Europe : comment déconstruire l'Etat-providence et reconstruire l'Union européenne "par le bas"
Par Henri Lepage le lundi 21 mai 2012, 12:22 - Note de synthèse - Lien permanent
La crise de l'endettement public, et celle subséquente de l'euro, sonnent la mort du modèle européen d'Etat-Providence de type social-démocrate.
Celui-ci est à bout de souffle, comme l'était le modèle soviétique à l'époque de Gorbatchev. Les hommes politiques feront tout ce qui est en leur pouvoir (c'est à dire 'beaucoup') pour le maintenir en vie à coûts de rustines, aussi longtemps que possible. Mais son effondrement est inévitable. Le problème reste à savoir comment on en sortira, par quoi le remplacer, et à quel prix.
Cette vérité est encore loin de s'imposer. Seules quelques rares voix isolées commencent parfois à l'admettre ouvertement - et rarement par écrit. Mais il n'existe quasiment aucune analyse sur cette "transition" qu'il nous va falloir affronter, qu'on le veuille ou non. On sait à peu près ce qui sera inévitablement remis en cause, mais on ne sait pas au juste par quels processus, ni comment y participer sans provoquer des catastrophes encore plus graves.
Il serait profondément malheureux que cet effondrement prévisible entraîne avec lui la mort de l'Europe en tant qu'idéal de réconciliation globale et durable entre des peuples voisins qui se sont trop longtemps, et trop souvent, fait la guerre, De même, il ne faudrait pas que cette déconstruction inévitable du modèle européen d'Etat-providence ne se fasse au détriment de "l'esprit européen", celui qui, au lendemain du dernier conflit mondial, a inspiré et mené ceux que l'on célèbre aujourd'hui comme les pères fondateurs de l'Europe. Autrement dit comment faire pour que la crise actuelle permette à l'Europe de rebondir et de se retrouver derrière un grand projet qui permette de reconstruire une Union européenne authentique et réellement démocratique, respectueuse de cette diversité institutionnelle qui est précisément le fondement de sa civilisation et de ses réussites passées.
Je n'ai pas la solution. Mais je connais au moins un homme qui nous met sur une piste dont j'ai la faiblesse de croire qu'elle mérite d'être étudiée et approfondie. Il s'agit du Professeur Bruno Frey dont nous avons récemment publié la traduction d'un article paru sur le site voxeu.org.
Derrière un acronyme qui n'est sans doute pas très heureux (FOCJ !) Bruno Frey propose de repenser la construction européenne à partir d'une démarche "down to top" (de bas en haut) qui, pour une fois, confère un véritable contenu concret à l'idée de "subsidiarité".
L'idée serait de reconnaître aux citoyens, à travers leurs entités territoriales de base (comme les communes et autres autorités locales) ou leurs associations (professionnelles et autres), le droit de s'unir pour donner naissance, sur une base totalement volontaire, à de nouvelles entités administratives ou gouvernementales à caractère "monofonctionnel" (pour la fourniture d'un service public unique et bien défini), "a-territorial" (liberté d'adhésion, indépendante de tout monopole territorial), "transnational" (concernant des populations à cheval sur plusieurs états nationaux) et "concurrentiel" (liberté d'offres concurrentielles). Ces nouvelles entités seraient uniquement financées par des cotisations levées sur les personnes qui y adhèrent et donneraient droit à une réduction d'impôt correspondante au titre de la fiscalité nationale.
Les libéraux sont les premiers à dénoncer le "déficit démocratique" qui caractérise la gouvernance actuelle des institutions de l'Union européenne. Ils croient souvent y trouver la parade dans le développement de nouvelles formes de "démocratie directe", inspirées de l'exemple des référendums populaires suisses (voir par exemple le livre d'Yvan Blot, ou encore les prises de position de Contribuables associés). Sans doute serait-ce un progrès, mais il ne s'agit nullement de la panacée que beaucoup croient y trouver. La démocratie directe, pour fonctionner correctement, n'a véritablement de sens que lorsqu'elle s'applique plutôt dans le cadre de communautés territoriales de dimensions restreintes; et encore : il n'est pas évident que la "tyrannie" d'une majorité locale soit nécessairement plus juste et plus éclairée que celle d'une élite minoritaire d'élus et de fonctionnaires. En revanche, elle trouverait un terrain beaucoup plus naturelle, et pratique, pour s'épanouir dans le cadre de la gouvernance de ces nouvelles institutions a-territoriales et concurrentielles.
Il en va de même de l'idée développée il y a maintenant près de vingt ans par le Professeur James Buchanan, pour qui le défaut principal de l'Union européenne est de ne pas reconnaître aux pays-membres un "droit de sécession" qui permettrait d'établir un minimum de contrepoids à l'encontre des tendances uniformisatrices et centripètes qui s'exercent naturellement au centre bruxellois du pouvoir européen. L'analyse de Bruno Frey est beaucoup plus radicale et va beaucoup plus loin : elle reviendrait à reconnaître aux citoyens le droit de faire en quelque sorte "sécession" non pas dans le cadre d'un territoire, avec toutes les fonctions et responsabilités publiques y afférant, mais seulement pour la fourniture spécifique de certains biens publics bien identifiés et bien déterminés. A partir de quoi on pourrait imaginer une reconstruction progressive de l'ensemble de l'édifice européen par l'émergence d'un entrelac de réseaux croisés de nouvelles unités spécialisées de gouvernement reconstituées sur une base d'adhésions volontaires (de citoyens ou d'entités locales), dont le maillage se superposerait, et viendrait en concurrence avec les vieilles structures étatiques et nationales héritées du passé.
Sans doute cela peut-il paraître très utopique. Mais je suis sensible à l'argument du Professeur Frey pour qui la crise actuelle des institutions européennes, et l'impasse centralisatrice qui en résulte, est une incitation à réfléchir à la question de savoir s'il n'est pas possible de "penser l'Europe autrement" - et donc de changer de paradigme européen. Pourquoi le concept d'association "à géométrie variable" devrait-il rester réservé aux Etats de la future Europe ? Pourquoi, par delà les frontières traditionnelles, ne pas en généraliser le principe aux communautés politiques de base ?
C'est la raison pour laquelle je vous invite à lire le texte qui suit (que nous avions déjà publié, il y a dix ans, sur le site de l'Institut Euro 92). Le résumé que je viens de faire de l'idée du Professeur Frey est sans doute très incomplet et maladroit. Il s'agit d'un concept difficile à visualiser tant il sort des canons traditionnels de nos manières de penser l'agir collectif et la politique. Si vous êtes intéressé à en savoir davantage sur ce qu'il exprime, je vous conseille au moins d'y jeter un coup d'oeil. Peut-être serez-vous également intéressé à écouter - même si l'enregistrement est de mauvaise qualité - la vidéo de la conférence qu'il était venu présenter à Paris, en 2001, à l'invitation du séminaire que j'organisais à l'époque avec le Professeur Bertrand Lemennicier.

REPENSER L'EUROPE AUTREMENT : PROPOSITION POUR UN FEDERALISME MONOFONCTIONNEL, A-TERRITORIAL ET CONCURRENTIEL
par Bruno FREY
Nous prenons généralement pour donné qu'à tout Etat doit correspondre un territoire. Il s'agirait d'une relation monovalente. Tout Etat doit avoir son territoire, et tout territoire doit dépendre d'un Etat. Il ne saurait y avoir aucune ambiguité sur l'identité de l'Etat auquel un territoire appartient, et tout territoire devrait sans ambiguité être attribué à un Etat, quel qu'il soit.
Cette identification Etat = territoire ne va pourtant pas nécessairement de soi. Il existe des exemples où cette relation est absente.
Commentaires
Lundi 21 mai 2012 :
Espagne : l'Union Européenne demande de la "clarté" dans les comptes publics.
La Commission européenne a souligné lundi la nécessité pour les autorités espagnoles de faire preuve de "clarté" dans les comptes publics, après l'annonce d'un déficit 2011 revu à la hausse, et a annoncé la visite cette semaine en Espagne d'experts de son institut de statistiques Eurostat.
http://www.romandie.com/news/n/Espa...
Vous avez aimé les comptes publics de la Grèce ?
Vous adorerez les comptes publics de l'Espagne.
La communication de Bruno Frey constitue une remarquable machine à réfléchir. Un obstacle évident pour le bon fonctionnement du système proposé est celui sur lequel l'auteur passe trop rapidement dans la rubrique optimistement intitulée "Leurs soi-disant inconvénients", sous-rubrique "Les citoyens seront surchargés". Il s'agit en particulier, au minimum, d'un énorme coût cognitif et temporel. Quand deux ou plus APFAC / FOCJ sont en compétition, je dois disposer d'informations fiables pour choisir entre elles, et je dois investir des connaissances et du temps pour étudier les offres. Ce qui risque d'être aussi difficile en pratique que, pour un syndicat de copropriétaires, le choix avisé d'un nouveau syndic lorsqu'il est envisagé un changement. Dans les faits, ce syndicat est informé de manière souvent bien floue sur les avantages comparés des syndics A, B, C, et le plus fort-en-gueule emporte souvent le morceau. Il faut espérer qu'il y a un optimum de complexité assez bas pour un système d'APFAC, car sinon les usagers / citoyens, se laisseraient vite et préféreraient revenir au système étatique / infra-étatique dans lequel on "achète" un panier tout préparé.
Bruno Frey dit : "Il sera plus facile pour chaque individu de participer effectivement à ces consultations [les divers votes pour les diverses APFAC] dans la mesure où, à chaque fois, il s'agira d'enjeux infiniment plus limités et plus concrets que ceux qu'il rencontre traditionnellement dans des élections générales. Le citoyen devrait s'y trouver davantage incité à participer directement." C'est un espoir, mais sur quoi repose-t-il ? Il serait intéressant de passer des propositions programmatiques telles qu'elles sont formulées dans l'article à une ébauche de modélisation grossière mais un peu plus poussée. Pour les besoins des individus et groupes d'individus, quels sont les types d'APFAC nécessaires, et leur nombre plausible ? Si on imagine n décisions à prendre par an pour le choix entre plusieurs APFAC concurrentielles sur un service donné, et pour chaque APFAC retenue pour son fonctionnement en régime de croisière, étant donné une hypothèse sur un certain coût temporel pour chacune des décisions, quel sera le coût temporel total pour l'ensemble des APFAC ? Et il ne s'agirait là que du coût temporel des votes. Mais en amont il y a le coût cognitif et temporel de l'acquisition du minimum d'information nécessaire à un vote en connaissance de cause. On ne peut guère être optimiste sur ce chapitre. Combien d'électeurs lisent réellement les professions de foi des candidats aux élections politiques ? Combien ont pris connaissance de la Constitution pour l'Europe proposée à leurs suffrages en 2005, ou, à défaut d'une analyse compacte mais fidèle et claire ? Ne court-on pas le risque que, devant la complexité du paysage, surgissent des agrégateurs d'APFAC, proposant des paniers pré-constitués, c'est-à-dire les bonnes vieilles institutions généralistes que nous connaissons ?
Merci Curmudgeon, pour vos très intéressantes remarques complémentaires. Si c'est un appel à plus d'étude et de recherche sur le sujet, je vous soutiens pleinement.
"Ne court-on pas le risque que, devant la complexité du paysage, surgissent des agrégateurs d'APFAC, proposant des paniers pré-constitués, c'est-à-dire les bonnes vieilles institutions généralistes que nous connaissons ?", dites vous.
Je crois que vous avez raison. Il y aura certainement des offres d'aggrégateurs, mais dans un contexte de "concurrence" entre eux, ce qui fait une très grande différence. Et il y aura aussi certainement naissance d'une offre d'information concurrentielle sur ces aggrégateurs, un peu comme des agences de rating, mais sans protection monopoliste. A moins, bien sûr, qu'il ne forment un complot pour ressusciter le bon vieux "monopole étatique". Mais ce sera plus difficile car ils n'en auront pas la légitimité historique lié au concept de nation.
J'abonde dans le sens de Curmudgeon. Est-on si sûr du désir d'implication politique des gens ? Beaucoup délèguent ces soucis au gouvernement territorial compétent. D'autres ne sont jamais assez "consultés".
Il n'en demeure pas moins que les communautés d'intérêts vont proliférer (SEL, production agricole dédiée,...) mais en dehors de la sphère politique au sens "gestion de la cité".
D'accord avec M. Lepage, la social-démocratie à compte d'autrui a vécu.
@Catoneo
"Il n'en demeure pas moins que les communautés d'intérêts vont proliférer (SEL, production agricole dédiée,...) mais en dehors de la sphère politique au sens "gestion de la cité".
Oui, sans doute, et alors ? Le "politique" n'est pas le fin du fin (mais la "gestion de la cité" n'est-elle pas déjà du politique?). Ces regroupements d'intérêts (ces "clubs" pour utiliser le jargon des économistes) peuvent être d'ordre multiple et offrir une très grande variété de finalités. L'essentiel est que tous s'autofinancent et que ne se reconstitue pas quelque part un monopole sans concurrent dont chacun essaiera ensuite de capter les faveurs.
Par ailleurs l'avantage de ces "clubs" est, comme le souligne Frey, qu'ils se constituent généralement autour de buts et objectifs très concrets et limités, pour lesquels il n'est pas besoin de motivation "d'implication politique", mais simplement d'objectifs communs partagés par un certain nombre de gens qui acceptent d'en supporter les coûts sans essayer de les refiler à d'autres.
Le monde associatif serait un bon exemple de cette dynamique s'il n'était aujourd'hui totalement dévoyé par la présence d'un Etat distributeur (redistributeur) de subventions et si la constitution de nombre de ces associations n'était en définitive qu'un moyen de s'accaparer ces prébendes - et donc un moyen de conquête de clientèles électorales.
Bruno Frey pêche à la fois en visant trop bas et trop haut
* trop bas
En dehors de l'Europe actuelle, on dirait que Bruno Frey imagine qu'il faut repartir du bas, en partant de très bas. Toutefois, en dehors de l'Europe actuelle hautement bruxellisée, il fut un temps où l'Europe des Etats-Nations tenait beaucoup plus la rampe et le manche de direction.
De fait, si l'on examine les succès indéniables de l'Europe, comme Arianespace, ou EADS, on s'aperçoit que Bruxelles est très peu derrière le succès de ces initiatives (d'origine française) et qu'il s'agit du succès d'un accord entre Etats-Nations, Etats-Nations qui se sont révélés être un cadre viable pour une coopération européenne.
De fait, si l'Europe de Bruxelles se désintègre, on pourra toujours revenir aux Etats-Nations.
* trop haut
Du reste, c'est mettre trop de poids sur les épaules des citoyens que d'espérer qu'ils vont d'eux-mêmes s'intéresser massivement à la vie locale et prendre des responsabilités et de leur temps pour faire vivre d'eux-mêmes diverses communautés d'intérêt.
Pascal Bruckner indique dans une interview que "Le drame de la France c’est que la droite n’est pas libérale" http://www.enquete-debat.fr/archive... En d'autres termes, nos citoyens, d'obédience latine et catholique, démontrent souvent que contrairement à nos voisins du nord de l'Europe, d'obédience anglo-saxonne et protestante, leur premier réflexe est d'abord de se tourner vers l'Etat faute d'avoir intérioriser "aide-toi et le ciel t'aidera".
* Je suis d'accord avec la thèse de Jean-Claude Barreau qui précise, dans son livre "Le coup d'Etat invisible", le caractère non démocratique du fonctionnement de l'Europe (notamment la vision anti-référendum des hauts-fonctionnaires européens et de nos dirigeants politiques, et de leur volonté de faire passer leurs traités par dessus la volonté des citoyens).
Et fait assez amusant, il cite notamment une présentation, en mai 1998 (lors d'une session de la fondation Marc Bloch, lors d'une conférence à la Sorbonne), de Joseph Pini, jeune agrégé de droit à la faculté d'Aix-en-Provence, détaillant un parallèle entre le système européen et le fonctionnement de l'ex-URSS.
L'Europe ne fonctionne pas, indique Jean-Claude Barreau, car il n'y a pas de peuple européen, mais seulement des peuples européens. Or, l'adhésion à une forme de gouvernement fonctionne à l'affectif, et l'absence de peuple européen est la marque de cette absence d'adhésion affective. En d'autres termes, on ne trouvera personne qui veuille mourir pour l'Europe, ni pour Bruxelles.
Lorsque l'on pousse les partisans de l'Europe, sous sa forme actuelle, dans leurs retranchements, ils indiquent, comme ultime argument, que l'Europe, c'est la paix. Outre le fait que l'on peut clairement en douter vue la situation de la Grèce et d'autres pays de la périphérie européenne, JC Barreau fait remarquer que c'est le contraire (ce en quoi je suis d'accord): c'est la paix entre pays européens qui a permis de construire l'Europe, et pas l'inverse. L'Europe n'est en rien garante de la paix. Libre à nous de trouver d'autres formes d'organisation, et parmi celles-ci, l'une d'entre elles qui a montré ses preuves, est celle de l'union des Etats-Nations (sans super chapeau bruxellois ou autre).
* Il existe dors et déjà diverses initiatives citoyennes ; les AMAP en sont l'une d'elles. Et il serait possible de tisser encore plus de liens à échelle locale si, par ex, certaines communes soutenaient la construction des maisons de commerce permettant de regrouper plusieurs commerces sous le même toit, leur donnant à la fois plus de visibilité et assurant pour les clients potentiels un service tout-en-un qui manquent en province. Je n'ose imaginer que Bruno Frey ait pensé aux AMAP ;-) mais il ne faut négliger aucune piste pour tisser du lien.
Mais pour mettre le pied à l'étrier de nos citoyens, en matière d'engagement, je crois qu'une idée forte pourrait être de mettre en œuvre une procédure de tirage au sort pour élire nos maires, et une assemblée de conseillers municipaux, pour les communes qui le souhaitent. Cela s'inscrit dans la logique de la voie vantée par Etienne Chouard:
"Étienne Chouard - Conférence: Le tirage au sort comme bombe politiquement durable contre l'oligarchie"
http://www.dailymotion.com/video/xi...
Cela se tient et c'est étayé par d'autres documents du même Etienne Chouard:
- "Centralité du tirage au sort en démocratie" : http://etienne.chouard.free.fr/Euro...
- "Tirage au sort ou élection ? Démocratie ou aristocratie ?" : http://etienne.chouard.free.fr/Euro...
Là où Etienne Chouard se "trompe", c'est qu'il pense au tirage au sort pour l'élection présidentielle, alors qu'il me semble plus faisable de commencer à échelle locale.
Et je ne vois rien d'aussi puissant pour que les citoyens prennent plus leur destin en main à échelle locale, et aient une chance d'y prendre gout, en constatant qu'ils ont réellement une chance d'influer sur leur destin. Sans pouvoir sur lequel les citoyens aient réellement la main dessus (et le pouvoir exécutif des maires en est un), il est illusoire d'imaginer qu'ils se lancent dans la création d'un réseau d'associations palliant aux carences de nos institutions.
L'euro baisse : le marché se prépare à une sortie de la Grèce de l'euro.
http://www.romandie.com/news/n/DEVI...
@Hlepage
Les communautés évoquées dans mon commentaire ne sont pas politiques au sens commun, et ne gèrent pas non plus la cité. Elles sont strictement privées, recherchent un intérêt pécunier et surtout pas de subventions car leur iclination est de passer sous les radars fiscaux. Il y a un soupçon d'anarchie "organisée" chez elles. En ce sens je ne pense pas qu'elles puissent s'intégrer dans le maillage citoyen que vous énoncez. Je n'en vois pas se créer pour mettre l'égout dans la rue.
Si j'en ai parlé, c'est parce qu'elles commencent à foisonner. Les AMAP citées par DominiqueD en sont.
@DominiqueD
Le tirage au sort est le mode de représentation démocratique le plus honnête, s'il n'est pas le plus efficace.
Merci beaucoup pour cet excellent article qui donne à réfléchir, et qui nous change favorablement des prêcheurs d'apocalypse.
@Catoneo
puisque vous évoquez la question des égouts, parlons-en.
Elle ne se poserait pas si on laissait la construction et l'aménagement de l'espace aux promoteurs privés, ou à des compagnies privées d'aménagement urbain, comme aux USA. La gestion des égouts pourrait alors être assurée soit par les aménageurs eux-mêmes, ou par des associations privées de propriétaires auxquels les aménageurs revendraient leurs droits.
Il serait probablement fructueux d'établir une jonction entre les réflexions de Bruno Frey et certains éléments de la "gouvernance polycentrique" des ressources et des infrastructures étudiée par les Ostrom, Victor et Elinor, et leurs collaborateurs.
Extrait d'une interview de Victor Ostrom :
"We need not think of 'government' or 'governance' as something provided by states alone. Families, voluntary associations, villages, and other forms of human association all involve some form of self-government. Rather than looking ony to states, we need to give much more attention to building the kinds of basic institutional structures that enable people to find ways of relating constructively to one another and of resolving problems in their daily lives".
Illustration française (les Ostrom ont notamment étudié la gestion des systèmes d'irrigation). Dans le sud-ouest de l'actuel département de l'Ain, juste au nord de Lyon, le pays de la Dombes a vu, à partir du XIIIe siècle, la construction d'étangs, qui sont actuellement au nombre de 1100, sur 12'000 hectares et 65 communes. La gestion de ces étangs exige une alternance de périodes où ils sont en eau (évolage), avec pisciculture (spécialement de carpes) et de périodes d'assec, avec culture (blé, avoine, maïs), et elle suppose des réglages complexes du système étangs-canaux, régulations qui ont été mises au point non pas par une instance étatique ou infra-étatique, mais par une interaction des intéressés au fil du temps, qui a abouti la jurisprudence rédigée en 1524 sous le nom de "Coutume de Villars". Parmi les innovations, la mise au point d'une subtilité juridique concernant le droit de propriété (mettre un étang à sec conduit en effet souvent à inonder des terres voisines, et il faut donc harmoniser les intérêts).
http://www.esgt.cnam.fr/documents/t...
@curmudgeon
Excellent remarque. Merci beaucoup pour attirer notre attention sur cet exemple très concret, qui devrait ravir notre ami Max Falque. Il y a sans aucun doute beaucoup d'autres exemples de ce type en France, mais il est très difficile d'en faire le recensement. Toute information sur d'autres exemples de régulation privée (contractuelle) de problèmes communs de ce type - par exemple pour les digues - serait la bienvenue. Je m'étais intéressé au sujet à l'époque où je rédigeais mon livre sur la propriété (dans les années 1980), mais j'avais calé devant la difficulté de trouver des sources.
En n° 10 Henri Lepage évoque les égouts après Catoneo. A propos de la vidange, voir l'histoire lyonnaise des associations de vidangeurs, syndicats d'agriculteurs ou de propriétaires :
http://ruralia.revues.org/329
Résumé de l'article :
"Au milieu du 19e siècle, la campagne suburbaine absorbe les matières fécales que produit Lyon. Cette relation symbiotique permet une agriculture sur un sol pauvre et règle, en partie, un grave problème d'hygiène urbaine. Les vidanges lyonnaises mettent en scène différents acteurs : agriculteurs, propriétaires urbains de fosses d'aisances, entrepreneurs et municipalité qui s'efforcent de tirer profit du commerce des « matières ». La modernisation du système et les solutions imaginées par les pouvoirs publics et par l'UMDP (Union mutuelle des propriétaires lyonnais pour les vidanges), compagnie qui règne sur les vidanges urbaines, amènent une redistribution des profits. Ces transformations lèsent des intérêts solidement établis et suscitent en retour la création d'alliances nouvelles qui éclairent les liens complexes que tissent la ville et sa périphérie rurale."
Réfection d'une route par un comité organisé spontanément :
http://h16free.com/2012/05/25/15265...