L’immigration a toujours été un nécessaire sacrifice. Nécessaire parce que c’est un droit individuel de l’être humain que de circuler, de changer de pays, de territoire.

Les régimes totalitaires commencent par interdire de sortir du territoire. La fuite - l’exit comme l’on dit encore - constitue la meilleure façon des hommes d’exercer leur liberté. Les priver de cette possibilité, c’est les priver de tout projet, les soumettre à l’arbitraire total, et les livrer totalement aux dirigeants du pays considéré. Tous les libéraux sont d’accord sur la nécessité de ce premier principe.

L’immigration est également nécessaire en tant que recherche de la survie pour beaucoup de gens. On peut être menacé dans son existence ou dans son intégrité physique par des régimes dictatoriaux. On peut être menacé tout simplement par la misère. Dans l’histoire de l’Europe, il y a eu plusieurs grandes vagues migratoires qui correspondaient à des déséquilibres économiques et politiques durables. C’est vers le continent américain que se sont expatriées bon nombre de misères européennes à la fin du 19ème et au début du 20 siècle.

L’immigration est nécessaire enfin du point de vue économique, car le marché du travail n’est plus depuis longtemps un marché local, régional ou même national. Il est devenu international ; il existe par conséquent des différences de rémunération, de conditions de travail qui tendent à provoquer des arbitrages pour aller vers une harmonisation, par ailleurs mal comprise par les partisans d’une « Charte sociale européenne ». Ces derniers considèrent que le marché est incapable d’équilibrer les flux d’offre et de demande d’emplois. En réalité, il fait très bien son travail, à condition toutefois de le laisser fonctionner librement. On aboutit alors à une certaine convergence des conditions, une fois que les productivités elles-mêmes se sont rapprochées.

Il n’y a pas de données définitives

C’est un point qui donne lieu à des oppositions aussi chez les libéraux. Maurice Allais, par exemple, a tendance à croire qu’il existe des données définitives : des pays à faible comme à forte productivité, à bas comme à hauts salaires, et que les pays ayant une faible productivité et des bas salaires font une concurrence déloyale aux autres pays. C’est pourtant oublier que, tôt ou tard, les productivités sont amenées à augmenter et que le niveau des salaires va rejoindre progressivement les standards mondiaux. Rappelez-vous ce que l’on disait il y a 20 ans : c’était le niveau inférieur des salaires des Japonais qui faisait leur succès. Le marché du travail mondial doit communiquer pour fonctionner.

Pour nécessaire qu’il soit, le sacrifice de l’immigration n’en est pas moins un : déracinement (ce qui peut avoir une valeur sélective : ceux qui arrivent à se détacher de leurs origines peuvent oser l’aventure), choc des traditions qui s’opposent (coexistence de langues, cultures et races différentes dans un même pays), problèmes d’intégration et d’assimilation. Il est certain que l’immigration est toujours ressentie comme un choc, et que la densité du choc augmente plus que proportionnellement avec le nombre des immigrés.

Le dernier coût est celui qui consiste à faire survivre des règles sociales et des valeurs communes en dépit de la porte ouverte. Comment faire en sorte que les « courants d’air » de l’immigration n’emportent pas les valeurs et les principes sur lesquels le degré de cohésion de l’espace considéré a été suffisant jusqu’à présent ? Toute société repose sur un « contrat social ». Lorsque les gens y entrent, il y a des codicilles qui finissent par se multiplier à un point tel que le contrat en tant que tel n’a plus de véritable signification. Aujourd’hui, tous les spécialistes de la théorie du contrat social, à commencer par James Buchanan, s’interrogent pour savoir s’il est possible de changer les règles du jeu social, puisque certains entrent dans le contrat social avec d’autres règles, d’autres principes. Peut-on amender le contrat social ? Pour toutes ces raisons, il peut y avoir dans tout phénomène d’immigration un élément de sacrifice nécessaire.

Jusqu’à présent, ce sacrifice a toujours été maîtrisé. Pendant de longues années, malgré les problèmes qu’elle posait, l’immigration a été une réalité et un facteur de dynamisme et de progrès dans toutes les sociétés. L’exemple par excellence est évidemment celui des Etats-Unis. Mais observons la façon dont les Etats-Unis ont réussi leur immigration. Le pays a eu des lois d’intégration qui n’étaient pas celles du sang, ni celles du territoire, mais au contraire la loi de l’acceptation de la Constitution américaine. Pour s’installer aux Etats-Unis de manière durable, il faut faire allégeance à la Constitution. Il est vrai que, récemment, les Democrates ont procédé à la naturalisation rapide de quelque 40 000 immigrés de manière à augmenter leur corps électoral dans certains Etats. Mais il est important que les immigrés marquent leur désir d’intégration par l’acceptation d’un certain nombre de règles constitutionnelles.

Inégalités et mobilité sociale

Par ailleurs, si l’on a pu maîtriser l’immigration, c’est parce que l’on a su exploiter les deux notions d’inégalité et de promotion. J’ai regardé Anne Sinclair interviewer Alain Madelin, où celle-ci a affirmé que, s’il y avait création d’emplois aux Etats-Unis, les inégalités y étaient en revanche plus grandes qu’en France. La réponse est que l’inégalité est supportable si elle s’accompagne de fluidité, de la possibilité de promotion sociale. En effet, tout le monde est différent, nous nous situons tous à des niveaux différents de l’échelle sociale. Nous avons tous un arrière grand-père pauvre qui est soit mort de faim, soit a dû s’expatrier. L’important est de savoir s’il est possible de grimper dans l’échelle sociale, si l’on peut améliorer son sort par ses propres efforts. Le problème de l’immigration est bien souvent que les immigrés acceptent de démarrer en bas de l’échelle. L’inégalité fait partie des conditions d’immigré. Il n’y a rien de plus stupide que de vouloir assimiler le statut de l’immigré à celui du citoyen moyen. L’immigré accepte de commencer au premier échelon parce qu’il a la possibilité de progresser.

L’économiste américain Thomas Sowell (Hoover Institution) a décrit comment les immigrés ont pu progresser dans l’échelle des revenus américaine. Bien souvent, c’étaient les gens les plus fortement rejetés (les juifs ukrainiens au début du siècle, les Japonais pendant la Seconde guerre mondiale à qui l’on a tout pris pour les mettre ensuite dans des camps de concentration). Ces mêmes catégories sont aujourd’hui au sommet de l’échelle sociale. De même, parmi les minorités, dont les Noirs, ce sont les immigrés de la dernière génération qui progressent le plus vite : les Porto Ricains, les Cubains, les Coréens, etc. Cela signifie que l’on peut très bien « digérer » l’immigration - aux Etats-Unis comme ailleurs - si les structures sociales admettent une fluidité susceptible de permettre l’ascension sociale et économique des derniers arrivés.

L’immigration - une conséquence de l’Etat-Providence ?

Inversement, regardons les minorités qui ont fait l’objet de l’assistance étatique. Celles-ci n’ont jamais progressé. Il y a plusieurs années déjà, j’ai exposé dans un article dans Le Libéral Européen les raisons qui m’incitent à penser que l’immigration est en grande partie une conséquence de l’EtatProvidence. Il est tout à fait superficiel de chercher des solutions aux souffrances de l’immigration si l’on n’éclaire pas le problème par la logique de l’Etat-Providence. L’immigration a toujours été une souffrance nécessaire qu’il était possible de vivre correctement dans un climat de liberté, où le marché permettait l’intégration et la promotion des immigrés. Il est impossible de maîtriser l’immigration dès lors qu’on se situe dans une logique d’EtatProvidence et dans une mentalité d’assistanat.

L’on a tendance à dire que l’Etat-Providence attire des populations d’immigrés, car celui-ci va leur proposer un certain nombre d’avantages sociaux. C’est exact. Mais je vous rappelle que différentes raisons incitent les gens à quitter leur pays ; il est nécessaire d’analyser le problème des deux côtés et non uniquement du point de vue du pays d’accueil. Lorsqu’on dresse la liste complète de ce que l’Etat-Providence apporte en injustices, en déséquilibres, l’on se rend compte que ceux qui s’opposent à l’immigration sauvage font un procès beaucoup plus profond qu’on ne le croit. Ce qui les dérange sont des scandales qui relèvent davantage de l’Etat-Providence que de l’immigration. Cette dernière fournit une caisse de résonance puissante où les disharmonies de l’Etat-Providence peuvent s’amplifier à volonté.

Je ne vais pas faire le bilan pour voir si les immigrés sont des contributeurs nets ou un fardeau pour l’Etat-Providence. D’abord parce que, d’un point de vue statistique, il est très difficile d’établir un tel bilan de manière rigoureuse. En ce qui concerne les calculs de Julian Simon , ils n’ont pas encore été faits pour les pays européens. Il s’ensuit que, savoir si la politique de transferts a joué pour ou contre l’immigration est un calcul que je laisserai de côté. De plus, ce n’est pas sur ce terrain-là que les vrais problèmes se posent. Julian Simon dit que les immigrés apportent beaucoup d’argent à la nation américaine. Si l’on suit cette logique, comme l’a fait remarquer Gary Becker, il n’y a qu’à laisser la porte ouverte. De plus, il conviendrait d’amplifier encore davantage les réglementations, les impôts et l’Etat-Providence! Cette approche n’est pas très raisonnable : il y a tellement de raisons qui font que l’Etat-Providence crée des turbulences en matière d’immigration.

1 - La création de faux droits attire des étrangers : il existe des gens

qui viennent uniquement pour exploiter les avantages sociaux que procure l’Etat-Providence. Ces personnes n’immigrent pas pour améliorer leur sort par le travail, mais pour faire partie du grand partage, de la foire d’empoigne que proposent les systèmes de protection sociale étatique. En 1992-93, sur 110 000 immigrés réguliers (en 1992) et 94 000 (en 1993), seulement 42 000 (1992) et 24 000 (1993) avaient un emploi.

2 - Par le seul fait de l’Etat-Providence, une dualité s’instaure entre

ceux qui gagnent leur vie en créant des richesses, et ceux qui bénéficient de revenus résultant de la redistribution de ces mêmes richesse. Cette balance va basculer en faveur de ceux qui recherchent des rentes de situation, obtenues grâce à l’appartenance de tel ou tel groupe de pression politique. Les immigrés eux-mêmes vont très rapidement s’initier à ce jeu à somme négative pour s’associer à ceux qui cherchent à accroître le poids de l’Etat.

3 - L’une des caracéristiques de l’Etat-Providence européen a été de

subventionner les emplois à faible productivité, alors que les Américains ont choisi de relever le défi du commerce mondial en élevant leur niveau de qualification. De telle sorte que, les emplois américains sont aujourd’hui plus qualifiés et mieux payés que les emplois anciens. En Europe, l’on persiste à encourager les gens, à travers le salaire minimum et la redistribution, à rester dans la tranche inférieure de qualification. Cela ne donne pas un niveau de vie très élevé, mais cela n’incite pas non plus à améliorer le niveau de productivité. L’Europe se distingue aujourd’hui par ce faible niveau de qualification par rapport aux Etats-Unis et aux pays en développement rapide. Sur ce marché les immigrés viennent grossir le flux des personnes à faible qualification.

4 - L’Etat-Providence ne peut survivre qu’à l’aide de prélèvements

fiscaux ou sociaux qui atteignent des sommets si élevés que les entreprises qui veulent continuer à exister doivent frauder soit la Sécurité sociale, soit le fisc, soit les deux. En d’autres termes, c’est l’Etat-Providence qui crée le marché noir du travail, et non pas l’immigration. Le marché noir et l’immigration sont des réponses à la surfiscalité et l’alourdissement des charges sociales. Le marché noir est toujours et partout la rançon du dirigisme.

5. -. L’Etat-Providence empêche l’intégration des immigrés, mais aussi

l’intégration tout court. On a beaucoup parlé de la fracture sociale, la France serait en train de se désagréger. Pourquoi ? Pour que l’intégration soit possible, il faut la reconnaissance commune d’un certain nombre de valeurs, de règles du jeu. Il faut à la fois un respect de l’éthique et du droit. Parce qu’il démolit la famille et l’éducation, l’Etat-Providence est une machine à hacher les civilisations. Il fonctionne en distribuant des privilèges, de manière à ce que chacun ait sa propre loi. La marche des noirs américains en octobre 1995 sous la direction de Louis Farrakhan, est intéressante à cet égard. Les manifestants ont dit qu’ils ne se sentaient plus Américains, qu’ils voulaient une législation particulière pour eux-mêmes. C’est une démarche logique dans un pays où il n’y a plus de loi.

Cela a été le cas aussi en France pendant une semaine, lorsque le pays s’est retrouvé bloqué par une minorité agissante (le blocus des routiers en novembre 1996). Pourquoi faire référence à la loi ? Qu’est-ce que l’état de droit ? Cette situation est apparue parce que le gouvernement est faible : d’une manière générale, les gouvernements qui règnent sur des sociétés à forte redistribution se suicident. C’est là une des raisons profondes pour lesquelles l’immigration ne permet plus l’intégration : il n’y a plus de loi, ni d’Etat de droit, ni d’Etat tout court.

6 - Enfin, l’Etat-Providence déclenche le nationalisme. L’opposition à

l’immigré devient l’opposition à l’étranger, aux produits venant de l’étranger. On finit par imaginer la mise en place de forteresses, que ce soit aux frontières nationales ou à celles du continent européen. Ceci a évidemment pour effet d’amplifier le problème. L’immigration tient aussi au différentiel de développement économique, de salaires et d’avantages sociaux.

La pauvreté, une raison majeure d’émigrer

J’aborde ainsi un autre problème qui concerne non pas le pays d’accueil, mais le pays d’exil. En ce qui concerne les pays de départ - qu’il s’agisse d’Europe de l’Est, d’Afrique ou d’Asie - on constate que ce sont les pays ayant le plus faible degré de liberté qui fournissent le plus grand contingent d’émigrants. Il y a beaucoup de candidats à l’immigration en Russie, en Roumanie, en Bulgarie etc. car nous commençons à devenir nous-mêmes des pays sous-développés. C’est un problème relatif, de différentiel de développement. D’abord parce que l’Etat, par sa présence dans l’économie, a créé la stagnation et le chômage, ce qui pousse beaucoup de gens à s’exiler vers des climats plus cléments. Ensuite, dans ces pays fortement dominés par l’Etat, les élites qui pourraient contribuer au développement n’ont aucune envie d’investir des efforts dans leur propre pays.

Aujourd’hui, 80% des Africains ayant le niveau du bac quittent le continent africain ! Cela fait évidemment une main-d’oeuvre relativement bien formée pour les pays d’accueil, mais cela signifie aussi que l’élite économique capable de faire démarrer les entreprises fera défaut. Ceux qui y restent vont faire carrière dans la politique : parmi mes étudiants, ceux qui retournent chez eux vont devenir ministre de quelque chose. Au Gabon, le nombre de ministres par rapport à la population correspondrait en France à 15 000 ministres. Il y a de la place pour tous, surtout lorsque cela est financé par des subventions octroyées par les pays riches. Pour les faire tenir tranquilles, la France a « arrosé » ces pays de fonds publics dans l’espoir qu’ils sauront retenir l’immigration. En réalité, ces pays ne parviennent même pas à conserver les capitaux, les dirigeants ayant un attrait irrésistible pour les placements à l’étranger (le socialisme « hélveto-africain »). Ainsi, l’Etat-Providence bloque toute tentative de développement, et les gens compétents s’expatrient. L’intégration, même dans son pays d’origine, suppose une perspective de juste promotion par le travail.

C’est d’ailleurs le pari que font les Américains par le Traité de libre- échange nord-américain (ALENA). Ils parient que les Méxicains resteront chez eux ; ils ont raison, car le Méxique est train de se développer très vite. Beaucoup d’entreprises américaines s’y installent, ce qui est une manière bien plus intelligente de freiner l’immigration méxicaine, que de mettre des barrières de barbelés sur plusieurs kilomètres de large.

Réduire l’Etat-Providence pour diminuer l’immigration

J’ai tendance à hiérarchiser très fortement les dangers de l’EtatProvidence par rapport aux dangers de l’immigration. Certes, l’immigration comporte des dangers. Mais ils sont amplifiés, aggravés et multipliés par les dangers de l’Etat-Providence.

La solution est évidemment de réduire l’Etat-Providence, pour tous ! Il nous faut au minimum revenir sur un certain nombre de « droits sociaux » considérés comme inaliénables, notamment le « droit au logement » et le « droit au travail ». Il faut sortir de l’idée que toute personne se trouvant sur le territoire français a droit à un emploi et un logement. Ce sont des faux droits de l’homme. Puisque l’Etat n’a pas de logements en dehors de ceux qu’il réquisitionne ou qu’il nationalise, et puisqu’il ne crée pas d’emplois sauf avec nos impôts, ces « droits » débouchent toujours sur les transferts et la redistribution. Ces « droits » sont en réalité une aberration qui met tout le monde, Français et immigrés, sous la dépendance de l’Etat, et qui crée une revendication totalement déraisonnable, puisqu’elle correspond au voleur qui exige le droit de dévaliser les gens.

Il faut au contraire restaurer le respect du droit de propriété, du contrat et du droit du travail. Aucun gouvernement ne pourra faire l’économie d’une telle réforme fondamentale. Nous ne pourrons pas maîtriser l’immigration à moins de remettre en question ces « faux droits ».

Gary Becker : le droit d’entrer se paye

D’autre part, il convient de couper les liens qui réunissent immigration et Etat-Providence. Cette idée a été formulée la première fois par Gary Becker. Il a pris l’exemple d’un club de tennis. Pour y adhérer, il faut payer un droit8 d’entrée. Ensuite, il faut accepter le règlement du club. De même, pour entrer dans un pays qui n’est pas le vôtre, il faut payer et accepter les lois du pays. Le montant du droit d’entrée pourrait être fixé grâce à un système d’enchères (cf. les travaux de feu William Vickerey, Prix Nobel 1996). Les mieux disants seront les premiers à entrer. L’idée de Gary Becker est de faire payer aux immigrés dès le début leur consommation de services publics. Cela se pratique déjà aux EtatsUnis.

Le principe mérite d’être retenu, pas forcément dans son application américaine. L’essentiel est de couper le cordon ombilical : il ne s’agit pas de laisser les immigrés sans protection, mais de faire en sorte que celle-ci soit assurée par le marché. Que ceux qui souhaitent entrer dans un pays prennent une assurance privée pour couvrir un certain nombre de risques fondamentaux. Si l’immigré est démuni (et émigre pour cette raison), il devra emprunter pour payer son droit d’entrer. Il apportera au prêteur la preuve qu’il est venu pour subvenir à ses propres besoins, et donc qu’il sera capable tôt ou tard de rembourser son prêt.

Ceci pour dire que les immigrés devraient payer eux-mêmes leur assurance-maladie et épargner pour se constituer un capital pour la retraite. Cela donne plusieurs avantages d’un seul coup. D’abord, l’on évite les abus d’avantages fournis par l’Etat-Providence ; les fraudeurs potentiels se situent en dehors de la caisse commune, et ils l’ont choisi librement. Ensuite, cela oblige toute personne immigrée à travailler, au lieu de s’inscrire comme chômeur ou de se porter malade. Troisièmement, lorsqu’on fera payer l’assurance privée aux immigrés, on va se rendre compte que cela coûte moins cher que la couverture de la Sécurité sociale. Alors, les Français ne manqueront pas à exiger d’avoir la même possibilité de choisir que les immigrés. Cela aurait une vertu pédagogique fabuleuse ; cela permettrait en même temps de démolir le monopole de la Sécurité sociale.

Il faut aller à la source, à savoir les écarts en matière de protection sociale entre les pays. Il y a deux possibilités : la formule Delors qui oblige tous les Etats à adopter le même niveau de protection que la France, par exemple, pour éviter le « dumping social ». C’est une solution tout à fait illusoire qui consiste à obliger toute la classe à recopier le devoir du mauvais élève. L’autre solution est de réduire l’Etat-Providence par le bas, à supprimer toute intervention étatique superflue, non seulement en Europe, mais aussi en Afrique et en Amérique Latine. Dans les pays où ce développement est déjà en marche, les résultats sont spectaculaires : le Chili, l’Argentine, le Brésil, le Guatemala sont en train de se débarrasser de leur système de protection sociale étatisée. Désormais, le flux d’immigration vers les Etats-Unis ou l’Europe s’arrête, voire s’inverse. La subvention tue le développement

En Europe, nous en sommes restés sur un système de type africain de népotisme et d’aide inter-étatique. Au début de 1996, Heritage Foundation a publié une statistique montrant le degré de pauvreté des pays du monde ainsi9 qu’un tableau détaillant le montant d’aide financière américaine reçue par chaque pays. Faut-il s’étonner de constater que ce sont les pays qui ont reçu le plus de fonds qui sont aujourd’hui les plus pauvres, et vice versa ? Non seulement cet argent n’a pas aidé les pauvres ; il a contribué à bloquer le développement puisqu’il a souvent été dépensé dans de grands projets publics. Ainsi, il a profité à l’élite politique et non à l’élite économique. Il n’a pas créé des entrepreneurs, mais de nouveaux bureaux pour les fonctionnaires chargés de distribuer l’aide internationale.