Finlande : enfin la souris qui rugit !
Par Charles Gave le jeudi 21 avril 2011, 19:10 - Article - Lien permanent
De temps en temps, il se passe un événement qui change le cours de l’histoire.
Je suis en train de me demander si une telle chose ne s’est pas produite en Finlande le week-end end dernier. Explication.
Comme je ne cesse de le dire ou de l’écrire depuis des années l’Euro est un Frankenstein financier qui allait nous amener à un désastre Européen sans précédent. Nous y sommes.
L’Irlande, la Grèce, le Portugal sont en faillite déclarées; l’Espagne et l’Italie suivent de près; l’Europe est devenue un protectorat allemand, et chacun se sent humilié (pays du Sud) ou berné (pays du Nord), surtout quand l’on compare les résultats aux promesses qui étaient faites par les partisans de l’Euro il y a 10 ans : si le lecteur veut rire (jaune) un peu, je le renvoie à la pétition signée par tout ce qui comptait dans la nomenclature française en 1997 ou 1998, nous expliquant que l’Euro allait assurer la croissance européenne, la convergence des économies, le financement des dépenses sociales, la stabilité des prix, la retraite à 50 ans et, bien sùr, l’harmonie sexuelle entre partenaires, ainsi que la prolongation de la vie de chacun d’au moins vingt ans ( les deux derniers, je ne suis pas si sùr que ca, mais le lecteur me pardonnera ce léger débordement).
En fait nos systèmes sociaux implosent avec notre croissance, le chômage explose, et la faillite de l’Etat Français - qui se profile a l’horizon 2013/2014 - sera la grande absente de la prochaine campagne Présidentielle où chaque candidat s’évertuera à faire des promesses qui n’engageront que ceux qui les croient, selon l’immortelle formule de Jacques Chirac.
Devant cette déconfiture, les génies à l’origine de cette extraordinaire usine a gaz qu’est l’Euro, plutôt que demander pardon aux citoyens et de prendre leurs retraites, laissant aux gens compétents la responsabilité de réparer leurs erreurs, se mirent à rajouter frénétiquement toujours plus de tuyaux à leur immortelle construction, tandis que la BCE - entre les mains du principal responsable de ce désastre, monsieur Trichet -s’autorisait à racheter ou à escompter à tiroir ouvert des obligations émises par des Etats que sa brillante construction avait mis en faillite (après tout, ce n’est pas son argent).
Bref, nous étions partis pour un système ressemblant à notre sécurité sociale : coùtant la peau des fesses, que seuls un petit nombre de fonctionnaires comprend, et allant de réformes en réformes sans jamais arriver à l’équilibre.
Pour résumer, nous allions tout droit vers le rêve de tout haut fonctionnaire : un système qui ne marche pas et dont on ne peut pas sortir, ce qui leur assure un perpétuel plein emploi.
Jusqu’au vote Finlandais de ce week end.
Les finlandais sont un peuple qui prend sa démocratie au sérieux, et qui croit profondément au vieux principe libéral : pas de taxation sans représentations (vote).
De ce fait, le gouvernement Finlandais ne peut pas subventionner les dépenses des usines à gaz Européennes sans passer devant le parlement local (invraisemblable démagogie diront nos technocrates).
Et comme nous venons d’avoir des élections où l’a emporté un parti qui précisait que la Finlande ne financerait plus ce genre de dépenses, nous voilà devant un léger problème.
En effet, pour financer les folies de nos technocrates européens, il faut qu’il y ait unanimité de tous les états européens.
Le "Parti des vrais Finlandais" a indiqué qu’il honorerait les promesses faites à la Grèce et à l’Irlande, mais que pour le Portugal, il ne fallait pas compter sur lui puisque rien n’avait été signé.
Ce qui veut dire que le plan Européen de construction de la nouvelle usine à gaz est d'ores et déjà complètement caduc
L’Euro se retrouve face à ses contradictions, et notre petite souris finlandaise vient de rugir que « l’empereur n’avait pas d’habit », comme le petit enfant du conte d’Andersen
Les conséquences financières sont simples : il existe des pertes gigantesques dans le système qui pour l’instant n’ont été attribuées à personne, la BCE les portant en silence dans son bilan en attendant la nouvelle usine à gaz promise.
Or, de nouvelle usine à gaz, il n y en aura point.
Un krach se produit non pas quand les pertes ont lieu, mais quand les marchés réalisent qu’elles ont eu lieu, parfois depuis longtemps.
Nous arrivons au moment où ces pertes vont devoir être inscrites aux bilans des uns et des autres, et en particulier aux bilans de nos systèmes financiers - banques et compagnies d’assurance, Etats.
Je réitère ma recommandation de ne RIEN avoir de tout cela.
Commentaires
Jeudi 21 avril 2011 :
Tous les records sont pulvérisés.
En Europe, plus personne ne contrôle la situation.
La situation européenne est devenue totalement incontrôlable.
http://www.bloomberg.com/apps/quote...SPAM compacté, merci de modérer vos pratiques les lecteurs de ce blog sont généralement assez informés de la situation économique.
Cher M. BA,
Comment osez-vous, à la suite de ce brillant billet, et après vous avoir expliqué par A + B le B.A.A BA (si j'ose dire) de la théorie des taux obligataires, vous permettre encore d'intervenir avec vos taux Bloomberg, qui ne sont que très vaguement représentatifs de la situation ?
Pour rappel, ni la Grèce, ni l'Irlande n'empruntent aux taux que vous indiquez ! Jamais ces pays ne paireont de tels intérêts ! Ils empruntent au fonds de secours européen à des taux proches de 5%.
Les taux que vous indiquez ne valent que pour déterminer les prix auxquels s'échangeront les vieilles obligations de ces Etats.
Merci d'arrêter.
Mardi 19 avril 2011, la Grèce a emprunté sur les marchés.
http://www.lefigaro.fr/flash-eco/20...SPAM compacté
SPAM compacté
@BA
Pour parler poliment, vous commencez à nous faire ch...
On n'a pas besoin de vous pour avoir tous ces chiffres. Nous sommes sur un site de débats.
http://fr.reuters.com/article/frEur...
Philippulus le Prophète est de retour. Dong, dong !
Je n'ai rien dit, moi. Je n'ai fait que donner un lien : c'est deux journaux grecs qui donnent une information sur la dette grecque. Ces deux journaux sont Ta Nea et Isotimia.
Quant à ceux qui traitaient les autres de "Philippulus" en 2008, je leur demande d'être un peu plus modeste : ils faisaient moins les marioles le 15 septembre 2008.
Je crois que je commence enfin à comprendre l’aversion de Charles Gave envers ce qu’il appelle « l’Euro ». C’est qu’il ne parle pas du simple fait qu’un grand nombre d’Européens disposent d’une même monnaie, ce qui me paraît un bien sans réserve et serait encore mieux si ça s’étendait à tous les humains, mais des mécanismes et des institutions particuliers qui ont été mis en place pour gérer cette monnaie.
Sur ce point, je suis d’accord avec lui. Transposer au plan européen les concepts et les systèmes de gestion des monnaies nationales est mauvais parce que ces systèmes sont déjà mauvais au plan national, pas parce qu’ils seraient bons au plan national et mauvais au plan européen. On aurait pu néanmoins espérer un progrès parce que l’euro est géré un peu plus rigoureusement que la plupart des monnaies nationales, mais c’était compter sans l’incurie des gouvernements qui y ont vu un encouragement à vivre encore plus à crédit qu’ils le faisaient déjà.
Cela dit, accuser « l’euro » de tous les maux relève de l’incantation. Avant l’euro, une entreprise française pouvait faire faillite en même temps qu’une autre prospérait. On ne disait pas « c’est la faute au franc » ni « il faut que les entreprises prospères et les entreprises défaillantes utilisent des monnaies différentes ». Je sais bien qu’un État, ça n’est pas une entreprise, mais quand même…
Mais « sortir de l’euro » ou « la zone euro explose » peut se traduire par des tas de choses différentes. Pour raisonner correctement, il faut décrire un scénario des actions nécessaires non seulement pour « sortir de l’euro », mais aussi pour réaliser les objectifs attendus de cette sortie (dont une forte dévaluation de la monnaie nationale), et analyser les conditions de succès et les conséquences de chacune de ces actions. C’est ce que fait par exemple Jacques Sapir dans ce texte (http://horizons.typepad.fr/accueil/...)
qui est d’autant plus effrayant qu’il est remarquablement documenté et argumenté. Il montre que la sortie de l’euro ne peut avoir de sens que si elle s’accompagne de l’instauration d’une véritable dictature économique qu’il appelle de ses vœux, et qui prend explicitement pour modèle la politique nucléaire militaire.
Pour un libéral, « sortir de l’euro » ne peut signifier que remettre en circulation une monnaie nationale qui coexistera en concurrence avec l’euro. C’est ce que semble proposer Sapir au début de son article, avant de décrire en réalité une monnaie unique ayant cours légal (et forcé) sur le territoire national. On le comprend : si nous avions le choix entre une monnaie (l’euro) gérée relativement sagement par l’Allemagne et les pays du nord et une monnaie (le franc) promise à dévaluations périodiques, tout le monde préférerait l’euro (conformément à la vraie loi de Gresham selon laquelle, en l’absence de cours légal, la bonne monnaie chasse la mauvaise), et la sortie de l’euro n’aurait pratiquement aucun des effets qu’il recherche.
Deux remarques:
1) les élections finlandaises sont une excellente nouvelle mais rien n'est encore dit sur le chemin que suivra un nouveau gouvernement de coalition.
2) Le travail de Sapir est effectivement très intéressant et mène à coup sûr vers une route de la servitude très pentue... J'invite tous les usagers de ce blog à lire le texte. Maintenant il révèle clairement la question de la sortie de l'Euro: les choses sont maintenant engagées, elles sont inéluctables et risquent de porter un coup sévère au libéralisme.
"Faire des promesses qui n’engageront que ceux qui les croient" est plutôt une formule de Pasqua, qui n’était que le second couteau du Grand Chef Mafieux.
Pour être précis, Pasqua a réutilisé une formule de Queuille, ce dernier étant également l’auteur du fameux : "Aucun problème ne résiste à une absence totale de solution."
Nos politiques ont une capacité d’imagination sans borne !
Merci à Gérard Dréan d'avoir porté à notre attention l'existence de ce texte d'André Sapir. C'est effectivement "affolant", mais décrit bien, je crois, ce que serait l'engrenage qu'un tel événement déclencherait. Sapir rend un sacré grand service à Marine LePen et à JL Mélenchon en leur décrivant la voie à suivre.
Ce faisant, comme le suggère JC Werrebrouck, je crains que, avec la multiplication des petites mesures démagogiques préélectorales, nous ne soyons déjà en train de mettre terriblement le doigt dans l'engrenage fatal. Comme lui, je donne le conseil à tous nos lecteurs de lire ce document édifiant pour bien prendre la mesure de ce contre quoi nous allons avoir à nous battre.
Bonjour à vous tous,
Oui, M. Lepage, ce document fait froid dans le dos et me fait penser par certains aspects au fameux "grand bond en avant"... à croire que l'exemple soviétique (ou chinois) n'a servi en aucune façon de leçon - sans même parler du côté " ya qu'à/ faut qu'on" de nombre de ses propositions qui relèvent de l'imprécation et non de l'économie stricto sensu. Quoi qu'il en soit, j'espère qu'il s'en trouvera parmi les nombreux économistes qui fréquentent ce blog quelques-uns qui auront envie de se confronter à ce document et d'en faire une critique sérieuses et approfondie.
@daredevil2007
Je me demande très sincèrement ce que pense personnellement A. Sapir. Je ne pense pas qu'il croie à aucun moment à la faisabilité d'une telle "stratégie alternative". J'ai du mal à admettre qu'un économiste de tel niveau puisse vraiment imaginer qu'on puisse revenir aux "années cinquante" et qu'une telle politique puisse vraiment avoir des chances de réussite dans l'environnement européen et mondial actuel. Peut-être suis-je naïf.
Il me semble qu'il s'agit plus simplement de l'analyse froide d'un économiste qui essaie de faire comprendre ce que seraient toutes les conséquences (effrayantes) qu'une telle décision de sortir de l'euro entraînerait. Il se met dans la peau des experts à qui on demanderait de préparer une telle décision, et il déroule l'enchaînement implacable que cela entraînerait non seulement sur le plan des conséquences économiques, mais surtout sur le cheminement politique que cela impliquerait. De ce point de vue, je trouve sa démonstration extrèmement réussie et persuasive.
Ce qui conduit à mettre ceux qui - comme moi d'ailleurs - n'ont jamais cessé de critiquer l'absurdité du choix qui a été fait au moment de la création de l'euro, dans une position délicate. En effet on se retrouve devant l'équation suivante :
1. Il est vrai que l'euro a eu des résultats qui n'ont rien à voir avec ce que l'on en attendait, et qui se sont avérés désastreux pour certains pays; de ce point de vue il est juste de critiquer l'euro et d'en dire du mal; et même d'affirmer qu'il crée lui même tout un ensemble de contradictions et de tensions qui ne peuvent que conduire à son éclatement.
2. Mais il est non moins clair qu'au point où nous en sommes arrivés, toute sortie de l'euro conduirait inéluctablement à la mise en place d'un ensemble de mesures et de politiques inacceptables (c'est cela l'apport essentiel de Sapir), représentant une régression invraisemblable et annonçant pour la France un phénomène global et durable de régression économique et politique "à la mode argentine".
A partir de là, on est fondé effectivement à se demander si continuer à critiquer l'euro est une chose souhaitable dans la mesure où cela apporte de l'eau au moulin de ceux-là mêmes que nous n'aimerions certainement pas voir arriver au pouvoir, mais qui vont s'appuyer sur l'analyse de Sapir pour nous concocter des programmes économiques apparemment "cohérents".
On peut aussi accepter l'analyse de Sapir comme étant la description d'un scénario politique qui, quoi qu'inacceptable, risque de s'imposer à nous dans une logique de vague "populiste" qui submergerait finalement toutes nos défenses idéologiques. Et qui donc nous inviterait à se préparer au pire.
MERCI aux modérateurs de ce site !
Je suis content de pouvoir compter sur vous pour "spam compacter" les commentaires totalement inutiles de BA.
"Quant à ceux qui traitaient les autres de "Philippulus" en 2008, je leur demande d'être un peu plus modeste : ils faisaient moins les marioles le 15 septembre 2008."
BA, c'est vous qui aviez prédit en 2008/2009 la faillite de plusieurs grandes banques françaises. Il y a quelques semaines, vous indiquiez encore que Axel Weber serait le prochaine président de la BCE...
C'est moi qui vous demande un peu de modestie...
Quelques échanges ci-dessus me laissent un peu perplexe. Fait-on référence à André Sapir ou à Jacques Sapir ? S'il s'agit bien du second, son positionnement idéologique ne fait aucun doute : il envisage avec enthousiasme la sortie de l'euro.
Merci à Bubulle. Autant pour moi. J'ai confondu André Sapir (que je connais) et Jacques Sapir (que je ne connais pas). C'est donc bel et bien un discours au premier degré. Il est effrayant de constater que des gens pensent encore comme cela aujourd'hui.
Henri, quel bonheur d'avoir ENFIN modéré ce plaisantin de BA ...
Quel rapport entre la "faillite" de l'Irlande, de la Grèce et du Portugal et l'Euro ?
La "faillite" de l'Irlande, de la Grèce et du Portugal est la suite de deux phénomènes, d'importance variable selon les cas : gestion calamiteuse de leurs finances publiques depuis trente ans (surtout la Grèce) + rachat par l'Etat des dettes du secteur financier (surtout l'Irlande). Autrement dit , l'Etat-Providence qui s'étrangle dans sa démagogie institutionnalisée, d'une part, de l'autre la problématique des too big to fail - tout cela n'a rien à voir avec l'Euro.
Jacques Sapir est docteur en économie, directeur d'études à l'EHESS et soutient le Front de Gauche. C'est fondamentalement un keynésien qui pense que les gouvernements doivent pouvoir être constamment en déficit, contracter une dette illimitée et s'en libérer par l'inflation et la "restructuration".
Sur l'euro, il me semble qu'il s'en accommoderait volontiers s'il était géré à la française ou (mieux encore ???) à la grecque. Voir ses 6 propositions page 11 de son article. Et notez bien qu'il présente les actions qu'il propose autant comme une forme de chantage destiné à amener les autres pays à changer de politique tout en conservant l'euro comme monnaie unique que comme une véritable sortie de l'euro. (d'où le titre de son article).
@Drieu
détrompez-vous, les deux ont beaucoup à voir avec l'euro.
La zone euro a permis aux pays méditerranéens de bénéficier de manière durable de taux d'intérêt bas, sans rapport avec l'inflation qui s'y déroulait du fait de la faiblesse de leurs gains de productivité. Chez eux, c'est l'Etat qui a été le premier bénéficiaire de la faiblesse de ces taux pour s'endetter à outrance et financer leur gabegie. Sans l'euro, leurs états n'auraient jamais pu s'endetter à ce point, à cause des plans de refroidissement qu'ils auraient été obligés de s'imposer à eux-mêmes (avec taux d'intérêt élevés).
Pour les banques irlandaises, c'est la même problématique. L'afflux des capitaux étrangers aurait contraint à une réévaluation de leur monnaie nationale et la bulle bancaire n'aurait jamais pu se constituer.
@Gérard Dréan
Précisément, c'est cet élément "chantage" qui est l'un des aspects les plus intéressants de la stratégie qu'il propose et qui met en lumière un autre aspect 'pervers' de l'euro. Contrairement à ce que l'on pensait, l'intégration, ça peut marcher dans les deux sens.
Tout le monde étant convaincu que l'euro a été une grande poussée de libéralisme - alors que c'était le contraire : une tentative de gestion bureaucratique et supra nationale -, et qu'il a échoué, la tentation aujourd'hui est le retour au dirigisme national, dont tous les commentateurs considèrent qu'il réussit fort bien en Chine.
La question est donc de savoir ce que vont faire les populations si on leur présente le choix entre austérité et dirigisme national.
La morale de tout cela est que l'euro nous a bel et bien fourvoyé dans une impasse impossible, une impasse politiquement on ne peut plus dangereuse.
@Henri Lepage
J'ai bien peur que vous ayez raison, ... hélas !
Pour en revenir au billet initial de Charles Gave, j'aimerais bien qu'il développe sa dernière phrase sur le mode positif.
"Nous arrivons au moment où ces pertes vont devoir être inscrites aux bilans des uns et des autres, et en particulier aux bilans de nos systèmes financiers - banques et compagnies d’assurance, Etats.
Je réitère ma recommandation de ne RIEN avoir de tout cela."
... et d'avoir quoi, alors ???
@Gérard Dréan
Je me suis posé la même question que vous lorsque j'ai lu le papier pour la première fois.
Charles rédige ses papiers dans une optique de conseil de placements.
Je pense qu'il s'agit tout simplement de NE RIEN AVOIR qui corresponde à un placement "dans les banques, les compagnies d'assurances et les dettes publiques".
Henri, ce que vous dites sur la possibilité d'emprunter à des taux d'intérêt "allemands" est exact et connu. Toutefois je ne crois pas que la Grèce ait eu besoin de l'euro pour trafiquer ses comptes publics dans des proportions gargantuesques ? Ni que les banques irlandaises ait eu besoin de l'euro pour investir plusieurs fois le PIB de ce malheureux pays dans des produits financiers sans rapport avec la réalité ? Tout ramener à l'euro est artificiel. Les deux facteurs que j'évoque - Etat Providence et reprise des dettes bancaires - dominent la problématique. Vous aurez observé que les Etats-Unis souffrent de maux comparables; à moins dune entrée subreptice dans la zone euro ?
En revanche, Gave a raison sur le caractère insatisfaisant des mesures mises en oeuvre pour parer à la prochaine crise financière, qui ne font que reporter l'échéance de la localisation précise des pertes (banques allemandes régionales, etc.). La BCE n'a pas grand chose à se reprocher, ce sont les élites politiques européennes qui renâclent à prendre leurs responsabilités : on ne gère pas l'Euro, institution d'essence fédérale et voulue comme telle, à coup de mesures nationales (ou qui en préservent la possibilité). Nous devons choisir entre les Etats-Unis d'Europe (et l'Euro), et le retour des Etats-Nations (et des monnaies nationales). A part le groupe politique des libéraux du Parlement européen - Graham Watson, Guy Verhofstadt, etc., d'authentiques libéraux, fidèles à l'internationalisme hayékien - il ne se trouve plus grand monde pour encourager le "projet européen". Préfère-t-on revenir aux Etats-Nations ? La France a-t-elle oublié ce qu'était sa position de Nation, face à l'Allemagne, qu'elle retrouvera mécaniquement en cas de retour aux Etats-Nations ? Se figurer que le salut de l'Europe, en 2011, naîtra d'une telle régression, me paraît stupide.
Bonjour à vous tous,
Tout d'abord un grand merci à vous, M. Lepage, pour votre réponse détaillée et approfondie! Malheureusement, pour avoir entendu quelques interventions de M. Sapir, je crains que ce ne soit sa véritable vision des choses et cela n'est clairement pas réjouissant car en ces temps troubles, cela nous mènerait sur des chemins très tortueux et risqués mais, en l'état, je ne vois personne qui puisse s'opposer à de tels projets vu la démagogie ambiante qui va s'amplifier presqu'à coup sûr dans les mois à venir car les politiques responsables de tout ceci ont beaucoup à perdre et feront, à n'en pas douter, tout ce qui est en leur pouvoir pour perdurer, y compris scier la branche sur laquelle ils reposent - nous reposons tous!
Je n'ose imaginer les conséquences de telles évolutions...
@Henri Lepage
Si vous avez raison, alors André Sapir me fait irrésistiblement penser à Nicias, le général athénien qui, au cours de la guerre du Péloponnèse, dirigea la fameuse et désastreuse expédition de Sicile. L'idée de cette expédition n'était pourtant pas la sienne mais celle du charismatique Alcibiade. Celui qui avait été le pupille de Périclès et le disciple de Socrate voyait dans la guerre l'occasion d'acquérir une gloire éternelle et de … s'enrichir. Subjugués par son charme, les Athéniens étaient prêts à suivre les yeux fermés le jeune et ambitieux Athénien. Nicias, un général prudent, lui, voyait la folie du projet. Mais comment briser l'enchantement des Athéniens ? Pour se faire écouter d'eux, il crut bon de prendre le parti de ne pas les heurter de front et d'examiner sans parti pris hostile l'idée d'Alcibiade. Il le fit en leur décrivant, mais en termes propres pensait-il à les décourager, tous les sacrifices qu'exigerait d'eux la mise sur pied de cette expédition. Las, les Athéniens dans l'enthousiasme votèrent tout ce qu'avait semblé demander le pauvre Nicias pris à son propre piège. Non seulement cela, mais il ne put moralement refuser de prendre le co-commandement d'une expédition qui apparaissait désormais autant son enfant que celui d'Alcibiade ! Tel fut pris celui qui croyait prendre.
L'affaire ne s'arrêta pas là. Quelques jours après le départ de la flotte athénienne, Alcibiade fut rappelé à Athènes et condamné à l'exil pour une sombre affaire de sacrilèges ; du coup, il échappa aux conséquences du désastre de l'expédition dont la responsabilité infamante fut entièrement attribuée à Nicias. Quant à Alcibiade, après être passé pour se venger d'Athènes dans le camp de Sparte et du roi de Perse, il revint triomphalement à Athènes comme stratège ; et s'il mourut finalement assassiné ce ne fut pas de la main d'un Athénien indigné mais de celle d'un agent stipendié de Sparte. Et comme chacun sait, peu après Athènes dut ignominieusement capituler et perdre son empire.
Alors, A. Sapir sera-t-il un nouveau Nicias et Marine LePen ou Mélanchon la réincarnation d'Alcibiade, « le fossoyeur d'Athènes » ?
@Drieu
Cher Drieu, je ne suis vraiment pas d'accord avec vous, et je maintiens.
L'euro a pour effet d'éliminer le jeu de mécanismes de rééquilibrages qui n'empêchent pas les hommes de l'état ni les banquiers de faire de bêtises, ou de commettre des abus, mais qui les sanctionnent avant que la bulle (de dépenses publiques ou d'endettement des banques) ne prenne des proportions gigantesques.
Pour l'Irlande, penchez-vous donc un peu sur l'histoire de la crise asiatique de 1997. La source en étaient des politiques de "pegging" des taux de change sur le dollar. C'est à dire des politique de "parité fixe" par rapport au dollar, mais heureusement sans institutionnalisation politique - ce qui fait que la bulle a fini par éclater.
Quant aux USA, précisément, la position internationale du dollar en tant que pilier du système monétaire internationale les protège de ces contraintes de réajustement liées aux crises des changes extérieurs - dont ont été libérés les pays MED du fait de leur entrée dans l'euro.
Le maux essentiel de l'euro est la disparition des crises de changes extérieurs comme sanction des déséquilibres monétaires ou financiers internes. Cette contrainte extérieure ne disparait jamais complètement - comme on le voit aujourd'hui. Mais son fonctionnement est considérablement ralenti et atténué par rapport à ce que ces pays auraient subi s'il n'y avait pas eu l'euro.
Par ailleurs, l'autre fait essentiel que vous ne pouvez pas effacer, même avec une politique de fédéralisme, ce sont les différences de productivité. L'Italie a connu le problème avec le Mezzogiorno, qui n'a jamais été réglé - si ce n'est à coups de transferts massifs. Les contribuables italiens ont accepté de payer, mais la Ligue du Nord rechigne de plus en plus, et veut précisément en sortir. Ce n'est pas le fédéralisme budgétaire qui réglera les problèmes de différences de productivité qui existent maintenant au sein de l'euro, et auxquels on croyait précisément remédier par une politique européenne commune (rappelons nous les objectifs - morts-nés - de Lisbonne).
D'où cette équation impossible de l'Europe d'aujourd'hui. On voit bien qu'en sortir serait une catastrophe pour tous. Mais vouloir à tout prix maintenir la zone ne peut se faire qu'au prix de transferts très importants devant lesquels les contribuables d'Europe du nord commencent à avoir des états d'âme, mais aussi d'une inévitable tutelle budgétaire et politique très directe (et politiquement difficile à accepter) sur les états concernés. La Grèce ou le Portugal ne sont tout de même pas le Kosovo ! Les corps politiques européens résisteront-ils alors que, chez certains, on criera contre l'austérité, et que chez les autres se manifesteront des réactions de plus en plus nationalistes ? Certains, à l'image de Jacques Sapir (ou de Chevènement dans les années 1980) ne risquent-ils pas de céder aux sirènes de la tentation du dirigisme national et de profiter des circonstances actuelles pour l'imposer à leurs partenaires? Le problème n'est pas d'être pour ou contre l'euro. Ce problème est aujourd'hui totalement dépassé.Ni même de savoir si on est pour ou contre une nouvelle étape vers la fédéralisation de l'Union européenne (indépendamment de ses mérites ou de ses inconvénients). La véritable question est de savoir si les opinions publiques tiendront. Ou même s'il n'y a pas le risque de les voir se dresser les unes contre les autres. A moins que toute l'Europe ne se convertisse (pacifiquement ?) à la solution que préconise le sinistres Jacques Sapir : à savoir un "dirigisme paneuropéen" dont les français seraient les grands prêtres. Sombres perspectives !
Henri,
Personne ne conteste que l'euro a permis à la Grèce, par exemple, de bénéficier de taux artificiellement bas pendant quelques années. Mais vous dites très bien que, même dans la zone euro, les taux obligataires finissent par refléter la réalité (notre ami BA nous le rappelle régulièrement !), ce qui montre encore le caractère mineur de ce paramètre sur les deux autres quant au naufrage budgétaire des Etats européens : Etats-providence et rachat, par l'Etat, de la gabegie du secteur financier. Curieuse idée, tout de même, qui consiste à vouloir ramener toute la question de ce naufrage budgétaire étatique à l'euro.
Quand aux différences de productivité, là encore l'argument est pertinent, mais secondaire. Pareilles différences de productivité existent également aux Etats-Unis, au Brésil, en Chine, en Inde ou dans n'importe quel marché un tant soit peu étendu : faut-il fragmenter ces pays en zones monétaires distinctes ? A quoi ressemblerait une Europe fragmentée en zones monétaires (politiques ?) de productivité homogènes ?
L'euro vous retourne les ongles mais vous estimez qu'il est trop tard pour en sortir. Concrètement, je ne vois pas bien où vous voulez en venir.
Cher Drieu,
vous me faites dire ce que je ne dis pas.
L'analyse des mécanismes décrits ne me conduit pas à dire qu'il faut ipso facto faire éclater la zone euro en plusieurs zones. Et je crois que c'est là où le papier de Jacques Sapir est intéressant car il décrit ce que seraient les conséquences - en définitive sans doute bien pires et inacceptables - d'une telle décision.
Où cela me conduit ? simplement au constat que le fonctionnement de l'euro - même s'il est préférable de ne pas en sortir - nous a conduit dans un foutu bourbier dont je crains qu'il ne déclenche des processus très dangereux pour tout le monde. A moins que la puissance de la reprise économique au cours de l'année qui vient (thèse de Chauchat) finisse par gommer plus ou moins tout cela, ou tout au moins par dédramatiser les enjeux. C'est l'espoir que l'on peut avoir pour éviter que la campagne électorale ne soit dominée par les propositions les plus extrêmes.
Dans un pays comme les US, les différences régionales de productivité ne provoquent pas de drame à cause, d'une part, de la forte mobilité interrégionale (théorie de la zone monétaire optimale), mais aussi parce que la discipline budgétaire imposée aux états de la fédération est extrêmement sévère. Les états dispendieux ne peuvent pas continuer longtemps leur petit jeu. Ils sont rapidement obligés de réagir et l'on assiste ensuite à un miracle dans l'autre sens (le Texas dans les années 80, le Massachussets au début des années 90).
La manière dont fonctionne la zone euro a au contraire eu pour effet d'encourager les états dépensiers à persévérer dans leurs erreurs.
La question qui se pose aujourd'hui est de savoir si le renforcement du fédéralisme budgétaire permettrait de remettre les choses en ordre. Peut-être, mais je crains que, au vu de l'ampleur des déséquilibres accumulés, ce ne soit au prix du développement de tensions politiques extrêmement dangereuses que l'on voit précisément poindre. Sauf si, bien sûr, la reprise économique ne nous sauve. Ce qui n'est pas du tout impossible.
L'euro est une très mauvaise construction. Je ne vois pas pourquoi on se priverait de le dire. Il a exacerbé des comportements qu'il n'a pas créé, mais qu'il a encouragé à persévérer.Qu'il faille accepter que l'euro est là, et que l'on ne puisse pas revenir en arrière, fort bien. Que le mécanisme soit réparable et perfectible, sans doute. Mais, en attendant, cela n'empêche pas d'attirer l'attention sur le coùt final, économique et politique, de l'opération. C'est une expérience qui, en définitive, va dans tous les sens du terme nous coùter, quoi qu'il se passe, fort cher. Et c'est une chose qui n'est pas à porter au crédit de nos hommes politiques - que nous avons certes élus. Reconnaissons nos responsabilités.
Un dernier mot : je maintiens l'idée que s'il n'y avait pas eu l'euro, les dérapages budgétaires et financiers des pays MED n'auraient jamais pu atteindre l'ampleur qu'on leur connais. Je ne dis pas que ce n'est pas un problème qui ne se serait pas posé. Mais cela serait resté dans les normes des crises classiques soldées par des dévaluations et des remises en ordre (:même temporaires). Les démons sont toujours là, mais je persiste à penser que les institutions mises en place à l'occasion de la création de l'euro ont eu pour effet de les lâcher au delà de toute espérance. Et c'est de là que vient fondamentalement le problème.
Le débat étant clairement posé, quelle en est l'issue ?
Aux libéraux de démontrer et de répéter inlassablement que le recul de l'Etat n'est pas synonyme d'austérité mais bien au contraire de développement économique et social, développement d'autant plus performant et potentiellement spectaculaire que les hommes politiques des social-démocraties européennes ne peuvent plus manipuler la monnaie, grâce à l'euro justement.
Pour ceux qui se poseraient la même question que mutuelle swiss life:
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_sou...