Débat sur les monnaies : controverse autour de l'étalon-or
Par Charles Gave le jeudi 16 décembre 2010, 17:25 - Article - Lien permanent
Notre ami Charles Gave réagit vivement aux écrits et déclarations qui évoquent le retour de l'or dans le système monétaire international. Et vous ?

En pleine guerre des monnaies, l'idée d'un étalon-or a resurgi. Hormis les cas de dictature, où ce choix protège les citoyens contre l'arbitraire du tyran, l'étalon-or est un remède bien pire que le mal. Il conduit à une politique monétaire aveugle, source de dépressions économiques. La vraie solution réside dans les changes flottants.
Personne n’a jamais pu expliquer pourquoi la monnaie avait de la valeur, qu’elle soit basée sur l’or, les coquillages, l’argent ou encore sur le papier.
Grand mystère. La chose qui sert à mesurer la valeur, personne ne sait pourquoi elle a de la valeur. Il y a toujours en deux réponses à cette question.
- Celle de Platon: la monnaie est une convention entre les parties.
- Celle d’Aristote: la monnaie à une valeur intrinsèque fondée sur son coût de production, ce qui est une idiotie économique puisque cela fait référence à la valeur travail, dont nous savons (depuis les Autrichiens) que ce concept est faux et améne dans des impasses économiques sanglantes dont la pire fut bien entendu le Marxisme.
On ne peut être Autrichien et favorable à l’étalon. A mon avis, beaucoup l’ont été par hostilité.
Pour moi, la monnaie est donc une convention sociale. Le Christ dans les Evangiles nous dit de surcroit que la monnaie ressort de l’Etat (voir Un Liberal nomme Jésus).En cas de litige entre les parties, l’Etat qui dispose du monopole de la violence, par ses tribunaux et ses gendarmes fait régner le Droit.
La monnaie est donc un bien commun (un peu comme un jardin public) dont l’Etat assure la gestion DE FACON DECENTRALISEE et indépendante du pouvoir politique mais qu’en aucun cas il ne possède. Ce qui nous amène au mode de l’organisation de l’Etat.
L’or est une protection contre la spoliation étatique non fondée sur le Droit ou la Loi. Dans cet esprit , et toujours d’après Platon, le meilleur des régimes est une démocratie des ‘vertueux » et le pire sans aucun doute la démagogie
Si nous avons une tyrannie ou une démagogie au pouvoir, s’exprimant par exemple au travers d’un contrôle des changes, alors l’or est l’une des solutions. Si nous avons une démocratie, alors nul n’a besoin de l’or. Les Suisses n’ont guère besoin de l’or.
Les contre indications de l’or sont par contre gigantesques du point de vue macroéconomique. Le XIXème siècle et le XXième jusqu’à la grande dépression ont été l’objet d’énormes dépressions récurrentes et la volatilité du PNB a été infiniment plus forte pendant l’étalon or qu’après.
Les pays ayant des excédents des comptes courants et donc accumulant de l’or n’ont pour ainsi dire jamais laisser monter leurs masses monétaires. La France a été l’une des grandes responsables de la dépression des années 30. L’étalon or amène automatiquement tout un chacun à devenir mercantiliste, puisque le succès se mesure au nombre de tonnes d’or que vous avez dans vos caves à la banque centrale
Un homme comme Rueff, bon fonctionnaire s’il en fut et qui n’a jamais souffert des dépressions que sa politique engendrait, a foutu en l’air l’économie française en 1934 comme peu de gens l’avaient fait avant lui depuis Colbert, ce qui nous a amené le front populaire en 1936, lequel nous a laisse sans défense devant l’Allemagne en 1940.
Brillant résultat.
L’or est une brute aveugle, qui peut forcer des tyrans ou des démagogues à changer leur politique, je vous l’accorde, et encore. mais c’est une brute aveugle et sourde.
Une variation du taux de change est l’une des façons les plus efficaces d’absorber un choc externe sans trop de dégâts, tandis que l’histoire des taux de change fixe est une véritable litanie de désastres, comme l’Euro est en train de nous le démontrer a nouveau.
La réalité, c’est qu’une politique monétaire menée selon des principes sages et démocratiques permet à l’économie de se développer beaucoup plus harmonieusement que n’importe quel autre système et que toute l’histoire économique des cent dernières années le prouve. Que les banquiers centraux et les monnaies soient en concurrence est ce qui assure la discipline bien mieux que n’importe quoi d’autre ou qu’un Deus ex machina gérant un monstre ingérable comme l’euro, ou si nous sommes soumis à une discipline irrationnelle comme celle de l’étalon or.
Le problème arrive lorsqu’une démocratie importante (les USA) passe de Démocrate à Démagogie, ce qui s’est produit avec Bush et encore plus avec Obama. Là, nous avons un problème, mais qui est facile à régler. L’électorat s’en occupe en général comme nous l’avons vu en Suède, au Canada, aux USA sous Reagan et en GB.
Il suffit pour que le coté » bien commun » soit respecté, que l’indépendance de la banque centrale soit inscrite dans la Constitution et que l’on fasse passer d’autres amendements à cette Constitution pour empêcher l’état et les politiques de présenter des budgets en déficits. C’est ce qui s’est déjà produit en Suède, au Canada, en Allemagne, en Suisse.C’est ce que les tea party veulent faire passer aux USA.
En conclusion, il me semble plus simple de virer les démagogues et de les remplacer par des démocrates que de confier mon sort à une brute invisible et aveugle
J’ai toujours préféré la démocratie à la tyrannie, même en matière monétaire. Mais bien sur c’est un choix personnel. Et pour ceux qui voudraient approfondir, je vous renvois à l’excellente conférence de Nicolas Baverez publiée par Euro 92.

La version originale de ce texte a été publiée sur le blog de Charles Gave, lafaillitedeletat.com, sous le titre: "l'or et la monnaie", en date du 6 novembre 2010.
Commentaires
Merci pour cet excellent article,
mais ne croyez vous pas que le probléme serait réglé pas un systéme de banque libre, c'est à dire sans banque centrale, qui définirait lui-même la meilleur monnaie ?
Je me réfère là aux travaux de George Selgin dont on peut avoir un aperçu dans ce site ici http://blog.turgot.org/index.php?po...
Il cite souvent la banque libre d'Écosse du 17e et 18e siècle qui n'a connu aucune crise durant son existence.
George Selgin considère les banques centrales comme étant la source d'instabilité dans nos économies. Je tiens à noter qu'il se distingue des Rothbardiens en récusant nullement le principe de la réserve fractionnaire qu'il considère au contraire comme une innovation majeure.
"Personne n’a jamais pu expliquer pourquoi la monnaie avait de la valeur, qu’elle soit basée sur l’or, les coquillages, l’argent ou encore sur le papier."
Pas glop...
"La vraie solution réside dans les changes flottants."
Puisque l'on parle de solution, il serait bon de préciser de quel problème on parle. Les changes flottants évoquent la balance commerciale, la "guerre des devises" etc. Si tel est le problème, pourquoi ne pas y répondre par le contrôle des changes tant qu'on y est ? Revenons au bon vieux triangle de Mundell : puisqu'on veut avoir une politique monétaire ("sage et démocratique"), pourquoi s'embarrasser avec la libre circulation des capitaux ? On peut utiliser la planche à billets comme pompe à phynance (sagement et démocratiquement), mais il faut être cohérent et tenir l'épargne d'une main ferme !
Si, à l'inverse, on renonce à la politique monétaire pour arrondir ses fins de mois, changes fixes ou flottants, ça n'a plus beaucoup d'importance. De toutes façons, aucun régime fixe n'est plus crédible que le gouvernement qui l'instaure ; et aucun régime flottant n'est vraiment propre.
C'était quoi la question déjà ?
La question - le problème - ne devrait pas être les échanges internationaux. Dans la plupart des pays, les échanges intérieurs pèsent bien plus lourd. La question devrait être : le gouvernement renonce-t-il de façon crédible à user de la planche à billets comme d'une pompe à phynance ? Non seulement dans les périodes calmes, mais aussi et surtout en période de crise, lorsque la "force majeure" supplante toutes les promesses antérieures. C'est d'abord une question domestique, pas internationale. Elle touche à la relation entre le peuple et ses représentants, pas aux relations entre les gouvernements. C'est ainsi que la question doit se poser.
Or, sous cet angle, dans la période que vous décrivez des années 30, il n'y avait plus d'or depuis belle lurette. Même les gros marchands avaient finalement perdu la faculté de convertir leur monnaie en lingots. Seuls les échanges entre gouvernements reposaient encore partiellement sur l'or. C'est le système du change-or dont Rueff avait si bien vu les limites. Si l'on veut attribuer à la monnaie un rôle causal dans l'avènement du Front populaire, et de la suite, c'est au papier qu'il faut demander des comptes ; pas à l'or. Comme pour l'Allemagne.
Pour la période actuelle, l'épidémie de grippe souveraine qui ravage le monde est de même nature : elle est domestique avant d'être internationale. L'or en tant que monnaie internationale viserait le symptôme, pas la cause. Ce sont les effets domestiques de l'or que l'on peut discuter : la promesse, moyennement crédible, qu'on n'abusera pas de la monnaie. La constitutionnalisation de la monnaie aurait, de ce point de vue, à peu près les mêmes qualités et défauts que l'or. Elle aurait, comme l'or, besoin, pour fonctionner, d'autorités monétaires "sages et démocratiques." Et si l'on pouvait trouver une telle autorité monétaire, aurait-on besoin d'une constitution monétaire ? Ou de l'or ? Petitio principii...
Il faut également évoquer une question qui divise : les crises schumpéteriennes sont-elles inhérentes au capitalisme ? Et faut-il pouvoir y réagir par une politique monétaires stabilisatrice ? Ou bien est-ce renverser la cause et l'effet ?
Friedman (1967) s'interrogeait sur le retour à l'étalon-or tant souhaité par Rueff en ces termes :
« Le retour à un véritable étalon-or pourrait donc être souhaitable, mais il est pratiquement impossible.
II exigerait que tous les pays renoncent à utiliser la politique monétaire aux fins d'influencer le marché intérieur, 1'emploi ou le niveau des prix.
La substitution d'un pseudo étalon or au pseudo étalon de change or actuel serait un gain positif mais minime.
Tout comme 1'étalon actuel, il
- impliquerait un interventionnisme politique sur le commerce et les paiements internationaux, ainsi que de grandes crises temporaires, et
- entraverait toute tentative réelle de libéralisation des échanges.
L'autre possibilité libérale souhaitable est un système de taux de change fluctuant librement, où l’or n'aurait aucun rôle officiel particulier.
Il faudrait supprimer toutes les restrictions actuelles concernant le droit de propriété, le transfert et le prix de 1'or qui deviendrait alors une marchandise sur un marche vraiment libre.
Comme je 1'ai déjà démontré, il est paradoxalement plus aisé de favoriser un véritable étalon or
- en suivant cette direction qu'
- en s'attachant délibérément à la forme de l’étalon or, au mépris de son esprit.
Les libéraux, moins que personne, n'ont besoin qu'on leur dise que, ce qui semble parfois le plus long chemin, est souvent le raccourci qui mène au but. » (ibid.)
On sait la suite ...
cf. L'inversion de la causalité - http://blog.georgeslane.fr/category...
P.S. dans l'avant-dernier alinéa, il faut lire "comme l'or (sous-entendu : monnaie internationale)".
Le cas de l'or utilisé comme monnaie domestique serait différent. Ce serait alors une vraie monnaie-or, dans notre porte-monnaie, et non dans le coffre d'une banque centrale.
@ Kafka
L'expérience de banque libre en Ecosse entre les 17e et 18e siècles est à relativiser à la lumière de la loi "Anent Coalyers and Salters" de 1606, modifiée seulement en 1775. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu'il faut s'empêcher de réfléchir à la thèse de la banque libre.
1) Les démagogues peuvent acceder au pouvoir démocratiquement et engendrer des dommages considérables sur l'économie que les citoyens doivent subir pendant de longues années.
2) Les traités constitutionnels sont rédigés en laissant suffisament de marge de manoeuvre aux hommes de l'état pour exercer leur capacité de nuisance
3) Ils finissent d'ailleurs par baffouer les traités qu'ils ont paraphés en jurant la main sur le coeur qu'ils les respecteront envers et contre tout.
La seule solution durable pour limiter l'impression de monnaie fiduciaire reste les réserves d'or. Si les hommes de l'état ont abandonné l'or comme étalon en matière monétaire, c'est qu'ils devaient avoir de bonnes raisons. Notamment celle de pouvoir imprimer autant de billets que leur folie le permettait pour tenter de couvrir des dettes qui se sont élevées à la hauteur de leurs démences.
Par ailleurs, les pays cités en exemple subissent sans arrêt des attaques d'opposant politiques (internes et externes) pour tenter de saper la rigueur budgétaire qui engendre ensuite des désordres monétaires.
Non contents de nous piller 70 % de nos revenus, de limiter nos libertés individuelles au stade de semi-esclave par des legislation de plus en plus contraignantes, les hommes de l'état s'en prenne maintenant au sort de la monnaie. Les manipulations de Bernanke et de Trichet ne sont pas de nature a rassurer ; ne parlons même pas des dictateurs communistes chinois.
En conclusion, pour rien aux monde, contrairement à Charles Gave, je ne mettrais mon sort entre les mains des hommes de l'état.
Votre façon est inimitable. On peut être en plein accord avec votre thèse, et finir par trouver l'étalon-or sympathique, tant vous l'étayez de sentencieuses approximations. "D'après Platon, le meilleur des régimes est une démocratie des vertueux » : ah, bon ?
Dans Le Politique et Les Lois, Platon se livre à ce que l’on pourrait appeler une apologie du règne du droit par défaut. Il distingue sept constitutions possibles, six imitations, une forme idéale. La rectitude constitutionnelle est fonction du savoir qui a présidé à la rédaction des normes. Dans Le Politique, l’Etranger explique en effet que « parmi les constitutions, celle qui sera uniquement et au plus haut point la constitution droite, ce sera celle dans laquelle on pourra trouver des dirigeants doués d’une science véritable et non pas simplement d’un semblant de science, qu’ils exercent leur autorité en s’appuyant ou non sur des lois, avec ou sans l’agrément de ceux qu’ils gouvernent, qu’ils soient riches ou pauvres ; rien de tout ce qui vient d’être énuméré ne doit entrer en ligne de compte dans l’appréciation de la rectitude ».
Large est la latitude laissée au gouvernant idéal : « que ces dirigeants tuent ou exilent certains de ceux sur lesquels s’exerce leur autorité pour purger la cité en vue de son bien, qu’ils envoient des gens en colonie comme des essaims d’abeilles pour la faire plus petite, ou qu’ils fassent venir des gens de l’étranger en faisant d’eux des citoyens pour la faire grossir, tant qu’ils font appel à la science et à la justice pour assurer la sauvegarde de la cité et pour de mauvaise la rendre meilleure dans la mesure du possible, il nous faudra dire que c’est cette constitution, définie en de pareils termes, qui pour nous est seule correcte. Quant à toutes les constitutions que nous évoquons, il faut déclarer qu’elles ne sont pas des constitutions légitimes, et qu’elles ne sont même pas de véritables constitutions, mais qu’elles en sont des imitations : celles dont nous disons qu’elles ont de bonnes lois l’imitent pour meilleur, les autres pour le pire. »[2]
Dans leurs notes au Politique, Luc Brisson et Jean-François Pradeau refusent de conclure que le gouvernant savant se passera des lois en toutes circonstances.[3] Ce n’est certes pas ce qu’écrit Platon, qui souligne d’ailleurs avec force la nécessité pratique de faire des lois, ne serait-ce que pour porter la volonté du gouvernant auprès de tous les membres de la cité : « comment pourrait-il y avoir quelqu’un qui serait capable, à tout instant de la vie, de venir s’asseoir auprès d’un chacun pour lui prescrire précisément ce qu’il lui convient de faire ? ».[4] Reste que si le gouvernant idéal devra bien recourir aux lois, il n’est tenu a priori par aucune loi existante, il est « comme un dieu parmi les hommes ».[5]
Devant bien constater que « ne surgit pas dans les cités, comme il en éclot dans les essaims, un roi qui s’impose tout de suite comme le seul par la supériorité de son corps et de son âme »[6], Platon concède : « il faut donc bien, semble-t-il, nous rassembler pour consigner par écrit des lois, en tentant de mettre nos pas dans ceux de la plus véritable constitution . »[7]
Se mettant, dès lors, en quête de la deuxième (deuteron) meilleure solution, le philosophe athénien examine les trois formes de pouvoir politique : monarchie, démocratie, aristocratie. Il propose des critères pour discerner si l’on a affaire ou non à la version droite de chacune de ces formes : « contrainte et liberté, pauvreté et richesse, loi et absence de loi »[8], et de distinguer, par conséquent, six constitutions possibles[9] : royauté et tyrannie, aristocratie et oligarchie, quant à la démocratie elle n’a qu’un nom. Trois critères, donc (liberté, richesse (collective), loi), mais Platon n’en retiendra finalement qu’un seul[10] : « maintenant que nous avons mis de côté cette constitution <idéale> et que nous avons admis que les autres sont inévitables, la transgression des lois et le respect des lois divisent chacune d’entre elles en deux. »[11]
Le respect des lois : voilà le critère anatomique des constitutions droites. Dans le champ des constitutions possibles, Platon se livre à l’apologie du règne de la loi, une apologie qui n’est pas accidentelle ou occasionnelle mais qu’il répétera à maintes reprises dans Le Politique aussi bien que dans Les Lois : « Si j’ai appelé serviteurs des lois ceux que l’on nomme aujourd’hui gouvernants, ce n’est pas pour le plaisir de forger des termes nouveaux ; c’est qu’à mon avis, de cela dépend plus que de tout le reste le salut de la cité ou sa ruine. Que dans une cité la loi soit assujétie et sans force, et je vois sa perte toute proche ; mais où elle règne sur les chefs et où les chefs se font les esclaves de la loi, c’est le salut que je vois arriver là, et avec lui tous les biens que les dieux accordent aux cités. »[12]
Comme le note Edouard des Places, « à défaut de l’illégalité idéale d’un Etat où règneraient les philosophes, le seul remède à l’arbitraire est une légalité intangible ».[13] L’arbitraire : voilà le critère liminaire du mauvais gouvernement; « les hommes doivent nécessairement établir des lois et vivre selon des lois, sous peine de ne différer en aucun point des bêtes les plus totalement sauvages ».[14]
L’ennemi de la Constitution, en tant qu’il menace de précipiter la communauté dans la guerre civile, mérite la mort.[15] Là encore, notons-le, c’est non seulement la poursuite, par les séditieux, d’intérêts particuliers qui justifie la sévérité de la sanction, mais aussi le fait d’asservir les lois « en les soumettant à l’autorité des hommes », d’user de violence et de « mépriser la légalité »[16]. La sédition, si elle est efficace, condamne nécessairement le corps social au règne de l’arbitraire : voilà ce que Platon a compris (et vécu), voilà ce qu’il ne saurait tolérer.
Quel est, en dehors de la constitution idéale, le meilleur régime ? « Le gouvernement d’un seul, soumis au joug de bonnes règles écrites, que nous appelons des lois, est la meilleure des six constitutions (...) ».[17] Le pire régime est celui de la démocratie, car « la multitude est débile en tout ».[18] Le critère de cette appréciation est le savoir, ce que Platon appelle la « technique royale »[19], la science du gouvernement et « un grand nombre d’individus, quels qu’ils soient, ne sera jamais en mesure d’acquérir la science qui convient à la direction intelligente de la cité (...) ».[20]
"J’ai toujours préféré la démocratie à la tyrannie", concluez-vous, et force est de constater en effet qu'à la tyrannie de l'exactitude, vous ne céderez jamais.
[1] Platon, Le Politique, 293c-293d.
[2] Platon, Le Politique, 293d-293e.
[3] Voy. p. 255.
[4] Platon, Le Politique, 295a-295b.
[5] Platon, Le Politique, 303b.
[6] Platon, Le Politique, 301d-301e ; voy. aussi Les Lois, 875a : « La raison en est qu’aucune nature d’homme ne naît assez douée pour à la fois savoir ce qui est le plus profitable à la vie humaine en cité et, le sachant, pour pouvoir toujours et vouloir toujours faire ce qui est le meilleur ».
[7] Platon, Le Politique, 301d-301e.
[8] Platon, Le Politique, 291d-291e.
[9] Platon, Le Politique, 291c-292a.
[10] Ce que relèvent également L. Brisson et J.-L. Pradeau, p. 263. Cfr. aussi 292a, 296d-296e, 301a, 302e.
[11] Platon, Le Politique, 302e, italiques ajoutés.
[12] Platon, Les Lois, 715c-715d, nos italiques.
[13] Note sous Les Lois, 715d (p. 65).
[14] Platon, Les Lois, 874e-875a ; ces hommes ne feraient en somme que reproduire la nature primitive des légendaires Titans (701c).
[15] Platon, Les Lois, 856b.
[16] Platon, Les Lois, 856b.
[17] Platon, Le Politique, 302e.
[18] Platon, Le Politique, 303a.
[19] Platon, Le Politique, 300e.
[20] Platon, Le Politique, 297b.
Assurément, l'or est un sujet qui ne laisse personne indifférent quand il ne rend pas carrément fou.
L'article de Nicolas Baverez auquel renvoie Charles Gave démontre sans appel qu'une parité-or fixe ne protège contre rien quand le monde bouge autour de soi sans retour possible.
Si le franc Poincaré a été favorable à la France, c'est que contrairement à la livre à laquelle Churchill avait rendu sa valeur d'avant-guerre, il prenait sagement en compte le coût de la guerre de 14-18 et ne retrouvait que 80% de la valeur du franc germinal ; du coup le franc était dévalué de 20% par rapport à la livre Churchill et au dollar qui, lui, n'avait pas souffert de la guerre. Excellente opération même si le phallus national se retrouvait rabougri ; l'or a afflué dans les caves de la Banque de France et le coq français sur son tas de métal précieux s'est cru à l'abri de la nouvelle crise. Mais quand Américains et Anglais ont dévalué pour sauver leurs stocks d'or, la situation s'est inversée ; l'or est retourné à Fort Knox et à Londres pour profiter des dévaluations et la France s'est retrouvée high and dry sur les récifs d'un franc désormais surévalué et de taux d'intérêt ruineux qui tentaient de juguler la fuite des capitaux. Moralité : une parité-or fixe en soi n'a protégé des conséquences ni de la guerre ni de la crise économique ; on peut même dire qu'elle les a aggravées chez ses adorateurs les plus fanatiques.
Quant à faire confiance à la démocratie en matière monétaire comme pour le reste (quelle idée de faire de Platon un démocrate ! Ch. Gave n'a-t-il pas lu Popper ?), je me contenterais de penser comme Churchill que c'est le pire des régimes … à l'exception de tous les autres.
Erreur de Louis qui a écrit :
"... le franc Poincaré ... ne retrouvait que 80% de la valeur du franc germinal".
Il n'a "retrouvé" que 20% du prix en or du franc germinal !
Merci pour la correction, suite à une mauvaise lecture de N. Baverez, qui ne fait que renforcer ma thèse.
Quelle thèse ?
Jacques Rueff aimait à dire : soyez libéral, soyez dirigiste, mais ne soyez pas menteur.
Une vraie monnaie résulte d'échanges libres Toutes les autres sont fiduciaires - et peuvent résulter d'échanges libres - ou fausses - et ne résultent pas d'échanges libres : situation actuelle - (cf. Vilfredo Pareto).
La monnaie or ne peut, elle, que résulter d'échanges libres. Elle n'est pas une protection contre quoi que ce soit, par exemple la spoliation, mais une source d'information sur la liberté.
La dévaluation d'une monnaie, la baisse de son prix en or, informait et sanctionnait de la perte de liberté et de la spoliation supportée.
L'aronien qu'est Baverez vous dira vraisemblablement, comme son maître, qu'on n'est plus du temps de la lampe à huile ou de la marine à voiles et qu'il faut mettre au rancart l'or.
Comme lui, il ne comprend pas en quoi consiste la question de la monnaie.
Beaucoup de commentateurs sont aussi frappés du syndrome de Stockholm à défaut d'être consciemment menteurs.
Un peu hors Sujet, j'écoute Nicolas Baverez dans "ce soir ou jamais".
Avec des amis du libéralisme comme lui, on n'a pas besoin d'ennemis.
Ce type est vraiment socialiste, ou alors c'est moi qui suis trop libéral.
Je me rappel encore qu'en 2008 il a retourné sa veste plus vite que l'éclaire en faisant l'apologie de Keynes et des plans de dette.
Mardi 14 décembre 2010
http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr...
Je trouve la position de Charles Gave bien étonnante.
Sur le vieux (faux) débat de la nature de la monnaie
- d'un côté Platon a raison: la monnaie est une convention sociale, celle d'utiliser certains supports comme moyens universels d'échange indirect. Et ses fonctions de réserve de valeur et d'unité de compte découlent de sa fonction primaire de moyen d'échange
- mais reste à savoir pourquoi c'est tel support plutôt que tel autre qui est sélectionné pour cette convention. Et la réponse est que la qualité numéro un d'une monnaie est d'être extrêmement difficile à produire (eh oui !). Plus précisément, il faut que la façon la plus économique de s'en procurer, c'est de donner quelque chose en échange - d'où le choix (spontané dans une société libre) des métaux précieux. Et pour cette raison, la monnaie doit avoir une valeur intrinsèque comme le dit Aristote, et qui a quelque chose à voir avec ses coùts de production sans pour autant reposer sur la valeur-travail.
Cela dit, je pense moi aussi qu'on ne peut pas être libéral autrichien et être favorable à l'étalon-or, et que le seul système monétaire authentiquement libéral est celui de la banque libre que décrit très bien Selgin. Mais ce système peut très bien conduire à donner à l'or une place centrale.
Mais dans tout ça, l'intervention de l'État n'est nullement nécessaire, sinon peut-être pour faire respecter les contrats comme pour n'importe quel échange..
Malheureusement j'imagine mal que nos États puissent renoncer à leurs privilèges monopolistiques, en matière de monnaie encore moins que dans les autres domaines.
Georges Lane nous met sur la bonne voie. Qui a lu l'excellent "Ethique de la production de la monnaie" de Guido Hulsmann, tout récemment traduit dans notre belle langue ?
Pas Charles Gave, hélas.
Bonjour,
Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.
Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.
La Page No-25, CRÉATIVITÉ ! LES BREVETS !
THÉORÈME DE LA CRÉATIVITÉ ? LA GÉNÉRATION ?
Cordialement
Clovis Simard