Euro : les médecins de Molière
Par Charles Gave le vendredi 29 juillet 2011, 09:57 - Article - Lien permanent
Je suis stupéfait par le degré d’incompétence de nos élites économiques ou financières.
Comme dans le poème de du Bellay sur les cardinaux à Rome, on les voit déambuler « d’un grave pas et d’un grave souci » répétant comme des Diafoirus « le foi, vous dis je, le foi « .
Et de nous présenter le problème des pays Européens comme provenant d’un excès de dettes conduisant à des déficits budgétaires insoutenables et qui doivent être, bien entendu, corrigés par des hausses des impôts accompagnées d’une baisse du niveau de vie, hélas inéluctable…dont tout le monde souffrira, sauf eux.
Si je peux me permettre, voici une faste foutaise de qualité conceptuelle équivalente au célèbre « pour réduire le chômage diminuons le temps de travail ».
La réalité est fort différente. Comme je n’ai cessé de l’expliquer dans ces chroniques, l’Euro est une machine à engendrer la stagnation dans les pays les moins compétitifs, c’est-à-dire tous ceux qui ont une productivité du travail inférieure à celle de l’Allemagne. Si la productivité monte de 3 % par an en Allemagne et de 0% en Italie, au bout d’un certain nombre d’années tous les producteurs Italiens sont en faillite si le taux de change est reste fixe entre les deux nations.
La preuve en est que le taux de couverture des exportations par les importations (exportations/ importations), qui était de plus de 1 en l’an 2000 pour le commerce extérieur Italien (en excédent commercial donc,) est tombé brutalement à 0.85 en 10 ans, la même évolution se produisant en France. Une détérioration aussi ample que celle là, alors même qu’il y a eu une croissance très faible du PNB Italien sur la même période (0.5 % par an en volume,) est un signe CERTAIN que l’économie Italienne n’est plus compétitive. Autrefois, l’Italie aurait dévalué un bon coup pour remettre les pendules à l’heure; aujourd’hui c’est impossible…
A ce point du raisonnement le lecteur doit se poser la question : "mais qu’est ce qui va se passer ? ». La réponse requiert un peu de réflexion économique et est heureusement à la portée d’une intelligence moyenne, mais hélas incompréhensible pour les intelligences supérieures qui nous gouvernent.
Comme la croissance de la France, de l’Italie etc.… baissent structurellement pour les raisons évoquées plus haut, les rentrées fiscales sont plus faibles et les dépenses plus fortes que prévues. De ce fait les déficits budgétaires augmentent en même temps que les déficits extérieurs. Fort logiquement la dette explose. Arrive toujours un moment, et nous y sommes, où les marchés obligataires commencent à prendre peur et où les taux d’intérêt commencent à intégrer la probabilité d’un non remboursement de la dette étatique.
A ce moment là les taux d’intérêt se mettent à monter au dessus du taux de croissance de l’économie et le pays entre dans ce que Keynes appelait une « trappe a dettes » qui se caractérise par une réalité toute simple : si vous empruntez à un coût de 5% et que vous investissez avec une rentabilité de 2 %, et que ca dure suffisamment longtemps, la question n’est pas de savoir si vous allez faire faillite, mais QUAND vous allez passer a la trappe. C’est là ùu en sont le Portugal, l’Italie, La Grèce, l’Espagne, et bientôt la France.
La crise actuelle n’est donc absolument pas une « crise de la dette » mais une crise due à la sous compétitivité d’une partie importante de l’Europe vis-à-vis du reste du monde en général et du reste de l’Europe en particulier.
La crise actuelle est donc une conséquence INELUCTABLE de l’Euro. Il ne pouvait pas en être autrement.
Les solutions proposées, toujours mises au point par des comptables qui ne comprennent rien à cette dynamique, visent à réduire le déficit budgétaire en augmentant les impôts (sur les plus riches, cela va sans dire). Comme une hausse de l’impôt entraine une baisse de l’épargne et comme sur le long terme l’épargne est égal à l’investissement, l’investissement - qui est la seule façon de rendre l’économie à nouveau compétitive - baisse également, et le pays devient encore moins compétitif. La fin logique du processus est simple : en fait, l’euro a remplacé la possibilité d’une dévaluation de la Lire par la CERTITUDE d’une faillite de l’Etat Italien.
Je ne suis pas sùr que ce soit un grand progrès. A dire vrai, je suis sùr du contraire.
L’alternative est que le créditeur prenne le contrôle du débiteur, c’est-à-dire que l’Allemagne envoie ses fonctionnaires donner des ordres à Bercy par exemple. C’est ce qu’il est convenu d’appeler pudiquement « la solution fédérale » D’une vieille famille Alsacienne ayant quitté l’Alsace en 1870 pour rester français, je ne suis pas sùr que cela m’enthousiasme non plus.
Continuer à éviter tout ce qui de prés ou de loin touche à l’Etat, ou a besoin de l’Etat, ou fait une grande partie de son chiffre d’affaires avec ce monstre obèse a été et reste ma stratégie. Aucune raison d’en changer.
Commentaires
Oui. Egalement sur le thème des crises financières et de la tendance à la concentration du pouvoir politique, cet article de H.-H. Hoppe donne un éclairage économique et institutionnel qui me semble intéressant pour la situation actuelle :
"Banking, Nation States, and International Politics. A Sociological Reconstruction the Present Economic Order"
http://mises.org/journals/rae/pdf/r...
Je suis nouveau sur ce forum, certains sujets ont sans doute déjà été abordés et je m'en excuse.
N'y a-t-il pas d'autre exemple (dans le monde ; dans le passé) de zones géographiques qui partagaient la même monnaie tout en ayant des compétitivité différentes ? Comment cela se passait-il ?
@André Manoir
"N'y a-t-il pas d'autre exemple (dans le monde ; dans le passé) de zones géographiques qui partagaient la même monnaie tout en ayant des compétitivité différentes ?"
Si, celà existe, c''est le cas des USA , où, par exemple:
- la concurrence fiscale entre états existe: exemple , le Delaware
- le vertueux Texas n'est pas tenu de payer pour la dispendieuse Californie
NB: le déficit et le problème de la dette américains ne sont pas liés aux états dispendieux, mais aux dépenses fédérales...;comme d'habitude.
Comme cela est parfaitement décrit ici (http://blog.turgot.org/index.php?po...), le taux de couverture des exportations par les importations n'est pas le problème. Peut-on encore négliger Bastiat ?
Cette crise étant celle de l'Etat-providence, la solution n'est évidemment pas dans la manipulation monétaire. La seule machine détruisant la compétitivité ou entretenant la stagnation est l'Etat-providence à l'oeuvre dans nos pays. Dans le cas de la France, la dégradation progressive de l'économie, depuis plusieurs décennies, précède largement l'arrivée de l'euro. Elle est en revanche parfaitement corrélée au poids grandissant de l'Etat, de ses taxes, de ses dettes et de son anarchie réglementaire. Les quelques géants internationaux qui rapatrient leurs bénéfices en France, bénéfices liés au fait qu'ils échappent en grande partie au keynésianisme le plus absurde qui sévit dans notre pays, parviennent de moins en moins à dissimuler cette évidence.
La question du déficit extérieur révèle non pas un problème monétaire mais un problème de dette publique qui réduit dramatiquement la capacité d'action du secteur privé, seul créateur net de richesses. Il faut bien comprendre que le déficit extérieur est un problème uniquement parce que la dette publique aspire les fonds qui normalement devraient retourner au secteur privé.
Dès que l'attrition du secteur public sur les économies européennes sera massivement entamée, la croissance économique reviendra, comme "par miracle" diront certains, y compris pour les PIIGS et la France. La rigueur budgétaire imposée aux Etats n'est pas la rigueur pour les peuples. Bien au contraire, c'est la condition de leur libération ! La solution à la crise de l'Etat-providence est extrêmement simple et n'a rien à voir avec la monnaie : retour rapide à l'équilibre budgétaire dans un contexte de baisse des prélèvements obligatoires, à commencer par ceux qui pèsent directement sur les producteurs. Il n'y a aucune autre alternative.
@ bubulle
oui, votre remarque est parfaitement juste et je crois que vous avez raison.
Ce que Charles dénonce est le mécanisme de la "trappe à dette" nourrie par le décalage entre des taux qui risquent bientôt d'exploser et une croissance trop lente. Mais, implicitement, son raisonnement se déroule comme si "l'exportation" était le moteur principal de la croissance, et donc la perte de compétitivité internationale de son industrie le facteur essentiel de sa trop faible performance économique. Il s'agit d'un reste de conception keynésienne de la macro économie. Il est évident que la croissance est d'abord et avant tout le fruit des motivations et des calculs (comme dirait Bastiat) de ceux qui produisent, et donc de ce qui a contrario pèse sur ces motivations. On revient à vos remarques sur l'Etat-providence.
Effectivement, on peut penser que le décalage des coùts de production entre le nord et le sud de la zone euro n'est peut-être pas l'élément aussi important que l'on décrit généralement. Après tout les producteurs, s'ils étaient motivés et performants, pourraient innover et s'orienter vers de nouvelles productions à plus forte valeur ajoutée qui permettent de compenser l'évolution relative défavorable des coûts. Le problème, c'est pourquoi ils ne le font pas, et ce qui les empêche de le faire. Ce qui nous ramène aux responsabilités de l'Etat-providence, mais aussi à celles de la politique monétaire unique (qui a encouragé le surendettement des Etats où la dérive inflationniste était la plus forte).
Un grand nombre d'entre vous sont d'une mauvais foi terrible. Expliquer que cette crise est celle de l'Etat providence quand les deficits viennent d'un soutien inconditionnel au secteur bancaire et privé, et la crise de la déreglementation monstre ayant débuté dans les années 80 : c'est de la mauvaise foi.
Et je note que cet article établit encore le lien direct entre compétitivité et monnaie. Je vais donc répéter ma critique : postuler que la compétitivité est en berne en raison de l'euro, c'est expliquer le conjoncturel par le structurel. Et ne venez pas me dire que cela est un problème uniquement depuis le lancement de l'euro : la France est un pays structurellement en déficit commercial.
Une petite précision. Se focaliser sur le déficit commercial avait un sens lorsqu'on vivait dans un univers de nationalisme monétaire et de contrôle de changes généralisé. Pour pouvoir importer il fallait gagner les devises nécessaires. C'est dans ce contexte qu'ont été conçus les concepts macro économiques et keynésiens qui continuent d'inspirer bon nombre de nos analyses (même lorsqu'on se dit non-keynésien). Cela n'en a plus dans un régime mondial d'économie ouverte, et encore moins au sein d'une même zone monétaire où tout se facture dans une seule devise. Le déficit commercial de l'Espagne ou de la Grèce n'a pas plus de sens que celui des provinces et régions françaises (ou européennes) entre elles.
@Adrien Gévaudan
Ben, l’État-providence est aussi la providence des banques, non ? Et maintenant avec la zone euro, c'est la collectivité des États qui joue ce rôle au lieu que ce soit chacun d'entre eux pour ses banques à lui. Mais le mécanisme est le même.
A Henri Lepage. Je vous remercie pour vos remarques et le rappel sur les conséquences du contexte de la mondialisation. Effectivement, on ne peut que reconnaître et se désoler de voir l'euro favoriser le laxisme budgétaire des Etats, laxisme responsable de la crise.
Un regard rapide sur les chiffres grecs permet d'estimer le poids du secteur public à environ 50% du PIB (à la suite de la hausse des prélèvements prévue au plan de désendettement, conjuguée au recul du PIB). Voilà qui n'encouragera pas les grecs à s'investir dans une activité productive, tout du moins dans un cadre légal. Autant toucher les maigres allocations et travailler au noir ! En France, le problème est identique, mais cela n'empêche pas l'Etat de continuer à broyer les producteurs par un niveau de taxation en hausse constante.
Je viens d'en avoir un exemple, pas plus tard qu'aujourd'hui, dans une TPE qui doit faire face à une fuite de ses clients consécutive à la hausse des charges qu'elle doit répercuter dans ses prix. Potentiel de destruction : une vingtaine de chômeurs supplémentaires. La vie de ces personnes, parfaitement volontaires pour travailler dur et qui, au bas de l'échelle des actifs, ne veulent pourtant pas vivre d'allocations ou de subventions, ne doit pas compter beaucoup pour les théoriciens du keynésianisme, même de bonne foi.
C'est l'erreur fondamentale du processus de désendettement de type keynésien : si le versant "baisse des dépenses" va dans le bon sens, en revanche la hausse des prélèvements dégrade la situation du secteur privé et réduit encore un peu plus le potentiel de l'économie. Du coup, on ne règle rien puisque le problème du trop-plein d'Etat, au coeur de la crise, s'aggrave.
Il n'y a pas d'autre issue que de faire reculer massivement l'Etat-providence. La seule marge de manoeuvre réside dans la monétisation partielle des dettes publiques, permettant une certaine progressivité de l'attrition du secteur public. Cette monétisation doit être strictement limitée (typiquement réservée aux titres arrivant à échéance) et surtout équivalente au recul effectif des dépenses, mais également des recettes publiques. C'est à cette condition que la monétisation partielle de la dette ne pénalisera pas l'économie, c'est-à-dire les producteurs privés.
Il n'est absolument pas inéluctable de passer par la case faillite en quittant l'euro et en détruisant la construction européenne, ce qui serait ni plus ni moins que le troisième "suicide" de l'Europe en un siècle.
@bubulle
Il y a déjà des précédents en matiére de faillite, certe de petits pays, mais je ne crois pas à la réduction significative des depenses publiques, Elles sont lourdement liéees au fonctionnement des institutions locales et aux moeurs, une inflation importante est durablement controlée me semble hazardeuse, la faillite étatique est innéluctable.
Les seules solutions que nous puissions avoir sont pour les prochaines crises...
j'ai bien du mal avec toutes vos connaissances.. que je ne possède pas
mr Gave accuse l'euro.et préconise le retour aux monnaies nationales permettant la dévaluation par pays...
la situation actuelle est elle le résultat de la construction européenne? ou est elle le résultat de la fuite en avant intra-européenne des politiques? là ou il aurait fallu de la discipline budgétaire nos avons eu la gabegie (même l'Allemagne pour financer sa partie EST)
monsieur Lepage voit dans l'analyse de mr Gave "un reste de conception keynesienne" de la macro économie faisant de l'exportation le moteur économique principal
ayant lu un ouvrage de mr Gave ou il dénonce violemment le mercantilisme allemand ,j'ai du mal à suivre. soit mr Lepage fait fausse route soit il y a contradiction de mr Gave
autre remarque si on revenait aux monnaies nationales et aux plaisirs des dévaluations compétitives :irions nous vers plus de richesses ou un appauvrissement généralisé de la population? une situation de ce type préconisée aussi par les fascistes et ultra nationalistes n'entrainerait elle pas tôt ou tard une fermeture des frontières aux marchandises à titre de rétorsion et ensuite la circulation des hommes?
En quoi Mitterrand et ses 3 dévaluations compétitives successives a t il produit de la richesse et des emplois?
quant à la solution???????
il faudrait plus de développement économique.chacun sait que le développement ne se décrète pas ( sauf la Gauche) .Pour que le développement se fasse par financement publics il faudrait que le choix des investissements soit plus efficace que ceux décidés par le privé.le Gosplan a démontré que ça ne marchait pas.Probablement par ce que la nature humaine étant la même, les hommes en charge du plan ne sont pas plus vertueux que les autres . Ils empêcheraientt toute concurrence à leurs décisions pour ne pas être mis en défaut .L'Etat ou le conducator a toujours raison.
il reste donc la production de richesse par le privé.comment y arriver,quand l'Etat est partout et oriente à sa guise souvent pour des raisons électorales des dépenses d'investissements ? sans subventions elles ne se feraient pas ( les voitures Heulliez,l'économie verte)
comme certains l'ont écrit il faudrait baisser massivement les impôts des entrepreneurs,sans augmenter celui des consommateurs...certes...
Cependant au niveau de notre endettement et vu le décalage dans le temps de la nouvelle production ,est il possible que le agences de notation , constatant l'inexorable montée des dépense s(dues à la perte des recettes fiscales ) ne nous mettent pas au niveau de la Grèce??
j'ai beau tourner le problème dans tous les sens ,je ne vois pas de solutions indolores.le Japon (et encore) semble être notre destin pour les 30 années qui viennent ou alors une guerre civile, vu le formatage des esprits depuis l'école primaire et laTV (remarquable PUB ou l'on voit une gamine de 12 ans s'écriait et l'Etat qu'est ce qu'il fait pour moi)
Bien entendu je ne souhaite que me tromper
@ Adrien Gévaudan, votre raisonnement simpliste contient un fragment de vérité. Simpliste car la spirale d'endettement des Etats européens est largement antérieure à la récente crise financière. Laquelle s'est conclue par l'obligation pour nous, contribuables, de cracher au bassinet des établissements too big to fail, ce qui n'a pas manqué d'aggraver encore l'endettement de nos Etats, vous avez raison (sans compter les effets économiques délétères de la crise économique consécutive à la crise financière). La crise financière est la révélateur de la maladie budgétaire européenne, pas sa cause.
@ Bubulle et lepage : vous avez raison contre Gave, c'est évident. Pour autant, je crois qu'il faut éviter de maintenir l'analyse à des niveaux trop abstraits. Augmenter les impôts n'est pas la solution ni n'est moralement acceptable dans les etats qui, déjà, écrasent leurs citoyens et entreprises productifs de prélèvements. Certes. Mais regardez les Etats-Unis. Depuis 1945, non seulement les Républicains n'ont jamais su réduire la dette fédérale, mais ils l'ont généralement obérée dans des proportions plus importantes que les administrations démocrates ! Cela au prétexte que le surcroît de croissance attendu des tax cuts viendrait, demain, combler le surcroît de déficit (car les Républicains, lorsqu'ils étaient au pouvoir, se sont bien gardés de réduire les dépenses au bénéfice de leurs clientèles historiques : armée et industries liées, agrobusiness, big business en général, etc.). Vinrent donc les tax cuts, mais jamais le déficit ne commença d'être comblé. De plus, c'est une administration républicaine, assistée par une FED à dominante républicaine, qui a largement régalé les too big to fail de l'argent des contribuables, en 2008 et 2009 et qui se fit le relais desdits TBTF lorsqu'il s'est agi d'atténuer les dispositifs envisagés pour éviter que cela ne se reproduise dans les mêmes proportions. Enfin, et ce sont parmi les plus riches contribuables américains qui en témoignent (par exemple Buffett, pas exactement un trotskyste), les riches Américains, surtout rentiers ou placeurs, échappent largement au feu de l'impôt. Voici les mêmes Républicains qui prennent des airs de vierge effarouchée quand Obama prétend, non seulement réduire les dépenses, mais augmenter les impôts sur les plus riches : quelle erreur, nous disent-ils, en convoquant Bastiat, Hayek et tout le Panthéon. Mais quelle est encore leur crédibilité ? Socialisme (ou étatisme) de droite : voilà la réalité du Parti républicain. On ne peut pas être libéral qu'en impôts, il faut, en toute rigueur, l'être D'ABORD en dépenses. Réduire les dépenses : voilà la première priorité des Etats européens et de l'Etat fédéral US. Et c'est possible. Des Etats l'ont fait, et le font. Ensuite atteindre à une plus grande équité fiscale : moins d'impôt sur le travail, plus sur le reste. Avant, peut-être, mais demain, APRES que les dépenses auront été structurellement domestiquées, une réduction généralisée et durable du niveau d'imposition.
Enfin, il ne faut pas négliger le facteur culturel. A taux d'imposition comparable, des pays font beaucoup mieux que d'autres. L'impôt n'est pas le seul facteur. Les Allemands ne sont pas moins imposés que les Espagnols ou les Français. Mais ils sont plus travailleurs, et ils ont une éthique du travail qui fait que l'assistanat leur répugne davantage. Idem pour l'impôt : le taux nominal d'imposition, en Grèce, n'est pas inférieur à la moyenne de l'Union. Mais les Grecs, tout acquis à la philosophie du beurre + l'argent du beurre + la crémière, ont pris le parti d'exiger toujours plus de l'Etat en ne lui versant, le plus souvent, absolument rien du tout. Dans une perspective gramscienne, cet aspect culturel, de conquête des esprits, n'est pas à négliger. Quand on voit que le CGT plaide pour des chèques-vacances en faveur des chômeurs, on se dit qu'on n'en prend pas exactement le chemin. Toutefois la situation actuelle a au moins cette vertu que ces aberrations vont bientôt, par la force des choses, se réduire.
@Gérard Dréan : l'Etat-Providence ne concerna absolument pas les banques. Il s'agit d'une expression faisant référence à un système de sécurité sociétale reposant sur l'assurance et/ou l'assistance (modèle bismarckien ou beveridgien).
@Drieu : ma critique ne fait part que d'une partie de ma pensée. Bien évidemment qu'elle est simpliste ; pensez-vous pouvoir exprimer toute la complexité d'un thème économique par un simple article ou commentaire?! De plus vous n'avez apparemment pas compris mon message : je parle des années 80, et non de la crise financière, comme point de départ à la crise d'endettement. Regardez toutes les courbes que vous souhaitez, la fin du système de Bretton Woods et la nature même du non-système monétaire international actuel est la cause réelle des crises financières de ces dernières décennies. Mais pour le reste nous sommes d'accord, en effet.
@Bubulle
"La seule marge de manoeuvre réside dans la monétisation partielle des dettes publiques, permettant une certaine progressivité de l'attrition du secteur public."
Là encore la solution que vous préconisez - et que beaucoup partagent : celle d'une inflation modérée qui permettrait d'éponger les dettes à moindre mal, comme on l'a fait au lendemain de la dernière guerre mondiale - est une illusion.
D'abord parce qu'il faudrait être sùr qu'il n'y a pas de dérapage vers une inflation de plus en plus rapide - ce qui est généralement la caractéristique d'une société qui s'installe dans l'inflation.
Mais surtout parce que, dans un monde ouvert, avec liberté des changes et mouvement libre des capitaux, l'inflation ne se décrète pas. Même les politiques de quantitative easing n'y changent rien - comme le démontrent les papiers de notre ami Steve Hanke. Dans un tel contexte international, où les prix des marchés s'ajustent instantanément aux anticipations, l'inflation (au sens de hausse générale des prix) dans un seul pays, ou une seule zone n'est plus possible. Les excès de la création monétaire se déversent dans la fabrication de méga bulles spéculatives qui enrichissent les uns et appauvrissent les autres.
Se dire qu'on pourra résorber les dettes sans douleur grâce à l'inflation suppose un préalable : le retour à des économies fermées et à des systèmes de contrôle des mouvements de capitaux, même si c'est à l'échelle européenne, et non plus nationale. Autrement dit, cette voie de sortie elle non plus ne va pas sans impliquer des coûts élevés : ceux d'un retrait de la mondialisation - cette fameuse "démondialisation" dont on commence à beaucoup parler, et qui est vraisemblablement la politique que la gauche rêve de pouvoir mener une fois au pouvoir. Cette solution serait sans aucun doute celle d'un gouvenement PS avec, à la clé, une sorte de retour aux années 50 (comme le fait clairement entendre l'économiste de gauche Jacques Sapir), mais une inflation plus élevée que modérée.
Enfin, encore faudrait-il convaincre les allemands de se rallier à une telle solution - ce qui parait difficile compte tenu des réflexes que le souvenir de la grande inflation a ancré chez eux. La stratégie que préconise J. Sapir serait d'utiliser le chantage à la sortie de l'euro (par la France) pour obtenir des allemands qu'ils se rallient, au moins partiellement, au projet d'une Europe néoprotectionniste et même" néo-planiste". Mais le plus vraisemblable est que ce sera alors l'Allemagne qui sortira la première de l'Europe pour ne pas se faire la complice d'une telle monstruosité. Les propos que tiennent les allemands sont à ce sujet extrèmement clairs.
Autrement dit, même cette solution apparemment idéale que vous proposez ne peut réussir à sauvegarder l'unité de la zone euro, et donc préserver la construction européenne d'un funeste détricotage qui entraînera nécessairement des effets négatifs sur le potentiel de croissance structurel européen (avec aggravation corrélative de nos problèmes d'endettement, et donc plus grande probabilité encore de défaut souverain).
C'est dire à quel point nous sommes dans une impasse, une situation à laquelle il n'y a pas de solution "sans coûts" qui seront de toute façon élevés. Le seul choix qui nous reste est celui de la sauce à laquelle nous seront mangés. Et encore ! (les choix risquent de nous être imposés par des évènements politiques incontrôlables).
La "démondialisation", c'est d'abord cette idée stupide que le gouvernement pourrait régler tous les problèmes, si seulement il n'était pas contrecarré dans ses actions par ces salauds d'étrangers ! Et que nous serions bien plus heureux si nous étions seuls sur terre.
Ridicule !!!
l'europe est en voie de disparition.l'Allemagne regarde de plus en plus à l'Est (cf accords gaziers avec la Russie et investissements dans les ex pays communistes) .Quand la facture UE deviendra insoutenable,les citoyens allemands obtiendront la sortie de leur pays de cette association qui n'a jamais su ce qu'elle était politiquement.
il leur restera à continuer à innover technologiquement pour imposer leur" pricing power".A défaut, le miracle allemand s'effondrera sur la valeur florissante du nouveau DM.
quant à nous???? notre culture Etatique va provoquer notre appauvrissement généralisé
En tout cas Charles Gave a parfaitement raison quand à l'incompétence de nos élites en matière d'économie et la lecture d'un récent article sur le site du Monde lui décrocherait la mâchoire de stupéfaction.
(http://www.lemonde.fr/economie/arti...)
Je ne peux m’empêcher d'ajouter dans ce commentaire la fin de cet article édifiant où il explique que " l'Europe doit aller plus loin pour faire capituler le marché. Il faut, dit-il [ un soit-disant spécialiste interrogé], transformer la Banque centrale européenne (BCE) en "bombe nucléaire" en l'autorisant à acheter de la dette d'un pays de l'euro dès que des tensions trop fortes apparaissent sur les taux et l'habiliter à "imprimer" des billets autant que nécessaire. Les marchés sauraient alors que, quoi qu'il arrive, c'est elle qui a l'avantage."
Cela laisse songeur.
ce qu'il y a de plus désespérant ce sont les commentaires ...
je vais aller m'acheter une brouette ce sera bien le moins pour acheter une baguette de pain -:)
@André Manoir
Oui, il y a un exemple beaucoup plus proche... avec des différences de productivité très grandes entre différentes régions qui ont la même monnaie... et qui se portent bien mieux que les Etats-Unis, la confédération helvétique.... Le francs suisse qui n'a jamais connu de dévaluation depuis sa création en 1848 et qui se porte à merveille...
La Suisse n'est pourtant pas un pays où l'Etat est très présent, chaque canton a beaucoup de domaine où il peut garder ses particularités, il y a du droit cantonal, une fiscalité cantonale et une éducation cantonale....
Il y a des domaines où être à plusieurs pour résoudre les problèmes est plus efficaces et d'autres où être seul est plus efficace... vouloir appliquer tout le temps la même stratégie (tout à l'état, ou tout sans l'état) relève d'une inefficacité relevant d'un esprit manichéen qui ne peut pas englober la complexité du monde qui l'entoure... ce n'est pas très libéral comme attitude.
L'exemple de ce que pourrait être une Europe confédérale se trouve à côté de chez vous, là, où beaucoup d'entre vous mettez vos économies car vous savez qu'il n'y aura pas de dévaluation.... La Confédération Helvétique...
Et qu'en est-il des petits épargnants lors de la dévaluation ? Ils perdent leurs économies... Je ne suis pas pour.
j' ai une question pour Monsieur le Docteur Diafoirus :
qu' est-ce que le "foi" ?...
puis-je me permettre de vous dire que vous me paraissez de bien "mauvaise foie" !?
Bruxelles, le 5 août 2011
Monsieur GAVE,
C'est avec un grand intérêt que j'ai lu votre article, ainsi que les commentaires publiés dans le blog.
Votre analyse des situations économique et financière actuelles est claire et réaliste. Dans les 2 ou 3 années qui viennent; l'Union Européenne vivra probablement dans un environnement économique catastrophique.
Nos Eurocrates VIP ont-ils la capacité et l'intelligence de le comprendre, ou vivent-ils dans un monde complètement déconnecté de la réalité et ... surréaliste ?
Une précision à l'attention de monsieur André Manoir:
"La Suisse a dévalué son Franc en 1936 ... de 30%".
Avec mes salutations les meilleures.
P.M.
@ gilibs (commentaire N° 19)
Ce que vous évoquez n'est rien d'autre que le principe de subsidiarité. Il trouve sont origine dans la doctrine sociale de l'Eglise catholique. Il consiste à dire que tout problème doit être traité, ou toute action doit être entreprise, par la plus petite entité capable de le faire correctement, car l'efficacité est plus grande lorsque l'action est entreprise à plus petite échelle. Bien que l'on puisse en douter, le principe de subsidiarité à été intégré dans le droit communaitaire du traité de Maasstricht.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Princi...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Princi...
Soros sur l'euro : "Je n'ai certainement pas l'intention de parier contre l'euro. Parce que les Chinois sont très intéressés par une alternative au dollar, et feront tout leur possible pour aider les Européens à le sauver"
@ Drieu
c'est ce que Alain Boublil nous a fort bien expliqué, de manière d'ailleurs très convaincante , lors de sa conférence du 17 mai dernier à l'Assemblée nationale. Voir sa vidéo.
M.Gave,
Tout à fait d'accord avec votre article pour le manque de compétitivité, mais c'est surtout un problème de dette puisque l'Euro n'est que "dette".
Le gouverneur Eccles déclarait " S'il n'y avait pas de dettes dans notre système monétaire, il n'y aurait pas d'argent", ce qui prouve bien encore une fois que les devises (ou "argent dette") ne sont en rien des "monnaies". L'Euro n'est qu'une de ces devises. Elles ne sont que des opérations "scripturales", basées sur aucune production de richesses depuis la rupture de leur adossement à l'or.
- Ce n'est donc pas seulement un problème Euro, c'est le problème de toutes les devises, Dollars, Pound, Yen etc.... et la cause de toutes les crises passées ; la crise que nous vivons depuis trois ans s'apparentant au cancer généralisé.
Mais notons aussi que les états n'ont pas besoin d'emprunter sur le marché, leurs dettes sont scandaleusement inutiles, il leur suffit de reprendre leur droit régalien de s'occuper de leurs devises respectives, de les adosser à un étalon de production de richesses du pays, et de mettre les banques au pas. Une des première chose à revoir serait par exemple le coefficient de réserve bancaire. Pour info il est depuis 2005 de 0% dans la zone euro pour les dépôts bloqués au moins deux ans, hallucinant !