Si un gouvernement stimule son économie en utilisant les armes du crédit (aux entreprises et aux particuliers), tout en utilisant massivement le budget de l’Etat pour faire des investissements publics dans les infrastructures, il est rare, très rare, que l’économie ne redémarre pas. A terme, cependant, un danger inflationniste peut émerger dès que l’économie en question se met à croitre au dessus de son potentiel a long terme. A ce moment là, il n’est pas d’autre option pour le gouvernement que de resserrer les boulons et de commencer à suivre une politique monétaire restrictive, ce qui est rarement apprécié par les marchés des actions.

C’est là ou nous en sommes aujourd‘hui. La politique monétaire Chinoise est en train de changer de cap. De stimulative à neutre, voir restrictive. Mais les choses se compliquent. La Chine, comme chacun le sait, a d’énormes excédents extérieurs, fruits de balance commerciales tout a fait excessives. Si les autorités réussissent à freiner la demande interne pour empêcher l’inflation de monter, alors les capacités de production rendues excédentaires par la baisse de la demande domestique vont se déverser vers l’extérieur, et les excédents Chinois vont exploser comme jamais, entrainant quasi automatiquement des mesure de rétorsion de la part des USA, de l’Europe, voire des autres pays asiatiques. En un mot, le protectionnisme nous guette, ce qui est un grand danger, non seulement pour la Chine mais pour le reste du monde. Ouvrir cette boite de Pandore aurait des conséquences incalculables. Prions pour qu’il n’en soit rien.

Bref le gouvernement Chinois est entre Charybde et Silla. S’il freine la demande domestique pour juguler la hausse des prix, les comptes extérieurs explosent et le risque de protectionnisme augmente de flacon exponentiel. S’il ne fait rien, l’inflation accélère et‘sil y a une chose dont les autorités chinoises ont toujours peur, c’est bien d’une hausse de l’inflation, tant il est vrai que toutes les émeutes et les révolutions en Chine se produisent toujours en période d'inflation.

Heureusement, il existe une porte de sortie. La solution est toute simple : il suffit de laisser la monnaie flotter vers le haut, et donc de réévaluer. Les importations se chargent d’empêcher les hausses de prix, le pétrole, le gaz, le charbon deviennent moins chers, les étrangers sont content puisqu’ils peuvent vendre plus et que leurs marges augmentent, bref, tout le monde est ravi, …sauf bien entendu les exportateurs Chinois, dont les marges et la compétitivité baissent fortement. A terme, la balance commerciale retournent a l’équilibre et les tensions politiques créées par des excédents excessifs disparaissent.

En fait les autorités Chinoises sont en train de redécouvrir la vieille loi de Milton Friedman : les autorités d’un pays peuvent contrôler le taux de change, les taux d‘intérêt à court terme, la masse monétaire (c'est-à-dire l’inflation à terme), mais ils ne PEUVENT pas en contrôler à la fois deux sur trois, ou trois sur trois. Il faut choisir.

Gageons que les autorités Chinoises sauront comprendre que le moment de laisser flotter la monnaie chinoise est arrivé et qu’en fin de parcours elles sauront prendre la bonne décision. Le jour où elles la prendront, ce jour là sera celui où il faudra racheter massivement des actions partout dans le monde, mais surtout en Asie en général, et à Hong-Kong en particulier, tant les risques (en particulier de protectionnisme et de chute générale de l’activité) baisseront brutalement dans le monde.

En attendant ce grand jour, la prudence reste de mise. Apres tout, il n’est jamais certain que les politiques vont prendre les bonnes décisions. Il est donc encore un peu tôt pour réinvestir le cash que les lecteurs pourraient avoir dans leurs comptes. Mais au moins nous avons établi par avance l’événement qui nous permettra de redevenir franchement positifs : la hausse contre toute monnaie de la monnaie Chinoise. Reste à faire preuve de patience.

Ce texte a été initialement publié dans le Journal des Finances.