Prenons l’exemple d’un homme politique qui aurait été inspecteur des finances, ou conseiller d’Etat, et qui touche une retraite pleine et entière sur cette fonction qu’il n’a exercée que pendant quelques années avant qu’il ne fasse don de sa personne à la France; qui a été Ministre, Premier ministre ou Président, et qui à ce titre touche une autre retraite; qui est ou a été maire d’une grande ville, poste pour lequel il touche de gras émoluments, en attendant qu’il perçoive une retraite bien gagnée de maire, le plus tard possible bien entendu (il est curieux de voir que les politiciens ne s’appliquent pas à eux-mêmes la retraite à 60 ans); et enfin Président de région, poste pour lequel il est fort bien payé à nouveau et qui lui offre des droits à une nouvelle retraite bien nécessaire pour boucler ses fins de mois.

Ajoutons à tout cela les avantages en nature du style voitures et logements de fonction, voyages d’études à l’étranger, partie fort importante de son revenu versé libre de tout impôt, ce qui lui permet de salarier toute une partie de sa famille, ouvrant ainsi de nouveaux droits à la retraite pour ces proches qui le soutiennent dans son sacerdoce. Mentionnons aussi qu’il peut emprunter à taux zéro pour acheter de l’immobilier, ce qui n’est pas une possibilité ouverte au commun des mortels

Imaginons, ce qui parait probable, que la somme de toutes ces retraites et rémunérations, dont je ne mets pas en doute une seconde le bien fondé, se monte à un revenu de 150000 euros par an. Ajoutons que ces 150000 euros sont absolument garantis par la puissance publique et à 100% payés par nos impôts, et qu’enfin ils sont totalement indexés sur l’inflation.

La question que chacun se pose devient immédiatement la suivante : quel doit être le capital dont j’aurais besoin, moi, pauvre manant ayant travaillé toute ma vie dans le secteur privé , pour bénéficier d’une retraite du même montant, totalement indexée sur l’inflation et garantie a 100 % par l’Etat Français, et ce pour les prochaines 20 années ? (j’ai 66 ans ; 20 ans devraient suffire…).

La réponse nous est heureusement fournie par les obligations à 20 ans indexées sur l’inflation garanties par l’Etat Français qui, à l’heure actuelle, donne du 2.25 % en termes réels. Pour toucher 150000 euros par an il faut que ces 150000 correspondent à 2.25 % du capital, c'est-à-dire que ce capital soit de ….6,7 millions d’euro. Je tiens à noter au passage que si, moi, pauvre hère, je rentrais en France avec ce capital, je subirai immédiatement un prélèvement d’au moins 1% par an au titre de l’impôt sur la solidarité, et qu’en fin de parcours les droits d’héritage piqueraient à mes héritiers au moins 60 % du capital, mais - basta ! - je suis bon prince…

Ma proposition est donc la suivante : que pour tous les princes qui nous gouvernent, ou qui nous ont gouverné, et qui sont largement responsables du désastre qui se profile, que l’on calcule la valeur actualisée de la retraite que, nous, les payeurs d’impôts, nous allons être obligés de leur payer, et qu’ils paient l’impôt sur la fortune sur cette valeur actualisée, aux tarifs de l’ISF.

Nul doute que la taxation de ces privilèges ne rende à nouveau populaires les classes dirigeantes dans leur ensemble, ce qui faciliterait grandement l’ingestion par la population de la potion amère qui nous attend. Un grand mouvement du style nuit du 4 août, où l’aristocratie française avait accepté avec enthousiasme la suppression de ses privilèges, est ce dont nous avons besoin pour redonner du tonus au pays

Mais je vais confier au lecteur un grand secret : je ne crois pas une seconde que cette proposition va être retenue et, d’ailleurs, si elle l’était, je m’engage à rentrer - enfin- au Pays, tant je voudrai alors participer au redressement qui s’annoncerait, suivant en cela les conseils de Du Bellay : « heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage et rentre chargé d’honneur et de raison pour vivre au Pays le reste de son âge ». Trait_html_691a601b.jpg La version originale de ce texte a été publiée dans le Journal des Finances en date du 5 Juin 2010.