Le combat autour de Claude Allegre est un combat libéral
Par François Ewald le mercredi 10 mars 2010, 19:35 - Article - Lien permanent
Il y a quelques jours, Anne Bauer, grand reporter aux Echos, n'y est pas allée de main morte dans sa recension du dernier livre de Claude Allègre, « L'Imposture climatique ». « L'ouvrage ressemble davantage à un pamphlet, où la mauvaise foi le dispute au simplisme, qu'à l'ouvrage d'un homme de science. »
La thèse du réchauffement climatique a tellement de défenseurs, et d'une telle autorité, qu'on ne comprend pas pourquoi Anne Bauer a jugé devoir monter si promptement au créneau.
Le lendemain, le même Claude Allègre avait droit, pour le même livre, à une page entière Monde. « Le cent-fautes de Claude Allègre », où le journaliste, Stéphane Foucart, cherche à le disqualifier comme autorité scientifique. « Il commet des erreurs. C'est donc lui l'imposteur. » Pas un mot sur la thèse.
Décidément, voilà un domaine, le climat, où l'on perd sa neutralité au profit de ses convictions militantes.
Ce débat est fort important. C'est un débat d'éthique des sciences. C'est un débat politique où se reflète le fonctionnement du pouvoir dans nos démocraties. C'est un débat qui ne doit pas être esquivé.
Le courage de Claude Allègre est double. Il est d'abord celui d'exprimer ses doutes sur une thèse - le réchauffement climatique (qu'il ne conteste pas) est essentiellement dû aux émissions de CO2 provenant des activités humaines (ce qu'il conteste). Une thèse qui, en France, a été élevée au rang d'un dogme incontestable, plaçant tout sceptique en situation d'excommunication. Plutôt que de se taire, ce que jugent désormais plus prudent les « climatosceptiques », Claude Allègre explique pourquoi on peut douter d'une doctrine dont la construction n'a pratiquement pas fait l'objet de discussion en France, à l'exception du livre consacré aux « Modèles du futur » sous la direction de Amy Dahan Dalmedico (La Découverte, 2007).
Ce qui dérange dans le livre de Claude Allègre n'est pas tant qu'il exprime ses doutes sur la thèse officielle, mais qu'il mène, un peu comme un détective, une sorte d'enquête pour comprendre comment une hypothèse douteuse a pu devenir une évidence presque mondialement indiscutable.
Car la notion de « réchauffement climatique » n'a rien d'une évidence. Elle ne va pas de soi. Elle ne se donne pas à la perception, malgré ce que veulent faire croire les images des films de Al Gore ou Yann Arthus-Bertrand. Elle s'appuie sur une construction intellectuelle aussi complexe que précaire, où les observations cèdent le pas devant des modélisations qui schématisent les données en opérant, dans les faits, des sélections que Claude Allègre conteste.
Du point de vue scientifique, la thèse de Claude Allègre consiste à s'étonner que l'on donne tant d'importance à des modèles mathématiques alors même qu'ils semblent incapables d'intégrer les observations. La critique est importante et concerne en particulier les méthodes de l'instance internationale d'expertise, le GIEC, qui, comme le montrent les polémiques récentes, semble plus attaché à retenir ce qui conforte le « consensus » qu'à chercher à pondérer les probabilités relatives des scénarios en présence.
Le travail de Claude Allègre montre que la thèse du réchauffement climatique produit par l'activité humaine suppose tout un dispositif à la fois scientifique et politique qu'il démonte dans ses différentes composantes. Il ne fait rien d'autre que ce qu'un Michel Foucault a pu faire pour expliquer d'autres propositions qui nous sont devenues familières comme « la folie est une maladie mentale » ou « la sexualité est fondamentalement réprimée dans nos sociétés ». Il démonte le mythe d'une science du climat qui serait pure et désintéressée comme les écolos le font de leur côté pour les OGM et autres technologies.
Cela n'explique tant d'intolérance que dans la mesure où la thèse standard sur le réchauffement climatique organise des identités (celle de ceux dont le destin est désormais lié à sa véracité), des intérêts économiques (en matière de développement durable et de choix énergétiques) et des choix politiques (le consensus politique français actuel s'en nourrit). On ne peut plus, on ne doit plus revenir en arrière. Avec le risque que l'on adopte des politiques qui pourraient se révéler aussi coûteuses qu'inefficaces.
Le livre de Claude Allègre pose la question des rapports entre science et politique aujourd'hui. Au coeur du thème « réchauffement climatique », il y a des rapports savoir-pouvoir.
Dans nos sociétés, la science est prise dans des enjeux politiques et économiques où le savant, devenu expert, risque d'abandonner les principes de son éthique en devenant l'avocat d'une thèse que les faits doivent, bon an mal an, venir corroborer. Par un étrange retournement, la science n'est plus aujourd'hui ce qui vient décevoir les préjugés que ce qui fabrique des opinions. Personne n'a rien à y gagner.

François Ewald est Professeur au Conservatoire national des arts et métiers. La version originale de cet article a été publiée dans Les Echos du 2 mars 2010. sous le titre "Apologie de Claude Allegre"
Commentaires
des fois on se sent moins seule http://www.penseelibre.info/blog/20...
c'est la nouvelle pensée unique
A qui profite le crime?
L’évidence du changement climatique, condamnant à court terme les pratiques de la civilisation dite de consommation, est devenue de plus en plus insupportable à tous ceux qui en tirent les profits que l’on sait. Aussi les lobbies des combustibles fossiles, les plus menacés s’emploient-ils depuis plusieurs années à recruter des climatoseptiques chargés de nier soit le réchauffement, soit son origine anthropique. L’impact, désormais patent dans l’opinion, de l’alarme climatique, venant s’ajouter aux conséquences de la crise financière, menace de modifier à court terme les comportements consuméristes. Les lobbyistes ont opportunément découvert dans la nature même du GIEC, organisation mal structurée, faisant appel aux prestations de plusieurs centaines de scientifiques de nationalités différentes et de niveaux disparates le talon d’Achille de la théorie du réchauffement. Il n’a pas été difficile à des limiers exercés de découvrir parmi des milliers de pages quelques détails contestables, quelques déclarations excessives ou mal fondées et le tour a été joué. Il a-été facile aux spécialistes du marketing d’orchestrer à partir de ces quelques défauts secondaires la montée en puissance de leur campagne de désinformation. Le coup d’envoi de la campagne actuelle a été donné par le Sunday Times et par le Wall Street Journal organes entre autres du groupe de presse international de Rupert Murdoch, ennemi déclaré de l’écologie, climato-négationniste acharné et porte paroles des lobbies. Bien opportunément une vague de froid exceptionnelle s’abattant sur les USA leur sert à point nommé d’argument alors qu’en fait de tels phénomènes météorologiques extrêmes s’inscrivent parfaitement dans le scénario du bouleversement du climat.
Cette campagne, outre ceux qui émargent directement aux budgets des lobbies, comble d’aise tous ceux pour qui les options négationnistes, quelles qu’elles soient, sont un bon moyen de se valoriser à peu de frais et les adeptes de la maxime «après nous le déluge» à qui il importe peu de consommer et de consumer les ressources de la planète tout en sacrifiant la survie de leurs enfants.
Les véritables scientifiques, spécialistes du climat, paraissent bien mal armés pour répondre sur le même ton au flot de sarcasmes déversés où il n’est pas difficile de discerner le style de publicitaires patentés.
Cependant la fonte des glaces arctiques s’accélère, le permafrost exhale son méthane, les inondations et les sécheresses se multiplient. Combien de catastrophes faudra-t-il encore pour mettre un terme à cette tentative de désinformation d’un autre âge.
@Escaravage
quel mépris vous avez pour les gens qui ne pensent pas comme tout le monde, dont je suis depuis un an, mais peur de me faire insulter je me suis tu ; voyez où on en est vous êtes des terroristes de la pensée : pas un cheveu ne doit dépasser, on tire à vu
@Esca-ravagé
Vous prétendez que la fonte des glaces arctiques s’accélère, tout en traitant vos éventuels contradicteurs de "négationnistes" ; j'espère pour vous que vous êtes grassement payé pour diffuser votre propagande, sinon vous êtes le roi des jobards.
@escaravage, esca ravagé
Oui quel mépris pour les gens qui doutent du GIEC avec ses millions d'euros qui pleuvent des gouvernements année après année et de leurs alliés. Les alarmistes du climat sont très forts pour montrer la paille dans le dos de leurs critiques, mais ne voient pas la poutre plantée dans leur oeil pour paraphraser Lafontaine.
Monsieur Ewald, dans votre apologie de Claude Allègre vous ramenez, avec raison, ce problème du « réchauffement climatique » à son essence qui est un problème de méthode et non de résultats. Etablir des statistiques, faire des corrélations, dessiner des courbes, est passionnant et instructif ; le problème est le choix de ce qui est pertinent dans un ensemble quasi infini de données. Je pense notre monde politique, dans son rapport avec la science, s’autocensure deux fois : ne pas critiquer les opinions scientifiques, penser que la dernière théorie est la seule valide.
Cette révérence, sans discernement, des scientifiques s’affiche en permanence : sur le sujet du climat, où la doctrine du GIEC est devenue vérité officielle avec affichage des mots au fronton de nos institutions (le paquet « climat-énergie » qui doit servir de base à une nouvelle directive européenne, la « direction générale de l’énergie et du climat » au ministère de l’écologie) ; mais aussi sur la santé avec d’innombrables exemples comme la couteuse aventure du virus AH1N1, lancée par des experts de l’OMS et suivie avec servilité par nos gouvernants, ou encore les guerres impitoyables menées contre la tabagisme passif, la surconsommation de sel, les dangers du sucre, les petits verres d’alcool; non moins flagrante dans le domaine économique, avec maintenant la montée au pinacle de Joseph Stiglitz . Le sujet n’est pas de rejeter ces travaux mais de se méfier du caractère officiel, intangible, non critiquable que tente de leur donner nos gouvernants.
Cette attitude de suivisme béat peut être expliquée de deux façons : ou par une absence de culture scientifique (probable si l’on examine les cursus de la plupart de nos ministres et hauts fonctionnaires) et/ou par une approche basée sur la prudence (ou la peur des électeurs, ou la crainte des poursuites, …), prudence qui a été sanctifiée par l’invention du principe de précaution : il vaut toujours mieux se rallier aux majorités qui crient le plus fort en exprimant un maximum de craintes vis-à -vis de l’avenir. Vieux péché des gouvernants, symbolisé par les grecs : Agamemnon sacrifie Iphigénie pour tenter d’arrêter un dérèglement climatique (l’absence de vents) sous l’influence de son expert, le devin Calchas ; le poète Georges Fourest l'a si bien caricaturé :
Lors, ayant dégainé son grand sabre, le maître
des peuples et des rois jugule son enfant
et braille : "ça fera baisser le baromètre !"
Nos gouvernants devraient se souvenir que le vent s’est peut-être levé mais que le sacrifice d’Iphigénie a porté malheur aux grecs (Une guerre de 10 ans, Iphigénie sauvée malgré son père, Agamemnon assassiné par sa femme qui ne lui a pas pardonné, Calchas surpassé dans son art divinatoire). Qu'ils braillent moins et écoutent un peu plus les avis de tous horizons.
@ tous désolée : suite à un accident technique sur mon blog l'article à disparu, je le regrette et je n'ai pas le courage de le refaire, mon opinion n'a pas pour autant changé :
je conteste le réchauffement de la planète pour dans les 50 ans, on n'en sait rien, ni surtout les causes