Dette : la chute programmée du social-clientélisme
Par Charles Gave le dimanche 12 septembre 2010, 10:23 - Article - Lien permanent
L'événement de la rentrée sera la publication par Charles Gave de son nouveau livre : "L'Etat est mort ! Vive l'état ! Pourquoi la faillite étatique qui s'annonce est une bonne nouvelle"(chez François Bourin éditeur, début octobre).
Charles présentera son ouvrage fin septembre, lors d'une conférence organisée par l'Institut Turgot à l'Assemblée nationale,
Ci-dessous, un extrait de son introduction. D'autres extraits seront publiés, en avant première, sur le site Turgot au cours des deux prochaines semaines'.
Ce n’est un secret pour personne, la part de l’État dans l’économie
française ne cesse de croître depuis le début des
années 1970.
Logiquement, cette «préférence» pour une consommation collective aurait dû être financée par un accroissement des recettes fiscales, c’est-à-dire par un alourdissement des impôts. Il n’en a rien été.
Le dernier budget voté en équilibre dans notre pays remonte à 1973; depuis, pour financer ces accroissements dedépenses, l’État n’a cessé de recourir à l’emprunt. Cette calamiteuse habitude a fort logiquement conduit à une explosion de la dette, qui atteint un niveau tel que les marchés financiers risquent très prochainement de refuser de continuer à nous prêter de l’argent. C’est ce que l’on commence à voir en Grèce, en Irlande, en Espagne, au Portugal… Il va donc falloir, et à brève échéance, ajuster les dépenses aux recettes.
Pour garder ses privilèges, ce qu’il faut bien décrire comme une classe sociale, puisqu’elle bénéficie de privilèges que le reste de la population ne connaît pas, a besoin que l’État (dont elle a pris le contrôle) ait un poids sans cesse croissant afin de pouvoir continuer à distribuer des prébendes non gagnées à leurs mandants, condition sine qua non de leur maintien au pouvoir. Or, comme cette classe ne produit rien, la seule façon de financer ces droits non gagnés est de recourir à l’emprunt. Mais la route de l’endettement est en voie d’être coupée et c’est une très bonne nouvelle.
Le personnel politique représentant notre social-clientélisme ne va plus pouvoir emprunter en donnant en gage les Français du futur. Il ne peut pas non plus augmenter les impôts qui pèsent sur le reste de la population de crainte de créer une dépression et/ou une révolte des assujettis à l’impôt, dont leurs propres troupes. Le social-clientélisme, qui par construction ne peut s’autofinancer, va disparaître.
Le propos de ce livre est donc d’expliquer que ce qui s’est produit pour l’Union soviétique va frapper notre système politico-économique et pour les mêmes raisons.
La logique est la suivante: le social-clientélisme s’appuie à l’intérieur de nos économies sur de vrais bastions organisés selon des principes organisationnels qui, toujours, récusent le libre choix des consommateurs, transformés en usagers, et qui sont donc par essence totalement conformes aux pratiques qui avaient cours en Union soviétique.
J’appellerai ces bastions les secteurs «communistes », puisqu’il faut bien leur donner un nom, par opposition aux secteurs libres. De plus, il s’agit des secteurs où les syndicats, dont la CGT, sont encore très puissants. Leur disparition est cependant programmée, les causes ayant produit la chute de l’Union soviétique créant les mêmes effets chez nous, c’est à- dire la débâcle des secteurs communistes.
Les cancers « communisants » qui métastasent en ce moment sont à l’origine de nos difficultés actuelles et mettent en danger nos démocraties. Ce qui est en train d’arriver à la Grèce, à l’Espagne, au Portugal, tous des pays où le social-clientélisme s’est beaucoup pratiqué, nous menace.
La classe dirigeante française, de gauche comme de droite, en est tout à fait consciente, mais d’un côté comme de l’autre, ses membres ont toujours été de chauds partisans de cette forme d’organisation.
Ce que j’annonce est en fait une révolution. Les révolutions sont rarement populaires dans les classes dirigeantes qui sont en train de se faire virer. Mais si une révolution se définit comme la superposition d’une fin et d’un commencement, il est tout à fait évident que nous sommes en train d’entrer dans des temps révolutionnaires. Les Chinois utilisent le même idéogramme pour parler de «crise» et d’«opportunité».
Nous sommes en train de rentrer dans la crise de l’État providence, ce qui va créer d’immenses opportunités. Les temps qui viennent vont donc être incroyablement passionnants
Commentaires
J'attends la parution de votre livre avec impatience.
Q.D.
Excellent article, qui prédit parfaitement ce qui va se passer bientôt et surtout, les raisons de cette chute du communisme démocratique. Les 10 prochaines années seront un enfer sur terre. Et c'est là qu'on séparera les grands peuples des petits. Les grands peuples, comme les allemands, les anglais, les scandinaves, etc... sortiront de cette crise en éliminant la sociale démocratie et se mettront au travail. Les petits (les peuples Latins semblent correspondre à cette catégorie) choisiront le misérabilisme (en accusant "les autres" d'être responsable de leur propre malheur) et la dictature.
J'espère que votre livre sera aussi disponible au Canada.
Bravo une fois de plus pour tout ce que vous dites! J'y souscris pleinement et en particulier à votre comparaison de la France à l'ancienne URSS...
Heureusement qu'il existe encore des personnes clairvoyantes!
A priori il parait un peu léger de considérer l'évolution de la France indépendamment de l'évolution du monde capitaliste en général, où on observe des dettes publiques équivalentes, voire supérieures.
A mon avis il faut considérer le problème de la dette d'une façon plus générale. Les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne par exemple ont évolué ces dernières années en faisant grimper les dettes privées à un niveau insoutenable. Finalement ces dettes privées ont eu le même effet que les dettes publiques en France : distribuer une prospérité factice au plus grand nombre. Il n'y a pas lieu de distinguer fondamentalement ces deux types de dettes puisqu'on voit les dettes privées se transformer en dettes publiques via les "bailout" et plans de relance.
Mr toto, je pense qu'on ne doit pas comparer des dettes privées fondées sur un espoir de gain futur, librement consenties, et pour lesquelles on reste responsable in fine (donc une prospérité réelle à terme pour tous) et des dettes publiques basées sur un clientélisme immédiat, imposées par le monopole de la violence des hommes de l'état qui reste à terme irresponsable (donc une destruction de richesse pour tous immédiate). Qui peut juger qu'un niveau de dette privée est insoutenable en dehors des deux contractants?
une analyse interessante qui s appuie sur la non productivite de secteurs geres par l etat ou de secteurs prives mais lies a l etat. Cependant il faut noter que la reglementation cree des secteurs qui peuvent etre createurs de richesses ou alourdir une facture . Plus que la fin d un etat redistribuant c est etat reglementaire qui risque d apparaitre maitre d oeuvre et non maitre d'ouvrage . La question sera , quel sera le degre de democratie et d equite. les oeuvres seront grandes attireront donc des grands quelle sera alors la place du citoyen ?
C'est sur que le "clientélisme corporatiste" qui gouverne les USA c'est beaucoup mieux.
Le peuple a les inconvénients d'un état surendetté sans les avantages sociaux de la redistribution. Mais je suis mauvaise langue la bas on redistribue aussi, aux amis banquiers en faillites, aux prestataires de l'armée ... j'en oublie beaucoup.
Faut-il que vous detestiez les gens pauvres pour leur souhaiter à tous la soupe populaire ? C'est ça la bonne nouvelle dont vous félicitez, la fin de l'état providence c'est foodstamps pour tous le monde, 50 millons d'américains vivent de ce type de subsides.
La blogosphère US, ces gens qui ont vu le crash venir dés 2006 et ont tenté d'avertir les autorités compare volontier ce que sont devenus les USA (USSRA) à l'URSS avant sa chute, le pouvoir y est hypercentralisé et à la main d'une poignée d'homme qui se partage l'essentiel du gateau entre New York et Washington.
Dans le tout "liberté" il y'a d'abord celle de corrompre, particulièrement quand l'état est faible comme la bas.
M. Gave,
Je vous trouve inconsidérément optimiste : les Etats-mammas ont encore de beaux jours devant eux.
Regardez autour de vous. En France, l'Etat fait du «more of the same». Il n'en est même pas à commencer à changer ses habitudes. Il continue à pressurer les classes moyennes, juste un peu plus, et à rogner très marginalement les dépenses.
Les signes d'une chute prochaine sont très ténus, pour ne pas dire inexistants.
Et cela peut durer très longtemps : en fait, tant que ceux qui vivent de l'assistanat sont assez nombreux pour imposer ceux qui travaillent.
Et la dette ? Il ne semble pas, contrairement aux prévisions apocalyptiques, qu'il soit trop difficile de trouver des créanciers complaisants. Au pire, on spoliera ces couillons d'épargnants.
Que de généralisations ! Parler de "secteurs communistes" de l'économie ne me paraît ni très éclairant, ni très rigoureux. La force de ce que vous appelez le social-clientélisme est précisément d'entretenir ses clientèles très au-delà du bastion des services publics qui, très minoritaires, se feraient sans cela balayer aux prochaines élections. Par exemple, le bénéficiaire d'une niche fiscale n'est pas moins client politique que l'enseignant ou le fonctionnaire. Des secteurs entiers de l'économie française - soutien scolaire, aide à la personne à domicile, etc. - disparaitraient si on les sevrait de leurs avantages fiscaux : diriez-vous pour autant qu'il s'agit de secteurs communistes ? Communistes, les bénéficiaires du (très légitime, encore que conceptuellement problématique) bouclier fiscal, pourtant clients politiques au sens strict ? Communistes, les retraités, tous "clients" ? ...
En l'état actuel des chiffres, rien ne vous permet d'affirmer la disparition de la social-démocratie telle que nous la connaissons. Leur endettement contraint les Etats à réduire la voilure, parfois sévèrement, pas à changer de navire. On ne voit nulle part les signes avant-coureurs de cette révolution que vous annoncez. Sauf bien sûr s'il s'agissait d'annoncer la fin du communisme.
Enfin!
Cher Monsieur, je réclame le privilège d'être votre premier lecteur.
Je guetterai donc la parution de votre ouvrage.
Bien à vous.