Gaz de schiste : la solution par la propriété
Par Max Falque le lundi 28 mars 2011, 19:58 - Article - Lien permanent
"Toute la Provence sent le
gaz de schiste ", s'alarme
la presse méridionale
à l'unisson avec une
opinion, inquiète à
juste titre.
En effet, des permis de recherche ont été accordés par l'État sur un vaste triangle s'étendant de Valence au nord, Montpellier à l'ouest et Toulon à l'est.
Mais, face au mécontentement, la ministre de l'Environmement a finalement imposé un moratoire de six mois.
Rappelons que le gaz de schiste est une véritable nouvelle ressource susceptible à terme de couvrir l'essentiel de nos besoins énergétiques, et de nous affranchir du chantage exercé par la Russie et les pays du Proche et Moyen-Orient. Si l'on en croit les déclarations de l'Agence internationale de l'énergie,
« l'offre de gaz naturel pourrait alimenter la demande mondiale pour 250 ans » (11 janvier 2011).
Aux États-Unis comme en Europe, l'enjeu géostratégique est donc capital et, si cela est avéré, les protestations locales ne pourront pas arrêter l'exploration et, au-delà, la production.
Pour imaginer une solution, il convient d'examiner les deux grands systèmes juridiques : à savoir la « common law » d'une part, le droit romano-germanique d'autre part, inspiré par le droit civil français.
L'article 552 du Code civil de 1804 affirme que
« la propriété du sol emporte la propriété du dessus et du dessous »,
mais le Code minier, dès 1810, introduisait une exception à cette règle dans le cas de certains matériaux visés dans son article 2, pour lesquels l'État peut seul concéder le droit d'exploitation, soit une forme de nationalisation. Le propriétaire d'un terrain est donc dépossédé dès lors qu'il s'agit de substances minières. Tout se passe comme si le propriétaire des ressources minières est exproprié sans indemnisation au profit de l'État. Dès lors on ne s'étonnera pas de la présence d'une vive opposition, pour des raisons économiques (puisqu'il en résultera une perte de valeur pour le propriétaire), mais aussi environnementales (risques potentiels d'atteinte aux paysages et eaux souterraines) pour l'ensemble des citoyens.
En « common law », au contraire, les droits de propriété portent sur la totalité du sous-sol et de ses ressources, sans exception, selon l'adage «Cujus est solum, ejus usque ad coeium et ad infernos » (... « du ciel jusqu'à l'enfer » !). Le propriétaire est donc maître du gaz de schiste et, à ce titre, libre d'en disposer, d'en vendre les droits d'exploitation à qui voudra bien les lui acheter et, naturellement, d'en interdire l'exploitation.
Prenons le cas de la Pennsylvanie où l'exploitation de l'immense formation « Marcellus Shale » a commencé, modestement, en 2007 avec 27 puits, mais en compte aujourd'hui 1.386. Bien entendu, les succès technique et économique ont conduit à une augmentation considérable du prix de location du terrain - qui est passé de 250 dollars par hectare à 5.000 dollars - , mais aussi à une multiplication des installations de forage portant atteinte à certains paysages et entraînant des risques potentiels pour la qualité de l'eau.
Cette solution présente pourtant des avantages évidents :
- les propriétaires sont plutôt favorables à l'exploitation du gaz de schiste dans la mesure où ils en retirent un bénéfice substantiel qui compense les inconvénients éventuels;
- ils sont libres de refuser toute atteinte à leur environnement, selon leurs préférences;
- la responsabilité des opérateurs demeure entière en cas d'atteinte à l'environnement, et ils ne pourront pas se prévaloir d'une autorisation de la puissance publique.
Que faudrait-il faire en France?
- Rien n'empêche de changer quelques dispositions du Code minier introduisant une rétrocession obligatoire aux propriétaires et ayants droit d'une partie des redevances versées à l'État par le concessionnaire ;
- permettre aux propriétaires de s'opposer aux contraintes réglementaires, au motif de la protection de l'environnement ;
- étendre le champ des études d'impact à l'ensemble du programme, et plus spécialement aux opérations d'exploration.
En définitive, le renforcement des droits de propriété est souvent un bon moyen pour conjuguer économie et environnement, et sauvegarder la liberté.
Proudhon, revenant sur sa célèbre apostrophe
« la propriété, c'est le vol »,
avait bien perçu son importance :
"La propriété est la plus grande force révolutionnaire qui existe et qui se puisse opposer au pouvoir". »
Tout indique que cette affirmation
concerne aussi les ressources
environnementales, et
qu'il convient d'apporter la plus
grande attention à la structure
des droits de propriété et aux incitations
économiques.

La version originale de ce texte de Max Falque a été publiée dans le journal La Tribune en date du 22 mars 2011.
Commentaires
Entre
« la propriété, c'est le vol »
et
"La propriété est la plus grande force révolutionnaire qui existe et qui se puisse opposer au pouvoir". »
Il existe un juste milieu.
En effet, considérons la suite ininterrompue des citoyens (t), la suite des générations.
Quelle est la part de propriété dévolue à chacun sur le sol que l'on s'amène à "exploiter" sans avoir demandé l'avis des futurs entrants ?
400 ans que le calcul différentiel de Leibniz a donné la solution...
Il est bien évident qu'il faudra un jour intéresser les propriétaires des sols à l'extraction des ressources de leur sous-sol si l'on veut combattre le "josébovéisme" et le "précautionnisme" ambiants, dignes descendants du progressiste "Gardarem lou Larzac". Mais avant toute chose, encore faudrait-il savoir à l'aide de forages verticaux classiques si des ressources exploitables de façon rentable de ces gaz non conventionnels existent dans le sous-sol français. Pour cela il faudra bien 5 à 10 ans d'exploration et de tests après que le moratoire gouvernemental aura été levé.
La France importe annuellement 12 milliards d'euros de gaz naturel dont les prix sont encore largement indexés sur les cours du pétrole. Produire localement pendant plusieurs décennies une part de ces volumes constituerait un excellent bol d'oxygène pour l'économie de la France. Nos voisins tels que la Pologne qui ne veut pas dépendre d'approvisionnements russes, l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Espagne ont bien compris l'intérêt de ces nouvelles ressources et s'emploient activement à les développer.
Nous risquons donc, une fois de plus, d'être à la traîne au sein de l'Europe dans cette aventure.
Holà Citoyen... Ho là...
Qu'en pensent les Français de 2150 de votre analyse ? Qu'elle ne les a pas pris en compte vis à vis de leur propriété !
http://www.creationmonetaire.info/2...
On a vu aux USA que justement les propriétaires ont vendu leur terre et le sous sol... on voit le résultat !Il faut arrêter de ne penser qu'au fric !si dailleurs ce fric avait été mis à l'étude des énergies renouvelables, il y a 50 ans, ont en serait pas là ! détruire la planète pour toujours consommer plus, ça ne marchera plus dans le futur... proche...Concernant le gaz de schiste l'affirmation de dire que ça se fera est un peu grosse, c'est compter sans nous ! se sera la guerre, mais cette technique ne passera pas, ! c'est fini le temps ou on c'est laissé endormir, par, entre-autre, le nucléiare..
Christian Boivin,
Le résultat est effectivement éloquent puisque plus de la moitié du gaz naturel exploité aux USA provient de ressources non conventionnelles et que les prix ont été ramenés de 8$ le MMMBTU à 4$. Telle est la réalité américaine.
Pour l'instant nous importons la totalité de notre gaz naturel dont une grande partie provient de Russie qui, tout le monde le sait, est extrait et acheminé dans des conditions écologiques irréprochables. La preuve: jamais aucun écologiste n'est allé se plaindre au Kremlin.
L'utilisation politicienne de la peur irrationnelle de l'exploitation des gaz de schistes qui va de Marine Le Pen aux Ecologistes en passant par Christian Jacob devra être le jour du vote, chichement partagée entre tous.
Laissons "la guerre" et autres "No pasaràn!" pour de bien plus graves causes.
@Galuel
Votre "juste milieu" est bien hypothétique. Pourquoi en effet prendre 80 ans comme référence dans vos calculs ? Pourquoi ne pas retenir 10 ans, 1000 ans, voire 1 million d'années ?
Faut-il vous rappeler que :
- la propriété (le travail, donc) est un des droits fondamentaux de chaque être humain (vie, liberté, propriété) et nul, ni les descendants et encore moins l'Etat, ne peut prétendre l'aliéner
- les descendants n'ont aucun droit sinon ceux dont ils héritent de leurs géniteurs, à commencer par la vie que ces derniers acceptent ou non de leur donner
En matière de propriété (donc de travail), il n'y a pas de juste milieu, tout comme pour la vie et la liberté : les droits fondamentaux ne sont pas négociables ! Toute idéologie qui méconnaît ces droits fondamentaux nécessite une opposition totale. Il en va ainsi du socialisme et de sa dérive actuelle, l'écologie politique. Vous cherchez une troisième voie, semble-t-il. D'avance, soyez convaincu de votre échec si vous méconnaissez le caractère absolu de ces droits fondamentaux.
C'est quand même une sorte de vice diabolique, cette manière de penser, qui consiste à convoquer les générations futures alors qu'on préconise une politique malthusienne !
@bubulle
Il n'y a pas de "droit à être forcé à faire quelque chose"... (travail) Ceci s'appelle de l'esclavage, et c'est contraire à la liberté. Il y a un droit à disposer librement du fruit de son propre effort librement effectué.
Pour les 80 ans, et justement pas 10 ou 1000 (ev = 80) il faut lire le post avant de dire n'importe quoi. Ce qui nous éviterait de perdre du temps.
"les descendants n'ont aucun droit sinon ceux dont ils héritent de leurs géniteurs"
Enorme.
Pouvez-vous me citer l'article de la Constitution et/ou celui des Droits de l'Homme qui affirme cette énormité ?
Voilà qui permet de bien situer où se situe l'interlocuteur... Ca a le mérite d'être clair !
"les droits fondamentaux ne sont pas négociables !"
Oui sans doute qu'ils sont affirmés par "X" sans que "Y ait son mot à dire !
Voilà une définition de la nuisance à autrui parfaitement affirmée, soit la négation du principe même de liberté.
Voilà qui permet de mettre l'accent sur le paradoxe logique fondamental qui ne permet aucunement de bâtir un raisonnement cohérent. Qui ne permet aucunement de démontrer quelque vérité que ce soit.
Afin de bâtir une théorie cohérente, vous vous devez de définir des axiomes fondamentaux qui ne permettent pas de décliner de vérités contradictoires, qui ne permettent pas de démontrer dans le même temps "A" et "non-A".
Le principe de liberté est un principe de symétrie. Il faut aller faire un petit tour du côté de la logique avant que d'affirmer des paradoxes à tout bout de champ.
Je note que mon commentaire précédent a été visiblement censuré...
Non pas censuré mais tout bonnement aspiré dans les anfractuosités des paradoxes spatio-temporels, c'est évident ! Il réapparaîtra bientôt, ou peut-être hier ?
Franchement, le plus surprenant c'est que le commentaire suivant n'ait pas connu le même sort...
Einstein, qui avait beaucoup d'humour, doit être aux anges ! "Deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue."
Rien qu'a la lecture de l'article de wikipédia et de l'énoncé du procédé de facturation hydraulique biocide détergeant et lubrifiant on peu se pauser des question sur la dégradation des nappes phréatiques, or l'eau potable est un capital commun, qui dépasse les limites de la propriété privé.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Gaz_de...
Une entreprise privé exploite du gaz de schiste en ne prenant que peux de risques financiers et en s'assurent de large bénéfice en peut de temps, alors que le risque sera assumé pour longtemps par la majorité des gens, cela me rappel la crise des subprimes.
De plus alors que le pic de pétrolier et le pic de gaz ne sont pas atteins, nous utiliserions une technique risquée et non éprouvée pour exploiter nos ultimes réserves de gaz naturel, cela me rappel la fable de la cigale et la fourmi, mais j'ai bien peur de vivre la fin de la fable dans mois de 30 ans. Il ne sagis pas de préservé les générations futur, ils faut protéger notre génération d'un désastre écologique imminent et prévisible.
J'avais eu cette réflexion avant d'entendre parler de "gaz land".
Passez moi l'expression"il y a de l'eau dans le gaz" de schiste!
Sauf erreur, les gaz de schistes sont forés à plus de 2000 mètres de profondeur tandis que les nappes phréatiques sont situées à moins de 100 mètres de la surface. Le problème proviendrait de quelques puits insuffisamment étanches à proximité des nappes. Les milliers de forages américains permettent d'avoir un retour d'expérience sur les dangers réels et imaginaires liés à cette technique d'extraction.
Les générations futures peuvent poursuivre tranquillement et sans crainte leur lente gestation.
Même en common law, l'adage « du ciel jusqu'à l'enfer » admet des exceptions puisque les propriétaires des terres ont été déboutés aux USA par la Cour Suprême (il a quand même fallu monter au plus haut) du droits de faire payer les avions qui passaient dans "leur" ciel.