L'Europe devant ses choix...
Par Charles Gave le dimanche 3 avril 2011, 20:06 - Article - Lien permanent
Comme certains lecteurs le savent sans doute, j’ai toujours été un robuste “eurosceptique”.
Dans mon premier livre, Des Lions menés par des ânes, j’expliquais que l’Euro était un Frankenstein financier, qui allait amener vers trop de maisons en Espagne, trop d’usines en Allemagne et trop de fonctionnaires en France (chacun se spécialisant là ou il a un avantage comparatif).
La réalité à dépassé mes craintes les plus extrêmes.
Non seulement mes trois prévisions se sont réalisées, mais en plus nous avons trois Etats Européens en faillite (Grèce, Irlande Portugal) tandis que trois autres vacillent au bord du trou noir de la faillite (Espagne, Italie, France). Devant un tel désastre, la technocratie triomphante et non élue qui l’a organisé pourrait se dire :
« J’ai fait une énorme boulette. Le mieux serait d’arrêter les frais et de ramener les pendules là ou nous étions dans les années 90 en recréant les monnaies nationales et en essayant de limiter les dégâts de la nouvelle période d’ajustement»…
Hélas, chacun sait qu’il n’en sera rien…
Comme cette classe technocratique ne brille ni par sa compétence économique, ni par sa connaissance des marchés et qu’elle pense fondamentalement que le politique l’emporte sur l’économique (comme les grands frères en Union Soviétique tant admirés par nos technocrates dans leur jeunesse), la probabilité d’un tel dénouement heureux apparait comme absolument nulle.
Si j’ai une certitude, c’est donc que l’Euro va aller de crises en crises, chacune plus grave que la précédente, jusqu’au jour ou l’économique l’emportera comme toujours sur le politique, comme en Union Soviétique d’ailleurs.
Ce que nous avons donc à décrire aujourd’hui, ce sont les plans que ces braves gens vont suivre pour prolonger l’agonie le plus longtemps possible, au moins jusqu’au moment ou ils auront pris leurs retraites pour servir dans les conseils d’administration des banques mises en faillite par leurs actions et qu’ils auront sauvé avec l’argent des contribuables.
Il y en a deux.
Le premier, qui est celui de ceux que de Gaulle appelait « des cabris sautant sur leurs chaises» est de nature Fédérale et peut se résumer en une phrase : « l’Allemagne paiera ».
Outre que cette phrase a déjà été utilisée dans l’histoire sans beaucoup de succès, elle fait fi d’une réalité toute simple : L’Allemagne n’a pas la moindre intention de payer, pas plus d’ailleurs que la Finlande, l’Autriche ou la Hollande. D’après les tenants de cette solution, il faudrait émettre des obligations garanties par tous les pays Européens de concert. Comme chacun le sait, ou devrait le savoir, donner sa caution à un prodigue est la façon la plus rapide de se ruiner et de l’empêcher de faire des efforts, comme l’Italie du Sud qui vit aux crochets de l’Italie du Nord le démontre depuis cent ans. Bref, ce plan ne pourrait pas marcher dans la réalité et politiquement il est inacceptable pour les pays vertueux : pas de raison que les allemands prennent leurs retr aites à 68 ans pour permettre aux Grecs de la prendre à 60…
Le deuxième est detransformer tous les citoyens européens en allemands en forçant ces pays à se réformer et en les contraignant à privatiser férocement pour faire reculer la fonction publique partout. Nul doute que si on y arrive, et si tout le monde se met à être vertueux en EuroLand, alors le problème de l’euro est résolu. C’est ce plan que pousse les autorités allemandes en disant qu’elles garantissent « inconditionnellement » l’Euro, mais que leur soutien à chaque pays est «conditionnel», c’est-à-dire qu’il dépendra de la volonté que chaque pays mettra à se réformer.
Comme c’est le seul plan qui bénéficie du soutien de l’Allemagne, c’est celui qui va l’emporter, mais il faut bien se rendre compte qu’il s’agit là d’une perte totale de souveraineté pour chacun des pays qui vont devoir s’y soumettre et que tous ces pays rentrent de facto et de jure sous protectorat allemand.
Par exemple, nous avons des élections en France dans un peu plus d’un an et il est tout a fait évident que dans la réalité le pouvoir de décision de ceux qui vont être élus va être circonscrit entre les candidats à la capacité que chacun aura d’obtenir des concessions plus ou moins fortes de Berlin. Voilà qui nous ramène quelques années en arrière…
Qui plus est, si par hasard le pétrole passait a $ 200 / bb, la politique de déflation à la Laval qui nous sera imposée n’a pour ainsi dire aucune chance d’être couronnée de succès, surtout si l’Euro continue a être aussi surévaluée qu’il l’est aujourd’hui… Economiquement et politiquement la réussite est loin d’être assurée.
Etant d’un naturel optimiste, je veux croire que ces plans de remise en ordre de nos Etats- qui sont absolument nécessaires - vont réussir.
Etant par conviction démocrate, j’aurai préféré qu’ils fussent choisis librement par l’électorat de façon libre, comme cela est le cas en Grande Bretagne. Mais il faut bien se rendre compte d’une chose : le délabrement de nos finances publiques est tel que le choix réel est entre un plan imposé par l’Allemagne dans le cadre institutionnel de l’Europe, ou un plan imposé par le FMI d’ici deux ans a notre pauvre pays. Dans tous les cas de figure, nous perdons notre souveraineté; mais au fond de moi-même, et parce que j’aime passionnément mon pays, je préfère et de loin la première solution.
Je n'y crois pas trop, mais j’espère de tout mon cœur que le plan allemand va marcher…

La version originale de cet article de Charles Gave a été publiée dans le journal La Tribune en date du 28 mars 2011.’
Commentaires
Marc Touati, directeur général d'Assya Compagnie Financière, revient sur les situations comparées du Portugal, en pleine tourmente, et des autres pays périphériques de la zone euro.
http://www.boursorama.com/votreinvi...
Je me demande si le système européen n'est pas un peu plus pervers que cela.
En effet, le commerce extérieur de l'Allemagne se fait principalement avec les autres pays européens. Le solde étant évidemment massivement au profit de l'Allemagne. Elle a donc aussi profité beaucoup des déficits de ses voisins.
Toute remise en ordre lui sera donc nuisible, surtout si elle est trop brutale.
A toto
Si l'Allemagne exporte tant, c'est que ses produits sont appréciés à l'étranger. Et s'ils le sont à l'étranger, ils le sont également chez elle. Bref, la puissance économique de l'Allemagne ne réside pas qu'en son commerce extérieur. D'une manière générale, réduire la santé économique d'un pays à sa capacité à exporter est extrémement réducteur. A contrario de l'Allemagne, le Japon exporte beaucoup mais va pourtant très mal depuis une vingtaine d'années.
@Lio,
L'allemagne a sacrifié sa demande interieur pour pouvoir exporter (baisse drastique des "charges" et donc baisse des revenus pour la plupart des allemands )... Toto a parfaitement raison. L'allemagne a fagocité les autres pays d'Europe. Les cures d'austérité ne vont faire que baisser la demande de tous les pays... c'est la mort de l'europe, allemagne inclue. Les déficites ne sont dues qu'au fait d'emprunter sur les marchés privés les capitaux que la BCE devrait preter à petits taux aux différents pays...
Au départ la création de l'euro fut mettre la charrue devant les boeufs qui devinrent bien trop nombreux/il était évident que seul un rapprochement politique et fiscal cad un fédéralisme permettait la réussite de cette création ex nihilo ..... le respect de la fameuse règle des 3% de déficit dont la création fut un vrai happening aurait sans doute facilité bien les choses.Seulement voilà, personne ,y compris l'Allemagne n' a respecté le contrat et certains ont même carrément truqué leurs comptes.Pire le double langage des politiques a entrainé une défiance voir la haine des populations vis à vis de l'euro
aujourd'hui que produirait la sortie unilatérale de l'euro version extrêmes gauche ou Droite ? malheureusement ,nous ,Français serions punis trés sévèrement. Est il stupide de penser que le nouveau franc serait dévalué massivement augmentant mécaniquement notre dette abyssale et auto alimentant par des taux d'intérêt grecs ( et oui nous n'aurions plus la garantie européenne pardon Allemande) le renouvellement de nos crédits internationaux.Est il stupide de penser qu e l'avantage relatif tiré de la dévaluation pour nos producteurs se traduirait par une inflation importée colossale qui rapidement annulerait les effets de la dévaluation et comment penser ,vu l'état brusquement aggravé de nos finances , que les fonctionnaires actifs ou retraités ne voient pas leurs salaires amputés provoquant une déflation record
bref ce serait la solution FMI immédiate....
Par conséquent nous n'avons guère le choix ,à part essayer de suivre les allemands tout en brûlant un cierge, je ne vois pas comment nous sortir d'une telle galère
Pour terminer l'euro trop cher ?ou le dollar US trop faible?vaste débat ..;j'ai tendance à penser que les américains en imprimant autant de billets qu'ils le souhaitent ,recherchent tout simplement à payer leurs créanciers en monnaie de singe, à développer l'inflation mondiale et à rendre compétitive leurs industrie et produits agricoles sans se préoccuper des conséquences de leur Politique
Dans ce contexte le programme Martine Aubry fait frémir , prend ses électeurs pour des...Benêts et nous conduirait encore plus vite au FMI :l'ironie du sort serait qu'il soit encore dirigé par DSK
Lundi 4 avril 2011 :
Portugal : taux des obligations à 2 ans : 8,813 %.
Portugal : taux des obligations à 5 ans : 9,917 %.
http://www.bloomberg.com/apps/quote...
Portugal : taux des obligations à 10 ans : 8,591 %.
Mardi 5 avril 2011 :
Portugal : taux des obligations à 2 ans : 9,142 %.
Portugal : taux des obligations à 5 ans : 10,144 %.
http://www.bloomberg.com/apps/quote...
Portugal : taux des obligations à 10 ans : 8,767 %.
- Emprunt à 6 mois :
Mercredi 6 avril 2011, le Portugal a lancé un emprunt à 6 mois : il a dû payer un taux d'intérêt de ... 5,117 % ! Les taux sont en hausse : c'était 2,984 % lors de la dernière émission.
(Par comparaison, la France doit payer un taux d'intérêt de 0,837 % pour un emprunt à 6 mois).
- Emprunt à 12 mois :
Mercredi 6 avril 2011, le Portugal a lancé un emprunt à 12 mois : il a dû payer un taux d'intérêt de ... 5,902 % ! Les taux sont en hausse : c'était 4,331 % lors de la dernière émission.
(Par comparaison, la France doit payer un taux d'intérêt de 1,384 % pour un emprunt à 12 mois).
http://tempsreel.nouvelobs.com/actu...
Mercredi 6 avril 2011 :
Après des mois de résistance, le gouvernement portugais a finalement reconnu mercredi la nécessité d'un recours à une aide financière dans le cadre des mécanismes de l'Union européenne, invoquant la "situation difficile" sur les marchés financiers.
http://www.boursorama.com/infos/act...
Le premier domino est tombé : la Grèce.
Ensuite, le deuxième domino est tombé : l'Irlande.
Ensuite, le troisième domino est tombé : le Portugal.
Maintenant, le quatrième domino va tomber : l'Espagne.
Maintenant, la bataille d'Espagne va pouvoir commencer.
et attendez, l'élection Présidentielle venue ,la bataille de France pourra commencer. Il suffit de lire les ébauches de programmes qui commencent à fleurir .A croire que nous n'avons pas de dette et que celle ci n'est pas tenue à 70% par la finance internationale
Marine leen a le pompon aujourd'hui elle sort de 'euro et prétend créer un nouveau Franc à parité 1euro.....................????????????? prendre les français pour d es .....benêts c'est surement le meilleur moyen pour arriver auPouvoir ;c'est après que ça se gâte
C'est pas vrai, il est partout ce BA ma parole.
Il continue à publier compulsivement ses charts de Bloomberg sur les taux des PIIGS comme si c'était le seul indicateur de la santé financière d'un pays...
Samedi 9 avril 2011 :
Kenneth Rogoff pense qu’il y a une haute probabilité que l’Union Européenne doive sauver l’Espagne.
Kenneth Rogoff believes there is a high probability that Europe has to help Spain.
Professor of Economics at Harvard University and former IMF chief economist, Kenneth Rogoff, believes there is “high probability” that Spain has to resort to Europe, adding : “If there is no Europe, Spain, and would be going wrong. “
Rogoff argues that the need to resort to outside help respond to the fact that Greece, Ireland, and “probably” Portugal will have to restructure its debt. “And when that happens the market will go crazy and Spain need some relief,” he says in an interview with the magazine ‘Capital’.
In this regard, stresses that it is “unimaginable” that Europe let Spain break without giving financial assistance, given the consequences of a default in the Spanish economy, and argues that the continent should “draw a red line the case of Spain. ” “If you stop payment, the thing will not end here. Be extended by Belgium, Italy … even France,” he adds.
Addition, the economist points out that the great challenge that is facing the Spanish economy is “how to grow”, because with an unemployment rate of 20% “will need some luck to advance something that GDP year. ” Thus, considers it “unlikely” to reach Spain in the medium term growth of 3% or 4% needed to reduce unemployment.
Deep structural reforms.
For this reason, Rogoff points out that Spain needs “a deep structural reform” of its economy and “measures of depth, especially in the labor market, and notes a five-year economic stagnation “is a fairly realistic scenario.”
Former IMF chief economist said the government of José Luis Rodríguez Zapatero has not moved to “promptly”, but believes he is “doing things” and its impact and practical application will be known over time.
“Spain is a country with many strengths and can not be compared with other countries. Multinationals have are excellent, has regions like Catalonia which alone will be one of the richest countries in the world … But, of course without growth all restructuring plans will not be sustainable debt “incident.
Inequality, the great challenge in the short term.
Rogoff, who has just published the book ‘This time is different’, which reviews the last 800 years of financial crisis believes that the world is now evolving into “high speed” in many ways, including financially. Regarding the future, believes that looking “more likely to hit is that Asia and emerging markets continue to grow faster than developed economies, and that many people will remain out of poverty.
However, he notes that in the short term, the challenge for the world is unequal, a “big problem” before the financial crisis, now even “major proportions.” “There will be great migrations in the world, internal problems in the U.S., China … and certainly also in Spain,” he says.
In this regard, says that inequality is “one of those things that are dormant and quiet and one day explode” and notes that even in Germany, where they often comment on how well it goes the economy, “the fact is that the working class is very angry. “
http://economicsnewspaper.com/polic...
Le Fonds Monétaire International a compris qu'il allait devoir payer pour sauver plusieurs Etats européens en faillite : Grèce, Irlande, Portugal, Espagne, Italie, Belgique, France, etc, etc (liste non exhaustive).
Le FMI a compris que plusieurs Etats européens allaient continuer à s'effondrer, les uns après les autres, comme des dominos.
Problème : le FMI n'a plus assez d'argent pour sauver tous ces Etats européens. Le FMI ne dispose que de 671 milliards de dollars. C'est très insuffisant pour sauver tous les Etats européens en faillite.
Pourtant, de 2009 à 2011, les 187 Etats membres du FMI avaient triplé les ressources du FMI. Malgré ce triplement, le FMI n'arrive plus à sauver de la faillite les Etats qui s'effondrent les uns après les autres. Les sommes nécessaires deviennent trop énormes.
Conclusion : jeudi 7 avril 2011, le FMI a demandé à pouvoir emprunter directement des dizaines de milliards sur les marchés financiers.
Conclusion numéro 2 : les Etats européens sont en faillite. Ils sont écrasés sous des montagnes de dettes. Le FMI va donc s'endetter lui-aussi ! Le FMI va rajouter des montagnes de dettes par-dessus les montagnes de dettes déjà existantes !
Conclusion numéro 3 : le système financier international est mort.
Lisez cet article :
Le FMI prêt à aller emprunter directement aux banques.
http://www.lexpress.fr/actualites/1...