« Or mon cher Rhedhi, comment ce peuple si vif et ses dirigeants si expérimentés ne voient-ils pas que leur pays souffre... de maux qui paralysent depuis des lunes l’action publique et l’action privée ? L’écologisme élevé ici au rang de religion d’Etat. La droite se montre plus dévote que la gauche quand celle-ci jouit du soutien massif de son clergé ! Le résultat de ces assauts de bigoterie environnementale est d’un coût collectif considérable mais caché. Des normes innombrables et coûteuses, des règles paralysantes, un état d’esprit recroquevillé, affectent le dynamisme économique, l’esprit d’entreprise, les équipements collectifs et la confiance dans l’avenir ».

En effet, le tropisme de la « droite » pour l’écologisme militant est aussi surprenant que remarquable :
  • - la présentation solennelle par Al Gore à l’Assemblée nationale en 2006 de son film-catastrophe sur le réchauffement climatique
  • - les hommages officiels et appuyés aux films larmoyants sinon ridicules des frères ennemis Yann Arthus Bertrand et Nicolas Hulot sortis en 2009
  • - la signature humiliante par le candidat Sarkozy de 2007 du « Pacte écologique » de Nicolas Hulot
  • _ la constitutionnalisation du « principe de précaution »
  • - l’organisation du « Grenelle de l’environnement », porteur de promesses impossibles et d’amertume
  • - le financement inconsidéré d’associations militantes

Les exemples de réglementations, rarement efficaces mais toujours coûteuses, dont la droite est responsable sont multiples. En voici quelques-unes :

  • - obligation des lampes à basse consommation
  • - rationnement et pénurie organisée des terrains constructibles
  • - contraintes sur l’assainissement individuel au profit des stations d’épuration
  • - remplacement des canalisations en plomb, y compris dans les régions calcaires
  • - normes d’isolation dans l’habitat et obligation de multiples constats techniques préalables à la location et à la vente d’immeuble
  • - protection d’espèces nuisibles tels le cormoran, le loup, le renard, la martre
  • - assurance obligatoire et indemnisation quasi-automatique des habitations construites en zones inondables
  • - taxation de l’enlèvement des ordures ménagères indépendante des quantités produites
  • - obligation d’additif de biocarburant dans l’essence
  • - statut du fermage, contrôle des structures, intervention des SAFER aboutissant à l’extension des friches... voire de la corruption
  • - multiplication des autorisations pour créer une exploitation aquacole aboutissant à une interdiction de fait
  • - recours inconsidéré aux énergies nouvelles coûteuses et polluantes
  • - refus de mettre en place des quotas individuels transférables pour la pêche pour éviter la tragédie du libre accès

Cette « folie réglementaire », selon l’heureuse expression du sociologue Michel Crozier, a plusieurs causes :

  • - l’environnement constitue le domaine idéal pour la multiplication des règlements; tout comme la santé, l’environnement, devenu un impératif moral sinon religieux, « n’a pas de prix »
  • - le pouvoir politique, qui trop souvent échange des avantages contre des votes, voit ses marges d’action contraintes par l’impossibilité de dépasser la limite des prélèvements obligatoires et le recours à l’emprunt: la multiplication des réglementations permet ainsi de poursuivre à bon compte les avantages du « marché politique »
  • - les administrations trouvent dans l’élaboration, la mise en œuvre et le contrôle des réglementations une justification à leur croissance et leur pouvoir
  • - les responsables économiques, à savoir les très grandes entreprises, ont compris depuis longtemps que les réglementations, sous réserve d’en contrôler le contenu, étaient le meilleur moyen de limiter la concurrence et de s’assurer un monopole de fait
  • - les associations de protection de l’environnement escomptent un rôle accru dans la mesure où leurs actions pourront être portées devant la justice et qu’éventuellement elles puissent jouer un rôle de médiateur leur assurant une influence, voire des financements de complaisance...

Aussi utiles qu’elles puissent être, ou simplement paraître, ces réglementations ont toujours un coût mais, à la différence d’autres politiques telles que les subventions, la fiscalité ou l’embauche de fonctionnaires, elles échappent à tout contrôle budgétaire. Outre leurs coûts, ces réglementions compliquent la vie des citoyens, limitent leur liberté, bloquent l’innovation et entraînent une multiplication des contrôles et de la paperasserie tant il est vrai que « le naturel du pouvoir absolu, dans les siècles démocratiques, n’est ni cruel ni sauvage, mais il est minutieux et tracassier », selon les termes d’Alexis de Tocqueville et que Frédéric Bastiat prolonge : « Dans la sphère économique, un acte, une habitude, une institution, une loi n'engendrent pas seulement un effet, mais une série d'effets. De ces effets, le premier seul est immédiat ; il se manifeste simultanément avec sa cause, on le voit. Les autres ne se déroulent que successivement, on ne les voit pas ; heureux si on les prévoit. »

Quel que soit le résultat des élections, les responsables seront confrontés à une très grave crise économique et devront réviser leur vision angélique : l’environnementalisme n’est pas la solution mais bien au contraire participe à l’aggravation des déficits publics et privés. La droite serait bien inspirée de cesser sa surenchère auprès d’un électorat qui ne votera jamais pour elle et de proposer une politique environnementale fondée sur les droits de propriété et les instruments économiques moins coûteux, plus efficaces et respectueux de la liberté. C’est d’ailleurs la conclusion de la lettre de notre Persan qui conseille au nouveau pouvoir de « lancer une nouvelle politique de l’environnement, positive, constructive, confiante dans le progrès, une politique qui sauve la planète par la connaissance plutôt que par l’ignorance ou le fantasmatique ».
Cet article de Max Falque, délégué général de l'ICREI (International center for research on environmental Issues) a été publié dans La Tribune en date du 3 Septembre 2011.