L’écologisme, co-responsable de la crise économique ?
Par Max Falque le mercredi 12 octobre 2011, 15:48 - Article - Lien permanent
La dernière livraison de l’excellente revue Commentaire présente une
série de libres propos anticipant sur les résultats des élections de
2012… au cas où « la droite » l’emporterait.
J’ai particulièrement retenu la « Lettre d’un Persan » du 18 juin 2012
dans laquelle Bruno Durieux ironise :
En effet, le tropisme de la « droite » pour l’écologisme militant est aussi surprenant que remarquable :« Or mon cher Rhedhi, comment ce peuple si vif et ses dirigeants si expérimentés ne voient-ils pas que leur pays souffre... de maux qui paralysent depuis des lunes l’action publique et l’action privée ? L’écologisme élevé ici au rang de religion d’Etat. La droite se montre plus dévote que la gauche quand celle-ci jouit du soutien massif de son clergé ! Le résultat de ces assauts de bigoterie environnementale est d’un coût collectif considérable mais caché. Des normes innombrables et coûteuses, des règles paralysantes, un état d’esprit recroquevillé, affectent le dynamisme économique, l’esprit d’entreprise, les équipements collectifs et la confiance dans l’avenir ».
- - la présentation solennelle par Al Gore à l’Assemblée nationale en 2006 de son film-catastrophe sur le réchauffement climatique
- - les hommages officiels et appuyés aux films larmoyants sinon ridicules des frères ennemis Yann Arthus Bertrand et Nicolas Hulot sortis en 2009
- - la signature humiliante par le candidat Sarkozy de 2007 du « Pacte écologique » de Nicolas Hulot
- _ la constitutionnalisation du « principe de précaution »
- - l’organisation du « Grenelle de l’environnement », porteur de promesses impossibles et d’amertume
- - le financement inconsidéré d’associations militantes
Les exemples de réglementations, rarement efficaces mais toujours coûteuses, dont la droite est responsable sont multiples. En voici quelques-unes :
- - obligation des lampes à basse consommation
- - rationnement et pénurie organisée des terrains constructibles
- - contraintes sur l’assainissement individuel au profit des stations d’épuration
- - remplacement des canalisations en plomb, y compris dans les régions calcaires
- - normes d’isolation dans l’habitat et obligation de multiples constats techniques préalables à la location et à la vente d’immeuble
- - protection d’espèces nuisibles tels le cormoran, le loup, le renard, la martre
- - assurance obligatoire et indemnisation quasi-automatique des habitations construites en zones inondables
- - taxation de l’enlèvement des ordures ménagères indépendante des quantités produites
- - obligation d’additif de biocarburant dans l’essence
- - statut du fermage, contrôle des structures, intervention des SAFER aboutissant à l’extension des friches... voire de la corruption
- - multiplication des autorisations pour créer une exploitation aquacole aboutissant à une interdiction de fait
- - recours inconsidéré aux énergies nouvelles coûteuses et polluantes
- - refus de mettre en place des quotas individuels transférables pour la pêche pour éviter la tragédie du libre accès
Cette « folie réglementaire », selon l’heureuse expression du sociologue Michel Crozier, a plusieurs causes :
- - l’environnement constitue le domaine idéal pour la multiplication des règlements; tout comme la santé, l’environnement, devenu un impératif moral sinon religieux, « n’a pas de prix »
- - le pouvoir politique, qui trop souvent échange des avantages contre des votes, voit ses marges d’action contraintes par l’impossibilité de dépasser la limite des prélèvements obligatoires et le recours à l’emprunt: la multiplication des réglementations permet ainsi de poursuivre à bon compte les avantages du « marché politique »
- - les administrations trouvent dans l’élaboration, la mise en œuvre et le contrôle des réglementations une justification à leur croissance et leur pouvoir
- - les responsables économiques, à savoir les très grandes entreprises, ont compris depuis longtemps que les réglementations, sous réserve d’en contrôler le contenu, étaient le meilleur moyen de limiter la concurrence et de s’assurer un monopole de fait
- - les associations de protection de l’environnement escomptent un rôle accru dans la mesure où leurs actions pourront être portées devant la justice et qu’éventuellement elles puissent jouer un rôle de médiateur leur assurant une influence, voire des financements de complaisance...
Aussi utiles qu’elles puissent être, ou simplement paraître, ces réglementations ont toujours un coût mais, à la différence d’autres politiques telles que les subventions, la fiscalité ou l’embauche de fonctionnaires, elles échappent à tout contrôle budgétaire. Outre leurs coûts, ces réglementions compliquent la vie des citoyens, limitent leur liberté, bloquent l’innovation et entraînent une multiplication des contrôles et de la paperasserie tant il est vrai que « le naturel du pouvoir absolu, dans les siècles démocratiques, n’est ni cruel ni sauvage, mais il est minutieux et tracassier », selon les termes d’Alexis de Tocqueville et que Frédéric Bastiat prolonge : « Dans la sphère économique, un acte, une habitude, une institution, une loi n'engendrent pas seulement un effet, mais une série d'effets. De ces effets, le premier seul est immédiat ; il se manifeste simultanément avec sa cause, on le voit. Les autres ne se déroulent que successivement, on ne les voit pas ; heureux si on les prévoit. »
Quel que soit le résultat des élections, les responsables seront confrontés à une très grave crise économique et devront réviser leur vision angélique : l’environnementalisme n’est pas la solution mais bien au contraire participe à l’aggravation des déficits publics et privés. La droite serait bien inspirée de cesser sa surenchère auprès d’un électorat qui ne votera jamais pour elle et de proposer une politique environnementale fondée sur les droits de propriété et les instruments économiques moins coûteux, plus efficaces et respectueux de la liberté. C’est d’ailleurs la conclusion de la lettre de notre Persan qui conseille au nouveau pouvoir de « lancer une nouvelle politique de l’environnement, positive, constructive, confiante dans le progrès, une politique qui sauve la planète par la connaissance plutôt que par l’ignorance ou le fantasmatique ».
Cet article de Max Falque, délégué général de l'ICREI (International center for research on environmental Issues) a été publié dans La Tribune en date du 3 Septembre 2011.
Commentaires
Anciennement, les politiciens qui voulaient se faire élire promettaient de vaincre la pauvreté. Comme ils ont échoués, plus personnes ne croient cette promesse alors l'environnementalisme est devenu le nouveau Graal qu'ils utilisent jusqu'à plus soif. Lorsque cette tromperie sera elle aussi mis à jour, peut-être que nous choisirons des dirigeants qui veulent vraiment gouverner, pas de nous sauver contre nous même ou des grosses vilaines compagnies cible de toute les propagandes haineuses possibles et imaginables. Mais votre article est une très bonne dénonciation de cette duplicité environnementaliste.
Oui, enfin écologisme il faut le dire vite...
Par exemple toutes les ressources en eau de la Bretagne sont encore empoisonnées par l'agriculture intensive.
Donc quand il y a un lobby efficace et déterminé on s'assoit sur les problèmes écologiques.
"L'écologisme" comme toutes les religions prosélytes, vise à la conquête des âmes, à la conversion généralisée; ces religions prosélytes sont actuellement au nombre de 4 au moins: christianisme; Islam; communisme; écologisme.
Remarque: j'y adjoindrais volontiers le Bouddhisme, moins visible
Ces "religions" sont fondées, sur le plan psychologique, sur les messages suivants:
1) chacun n'est qu'un dans un Tout: base de toutes les techniques de manipulation mentales ( PNL; Gestalt etc..) fort utilisées dans les écoles de commerce et les grandes boîtes: l'illusion flatteuse est celle d'un effacement des frontières fatalement étroites et bornées du MOI individuel, avec profond sentiment d' Eros "universel".
2) conséquence immédiate de la proposition 1): ce sentiment "océanique" efface toute peur de désaide ou de mort; au fond "l'angoisse de mort n'existe plus, du moment que le Tout ( race, espèce, générations futures etc..) survit
3) Conséquence des propositions 1) et 2) : "un homme, une femme, "nouveaux" vont pouvoir advenir" [ "nouveaux", évidemment puisque les frontières du Moi individuel adulte s'effacent]
4) Une "nouvelle réalité" ( Nouveau monde; revolution civilisationnelle, terre universelle, nouvelle Terre etc..) va pouvoir être créée.
remarque: 3) et 4) équivalent à "on efface tout et on recommence" ( c'est à dire une annulation rétroactive de ce qui existe, une sorte de "révisionisme")
5) Tout "manquement" au TOUT a des conséquences "universelles", cosmiques car "nous sommes tous reliés": par conséquent, aucun dissident ne peut être toléré ( comme dans toutes les religions prosélytes)
Ces "ficelles" sont grosses mais efficaces et éprouvées; elles jouent sur le besoin de la plupart des êtres humains de revenir à l'antérieur de leur très petite enfance ( protection absolue, quasi absence du Moi, désir de toute puissance....)
Evidemment, ces promesse de "néoréalités" fusionnelles sont de nature psychotique ( Al gore est un cas presque parfait de paranoïa de Kraepelin) : intégrer le moins du monde ces idées ou répresentations, et a fortiori leur faire une place revient a remettre totalement son sort entre les mains de réels malades mentaux ( au sens psychiâtrique du terme: paranoîques, schizophrènes) et de parfaits truands( pervers).
vous pouvez ajouter à votre liste
financements publics pour voitures électriques ,achats forcés des collectivités pour justifier le choix
subventions pour création d'une activité économique dans les panneaux solaires ,activité qui périclite dés que le soutien public disparait,
interdiction de recherches et d'exploitation du gaz et pétrole de schiste
création par financement public d'éoliennes ,interdiction des plantes OGM etc ..etc.. la pseudo Droite au Pouvoir essaie de plaire au religieux verts ,mais comme ceux ci ont pour but la désindustrialisation et la baisse du niveau de vie pour respecter Gaia , c'est sans issue
peu importe ,toute religion repose sur la foi.
A-t-on enfin éjecté BA de ce site ?
Si oui, je promets de rédiger des commentaires intelligents !
@ konebien
Tout à fait d'accord.
Je rajouterais à votre liste:
Utilisation d'études pseudo scientifiques ( dénommées "études épidémiologiques" du type "l'immense majorité des êtres humains meurt dans son lit, donc, le lit tue) pour justifier des "switchs" vers ce qui est plus "écolo"...les statistiques sont devenues l'art scientifique du mensonge et font ( saint !) office de ce qu'était autrefois le manuel des inquisiteurs:
il faut bien inventer des signes de sorcellerie pour justifier l'existence d'une Inquisition.
L'article est excellent et je me rallie à tous les commentaires. Dans le domaine "la bêtise est infinie", j'aimerais ajouter le dernier slogan de la poste à savoir que si l'on achète leur timbre vert (qui ne prend pas l'avion) on sauve l'univers !! Difficile de faire mieux.
Je ne suis pas d'accord avec vous pour dire qu'il existe trop de réglementations sur les questions environnementales mais j'approuve l'opinion selon laquelle elles sont souvent mal rédigées, inaccessibles et coûteuses à appliquer (nécessité de recourir à des professionnels).
Sur la question de l'urbanisme et de la pénurie foncière organisée :
Les réglementations, rédigées à une échelle locale, sont justifiées par la nécessité de conserver des espaces pour les terres agricoles et les milieux naturels (trame verte et bleue + espaces d'habitat des différentes espèces). Elles sont aussi fondées par la crainte de voir se développer de plus en plus de lotissements éloignés des secteurs d'emplois, ce qui à terme, avec la tendance à la hausse du prix de l'énergie, accroîtra le budget transport des ménages et la facture énergétique du pays.
Cependant, nombreux sont ceux qui souhaitent acquérir une maison individuelle et en sont empêchés par l'augmentation exagérée des prix du foncier. C'est pourtant un mode de vie qu'ils devraient être libres de choisir, mais que la puissance publique entrave. De l'autre côté, celui du propriétaire foncier, on assiste, sans qu'il n'y ait ni création de véritable richesse ni d'emploi, à un enrichissement indu par la simple opportunité de posséder un terrain bien placé pour lequel les droits ont été étendus. On imagine très bien les discussions au sein des conseils municipaux lorsqu'il s'agit de rendre tel ou tel terrain urbanisable ; l'intérêt général n'est pas la préoccupation majeure !
Des principes législatifs simples pourraient pourtant répondre aux enjeux environnementaux et économiques à moyen terme, sans multiplier les absurdités et les contraintes non fondées des règlementations locales :
- définir à l'échelle régionale, en concertation avec les communes, le zonage des espaces naturels et agricoles interdits d'extension urbaine (soyons simple, soit on interdit soit on autorise sans multiplier les conditions),
- rendre obligatoire un équilibre entre les zones urbanisables dédiées au logement et celles dédiés à l'activité (la taxe professionnelle était une incitation pour que les communes créent des zones commerciales et industrielles, malheureusement récemment supprimée. Les communes ne considéreront désormais les zones d'activité que sous l'angle des nuisances). Ces zones urbanisables pourraient alors être définies plus généreusement.
Au sujet de la réglementation thermique des bâtiments :
La première réglementation thermique date de 1974 et fait suite au premier choc pétrolier. Son fondement était alors économique et politique, l'objectif étant de réduire la facture énergétique du pays et la dépendance vis-à-vis d'autres nations. Elle a ensuite été peaufinée au cours des années. Initialement centrée sur l'isolation thermique des logements neufs, son domaine d'application s'est étendu à tous les bâtiments et à la consommation énergétique des systèmes de chauffage, de ventilation, de production d'eau chaude et d'éclairage, déduction faite de la production d'énergie locale (bois, solaire thermique et photovoltaïque).
Voulant laisser le plus de liberté possible à la création architecturale, et peut-être sous l'influence des lobbies de la maîtrise d'œuvre, l'administration a ainsi rédigé un arrêté de plus de 1400 pages (publié au journal officiel cet été) détaillant la méthode de calcul à utiliser pour vérifier qu'un projet de bâtiment respecte bien trois valeurs réglementées : la consommation d'énergie au m2, la besoin de chauffage et la température de confort estivale. Cette complexité a un sens dans la mesure où elle prend en compte les nombreux phénomènes physiques à modéliser (transferts de chaleur, écoulements d'air, etc.) ainsi que l'étendue des choix techniques pour chaque composant du bâtiment. Elle est cependant inaccessible au particulier souhaitant simplement faire construire une maison individuelle (bâtiment très simple). Il est systématiquement nécessaire de faire appel à un bureau d'études pour réaliser les calculs, les ingénieurs y travaillant étant parfois eux-mêmes perdus malgré l'existence de logiciels. Les polytechniciens à l'origine des réglementations semblent oublier que tout le monde n'a pas un cerveau tournant aussi rapidement que le leur...
A une époque, l'administration incluait dans la réglementation des solutions techniques simplifiées pour la maison individuelle. Si une petite liste de prescriptions techniques sur la performance énergétique des composants du bâtiment était respectée, le projet était alors considéré comme conforme. Ce n'est désormais plus le cas et c'est aux promoteurs de proposer des solutions simplifiées, qui seront alors vérifiées par l'administration, puis validées en Conseil d'État. La réglementation évoluant tous les 5 ans, il est fort à parier que ces solutions ne seront applicables que peu de temps, car rapidement rendues obsolètes par de nouveaux textes.
L'obligation de diagnostic de performance énergétique lors de la vente ou de la mise en location d'un bien immobilier est quant à elle issue d'une réglementation européenne. La logique était d'en faire un support de communication simple et peu coûteux pour inciter les acquéreurs et les propriétaires à programmer des travaux de rénovation. Les personnes qui en sont à l'origine avaient aussi à l'esprit, probablement, de mieux informer le consommateur sur les caractéristiques de son achat. C'est louable : on a souvent plus d'informations techniques lorsque l'on achète un appareil photo ou un réfrigérateur que lorsque l'on achète un appartement ! Le dispositif s'est cependant heurté au manque de qualification ou d'intégrité des professionnels, avec des agences immobilières bénéficiant parfois d'un système de commissions. Il existe aujourd'hui une telle concurrence sur le marché des diagnostiqueurs immobiliers que ceux-ci ne prennent plus le temps d'effectuer leur travail correctement. Comme aucun contrôle sur la validité des rapports de diagnostic n'existe, il y a peu de chances que la situation évolue.
Ma conclusion personnelle sur les règlementations environnementales (mais parfois aussi économiques lorsqu'elles concernent l'énergie) n'est pas qu'il en faut moins mais qu'elles doivent être moins lourdes (en nombre de pages) et plus faciles à comprendre :
- simplifier les méthodes,
- ne pas réglementer lorsque l'on ne peut pas contrôler,
- réglementer l'information de l'acquéreur plutôt que la conception du produit,
- se mettre dans la situation des particuliers ou des entrepreneurs peu diplômés.