A l’instar de presque tous les Premiers ministres britanniques elle a affirmé sa croyance en Dieu; tout au long de sa carrière, elle a constamment fait référence à l’importance du christianisme, tant dans un contexte social que personnel.

Cette foi lui vient de son père. A force de l’entendre répéter, nous savons tous qu’il était épicier et un éminent politicien local, mais qui sait que c’était un prédicateur méthodiste laïc populaire (ce qu’ici on appellerait un pasteur évangélique) ? Lors de son entrée en fonction comme Premier ministre, tandis qu’elle se tenait sur les marches du 10 Downing Street, elle s’est tournée vers les caméras et a déclaré : "Je dois presque tout à mon père." Chrétien engagé, celui-ci, loin de s’enfermer dans sa sphère religieuse, s’est montré un homme "dans le monde" avec même un certain libéralisme doctrinal.

En droite ligne du protestantisme, le père et la fille avaient la conviction profonde que le but de la vie n’était pas le plaisir, mais le travail pour le bien commun. Enfant, Margaret Thatcher faisait partie des scouts méthodistes et fréquentait "l’école du dimanche" où les enfants apprennent les histoires bibliques pendant que les parents assistent au culte. Pendant ses études à Oxford elle a participé aux études bibliques des étudiants, ce qui lui fait dire plus tard que "la religion était importante dans ma vie à Oxford". Ceci explique aussi pourquoi sa carrière politique est jonchée de discours, d’interviews et de déclarations qui font référence à l’enseignement de Jésus et de l’Ancien Testament.

Cela ne signifie pas pour autant qu’elle mélangeait politique et religion. Son principe était précisément l’enseignement du Christ qui a dit : "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu." Elle a d’ailleurs reproché aux églises leur immixtion dans la politique, arguant qu’elles devaient plutôt se préoccuper de la rédemption spirituelle plutôt que de réformes sociales. Le rôle de l’Eglise est de prêcher l’Evangile du Christ et d’apporter réconfort et conseil aux hommes et femmes dans les diverses épreuves de la vie.

En véritable laïque et chrétienne, elle a su appliquer le principe fondamental du christianisme, hélas historiquement si peu suivi par les Eglises. Dans son discours à l’Assemblée générale de l’Eglise d’Écosse en 1988, elle déclare :

"Je repense aux discussions de mon enfance lorsque nous étions tous d’accord que si on tente de prendre les fruits du christianisme sans ses racines, ceux-ci se flétriront."

Elle croyait que la force d’une personnalité provient de l’intérieur et qu’une religion doit toujours être enracinée dans l’intériorité spirituelle.

Son action politique se base sur la "parabole des talents", qui enseigne que la volonté de Dieu pour l’humanité est d’être économiquement efficace, le Christ s’attendant à plus de la part du plus compétent, mais aussi à la mobilisation de celui qui peut moins, le devoir de l’individu étant de tirer le meilleur parti de ce que Dieu lui donne.

Margaret Thatcher a aussi fait sien l’avertissement de St Paul aux Thessaloniciens (3:10) que

"si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus".

Elle était convaincue que la création de la richesse n’était pas mauvaise en soi, tandis que l’amour de l’argent était mauvais.

Un article intitulé "César reparle" paru dans "The Economist" la fustige en spécifiant que, pendant 20 siècles, les dirigeants mondiaux ont utilisé la Bible pour justifier la guerre, la torture, la chasse aux sorcières, le marxisme, les impôts et l’abstinence pour passer maintenant en faveur du gain d’argent. Thatcher a évoqué le bon Samaritain en disant que

"personne ne se souviendrait de lui s’il avait eu de bonnes intentions, mais la bourse vide".

En complément à cette responsabilité personnelle dans l’économie de la société, Thatcher croyait dur comme fer que la création de richesses allait de pair avec le service envers les autres et envers Dieu à travers la philanthropie - l’amour du prochain - car, ajoute-t-elle,

"nous sommes tous membres les uns des autres", reprenant ainsi la doctrine chrétienne de l’Eglise en tant que Corps du Christ.

Dans la lutte contre la pauvreté ce service à autrui est le devoir de l’individu et non de l’Etat dont l’intervention devrait rester minimale. Donner à l’instar du Christ, car pour Thatcher la crucifixion était "l’acte suprême d’un choix" puisque "personne n’a ôté la vie de Jésus, Il a choisi de la donner".

On a beaucoup critiqué son manque de solidarité mais ce n’est pas lui rendre justice. Thatcher croyait en la justice sociale mais celle induite par la responsabilité personnelle et non déléguée à l’Etat. Citant de nouveau l’Evangile, elle rappelle que lorsque Jésus dit à ses disciples "Vous avez toujours les pauvres avec vous", elle précise qu’il s’agit d’un extrait de l’Ancien Testament (Deutéronome 15:11) :

"C’est pourquoi je te donne ce commandement : Tu ouvriras ta main à ton frère, au pauvre et à l’indigent dans ton pays."

Non, la dame de fer n’avait pas un cœur de fer. Puisqu’elle croyait que pour redonner du cœur à nos villes, nous devons redonner espoir à la population, que notre société a grandement besoin d’altruisme, elle était convaincue que l’enseignement chrétien avait sa place dans les programmes scolaires car

"nous sommes une nation dont les idéaux sont fondés sur la Bible et il est tout à fait impossible de comprendre notre histoire ou la littérature sans saisir ce fait, et très concrètement il faut veiller à ce que les enfants en classe reçoivent une formation adéquate de la tradition judéo-chrétienne qui a forgé nos lois, nos mœurs et nos institutions. Comment pouvons-nous donner un sens à Shakespeare, sans une telle connaissance fondamentale ?"

Au moment où l’enseignement de la religion chrétienne est remis en cause en Belgique, il est bon de se rappeler que si les idées de Thatcher défendant l’engagement personnel, la liberté et l’altruisme - idées qui ont reformé le Royaume-Uni et l’Europe -, sont si populaires dans le monde, c’est parce qu’elle a été instruite selon la tradition judéo-chrétienne.

La dame de fer était très ferme dans ses convictions sur Dieu et la morale. C’est pourquoi elle était intransigeante en suivant le principe du Christ

"que votre oui soit oui et que votre non soit non".

Pour elle, l’enseignement de la foi était la pierre angulaire et immuable dans la fondation d’un état libre. Nos politiciens seraient bien inspirés de suivre l’exemple de cette grande dame.

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Samuel Furfari est Maître de conférences à l’ULB, Président de l’Association des églises protestantes évangéliques de Belgique (L’auteur s’exprime à titre privé).