Pour sauver les agriculteurs, libérez l'agriculture !
Par Jean-Philippe Feldman le dimanche 4 avril 2010, 16:42 - Article - Lien permanent
Il ne saurait y avoir de réforme efficace de l’agriculture sans rétablissement plein et entier du premier des droits de l’homme : le droit de propriété
Bilan mitigé pour le Salon de l’agriculture 2010. Succès populaire comme de coutume, il a été le réceptacle de doléances appuyées de la part des agriculteurs qui ont mis en exergue une importante contraction de leurs revenus l’année dernière
À vrai dire, la situation est plus contrastée car la baisse concerne avant tout les producteurs de céréales, de fruits ou de lait. Il n’en demeure pas moins que la part de marché de la France dans les exportations agricoles et agroalimentaires a chuté de 9 à 5 % entre 1990 et 2008.
Quelles sont les solutions le plus souvent proposées pour remédier à cette préoccupante situation ?
Il faudrait limiter l’instabilité des prix agricoles, clame le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire. Il conviendrait d’infléchir la politique agricole commune (PAC) pour permettre la régulation des cours, selon le président de la FNSEA. Il s’agirait, comme l’a exposé Nicolas Sarkozy le samedi, lors de sa venue au Parc des expositions de Paris, de mettre en oeuvre une nouvelle PAC fondée sur des prix régulés et la préférence communautaire.
Loin d’être des remèdes, nous pouvons craindre que ces propositions aggravent le mal dont souffrent beaucoup de nos agriculteurs.
Si l’on met en cause la volatilité des prix agricoles, c’est que (au-delà du fait qu’il soit naturel que les prix varient sur un marché !) le commerce mondial est trop étroit. Du fait des barrières protectionnistes, moins de 15 % de la production agricole s’échangent sur le marché international ! Dans les pays de l’OCDE, le taux moyen des droits de douane s’élève à 60 % sur les produits agricoles contre 5 % seulement sur les produits industriels ! Les subventions représentent environ 70 % des revenus de nos agriculteurs, pour le plus grand malheur des contribuables français et communautaires, mais surtout de la plupart des agriculteurs euxmêmes, appauvris par la PAC.
La solution passe donc par l’ouverture des frontières. La France devrait peser sur les négociations en cours de la PAC afin que le marché se libéralise, alors même que la position de nos autorités jusqu’ici a été la plus protectionniste qui soit.
Par ailleurs, le marasme qui touche nos producteurs, et tout particulièrement de nombreux producteurs de fruits, de lait et de vin, vient entre autres du fait que le coût du travail en France est pénalisant par rapport à celui de nos voisins espagnols et même allemands. Grevée de charges sociales et de taxes, la France perd peu à peu son rang de grande puissance agricole.
Nos gouvernants commencent à en prendre de plus en plus conscience et ce n’est pas un hasard si le chef de l’État vient d’annoncer, au Salon de l’agriculture ,la suppression des charges sociales patronales sur les travailleurs saisonniers. Mais le problème est envisagé par le petit bout de la lorgnette, et seule une optimisation profonde de notre sécurité sociale sera de nature à le résoudre.
Nicolas Sarkozy avait martelé dans un discours en octobre dernier que les agriculteurs étaient avant tout des entrepreneurs. Il y a encore insisté lors de ses propos au Salon. Des déclarations d’autant plus judicieuses que nos agriculteurs se trouvent souvent réduits au rôle frelaté de gardiens de notre bonne mère Nature, eux qui travaillent la terre et transforment nos territoires depuis des millénaires.
Mais pour qu’ils puissent prospérer en tant que chefs d’entreprise, encore faut-il qu’on les laisse respirer ! À une agriculture encadrée, réglementée, subventionnée, assistée doit se substituer une agriculture enfin libérée de ses entraves.
À cet égard, il ne saurait y avoir de réforme efficace de l’agriculture sans rétablissement plein et entier du premier des droits de l’homme : le droit de propriété.
Les règles du droit rural (statut totalement déséquilibré du fermage, droits excessifs et pratiques abusives des Safer, fiscalité pénalisante, etc.) viennent en effet dénier aux propriétaires le droit d’acheter, de cultiver, de louer et de vendre librement !
La garantie du droit de propriété est la solution trop souvent méconnue aux difficultés de nos agriculteurs et au découragement des propriétaires fonciers, comme à l’excès de pollution et au gaspillage des ressources. Nos parlementaires seraient bien inspirés de s’en souvenir au moment où le Parlement doit se prononcer sur le projet de loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche.

Jean-Philippe Feldman est professeur agrégé des facultés de droit et avocat à la Cour de Paris. Il vient de publier « La famine menace-t-elle l’humanité ? », un excellent ouvrage édité dans la collection «Idées fausses, vraies réponses », de chez Lattès. L'original de cet article est paru dans les pages Opinions du Figaro en date du 10 mars 2010.
Commentaires
Que le professeur de droit défende le droit de propriété, c'est bien naturel et légitime. Les nombreuses entraves à ce droit concernant les propriétés rurales et exploitations agricoles, au nom de la défense de "l'agriculture familiale" et des "petits paysans" ne font que freiner l'évolution normale de l'économie agricole.
Quant à affirmer que "la garantie du droit de propriété est LA solution ... aux difficultés des agriculteurs", c'est aller vite en besogne!
Étant libéral, je serais intéressé par une connaissance plus approfondi d'une option libérale de l'économie agricole, du mécanisme qui s'est déroulé en Nouvelle-Zélande... Nous sommes tellement loin du libéralisme qu'il est difficile à imaginer.
Je suis étonné du chiffre de 60% comme taux moyen de droit de douane dans l'OCDE. Au Japon? A l'intérieur de l'Union Européenne il n'y en a pas, et à ses frontières je pense qu'on en est très loin...
Sur les charges je suis d'accord, à la nuance près que dans le cas où les agriculteurs ont de bon résultats, faute de pouvoir se développer, ils ont avantage à se créer des charges en surinvestissant, en gros matériels luxueux, par exemple!
C'est dommage. On connait largement la question des subventions, des tentatives de réglementation des prix... cet article mériterait de détailler un peu plus en quoi les droits de propriété n'en sont pas. Et le rôle des SAFER? En quoi entravent-elles les agriculteurs entrepreneurs?
En bon libéral , Feldman dit que la meilleure façon de se protèger de la tyrannie est le respect du droit de propriété et il a raison , un fonctionnaire ou administratif de l'état , d'une commune manoeuvrant plus facilement avec un locataire qu'avec un propriétaire qui cherche à défendre son bien ...
Cependant , Feldman oublie une chose essentielle ( une démo en ce sens fait par mon notaire qui officie dans une commune rurale de Bourgogne ) ; La propriété , c'est bien , vous pouvez possèder 100 ha de terre que personne ne voudra louer car ce qui est important pour un agriculteur , avec l'actuelle Pac , ce n'est pas réellement le rapport des cent ha , par exemple ( dans tous les cas de figure , la vente des biens produits par ces 100 ha produira un déficit d'exploitation , mais les droits à production unitaires ( DPU de mémoire ) liés à chaque ha de terre ...en fonction de quoi , si vous êtes en zone céréalière , un ha de terre se louera bien car DPU importants liés et si vous êtes en zone d'élevage , même de bons prés ne trouveront pas de locatires si pas de DPU liés ...la Pac a engendré beaucoup d'effets pervers !
Le libéralisme nous fait creuver, c'est quoi ce discours ???? la spéculation sur les denrées agricole en 2008 et les émeutes de la faim n'ont pas ouvert l'esprit des libéraux. ce Monsieur remet en cause le statut du fermage de 1946 qui protège les agriculteurs des expulsions arbitraires...un dangereux personnage donc. la spéculation sur le foncier n'est pas assez forte donc ?! heureusement que le montant du fermage est encadré !
Le statut du fermage et des baux ruraux a été trop loin , dans la mesure où le locataire "tient" le propriétaire , dans une relation contractuelle déséquilibrée au profit du dernier ...
Que de contres vérités et de conformisme intellectuel dans cet article .L'auteur nous dit que la solution passe par l'ouverture des frontières, et trois paragraphes plus loin constate que les agriculteurs français manquent de compétitivité à cause du coût du travail et des taxes .Mais alors, bougre d'idiot,si nous laissons entrer encore plus les productions étrangères à bas prix ,nos agriculteurs vont encore plus souffrir .Et exporter plus , puisque nos produits ,par le biais de la PAC sont subventionnés à 70% ,va servir à quoi , sinon à ponctionner encore plus le contribuable déjà passablement plumé .Il s'agit bien de conformisme intellectuel ,tout le monde ,depuis trente ans répète les mêmes âneries .
La vérité c'est que la surproduction agricole a été organisée par nos dirigeants
Ils sont partis du principe que : moins les gens dépensent pour se nourrir plus il leur reste d'argent à dépenser ailleurs .Cette surproduction agricole a fait chuter les prix ,et l'agriculteur a été obligé de produire encore plus pour compenser le manque à gagner .Personne n'a encore compris que le chien qui se mords la queue ,ne le fait pas toute sa vie , il finit par comprendre et arrête .La surproduction de denrées agricole a été obtenue grace à des quantités monstrueuse d'engrais,de désherbants ,de fongicides et d'insecticides chimiques très polluants.Pour organiser cette production de masse les agriculteurs ont investit dans des bâtiments et des matériels à la limite de la démesure .L'intensification sur des petites surfaces ne devenant plus possible ,les agriculteurs les plus jeunes, les plus courageux et les moins ruinés ont englouti les exploitations de leurs voisins moins performants.L'endettement envers les banques s'échelonne de 50 à 80 , voire 120% du chiffre d'affaires annuel .Les exploitations ont atteint une telle taille que les agriculteurs partant à la retraite ont de plus en plus de mal à trouver un repreneur suffisamment solide pouvant bénéficier d'un prêt bancaire .Il semble que dans un avenir très proche ce système va arrêter de se mordre la queue et que faute de joueurs la partie va s'arrêter .De surproduction organisée nous allons passer au stade sous production subie.
Les pays du tiers monde que nous avions l'habitude de nourrir avec nos excédents vont se trouver dans une situation tragique .L'achat de nos excédents avait déja détruit leur agriculture vivrière et leur tissu rural par la concurrence de nos produits sur leurs agriculteurs .
La mondialisation de l'agriculture basée sur la surproduction ,va tuer ,et les importateurs et les exportateurs ainsi que les consommateurs .
Joli travail technocratique !!!!!!!
Nos responsables agricoles et politiques missionnent nôtre agriculture d'une oeuvre mondiale pour lutter contre la faim dans le monde ,ce n'est qu'un attrape gogos pour faire durer ce système qui va conduire le monde entier à la sous nutrition .
Un proverbe chinois dit " si quelqu'un a faim ne lui donne pas un poisson ,apprends lui à pêcher "
Les excédents agricoles du monde entier ne devraient servir qu'à compenser les mauvaises récoltes dues aux accidents climatiques et pas à faire du commerce capitaliste
@ Gigi: "La mondialisation de l'agriculture basée sur la surproduction ,va tuer ,et les importateurs et les exportateurs ainsi que les consommateurs ."
Quand l'agriculture tue les consommateurs, c'est plutôt par la famine, c'est à dire par, soit les guerres, soit l'insuffisance de production agricole ou autre production à échanger contre de l'alimentation! Nous n'obligeons personne à acheter nos produits, nous n'interdisons à personne de produire.
Conformiste vous même!
"La vérité c'est que la surproduction agricole a été organisée par nos dirigeants" Raison de plus pour laisser le marché libre!
Cultilandes ,vous n'avez rien compris à ce que j'ai voulu dire .L'agriculture va tuer les consommateurs parce que la surproduction aura tué les agriculteurs .Moins d'agriculteurs donnera moins de production .
Une paupérisation des agriculteurs entrainera le même phénomène qu'en union soviétique avant la chute du mur de Berlin .La production agricole deviendra étatique et la productivité réduite d'années en années .Un agriculteur qui n'est plus propriétaire de son outil de travail devient un ouvrier avec une mentalité d'ouvrier .Il ne se lèvera pas la nuit pour surveiller le troupeau ni pour profiter d'un temps favorable aux récoltes et aux semis .Le bon sens paysan déja perdu à cause de l'agriculture intensive ,sera réduit à néant par les fonctionnaires planificateurs .Mais bon vous n'êtes pas obligé de me croire
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