (Metternich).

Le socialiste, qui a un plan dans sa tète sur la façon dont les choses devraient marcher, et qui veut conquérir l’Etat pour l’imposer par la force (Lénine, en version dure, ou Mitterrand, en version molle).

Le libéral enfin qui pense que les progrès se font par petits sauts minuscules améliorant le sort de tout un chacun, et que pour cela la Liberté est nécessaire, et que l’Etat dans le monde moderne est le principal ennemi des Libertés - comme l’avait fort bien compris Jouvenel par exemple.

Les socialistes, qui dominent le discours actuel, nous servent le sophisme suivant sans cesse : vous êtes contre l’augmentation du poids de l’Etat dans l’économie, donc vous êtes en faveur des riches, donc vous êtes contre les pauvres. A cela une seule réponse : pendant les années Mitterrand, les dépenses sociales ont augmenté plus vite en GB avec madame Thatcher qu’en France, parce que là- bas, on avait favorisé les entrepreneurs à la place de les faire fuir. Du coup, les Anglais bénéficiaient du plein emploi, et les pauvres étaient plus riches chez eux que chez nous, et surtout ils retrouvaient leur dignité en trouvant un travail…

3 - « Le Libéralisme serait la loi du plus fort appliqué à l’économie. »

Le libéralisme, c’est le règne de la LOI et non pas des hommes, ou du social clientélisme.

Prenons un exemple. Le secteur financier (dans lequel je travaille) a capturé le système politique; ce que l’on a fort bien vu dans la dernière grave crise économique (voir pour plus de détails "Liberal mais non coupable") et tout cela a été légalement autorisé par des hommes politiques qui avaient été achetés. Les banquiers et financiers n’ont pas gagné d’argent en mettant leur capital en risque (la base du libéralisme) mais en achetant la complicité des gens au pouvoir - ce qui n’a rien à voir avec le Libéralisme, et tout avec le social clientélisme, cette horrible maladie de la Démocratie. Par exemple, permettre la fusion des banques d’affaires et des banques de dépôts, comme l’a fait l’administration Clinton aux USA, a été un véritable crime dont nous payons encore le coût. Dans un pays libéral, de plus, l’Etat ne serait pas intervenu pour manipuler le coût des prêts hypothécaires à la baisse pour acheter les voix des électeurs avec l’argent d’autres électeurs, et nous n’aurions jamais eu de crise immobilière.

Je ne doute pas que les lecteurs vont réagir à cette petite philippique, ce serait bien normal, et bien sûr, je serai ravi de leur répondre. Cependant, s’ils veulent m’entreprendre sur l’un de ces 3 points, ils doivent savoir que je risque de m’énerver

Le plus simple s’ils veulent éviter de se faire engueuler, serait sans doute qu’ils lisent d’abord « Un libéral nomme Jésus, » ; « Liberal mais non coupable » et enfin « l’Etat est mort vive l’état » (l’ensemble aux éditions François Bourin Editeur)

Et en plus, ça fera plaisir à un homme charmant, mon éditeur…