L’illusion de la relance par la dépense
Par Florin Aftalion le vendredi 1 juin 2012, 12:09 - Article - Lien permanent
Pour mettre fin à une crise, un gouvernement doit dépenser de l’argent, beaucoup d’argent, de préférence de l’argent qu’il n’a pas. C’est ce qu’a voulu nous apprendre, dès 1936, John Maynard Keynes, l’économiste le plus célèbre d’alors et peut être encore de maintenant.
Malheureusement, les théories qualifiées aujourd’hui de keynésiennes sont discutables pour ne pas dire fausses et, beaucoup plus grave, n’ont jamais reçu la moindre validation empirique.
Cependant elles continuent à être invoquées et même mises en œuvre malgré des résultats décevants, voire catastrophiques à long terme (lorsque, paraît-il, nous serons tous morts).
C’est ainsi qu’en arrivant à la Maison-Blanche, Barak Obama a fait dépenser quelque huit cents milliards de dollars à son administration afin de « relancer » l’économie américaine. Ce qui, d’après ses conseillers, aurait dû, en une année, faire tomber le chômage de 8,3 % de la population active (niveau de février 2009) à 7%.
Hélas, douze mois après l’adoption de ce plan de relance, loin d’avoir baissé, le chômage américain approchait les 10 %. Il semble avoir décru depuis et être revenu au niveau du début de 2009, mais ce n’est là qu’une illusion statistique liée à la chute du nombre des chercheurs d’emplois. En réalité, c’est le nombre des postes de travail qui a diminué les salariés du secteur privé non agricole passant de 114 millions en janvier 2009 à moins de 111 millions aujourd’hui. En contrepartie de cette médiocre performance la dette américaine a grossi d’un tiers en seulement deux ans !
L’exemple du plan Obama a malheureusement été suivi dans la plupart des pays européens avec des résultats tout aussi décevants pour ne pas dire désastreux. Ainsi, le Portugal qui en 2009 injecta 2,2 milliards d’euros (1,25 % de son PIB) dans son économie plongea dans la récession deux années plus tard et fait face maintenant aux pires difficultés.
A contrario, le seul pays européen qui ait continué sa croissance même pendant la crise de 2008 a été la Pologne, également seul pays à ne pas avoir mis en œuvre de plan de relance
Pour expliquer l’entêtement des responsables politiques à vouloir sortir des crises au moyen de plans de relance keynésiens il faut comprendre que ces plans consistent à financer des infrastructures, à offrir de l’argent à des entreprises ou à des administrations afin qu’elles embauchent de la main-d’œuvre (dans leur version « grands travaux » ou « investissements d’avenir ») ou qu’elles augmentent les salaires (dans la version « relance par la consommation »). D’où il résulte que les bénéficiaires directs de ces largesses – dirigeants, actionnaires, syndicats et employés des firmes aidées approuvent – il va de soi – les mesures les concernant.
Mais le choix des firmes profitant des plans de relance n’est pas laissé au hasard. Il est éminemment politique comme le montre l’affaire Solyndra, du nom de ce fabricant de panneaux solaires auquel le plan de relance d’Obama accorda une garantie de prêt de plus de 500 millions de dollars. En contrepartie Solyndra s’engageait à créer 4 000 emplois. Loin d’atteindre cet objectif, elle fit faillite en 2011 et licencia tout son personnel. Mais aux yeux des responsables de l’administration américaine le mérite de cette firme avait été de généreusement contribuer à la campagne électorale du futur Président ainsi que de développer l’« énergie verte » conformément aux vœux de l’Energy Department.
De son côté, le public constatant que ses élus « font quelque chose » pour vaincre le chômage approuve dans sa majorité les plans de relance. Il ne voit malheureusement pas leur revers : l’argent qui les finance est nécessairement obtenu soit par l’impôt soit par l’emprunt (qui n’est qu’un impôt différé). Il s’ensuit que l’argent soustrait à des individus ou à des entreprises ne servira plus à effectuer des achats ou des investissements qui auraient été faits en l’absence des dits plans. Ou, dans le cas des financements par emprunt, que le jour où l’Etat devra rembourser il prélèvera les sommes dues sur l’économie du pays.
Force est donc de constater que si les plans de relance keynésiens créent bien des emplois ils en détruisent d’autres par ailleurs, sans doute plus nombreux que les premiers. Les dépenses sur lesquels le Président Hollande tient tant ne provoqueront donc pas la croissance et ne mettront pas fin à la crise de l’euro.

Florin Aftalion est Professeur émérite à l'ESSEC. La version originale de cet article a été publiée dans les pages Opinions du Figaro, en date du 30 mai 2012.
Commentaires
Parfaite description des raisons de la popularité du Keynésianisme: Clientèlisme politique et illusion de faire quelque chose contre la crise.
démonstration parfaite , totalement inaudible chez nos politiques
Si la Pologne s'en sort pas trop mal, il faut tout de même préciser qu'elle ne sera pas à l'abri d'une crise prochaine en raison de son déficit public : il ne faut pas laisser penser que les politiques polonais ne sont pas interventionnistes!!!
Petite histoire Kéneysienne
Deux affreux bambins balancent des cailloux dans la vitrine du boulanger et finissent par la casser.
Les adultes spectateurs les prennent par les oreilles pour les ramener à leurs parents afin qu'ils paient les réparations.
C'était sans compter avec le génie économiste bien connu, Keynes pour le nommer et qui leur tint ce discours :
- Hep ! Réfléchissez ! en cassant la vitre, ils ont créé du travail pour le vitrier qui la remplacera !
En fait ils devraient en casser d'avantage, le vitrier sera obligé d'embaucher, la fabrique de verre fonctionnera à fond ce qui déclenchera toute une économie qui autrement n'existerait pas !
Braves petits, continuez à casser les vitres !
Le boulanger sortit de sa boutique et dit :
- Ah bon ! L'argent que je vais dépenser dans la réparation, sera manquante dans mon bénéfice, qui m'aurait permis d'embaucher un apprenti et de maintenir les prix des mes pains et de mes gâteaux.
Les économies de mes clients leurs auraient permis d'acheter d'autres denrées, dont des chemises et pantalons qui sont vendus par les parents de ces malandrins.
Leurs parents vendant moins de vêtements, ils ne leurs achèteront pas de bicyclettes et le marchand de vélos perdra des ventes.
C'est toute une économie qui aurait été consolidée.
Maintenant, comme ses petits voyous vont revenir demain casser l'autre vitre, et puis les jours suivants dès que je les aurais réparé, je ne pourrais plus payer la farine au paysan et je fermerais boutique. Vous n'aurez plus de pain, le paysan ne fera plus de blé, le marchand de vélo fermera tout comme les parents de ces canailles et comme moi, nous vivrons tous dans la misère.
Nous y sommes !!
Si la valeur créée par "l'investissement d'avenir" est supérieure au coût de cet investissement, que cette valeur produit un bénéfice concret pour l'économie à un terme inférieur à celui de l'emprunt, est-ce que la logique de Keynes ne pourrait pas fonctionner ? Infrastructures, formations ou recherches bien ciblées = gains de productivité.
Si de plus cet investissement permet que des décideurs passent des commandes créant des emplois quand la plupart hésitent, thésaurisent ou spéculent sur des biens existants, sans faire tourner l'économie, n'est-ce pas favorable ? Est-ce que ça ne permet pas de préserver des entreprises de valeur simplement fragilisées de manière conjoncturelle ?
poser la question c'est bien poser tout le problème
dans des pays hyper développés avons nous besoin d'infrastructures nouvelles rapportant plus que le coût de l'emprunt? ( je ne parle pas de SP à la Française) l'Espagne regorge d'équipements routiers en doublon...
comment des fonctionnaires peuvent ils déterminer sur des starts up ce qui va marcher ou pas pour accorder des subventions?
vont ils à l'image de plus de 50ans d'histoire soutenir les ambulances au nom de la sauvegarde de l'emploi
combien de nouveaux plans calculs faudra t l financer?combien d'éoliennes (ont on n'ose même pas dévoiler le coût de l'électricté pour le con sommateur ) ....
ne serait il pas plus concret d'alléger les contraintes des entrepreneurs débutants (on en prend pas le chemin, les auto entrepreneurs sont dans le collimateur du nouveau pouvoir) d'apporter la flexibilité de l'emploi;et de mettre la fiscalité entrepreneuriale au niveau Irlandais..
il y a des choses qui marchent à l'étranger mais chez nous nous voulons continuer à emprunter pour ne pas changer de vision socialo colbertiste
Comprenant que les limites de l'endettement national étaient atteintes mrAttali et ses amis plaident pour endetter l'échelon supérieur ;comme leur programmes échoueront de la même manière que les programmes précédents (sinon il faudra m'expliquer pourquoi l'Etatisme ça va marcher) cet échec programmé sera remplacé par quoi ?
la Vérité est dure à entendre ;si nous voulons nous en sortir à terme ;la récession est inéluctable et durera longtemps ,ce sera l'occasion de mettre tout sur la table et de comprendre que le keynésianisme est juste un moyen pour permettre aux politiques de continuer à se faire élire en promettant la lune aux citoyens
le réveil à la rentrée sera dur
@Konebien
A propos d'Attali, c'est exactement cela. C'est précisément l'un des thèmes que traite notre ami Gilles Dryancour dans un texte qui sera mis en ligne samedi, et dont voici un court extrait :
"Comme on le comprend, le saut fédéral proposé par Pascal Lamy, Jacques Attali et, plus récemment, par Mario Draghi n’est pas destiné à soutenir la croissance. Il vise à confier à une minorité de technocrates européens la conduite des politiques keynésiennes et la perception de nouveaux impôts. Sa finalité première est de contourner les marchés politiques, de plus en plus hostiles à la monnaie unique et aux plans de renflouement des PIIGS. Concrètement, il s’agirait d’un pas supplémentaire vers l’oligarchie bureaucratique. Si l’on suivait la logique Lamy-Attali-Draghi, l’Eurocratie appliquerait un keynésianisme inflationniste affranchi du clientélisme qui lui est généralement associé."