A l’évidence, la crise n’a rien à voir avec l’inconséquence de nombre de consommateurs empruntant bien au-delà de leur capacité à rembourser, ni avec la stupidité des banques prêtant à des gens qui ne pouvaient pas rembourser, ni avec l’intervention permanente des politiciens dans les affaires de Freddie Mac et Fannie Mae, les deux institutions chargées de distribuer le crédit immobilier aux Etats-Unis, toutes deux en faillite aujourd’hui, et qui étaient sous le contrôle direct du Congrès des Etats-Unis.

Rien à voir non plus avec l’abandon par l’Administration Clinton de la loi qui séparait les banques d’affaires et les banques commerciales et qui avait permis en 1999 la fusion des bureaux de poste et des casinos.

Pas un mot non plus sur la folie des nouvelles normes comptables qui a conduit directement à la catastrophe financière que nous venons de traverser. (A ce sujet, voir notre chronique dans Le JdF du premier trimestre 2008, « La déflation par la norme ».)

Pas un mot sur les erreurs monétaires de la banque centrale US qui en 2004 et 2005 maintint les taux courts beaucoup trop bas beaucoup trop longtemps, ce qui déclencha la spéculation immobilière.

Comme rien de tout cela n’est à l’origine de la crise et que la crise trouve son origine uniquement dans les désordres incompréhensibles de systèmes bancaires pourtant lourdement réglementés, la solution est donc simple : il faut accroître l’effort de régulation, y compris bien entendu sur ceux qui n’ont rien à voir avec le Schmilblick, tels les hedge funds.

On ignore de ce fait une réalité toute simple : TOUTES les institutions qui ont créé des problèmes étaient réglementées à outrance tandis que celles qui ne l’étaient pas n’ont créé aucun problème. Voilà qui nous rappelle le maréchal Pétain, qui pensait que la déroute de 1940 s’expliquait par l’abandon par l’armée des pigeons voyageurs.

Cette conclusion semble largement partagée par les autorités de Bruxelles, qui trouvent dans la crise l’occasion inespérée de mettre enfin au pas l’horrible City à Londres, en l’étouffant soigneusement par une avalanche de réglementations qui assureront le départ des activités les plus rentables vers Hongkong et Singapour. Bref, investir dans les banques et les activités financières en Europe ou aux Etats-Unis semble être quelque peu suicidaire.

Les autorités américaines ou européennes sont en effet en train de garantir que la rentabilité sur capital investi dans ces activités y restera faible et qu’aucune croissance ne pourra y avoir lieu. Voilà qui va aider ces institutions à reconstituer leur capital. Qui sera en effet assez fou pour souscrire à des augmentations de capital de ces morts-vivants ?

De ce fait, les valeurs financières que doivent détenir les lecteurs du JdF doivent avoir leur siège et la plus grosse partie de leurs activités en Asie, au Brésil, au Canada, en Australie, en Chine, mais certainement ni en Europe ni aux Etat-Unis. Comme le disait Einstein, le fou est celui qui fait sans arrêt la même chose en espérant un résultat différent à chaque fois. Ou, comme l’assure le proverbe grec, « ceux que les dieux veulent perdre, ils les rendent fous »…