En effet chaque utilisateur a intérêt à mettre le maximum de bétail avant qu'un autre pasteur ne fasse de même. « La ruine est la destination finale » et l’intérêt individuel conduit à la catastrophe sociale.

Hardin avance que seules deux solutions sont possibles :

-- l'établissement de droits de propriété privée sur la ressource, llorsque cela est physiquement et socialement possible : solutions de marché.

-- l'intervention de la puissance publique pour réglementer de façon autoritaire l'accès à la ressource : planification centralisée.

L'article d'Hardin a donné naissance à une nouvelle école de pensée très féconde, la Nouvelle Economie des Ressources, d'inspiration libérale voire libertarienne, pour laquelle la solution aux problèmes environnementaux passe par un renforcement des droits propriétés et du libre marché. Sur le plan théorique les travaux de Coase, Demsetz, Dales, Buchanan, Epstein, Yandle …. sur le rôle des institutions, les coûts de transaction, les choix publics, la théorie des jeux ont nourri intellectuellement de nombreux « think tanks »..

Mais revenons à notre prix Nobel. Son apport essentiel est de considérer que les ressources en biens communs peuvent, sous certaines conditions, être protégées et gérées à long terme et que la tragédie des biens communs peut être transformée en opportunité. En effet de très nombreuses ressources environnementales ne sont pas des biens publics purs et leur utilisation par une personne diminue d'autant la disponibilité pour toutes les autres. Ceci est le cas pour l'eau, l’air, la mer, la biodiversité, les ressources de la pêche, les pâturages d’alpages... Leur appropriation privative est souvent coûteuse voire impossible. Il faut donc organiser la coopération à l'intérieur de groupes sociaux afin d'éviter les conflits d'autant plus violents que la rareté se fait sentir.

À partir d'une analyse historique et anthropologique Ostrom a mis en évidence que pendant des milliers d'années les sociétés humaines ont réussi à inventer d'une façon pragmatique des institutions de coopération évitant la surexploitation des ressources environnementales.

La propriété commune donc ouvre une nouvelle voie entre la réglementation centralisée de la puissance publique et l’appropriation privée. Pour autant elle nécessite des règles de fonctionnement explicites relatives à la définition des ayants droits et de la ressource, aux modalités d'utilisation et aux sanctions pour non-respect des règles. En outre la gestion en commun ne s'applique pas à toutes ressources et présuppose un groupe social homogène partageant des valeurs communes et dotées du pouvoir légal et physique d'exclure les « passagers clandestins » ou tout simplement les profiteurs.

Pour conclure la réflexion d’Ostrom, magnifiquement résumée dans son ouvrage majeur « Governing the Commons» (Cambridge University Press 1990) rejoint celle de ceux qui pensent que les droits propriétés sous des formes multiples et évolutives combinées à des institutions organisant la coopération, sont plus susceptibles de résoudre la gestion et la protection d'environnement que les réglementations publiques d’un état centralisée.

Une société d'individus libres et responsables, à même de former des associations volontaires, résoudra les dilemmes auxquels elle est confrontée en recourant à diverses modalités de gouvernance.

Est-ce que cela ne vous rappelle pas Tocqueville ?

Le message d’Elinor Ostrom doit nous inciter à rechercher, pour chaque ressource environnementale, compte tenu du contexte social et économique, la meilleure solution combinant les droits de propriété et de ne recourir au « Command and Control » qu'à titre d’ultima ratio.

Il en va de la sauvegarde de l’environnement et de la liberté.

Un message difficile à faire passer en France où la croyance en l'Etat obscurcit l'imagination juridique et économique ! Trait_html_691a601b.jpg

Max Falque anime l'ICREI (International Center for Research on Environmental Issues) qui, dans le cadre de la faculté d'économie appliquée d'Aix en Provence, organise tous les deux ans un grand colloque sur les politiques environnementales. Elinor Ostrom est une habituée de ces réunions dont la thématique est centrée sur les rapports entre droits de propriété, économie et environnement.