Cependant elles continuent à être invoquées et même mises en œuvre malgré des résultats décevants, voire catastrophiques à long terme (lorsque, paraît-il, nous serons tous morts).

C’est ainsi qu’en arrivant à la Maison-Blanche, Barak Obama a fait dépenser quelque huit cents milliards de dollars à son administration afin de « relancer » l’économie américaine. Ce qui, d’après ses conseillers, aurait dû, en une année, faire tomber le chômage de 8,3 % de la population active (niveau de février 2009) à 7%.

Hélas, douze mois après l’adoption de ce plan de relance, loin d’avoir baissé, le chômage américain approchait les 10 %. Il semble avoir décru depuis et être revenu au niveau du début de 2009, mais ce n’est là qu’une illusion statistique liée à la chute du nombre des chercheurs d’emplois. En réalité, c’est le nombre des postes de travail qui a diminué les salariés du secteur privé non agricole passant de 114 millions en janvier 2009 à moins de 111 millions aujourd’hui. En contrepartie de cette médiocre performance la dette américaine a grossi d’un tiers en seulement deux ans !

L’exemple du plan Obama a malheureusement été suivi dans la plupart des pays européens avec des résultats tout aussi décevants pour ne pas dire désastreux. Ainsi, le Portugal qui en 2009 injecta 2,2 milliards d’euros (1,25 % de son PIB) dans son économie plongea dans la récession deux années plus tard et fait face maintenant aux pires difficultés.

A contrario, le seul pays européen qui ait continué sa croissance même pendant la crise de 2008 a été la Pologne, également seul pays à ne pas avoir mis en œuvre de plan de relance

Pour expliquer l’entêtement des responsables politiques à vouloir sortir des crises au moyen de plans de relance keynésiens il faut comprendre que ces plans consistent à financer des infrastructures, à offrir de l’argent à des entreprises ou à des administrations afin qu’elles embauchent de la main-d’œuvre (dans leur version « grands travaux » ou « investissements d’avenir ») ou qu’elles augmentent les salaires (dans la version « relance par la consommation »). D’où il résulte que les bénéficiaires directs de ces largesses – dirigeants, actionnaires, syndicats et employés des firmes aidées approuvent – il va de soi – les mesures les concernant.

Mais le choix des firmes profitant des plans de relance n’est pas laissé au hasard. Il est éminemment politique comme le montre l’affaire Solyndra, du nom de ce fabricant de panneaux solaires auquel le plan de relance d’Obama accorda une garantie de prêt de plus de 500 millions de dollars. En contrepartie Solyndra s’engageait à créer 4 000 emplois. Loin d’atteindre cet objectif, elle fit faillite en 2011 et licencia tout son personnel. Mais aux yeux des responsables de l’administration américaine le mérite de cette firme avait été de généreusement contribuer à la campagne électorale du futur Président ainsi que de développer l’« énergie verte » conformément aux vœux de l’Energy Department.

De son côté, le public constatant que ses élus « font quelque chose » pour vaincre le chômage approuve dans sa majorité les plans de relance. Il ne voit malheureusement pas leur revers : l’argent qui les finance est nécessairement obtenu soit par l’impôt soit par l’emprunt (qui n’est qu’un impôt différé). Il s’ensuit que l’argent soustrait à des individus ou à des entreprises ne servira plus à effectuer des achats ou des investissements qui auraient été faits en l’absence des dits plans. Ou, dans le cas des financements par emprunt, que le jour où l’Etat devra rembourser il prélèvera les sommes dues sur l’économie du pays.

Force est donc de constater que si les plans de relance keynésiens créent bien des emplois ils en détruisent d’autres par ailleurs, sans doute plus nombreux que les premiers. Les dépenses sur lesquels le Président Hollande tient tant ne provoqueront donc pas la croissance et ne mettront pas fin à la crise de l’euro. Trait.jpg

Florin Aftalion est Professeur émérite à l'ESSEC. La version originale de cet article a été publiée dans les pages Opinions du Figaro, en date du 30 mai 2012.