La constitutionnalisation de la « règle d’or » mettra-t-elle fin à la dérive budgéraire ?
Par Jacques Garello le mardi 2 août 2011, 12:57 - Article - Lien permanent
La constitutionnalisation de la « règle d’or » est une idée brillante. Mais a-t-elle un contenu autre que politique et électoral ? Inscrire dans la Constitution la « règle d’or » sera la grande affaire politico-médiatique de la rentrée. Elle fait déjà l’objet de débats et controverses dès ce mois-ci, et on s’interroge sur les chances pour Nicolas Sarkozy de faire passer cette réforme qui devrait changer la face de nos finances publiques.
La règle d’or est une expression brillante pour parler d’équilibre budgétaire. Depuis 1974 le Parlement français vote des lois de finances assorties d’un déficit budgétaire qui n’a cessé de se creuser, jusqu’à atteindre près de 8 % du PIB actuellement (alors que nos engagements européens prescrivent un plafond de 3%).
Nicolas Sarkozy a eu raison d’écrire aux parlementaires pour leur rappeler que cette situation est inadmissible et suicidaire : comme les déficits sont comblés par des dettes nouvelles, la France veut-elle imiter la Grèce ou se montrer exemplaire ? François Baroin, nouveau ministre de l’Economie, a pour cible un retour progressif à l’équilibre budgétaire pour 2015. Mais voilà environ dix ans que les gouvernants français assurent leurs partenaires européens en promettant chaque année plus de rigueur dans la gestion des finances publiques et qu’ils expliquent maintenant les dérapages par la fatalité de la crise de 2008-2009.
La constitutionnalisation de la « règle d’or » est-elle de nature à mettre fin aux dérives ?
Comme l’a rappelé avec raison Jean Philippe Delsol , l’équilibre budgétaire n’est pas en soi un brevet de bonne gestion des finances publiques, puisqu’on peut toujours y parvenir en augmentant les impôts – ce qui à très court terme freine la croissance et diminue les recettes fiscales, et fait rejaillir les déficits : victoire à la Pyrrhus.
Mais, de plus, comme l'a récemment souligné Nicolas Lecaussin, la Constitution de la Vème République est assez ambiguë et souple pour laisser à tout moment le Président de la République maître du jeu. Le Conseil Constitutionnel fait rarement barrage à ces débordements – on l’a vu notamment en 1981 à l’occasion de la nationalisation de l’industrie et des banques. L’histoire de la constitution française est très riche, ce qui signifie que l’on change de constitution (ou de lecture de la constitution) chaque fois que cela fait l’affaire des gouvernants.
Ces considérations engendrent un certain scepticisme sur l’efficacité de la constitutionnalisation de la règle d’or. Mais quid de son opportunité politique ? Le projet élyséen a pour avantage de mettre la gauche en porte-à-faux : des élus du peuple peuvent-ils souhaiter pour le pays le sort de la Grèce ? Il rappelle aussi à point nommé que le peu que l’on sache du programme socialiste exclut tout retour à l’équilibre, mais au contraire une débauche de dépenses budgétaires nouvelles. Enfin, le projet peut aussi rassurer une partie des électeurs de droite inquiets à juste titre de l’évolution des déficits et de la dette. Si les députés de la gauche (ou du centre) ne se joignaient pas à la majorité actuelle pour arriver au seuil des trois cinquièmes du Congrès, l’Elysée aurait beau jeu de les désigner à la vindicte populaire.
La version originale de ce texte de Jacques Garello a été publiée sur le site de l'IREF, en date du 29 juillet 2011, sous le titre : "Equilibre budgétaire, tout ce qui brille n'est pas d'or".
Commentaires
Un peu de pub sur le sujet :
cf. émission de Lumière 101 : http://lumiere101.com/2011/06/30/la...
illusoire cette règle d'or. source de blocages, de chamailleries et de psychodrames entre politiciens comme en ce moment aux Etats Unis.
La règle d'or ne sera pas respectée. L'époque durant laquelle les Etats européens pouvaient avoir un budget en équilibre est une époque morte.
C'est terminé.
Mercredi 3 août 2011 :
Le ministre italien des Finances Giulio Tremonti a commencé mercredi un entretien avec le chef de file de la zone euro, Jean-Claude Juncker, à Luxembourg, alors que son pays est soumis à de fortes pressions des marchés.
M. Tremonti n'a fait aucune déclaration lors de son arrivée, vers 08H00 GMT, à la résidence du Premier ministre et ministre des Finances luxembourgeois.
L'Italie, troisième économie de la zone euro, est sous la pression des marchés, comme les autres pays fragiles de la zone euro, et le but de cette rencontre est notamment d'endiguer la panique, même si Bruxelles a exclu toute discussion sur un plan de sauvetage pour l'Italie ou l'Espagne.
Jacques Garello, toujours aussi passionné, lucide et visionnaire comme au temps où, simple étudiant à la faculté d'Aix-en-Provence, je me délectais à ses cours sur l'Histoire de la pensée économique. Chapeau bas!
@BA
Merci pour votre magnifique commentaire qui est tout à fait à la hauteur de ce site. Il est à la fois brillant, intelligent, profond et terriblement visionnaire.
J'aime particulièrement votre analyse pointue de la situation et l'argumentation très fouillée qui vous permet de conclure de manière autoritaire que l'Italie et l'Espagne sont sous la pression des marchés.
Merci de nous éclairer de la sorte ; vous illuminez ma journée.
Concernant la zone euro, voici les deux possibilités :
1- Première possibilité : la solidarité supranationale, ça existe. Dans ce cas, les Etats européens riches accepteront de payer des centaines de milliards d’euros pour sauver de la faillite le Portugal, l’Irlande, l’Italie, la Grèce, l’Espagne, Chypre, la Belgique, etc, etc. La zone euro vivra.
2- Seconde possibilité : la solidarité supranationale, ça n’existe pas. Dans ce cas, les Etats européens riches n’accepteront pas de payer des centaines de milliards d’euros pour sauver de la faillite le Portugal, l’Irlande, l’Italie, la Grèce, l’Espagne, Chypre, la Belgique, etc, etc. La zone euro mourra.
Que va-t-il se passer dans les années qui viennent ?
Le suspens est insoutenable.
EFFRAYANT !!!
Montebourg (PS) contre le vote d'une "règle d'or" , "la fin de la politique" :
Arnaud Montebourg, candidat à la primaire PS, a affirmé mardi son opposition de fond à l'adoption de la "règle d'or" budgétaire, qui constituerait selon lui "la fin de la politique".
"Approuver la règle d'or, c'est la victoire des marchés et la fin de la politique : les peuples perdent la liberté de faire autre chose que ce que les marchés ont décidé", a jugé le député de Saône-et-Loire, joint par l'AFP.
M. Montebourg s'est dit au contraire favorable à "la mise sous tutelle du système financier avant que celui-ci ne nous mette sous tutelle lui-même", ce qui passerait par "une loi de riposte pour soumettre les marchés à la volonté politique des européens".
Cette loi consisterait en trois mesures : "le démantèlement des agences de notation en prohibant leur activité lucrative"; "l'interdiction juridique de la spéculation avec l'argent d'autrui", et enfin la "mutualisation de la dette européenne et le financement de cette dette par les marchés eux-même".
"Aujourd'hui, les marchés financiers mordent la main généreuse des Etats qui les ont secouru" lorsqu'ils ont "pris en charge leur dette privée inconsidérée", a déploré M. Montebourg.
S'il se dit favorable à "un pacte de désendettement" de la France, c'est pour "mettre notre pays à l'abri des pressions extérieures" et non pas "pour suivre les marchés".
"Que John Chambers, le +managing director+ de Standard & Poor's (ndlr: l'agence de notation qui a dégradé vendredi la note de la dette américaine) ose porter des jugements sur la politique française alors qu'il devrait être devant un tribunal pour répondre de ses actes malfaisants est devenu extrêmement préoccupant pour la morale publique", a tonné M. Montebourg.
Le projet de loi instituant la "règle d'or" a été adopté par l'Assemblée et le Sénat avec les seules voix de la majorité. Sans le PS, le gouvernement ne pourra pas réunir la majorité des 3/5e requise au Congrès pour faire inscrire cette réforme dans la Constitution.