Cette idée est profondément vraie.

La première Révolution Industrielle avait créée des compagnies organisées sur le mode pyramidal : le patron de droit divin au sommet de la pyramide donne ses ordres aux milliers ou aux dizaines de milliers de soldats de base encadrés par des officiers qui n’ont comme fonction que de transmettre les ordres et de vérifier leur bonne exécution. Ce modèle économique a été immédiatement copié par les grands Etats Nations qui émergèrent au XIX siècle.

Ce modèle hiérarchique et pyramidal est en train de voler en éclat sous l’effet d’une nouvelle révolution technologique, que j’ai décrit à loisir et que j’ai appelé ''la révolution de la Connaissance". Aux trois facteurs de production que Marx et tous les économistes classiques combinent : terre, travail, capital, pour expliquer la croissance, il faut aujourd’hui rajouter la connaissance. Ce qui crée de la valeur aujourd’hui c’est l’invention comme l’ont abondamment illustre les exemples d’Apple, Google ou Facebook (1) Et ceci change tout.

De ce fait les sociétés industrielles ou commerciales de la nouvelle génération ont des structures très souples et très fluides, ce qui va nous amener à une incroyable révolution politique et faire sauter la vieille gauche historique.

Suivant en cela les conseils de Gramsci (Marxiste Italien du début du xxème siècle), la gauche « classique » la gauche a en effet décidé il y a longtemps d’infiltrer et de conquérir l’appareil culturel des Etats et ce depuis 50 ans. Ses troupes ont pénétré et conquis l’éducation, les media, les partis politiques, les syndicats de fonctionnaires (en reste t’il d’autres?), le monde de l’art et de la culture (subventionnés bien entendu). L’ennui c’est que l’Etat est en train de faire faillite et pour une raison toute simple : nos Etats ne peuvent plus imposer les créateurs de valeur qui ont quitté le territoire national pas plus qu’ils ne peuvent taxer les sociétés qui font apparaitre leurs profits là où le rapport entre le coùt des impôts et les bénéfices qu’elles peuvent tirer des services publics est le meilleur, ce qui est très facile puisque la production est dématérialisée. Autant se faire imposer en Irlande à 15 % qu’en France à 33 %...

Et les pays dont les sociétés où les individus talentueux se retirent le plus vite sont bien sùr ceux où les marxistes 'tendance Gramsci' sont les plus présents, tandis que les autres états font des pieds et des mains pour attirer ces talents...en baissant les impots prélevés sur eux.

La vieille gauche se retrouve donc dans la situation de l’aristocratie britannique lorsque le libre échange fit sauter ses privilèges en faisant s’écrouler le cours du blé (corn laws). Mais comme la vieille gauche a conquis l’Etat, elle entend se servir de ce privilège pour maintenir le niveau de vie de ses troupes. Et comme elle ne peut plus le faire par les impôts, elle le fait par l’emprunt en donnant en garantie la signature de l’Etat Français.

Mais d’ici peu, comme en Espagne, comme en Grèce, les marchés vont refuser de souscrire à la dette Française.

Et l’Etat (c'est-à-dire la gauche) va se retrouver devant un choix Cornélien : réformer, c'est-à-dire faire baisser son propre poids dans l’économie (ce que l’on commence à voir en Espagne ou au Portugal) ou faire faillite. C'est-à-dire perdre le pouvoir au profit du FMI

Résumons :

1. Les possibilités de taxer les manants existent de moins en moins, les manants (entrepreneurs, compagnies) ayant pris le large puisqu’ils sont mieux traités ailleurs.

2. Les possibilités d’emprunter se ferment petit à petit.

3. Ce scénario est déjà visible en Europe du Sud ou en Grande Bretagne et commence a se discerner aux USA

La conclusion pour un marxiste comme moi, et fier de l’être, est donc claire. Il y a une contradiction évidente entre l’infrastructure économique et la superstructure politique.

Nous rentrons donc dans des temps révolutionnaires où la superstructure politique va devoir s’adapter. Les révolutions se caractérisent en effet par la nécessite de virer la classe parasitaire qui a pris le contrôle de l’Etat à son profit exclusif et dont le poids empêche toute croissance économique. C'est ce qui va arriver, et c'est une excellente nouvelle.

Je me sens dans l’Etat d’esprit d’un Allemand de l’Est quand le mur de Berlin était a la veille de s’effondrer. Heureux

NOTE

(1) Ce qui n’est pas le cas pour la Chine, toujours sur le vieux modèle. D’où les cris déchirants sur le fait que les Chinois vont nous bouffer tout crus. Ce serait surprenant si ceux qui sont en retard d’une guerre gagnait les conflits. Ce qui crée la croissance économique c’est la Liberté, pas l’obéissance, c’est le nombre d'inventeurs, pas le nombre de fonctionnaires. Trait_html_691a601b.jpg

La version originale de ce texte a été publiée dans Le Journal des Finances en date du 29 Janvier 2010'