Cela signifie donc essentiellement 10 milliards de rabotage de niches fiscales et de hausses de contributions, impôts et taxes diverses : sur l’alcool, les cigarettes, le soda (pour notre bien à tous), et bien sûr, le capital et les riches… Voici donc ce qu’on appellera peut-être bientôt la règle Fillon : la « règle du 1/11 », 1 milliard d’économie réelles sur un plan de 11 milliards « d’économies budgétaires » !

Avec la règle du « 1/11 », c’est donc l’austérité pour les français mais pas pour leur administration. Car, alors que le Premier Ministre affirme que « le seuil de tolérance de l’endettement est dépassé », c’est en réalité le seuil de tolérance de la dépense publique qui est dépassé (55% du PIB), et ce, depuis fort longtemps.

Le piège de la règle d’or que nous dénoncions il y a peu s’est bien refermé : le débat n’a pas porté sur des rationalisations de l’administration et de la dépense publique, de manière à réduire cette dernière, mais sur comment revenir à l’équilibre budgétaire, ce qui, dans un pays allergique à la réforme, ne pouvait que se traduire par « comment augmenter impôts et contributions ». La règle d’or a ainsi permis au gouvernement de se concentrer sur le retour à l’équilibre budgétaire plutôt que sur les réductions de dépenses pouvant y mener. En clair : on rabote les niches fiscales, alors que la vraie urgence est celle du rabotage des « niches administratives ».

Ce « plan » est aussi critiquable pour trois autres raisons. D’abord sa faible ampleur. Que sont ces 11 malheureux milliards face à un déficit qui se rapproche des 150 milliards ? Au vu de l’urgence de la situation, notamment dans le contexte européen actuel, on vient de donner un petit os à ronger aux marchés pour les calmer, de la poudre aux yeux. Mais seront-ils dupes longtemps ?

Ensuite, dans une tradition bien française, plutôt que de simplifier la fiscalité et de la remettre à plat, on change à nouveau les règles à la marge, en rajoutant une couche de complexité. Ceci a pour effet de générer une incertitude fiscale, qui est extrêmement nocive pour l’entrepreneuriat et l’investissement. Exactement comme le fait de « taper » à nouveau sur l’épargne. Enfin, dans ces conditions, les hypothèses du gouvernement sur la croissance (un très optimiste 1,75% au lieu d’un utopique 2,25%) font sourire.

Ce plan n’est pas sérieux. Il se veut doublement démagogique : pour les électeurs en faisant croire qu’on va faire « un peu » payer les riches dans un moment difficile, et pour les marchés, en donnant l’illusion que la France maîtrise enfin ses finances publiques, ce qui ne sera en fait jamais le cas tant qu’elle ne maîtrisera pas ses dépenses. On attendait beaucoup mieux de la part de l’homme qui déclarait il y a quatre ans « je suis à la tête d’un État en faillite ».

Les français, qui vont devoir à nouveau payer pour l’incurie de leurs dirigeants, ne doivent pas se laisser anesthésier, dire « non » et exiger des comptes. Enfin. Trait.jpg

La version originale de ce texte a été publiée par Emmanuel Martin sur son site Un Monde Libre en date du 26 août 2011 sous le titre : "France : pas d'austérité pour l'Etat".