Quand les politiques s'en mêlent ou... s'emmêlent ?
Par Charles Gave le jeudi 9 juin 2011, 17:27 - Article - Lien permanent
Comme les lecteurs s’en sont sans aucun doute rendu compte, les marchés financiers depuis plus de 10 ans ont été quelque peu …difficiles.
Les crises ont succédé aux crises, les crashs aux crashs, et bien sùr il est de bon ton de rendre responsables de tous ces malheurs la mondialisation, l’ultra libéralisme, l’avidité des financiers ou des banquiers.
Bref, comme dans tous les temps difficiles, la recherche du bouc émissaire bat son plein. A mon humble avis, toutes ces excuses ne valent pas tripette.
Nous sommes dans une situation difficile parce que nos hommes politiques nous y ont collé, alors que personne ne leur demandait rien. Ces braves gens ont décidé que les investissements dans le monde devaient non pas suivre la rentabilité marginale du capital investi, comme cela avait été le cas de 1980 a 2000 mais les directions obligatoires que, dans leur grande sagesse, ils savaient être les bonnes. Pour faire simple, nous sommes en crise parce que nous avons des hommes politiques qui veulent laisser leurs noms dans l’Histoire (à ce propos, quelqu’un connait il le nom d’un homme politique suisse ? Est ce pour cela qu'il n’y a pas de crise en Suisse ?…) et, bien sùr, ils s’y sont tous mis…
Les Chinois ont décidé de suivre une politique mercantiliste en sous évaluant systématiquement leur monnaie. Le capital là bas est donc investi non pas en fonction de la rentabilité du capital dans une économie libre, mais en suivant un « faux prix » (le taux de change est anormalement bas).Tout le monde sait que cette politique n’est pas durable et entraine de graves déséquilibres à l’échelle du monde. Pour assurer le succès de cette brillante idée, les dirigeants Chinois pratiquent inévitablement le contrôle des changes et empêchent donc leurs citoyens d’investir à l’étranger les surplus que leur travail a engendré; ce qui déchaine l’inflation et la spéculation immobilière chez eux. On se croirait en France en 1981
Les Européens pour ne pas être en reste ont créé un monstre financier sous le beau nom d’Euro. J’ai écrit il ya 10 ans que ce « machin », comme aurait dit de Gaulle, allait amener à la plus mauvaise allocation de capital depuis l’invention de l’Union Soviétique, et qu’il allait mener à trop d’usines en Allemagne, trop de maisons en Espagne, et trop de fonctionnaires en France, tout cela se terminant par la faillite de certains états lorsque l’Allemagne, selon une tradition bien établie, ne voudrait plus payer. Nous y sommes; l’épargne française a été dirigée manu militari vers les obligations d’états européens, tous plus malades les uns que les autres, et a donc une valeur « faciale » élevée, mais une valeur réelle douteuse. La nymphe Europe avait été enlevée par le Dieu Grec Zeus déguisé en taureau. Il est a craindre que l'Euro ne souffre à nouveau du fait des Grecs. L’histoire se répète.
Enfin, aux USA, les Keynésiens, qui avaient disparu de la scène après les désastres qu’ils avaient suscité dans les années 70, sont revenus au pouvoir, et expliquent à qui veut les entendre que la solution pour les USA est de ruiner les épargnants en maintenant des taux réels négatifs, d’appauvrir le consommateur en faisant baisser la monnaie, et de créer de la richesse en faisant croître le poids de l’état dans l’économie (la base philosophique de toute bonne politique Keynésienne) - ce qui, là encore, n’incite personne à investir ou à embaucher, à la grande surprise des économistes, en particulier français, convertis depuis longtemps à la religion étatique qui les nourrit . "COMMENT ? la croissance de l’Etat ne nourrit pas la croissance economique?"; stupéfaction générale.
Cette description est un peu inquiétante. Aussi, pour ne pas désespérer, non pas Billancourt, mais la mythique veuve de Carpentras, je me dois de signaler quand même trois très bonnes nouvelles.
La première, comme je ne cesse de le répéter, est que parallèlement a ce désastre étatique, jamais les sociétés industrielles ou commerciales n’ont été aussi bien gérées et profitables;
La deuxième est que nous arrivons à la fin de ce que j’ai appelé le "social clientélisme". Ce qui veut dire que nous avons devant nous, non pas une crise économique, mais une crise des états,; ce qui n’est pas du tout la même chose, et ce qui va les forcer à se réformer comme l’avait fait la Grande Bretagne de Mrs Thatcher, la Suède après sa faillite de 1992, le Canada après 1994, la France sous Pinay, il y a hélas ! bien trop longtemps déjà.
La troisième est que tous ces blocages vont sauter un jour ou l’autre et que, quand ils sauteront, ce sera une bonne nouvelle et non pas une mauvaise.
La stratégie d’investissement que je préconise est donc fort simple et n’a pas bougé depuis plusieurs trimestres :
- acheter les sociétés à cash flow positif qui ne dépendent pas, pour leurs chiffres d’affaires, de l’un ou l’autre des états endettés;
- mettre des limites stupides (à l’achat) sur ces valeurs, en espérant que, dans une panique, elles seront touchées. Les conserver précieusement ensuite, puisqu’elles ont une valeur intrinsèque, ce qui n’est pas le cas du reste;
- n’avoir aucune obligation d’état a l’intérieur de l’euro sauf allemandes : qu’est que vaut une obligation émise dans une monnaie qui ne devrait pas exister par une Etat qui a vocation à faire faillite ?
- pou les plus braves, faire du « trading » en achetant au son des canons quand le marché est bien « survendu », pour vendre aux sons des violons quand il est bien « suracheté »
Commentaires
A LIRE
Les Etats sont devenus les gérants concussionnaires des Nations qu'ils exploitent comme une mine. Pour l'analyse des évènements à venir il faudra bien séparer Etat, nation, pays.
Samedi 11 juin 2011 :
Une association de banques allemandes a déclaré samedi soutenir la proposition de Berlin d’impliquer les créanciers privés dans le financement d’un deuxième plan d’aide à la Grèce, sans pour autant préciser qu’elle était en faveur de la solution d’échange de titres.
L’Allemagne plaide pour cette participation des banques privées dans ce deuxième plan de sauvetage d’Athènes, estimé à 120 milliards d’euros, dans lequel les créanciers privés seraient invités à échanger leurs titres de dette contre des obligations à maturité plus longue (« rollover »).
Cette solution est pourtant critiquée par la Banque centrale européenne (BCE) pour la réaction de panique qu’elle pourrait selon elle provoquer sur les marchés financiers et les agences de notation ont dit qu’elles assimileraient un tel « rollover » à un défaut.
L’agence de notation Standard and Poor’s a annoncé mercredi avoir abaissé de trois crans la note de quatre banques grecques à « CCC », soit la même note que celle attribuée en début de semaine à la dette à long terme de la Grèce.
Ces quatre banques, la Banque nationale de Grèce, l’Eurobank EFG, Alpha et Piraeus, sont « exposées à des risques renforcées en raison de la détérioration de la solvabilité de la Grèce », relève l’agence.
Ces risques sont également liées à la « perception des déposants grecs quant à la possibilité d’une restructuration de la dette grecque », ajoute S&P’s, qui envisage un nouvel abaissement dans les prochains mois au cas où ces banques ne pourraient pas faire face à leurs obligations.
S&P juge que, dans le cadre d’une restructuration de la dette grecque, le secteur privé (banques, fonds d’investissement, assureurs), mis à contribution, se retrouverait face soit à un « échange de titres » soit à un « allongement des maturités ».
De telles opérations seraient considérées « de facto comme un défaut » par l’agence de notation, et dans ce cas, elle pourrait attribuer à la Grèce une note encore plus basse, la reléguant dans une situation de défaut partiel.
Dimanche 19 juin 2011 :
"La faillite de la Grèce peut contaminer le Portugal et l'Irlande, et en raison de leur endettement élevé la Belgique et l'Italie, même avant l'Espagne", a prévenu le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker. Plus largement, la crise de la dette menace le projet européen tout entier, selon une étude publiée cette semaine par un think tank réputé à Bruxelles, le European Policy Center.
"L'inimaginable est devenu imaginable : la sortie d'un pays de la zone euro, la fin de l'euro et même une désintégration de l'UE ne sont plus taboues", écrit le think tank.
Lundi 20 juin 2011 :
La zone euro a renvoyé dimanche soir la balle dans le camp de la Grèce en refusant de débloquer la cinquième tranche de l'aide à Athènes et de valider un second plan d'aide au pays tant que le Parlement grec n'aura pas voté un nouveau programme d'austérité.
Alors que la date de ce vote n'est pas encore arrêtée, les ministres des Finances de la zone euro, qui se sont réunis huit heures durant à Luxembourg, se sont donné jusqu'à début juillet pour prendre une décision sur ces deux dossiers, faute de quoi la Grèce ferait défaut sur sa dette dans les jours suivants.
Ils ont, en revanche, d'ores et déjà clarifié la manière dont les créanciers privés seraient associés à un second plan de soutien. Il s'agira d'une participation informelle et volontaire, correspondant à ce que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel avaient décidé à Berlin vendredi. "Les ministres des Finances de la zone euro ont décidé de définir d'ici début juillet les principaux paramètres d'une stratégie de financement pour la Grèce", peut-on lire dans un communiqué d'une page publié à l'issue de la réunion.
"Les ministres des Finances de la zone euro sont d'avis que tout financement supplémentaire pour la Grèce sera de source publique et privée. (...) Une participation du secteur privé à un second plan d'aide à la Grèce se fera sur une base volontaire et informelle via un roll-over d'obligations grecques arrivant à maturité", est-il encore indiqué. Cette modalité est connue comme "l'initiative de Vienne", par laquelle des banques privées avaient accepté en 2009 de ne pas se désengager d'Europe centrale au plus fort de la crise.
Après la valse-hésitation au cours de la semaine sur l'opportunité de débloquer la cinquième tranche d'aide de 12 milliards d'euros prévue dans le cadre du plan de 110 milliards approuvé en mai 2010, les ministres ont décidé de rester fermes. Ils ont de nouveau appelé à une unité politique nationale en Grèce "compte tenu de la longueur, de la magnitude et de la nature des réformes requises".
Surtout, ils "(ont) rappelé avec force au gouvernement grec que, d'ici la fin du mois, il doit faire en sorte que tous soient convaincus que tous les engagements pris par les autorités grecques soient remplis", selon les mots du président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, à la sortie de la réunion. "Vous ne pouvez pas imaginer une seconde que nous nous engagions à financer sans savoir si le gouvernement grec a endossé les obligations qui sont celles de la Grèce", a-t-il encore indiqué aux journalistes.
Le ministre belge des Finances, Didier Reynders, a confirmé que les fonds ne seraient pas débloqués pour le moment, même si des discussions s'engageront entre les départements du Trésor des principaux États membres et les créanciers privés de la Grèce.