Dette grecque : le test de l'utimatum
Par Charles Gave le jeudi 5 mai 2011, 15:07 - Article - Lien permanent
Les économistes adorent inventer des tests pour vérifier la rationalité des agents économiques.
L’un d’entre eux s’appelle le test de l’ultimatum et en voici les règles.
Il se joue à deux joueurs. Le premier reçoit une somme d’argent, mais il doit en donner un pourcentage de son choix à un deuxième joueur. Si le deuxième joueur refuse cette proposition, personne ne touche rien
En bonne logique, le premier joueur devrait donner une toute petite partie de ce qu’il a reçu, en partant du principe que l’autre sera très content dans la mesure où il vaut mieux avoir quelque chose que rien du tout.
Cependant, dans la réalité il n’en est rien, et le deuxième joueur refuse souvent l’offre s’il la juge « injuste ».
De ce fait, la plupart des joueurs offrent au second joueur 50 % de la somme totale, en partant du principe que cette offre ne sera refusée en aucun cas.
La raison pour laquelle je porte à l’attention des lecteurs ce petit test est que la Grèce et l’Allemagne sont exactement dans les termes de ce jeu, la seule différence étant qu’il ne faut pas attribuer des gains mais des pertes…
Les Grecs (et les Irlandais et les Portugais et les Espagnols) ont encouru des pertes massives sur leurs obligations d’Etat et ils aimeraient bien les partager avec les allemands qui sont leurs créditeurs.
Si les Grecs proposent de prendre la quasi totalité de la perte, les allemands seront bien sùr fort contents, mais il est évident que les Grecs seront bien incapables de rembourser leurs dettes. C’est la situation actuelle.
Parallèlement, si la Grèce fait supporter une grosse partie de la perte à l’Allemagne et à la BCE en faisant faillite ou en sortant de l’euro, les allemands seront très fâchés et pourraient couper toutes les lignes de crédit à la Grèce et tout le monde serait perdant. C’est la situation qu’il faut éviter à tout prix.
Logiquement dans le jeu de l’ultimatum, les pertes devraient être reparties 50/50, mais malheureusement d’autre contraintes apparaissent immédiatement pour empêcher cet arrangement. Un « hair cut » de 50 %, s’il était appliqué à toute la dette des pays douteux en Europe, soit 2000 milliards d’euros, mettrait tout le système bancaire européen en faillite et, de toute façon, les lecteurs allemands ne veulent pas payer.
Une solution élégante à ce qui apparaît comme un problème insoluble pourrait être la suivante.
Il faudrait transformer les pertes que les banques devraient enregistrer si la dette Grecque était valorisée à 50 cents par euro en crédit d’impôts, et ces crédits d’impôts devraient être inclus dans le capital primaire des banques.
Faisons l’hypothèse d’une banque allemande qui détient 10 milliards de dette Grecque valorisées à 100 %. Si la Grèce renégocie sa dette à 50%, cette banque risque de se retrouver en faillite puisque ni Bâle 2, ni Bâle 3 ne prévoient de mettre le moindre capital en réserve pour une dette étatique, et ne forcent pas non plus la banque à valoriser à la valeur du marché si la dette est inscrite dans le livre bancaire et non dans le livre de trading.
La solution que je propose est simple.
Cette banque allemande inscrirait à son bilan la dette Grecque à 50 et en même temps pourrait ajouter à son capital un crédit d’impôts consenti par l’Etat Allemand pour 50. En termes comptables, une dette de 100 serait remplacée par deux dettes l’une vis-à-vis de la Grèce, l’autre vis-à-vis de l’Allemagne. On pourrait imaginer que ces crédits d’impôts pourraient être vendus aux autres acteurs du secteur privé contre du cash, ce qui permettrait de recapitaliser les banques a peu de frais….
Bien sùr, une telle solution serait équivalente à une baisse des impôts consentie aux agents du secteur privé tant allemands qu’européens, mais au moins l’électeur allemand n’aurait pas l’impression qu’il paye pour les Grecs, mais qu’il sauve ses banques…
Qui plus est, il me parait plus raisonnable dans les circonstances actuelles de baisser les impôts sur les allemands que de les augmenter sur les Grecs..
Bien sur, il s’agit d’une solution qui ne punit pas le pécheur et tout le monde va immédiatement hurler au risque moral qu’une telle solution ferait peser sur le système, mais, en bon élève des Jésuites, si je suis férocement contre le péché, je ne veux pas automatiquement la mort du pécheur.

L'original de ce texte a été publié le 28 avril 2011, sur faillitedeletat, le site web de Charles Gave, sous le titre : "Test de l’Ultimatum, situation en Grèce et modeste proposition pour régler la Crise".
Commentaires
Elégant et simple, mais que proposez-vous pour que le pêcheur multirécidiviste ne recommence pas à se vautrer dans le dit pêché. Il serait charitable de le responsabiliser un peu…
Pas du tout d'accord. C'est un "stealth bailout" qui nous est proposé là. parce qu'à un niveau de dépenses donné, le crédit d'impôt des uns est l'impôt ou la dette des autres. Je ne vois pas pourquoi le contribuable devrait supporter la perte de celui qui a fauté.
Mal prêté ? Faillite. Point barre.
Mais évidemment, un processus de gestion en ordre de ces faillites est indispensable.
http://blog.turgot.org/index.php?po...
@Vincent
Il faut reconnaitre que l’Irlande semble bien s'en sortir et il est un peu plus légitime à tout prendre, de faire payer les clients plutôt que les contribuables, au passage on supprime des canards boiteux corrompus jusqu'à la moelle.
Mais je suis convaincu que si l’on ne touche pas aux actionnaires et dirigeants par la responsabilité illimitée, rien ne changera, faillites ou pas.
Il semble que ce soit la leçon de la seconde moitié du 19e, il est presque inutile de rendre les déposants responsables de leur choix de banque, pour eux c’est la loterie à l’envers, tu as le mauvais numéro, tu perds 40 ans d’économie. On dit « faillite ! Faillite ! » Jusqu’à ce que l’opinion ne puisse plus le supporter, et que la haine de la banque touche à son paroxysme. La réponse historique a malheureusement été le préteur en dernier ressort, linflation et le socialisme.
Je suis sceptique sur le fait que les déposants soient protégés par la faillite expresse mais il faut essayer pour le savoir.
Bien d'accord avec Vincent, et quoi encore ? Pour ma part, je propose de renflouer les banques allemandes avec le patrimoine de Charles Gave. C'est plus direct.
A Patrick
Sur la responsabilité illimitée des actionnaires et des dirigeants. Si vous entendez par là que ceux-ci devraient être redevables sur leurs deniers propres à hauteur des pertes de l'entreprise, cela me semble excessif et contre-productif. Il faut responsabiliser mais pas décourager. Qui va oser investir dans les entreprises avec une telle épée de Damoclès au dessus de la tête! Vous?
@Lio
Laissez-moi un commentaire :-)
http://blog.turgot.org/index.php?po...
A propos de la situation en Grèce :
http://www.google.com/hostednews/af...
C.G. écrit :
"Les économistes adorent inventer des tests pour vérifier la rationalité des agents économiques.
L’un d’entre eux s’appelle le test de l’ultimatum et en voici les règles."
Deux remarques.
R.1. Les économistes en question usurpent ou dénaturent le métier de l'économiste : ce sont en fait des mathématiciens qui ne débouchent pas dans leur domaine et qui croient s'en tirer en montant le bluff que certains théorèmes qu'ils connaissent bien peuvent apporter quelque chose à l'économie politique si on les applique à celle-ci.
En vérité, ils ne connaissent rien à l'économie politique sinon qu'il y aurait des "prix" et des "marchandises" : point de départ de la théorie économique mise à la mode par Arrow et Debreu dans la décennie 1950.
R.2. Après organisation, beaucoup de théorèmes appliqués depuis la décennie 1940 constituent un corps de doctrine qu'on appelle la "théorie des jeux", théorie à prétention économique qui prend les gens pour des imbéciles, des gens qui ne pensent pas ou sont monomaniaques.
Le jeu de l'ultimatum en est un succédané.
Il ne devrait amuser que les mathématiciens dans l'impasse.
Pour ma part, comme jeu, je préfère l'histoire du mathématicien de ce type qui dit à une puce : "saute" et fait observer qu'elle saute, puis lui coupe une patte et lui dit de sauter, mais elle ne saute pas et conclut, en conséquence, qu'elle est devenue sourde.
La théorie des jeux trône sur le piédestal de l'absurdité, d'ailleurs elle rend "fou" ces constructeurs http://www.paperblog.fr/2779308/mat...
25 milliards d'euros supplémentaires pour la Grèce :
http://www.lesechos.fr/economie-pol...
Ouh, c'est chaud ce fil !
@ G.S.
J'attire votre attention sur le fait que les administrateurs judiciaires tiennent précisément le discours de l'ultimatum décrit par Charles GAVE. Ils proposent à leurs interlocuteurs de les rembourser tout de suite à x%, OU quelques trimestres plus tard à xx% OU quelques années plus tard à 100% (ces OU sont bien évidemment exclusifs les uns des autres et conditionnés à la survie de la personne morale jusqu'à l'échéance en question). J'ai déjà fait face à cela quand ma startup de jeunesse a fait face au dépôt de bilan d'un petit partenaire.
Plus généralement, hélas, le pouvoir de nuisance est couramment utilisé comme argument de négociation, souvent de façon officieuse. C'est même théorisé et décrit en détail dans les formations pour cadres supérieurs.
Cela ne m'étonne pas.
La théorie des jeux est une façon de se mettre hors du droit naturel et de l'économie de marché aussi détestable que celle du marxisme, du matérialisme historique et de la lutte de classes qui a pour objectif particulier de construire un prétendu "droit".
Hans-Werner Sinn, professeur à l'université de Munich, président de l'Institut de Recherche Economique IFO :
"Au final, soit l'euro s'écroulera, soit une union de transferts sera établie dans l'Union Européenne, par laquelle les déficits des comptes courants seront financés par des donations entre pays membres."
http://lupus1.wordpress.com/2011/05...
La restructuration de la dette grecque inévitable.
http://www.lesaffaires.com/monde/mo...
Irlande : Dublin prévoit une restructuration de sa dette dans les trois ans.
http://lexpansion.lexpress.fr/econo...
Chers amis
J'ai oublie de mentionner dans mon article un point important: dans le cas des banques de depots, l'Etat (et donc le contribuable) est toujours et aprout un partenaire silencieux mais reel du systeme bancaire puisque les banques creenr de la monnaie (credit), ce qui est un privilege Regalien
C'est pourquoi la fusion du bureau de poste (la banque de depots) et du casino (la banque d'affaires) interdite par Roosevelt et autorisee par Clinton sous la pression de Goldman Sachs Citicorp (Mr Rubin) a ete un crime contre la monnaie, bien commun s'il en est
Il faut donc virer les responsables des banques, reprendre retroacativement les sommes que ces dirigeants se sont octroyes par l'intermediaire des stock options ($ 350 millions dans le cas de Rubin) et mettre en prison ces gars la
Tous les dirigeants d'Enron ont ete en prison. Aucun dirigenat bancaire
Deux poids deux mesures ou bien les banque ssont elles trop importantes pour le financement des partis politiques?
Amicalement a tous
CG
http://www.romandie.com/news/n/_ALE...
En Europe, les années qui viennent seront explosives.
"Tous ces pays vont faire faillite à un moment ou à un autre", juge ainsi Wilhem Schroeder, responsable du fonds d'investissement Schroeder Equities à Munich (Allemagne), cité dans ce communiqué.
http://www.lesechos.fr/entreprises-...
L'Union Européenne et le FMI vont encore jeter 60 milliards d'euros dans le tonneau des Danaïdes (c'est-à-dire : la Grèce).
Admirez le tableau :
http://img64.imageshack.us/img64/44...
Mardi 17 mai 2011 :
Pour la première fois depuis le début de la crise, des responsables européens ont reconnu mardi que la Grèce pourrait finalement devoir restructurer sa dette, une décision susceptible de raviver les tensions autour de la zone euro..
http://tempsreel.nouvelobs.com/actu...
Attention, la Grèce va faire défaut.
http://www.bloomberg.com/apps/quote...
Le message du mercredi 18 mai à 06h38 n'est pas de moi. Merci de le supprimer.
BA.
Mercredi 18 mai 2011 :
Les taux longs grecs sont repartis à la hausse mercredi, entraînant dans leur sillage les rendements portugais, alors que les Européens se déchirent sur la restructuration ou non de la dette grecque.
A 18H30, les taux grecs à 10 ans se tendaient à 15,628%, contre 15,455% mardi soir et ceux du Portugal à 8,982% contre 8,804% la veille.
Même si le Portugal a réussi à lever un milliard d'euros de dette à court terme et a rencontré une forte demande, les investisseurs ont gardé mercredi les yeux tournés vers la Grèce.
La question du rééchelonnement de la dette grecque suscite toujours des réactions passionnées en Europe. Mercredi, la Banque centrale européenne (BCE) a vivement réitéré son opposition à cette option.
Une restructuration de la dette grecque serait une "recette pour une catastrophe", a estimé Jurgen Stark, membre du directoire de la BCE, lors d'une conférence organisée près d'Athènes.
http://www.romandie.com/news/n/BOND...
Jeudi 19 mai 2011 :
La Norvège suspend son aide à la Grèce.
http://www.lefigaro.fr/flash-eco/20...
Vendredi 20 mai 2011 :
La Grèce a vu ses coûts d'emprunts sur les marchés atteindre un niveau record vendredi, les taux de ses obligations à dix ans dépassant 16,5%.
De nombreux observateurs estiment que la Grèce ne pourra éviter une restructuration de son importante dette publique, ce qui signifie payer les créanciers plus tard ou moins que prévu. Mais la Banque centrale européenne s'oppose à ce scénario.
http://www.boursorama.com/internati...
Vendredi 20 mai 2011 :
L'agence de notation Fitch Ratings a annoncé vendredi avoir abaissé de trois crans la note de la dette à long terme de la Grèce, à "B+", contre "BB+" auparavant, et l'a assortie d'une perspective négative.
http://www.boursorama.com/infos/act...
Attention, j'avais prédit la faillite des banques françaises en 2009.
Je vous prédit la faillite de la Grèce.
Voici la preuve :
http://preview.bloomberg.com/apps/q...
Je suggère à BA la lecture de cet article...
Peut-être se reconnaîtra-t-il ? Mais j'en doute...
http://www.ritholtz.com/blog/2011/0...
Le message du dimanche 22 mai à 19h17 n'est pas de moi. Merci de le supprimer.
BA.
Mais il n'y aura pas la fin du monde ! Ne vous inquiétez donc pas comme ça !
Il y aura seulement plusieurs Etats européens qui se déclareront en défaut de paiement. Rien de grave, donc.
Concernant la zone euro, elle va s'effondrer dans quelques années (dans quelques mois ?). Rien de grave, donc.
La France existait avant la naissance de l'euro.
La France existera après la mort de l'euro.
Lundi 23 mai 2011 :
Les taux longs grecs sont passés au-dessus de 17 % lundi en séance, atteignant un nouveau record, la dégradation de la note du pays par Fitch et les désaccords entre les instances européennes sur les solutions à apporter au pays inquiétant de plus en plus le marché.
http://www.romandie.com/news/n/BOND...
Mercredi 25 mai 2011 :
Union Européenne : la commissaire grecque évoque le risque que son pays quitte l’euro.
La commissaire européenne grecque Maria Damanaki a mis en garde mercredi contre un risque de sortie de son pays de la zone euro s’il n’arrivait pas à faire les efforts nécessaires pour réduire son énorme dette.
“Le scénario d’un éloignement de la Grèce de l’euro est désormais sur la table”, a-t-elle indiqué dans un communiqué publié sur son site internet grec.
“Je suis obligée de parler clairement”, a-t-elle poursuivi, évoquant un “dilemne : soit nous tombons d’accord avec nos bailleurs de fonds sur un programme de durs sacrifices apportant des résultats en prenant nos responsabilités pour notre passé, soit nous retournons à la drachme”.
http://www.lesechos.fr/economie-pol...