Il est vrai que les températures fluctuent chaque année et que, pour juger d’un réchauffe-ment, il faut tabler sur des évolutions longues : autour d’une tendance, il peut se produire des fluctuations dans le sens inverse du mouvement général. Mais onze années d’affilée sans hausse, cela commence à faire beaucoup.

Cela nous rappelle la période entre 1942 et 1979, où les températures moyennes mondiales avaient baissé, malgré de grosses émissions de CO2 durant cette longue étape 37 ans. Les spécialistes du GIEC avaient tenté de trouver des explications à cette baisse, mais aucune ne paraissait bien convaincante. Serions-nous au début d’une période semblable – de longue baisse au sein d’une tendance haussière ? Pour en juger, il sera intéressant de suivre les résultats des mesures de températures dans les années qui viennent. Si cet arrêt du réchauffement se confirmait, quelques sérieuses re-mises en cause seraient à envisager. Rendez-vous en mars 2011 !

Bizarrement, les organismes officiels qui s’occupent du climat (le Met Office, le GIEC…) ne s’expriment pas avec une grande clarté sur cette question. Au lieu de nous montrer ce gra-phique de l’évolution annuelle des températures mondiales, ils préfèrent produire une courbe où les années sont classées par ordre de températures moyennes décroissantes, les plus chaudes en premier ; et de souligner que les années les plus chaudes depuis toujours sont celles de la période 1980-2008, dessinées en rouge pour qu’on les voie bien.

C’est exact, et ça permet de ne pas trop parler de l’actuelle décennie d’arrêt du réchauffement…

Soyons juste, ils nous montrent aussi le diagramme des évolutions annuelles, qui illustre ef-fectivement les tendances annuelles : mais ils le font remonter à 1850, et il faut regarder de bien près pour discerner le plafonnement actuel sur le petit espace des 10 dernières années, tout à droite du graphique. Après quoi, nous recevons des analyses régionales sur planis-phères, où il est quasi impossible au non-spécialiste de suivre quoi que ce soit.

Tout se passe comme si ces hautes autorités ne voulaient pas trop montrer ce plateau dé-cennal. Ces petites astuces de présentation font croire au lecteur pressé que la situation continue de se dégrader, et la terre de se réchauffer… Le GIEC n’a pourtant aucun intérêt personnel dans cette affaire, que nous sachions ? Il faut un plus peu de clarté dans tout cela ! Montrons simplement les variations annuelles depuis 1981 (à partir des données du GIEC – c’est nous qui avons ajouté les lignes de ten-dances) . Le résultat est donné par le graphique qui ouvre cet article.

Le serpent des températures zigzagait dans un tuyau depuis trente ans : le tout à la hausse, sans conteste. Toutefois, si on regarde à partir du pic de 1998, il y a bien eu stabilisation en moyenne, à tel point que le serpent est venu effleurer le plancher du tuyau en 2008 : si cette baisse avait continué, ce plancher aurait été enfoncé, menant à une remise en cause fon-damentale de la tendance trentenaire.

Ouf ! L’année 2009 a montré une petite inflexion vers le haut, d’une amplitude trop faible tou-tefois pour modifier le trend quasi horizontal observé depuis 1998 (a-t-on noté l’étonnant si-lence médiatique qui a accueilli ce chiffre de 2009, publié par l’Organisation Météorologique Mondiale en mars dernier ?). Mais si 2010 redescend à +0,35 (après ce rude hiver euro-péen…) nous retoucherons la limite basse en trait tireté… Donc stabilisation des températures depuis 11 ans !… Ne faudrait-il pas freiner légèrement les actions coûteuses déployées mondialement contre le réchauffement, en attendant de mieux voir où nous allons ? Ce serait peut-être la sagesse, même s’il paraît utile de se pré-parer à la raréfaction des ressources énergétiques fossiles – en rappelant tout de même que le prix du pétrole n’est pas plus haut aujourd’hui qu’en 1978, en monnaie constante : il y a un tiers de siècle… Nous avons besoin d’une gouvernance mondiale qui évalue les options possibles dans le calme et la sérénité et qui nous présente les actions qui ne coûtent rien, puis celles un peu plus difficiles et enfin les plus sévères. Les citoyens du monde sauront faire le bon choix.

Dominique Garrigues est président de l'Institut européen pour la gestion raisonnée de l'environnement.