L'Etat, la dette et les libertés : l'importance de la bataille pour les idées.
Par Richard Ebeling le lundi 22 août 2011, 16:22 - Note de synthèse - Lien permanent
Le problème de la dette n'est que le symptôme d'une mentalité anti-capitaliste qui sape la philosophie politique originelle des droits individuels et de la liberté économique et instaure à sa place une idéologie du paternalisme et de la dépendance.
Lorsque les Démocrates et les Républicains américains s'affrontent pour proposer des plans différents et concurrents de réduction des dépenses publiques, ils ne précisent jamais à partir de quel « niveau de référence » ils font leurs calculs.
Ce qu'ils proposent en pratique n'est jamais qu’une diminution projetée dans le taux d'augmentation des dépenses étatiques totales. Presque personne n'imagine que la « part » du gâteau national que les hommes de l’état consomment par l’impôt puisse effectivement être réduite.
Aussi bien les Démocrates que les Républicains tiennent comme allant de soi que le « tout-Etat » va persister. Même ces Républicains qui soulignent la nécessité de « réformer » les programmes de « droits sociaux » tels que la retraite par répartition, ou les soins subventionnés, ne mettent pas en cause l'idée que ceux-ci constituent un facteur permanent du paysage politique américain. Ils souhaitent seulement les rendre financièrement « plus solides », ou « plus efficaces », voire gérés d'une manière qui donnerait à ceux qui y ont accès un certain « choix » dans la gestion de leur dossier de retraite, ou dans le choix des médecins ou des traitements médicaux.
Qui dit « droits sociaux » veut dire pillage
Ce qui permet peut-être le mieux d’en prendre la mesure est le fait qu’il n’y a pratiquement personne dans l'arène politique de Washington qui récuse l'idée ou l’emploi de l’expression « droits sociaux ».
Le dictionnaire Merriam-Webster définit un « droit social » comme « l'état ou la condition d'avoir un droit à ». Un « droit aux prestations définies par la loi ou par le contrat », comme dans
« une politique étatique qui distribue des avantages aux membres d'un groupe particulier. »
Il se fonde, nous dit le dictionnaire, sur l'idée
« d'une conviction comme quoi on aurait acquis un droit à certains privilèges ».
D’après cette définition, par conséquent, un « droit social » dans l'arène politique est un programme d'avantages que les hommes de l’état fournissent à un groupe privilégié, groupe qui en vient à croire qu’il aurait mérité de tels avantages, voire à considérer ces avantages comme un « droit ».
Les hommes de l’état, cependant, ne peuvent fournir d’avantages à aucun groupe privilégié dans la société s’ils ne forcent pas les autres, en contrepartie, à fournir les ressources, les biens, ou les moyens financiers nécessaires pour payer ce qui aura été promis. Etant donné que l’état n'a aucune disponibilité en ressources, en biens ou en sommes d'argent qu'il n’ait commencé par taxer ou emprunter à d'autres, tout « droit social » de cette espèce oblige d'autres personnes dans la société à fournir les moyens nécessaires pour que les hommes de l’état tiennent leurs promesses envers les groupes privilégiés.
Ce qui veut dire que le privilège d'un groupe entraîne pour les autres une contrainte forcée, que les hommes de l’état imposent par leur pouvoir de police en taxant et en saisissant le revenu et le capital de tous les membres de la société.
C’est ainsi que la société se trouve divisée en deux catégories : 1)les payeurs d’impôt et les receleurs d'impôt ; 2)les discriminés et les privilégiés.
C'est à dire :
- ceux que l’on force à renoncer à une partie de la production, des revenus et de la richesse qu'ils ont honnêtement gagnés dans les échanges paisibles du marché,
- et ceux qui reçoivent cette production, ces revenus et ces richesses du pouvoir des hommes de l'Etat.
C’est, ce que Frédéric Bastiat, le fameux économiste libéral français du XIXème siècle, dénommait la spoliation légale. L’état, au lieu d'agir comme protecteur et gardien du droit de chaque individu à la vie, à la liberté et à la propriété honnêtement acquise, y devient le plus puissant violateur de la liberté des gens, et le plus envahissant.
Le pouvoir monopolistique centralisé des hommes de l’état sur l’emploi de la violence, est bien plus puissant et plus dangereux que celui du pire individu ou groupe privé qui, dans la société, entreprendrait de piller des innocents ou de les maltraiter. Cependant, et c’est tout aussi important, dans la société, les hommes de l’état sont les seuls à employer la force qui soient en même temps largement parvenus à endoctriner la grande majorité de ceux qui se trouvent sous leur coupe pour les persuader qu'il serait « juste » et « bon » qu’ils dépouillent une partie de la population au bénéfice d’une autre, celle qu’ils auront choisi de privilégier.
Domination politique contre maîtrise de l’individu par lui-même
Dans des temps plus anciens, c’est en présentant la royauté comme de Droit divin que les hommes de l’état avaient acquis leur légitimité et l’acquiescement de leurs sujets. Il a fallu plusieurs siècles pour mettre à bas la croyance comme quoi ce serait au nom d’un ordre divin que les monarques régnaient, réglementaient et levaient des impôts.
Avec la fin, ou l'affaiblissement, de la monarchie aux XVIIIème et XIXème siècles, c’est un nouveau maître qu’on a intronisé, avec une prétention presque aussi religieuse à exiger l'obéissance politique des citoyens" : la « démocratie » de droit divin. C’est « le peuple » qui y a remplacé le monarque en tant qu’origine légitimés du pouvoir politique. Si c’était « le peuple » qui se gouvernait « lui-même » par « son » vote démocratique, comment pourrait-« il » jamais « se » tyranniser et s’asservir « lui-même » ? Comment, en effet, un homme pourrait-il mal se traiter lui-même, si ses actions ne sont dictées que par sa propre volonté ?
Aux États-Unis, l'idée du « gouvernement du peuple par le peuple » avait à l'origine un sens différent. Ce qu’elle voulait dire ce n’est pas d’abord, ni principalement, un gouvernement issu d’une procédure électorale. Ce qu’elle affirmait, c’est le Droit de tout citoyen de décider par lui-même pour lui-même. Lorsque la Déclaration d'Indépendance américaine parlait des "droits inaliénables" que l'individu possède à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur, ce que disaient les Pères fondateurs est que tout homme est son propre propriétaire, et qu’il a le Droit de vivre sa vie comme il l’entend, aussi longtemps qu'il mène tranquillement les affaires qu’il a choisies, et respecte le Droit égal des autres à en faire de même.
Dans cette conception typiquement américaine des droits individuels et de la propriété de soi, le rôle des hommes de l’état était celui de protecteur et de garant de la liberté de chaque personne. L'autorité politique y était censée être au service de tout individu souverain, qui choisissait ses propres objectifs et projets dans la vie, et qui entreprenait de les atteindre au moyen de sa propre énergie intellectuelle et matérielle. Quand il avait besoin de l'aide et d'association avec autrui pour atteindre certains de ses buts, la méthode était la liberté du choix et le caractère volontaire de l'échange.
Le socialisme et la mentalité anti-capitaliste
Comment se fait-il, par conséquent, que l'Amérique ait abandonné cette idée des individus souverains qui se gouvernent eux-mêmes, avec un état confiné aux fonctions peu nombreuses mais essentielles de la protection des droits, en faveur de l’idée comme quoi ce serait l’état lui-même qui est le souverain « au nom du peuple », où l'individu est réduit au rôle d’un serf dont on exige et attend qu’il paie n’importe quel impôt et supporte n’importe quelle règlementation au nom d’un « bien commun », de l’« intérêt national » ou de la « solidarité » ?
En un mot, la réponse est : le socialisme.
Cette année-ci marque le 20ème anniversaire de la chute de l'Union soviétique. Après la réalité de presque 75 ans de socialisme réel dans l'Union soviétique et ailleurs dans le monde, il n’y a plus que très peu de gens pour croire et aspirer au régime dictatorial d’un Parti communiste prétendant connaître les « lois inéluctables du développement historique » ; il y en a peu pour vouloir vivre dans un système de complète et globale planification centrale socialiste. L'expérience a convaincu suffisamment de gens autour du monde qu'un tel système ne mène à rien qu’à une brutale tyrannie, en même temps qu’à la stagnation économique et à la pauvreté.
Alors que l'idéal du socialisme soviétique et de la planification centrale a été rejeté et compte de nos jours peu d'adeptes déclarés, ce qui perdure effectivement et influence les attitudes générales vis-à-vis du pouvoir politique, de la politique économique et du rôle de l’état dans la société, tant aux États-Unis que dans le reste du monde, c’est la critique socialiste du capitalisme et de la société libre de marché.
C’est sur l'analyse socialiste de l'économie de marché que se fondent les rationalisations du vaste filet de programmes sociaux étatiques ainsi que de réglementations et d’ingérence dans les entreprises privées. Lorsqu’on laisse libre l'entreprise privée, ont prétendu les socialistes, la recherche égoïste du profit conduit les patrons à porter atteinte à la protection de l’intérêt commun ou général. Les employeurs cupides exploiteront et maltraiteront les travailleurs à la recherche d'emploi si les hommes de l’état ne les protègent pas par une règlementation du travail, y compris par l’imposition d’un salaire « décent ».
L'Etat doit donc assumer le rôle de fournisseur paternaliste des soins de santé, des pensions de retraite, de l’assurance chômage, des logements publics, de l’enseignement, ainsi qu’une grande variété d'autres services sociaux. Pourquoi?
Premièrement, dans un capitalisme débridé, les travailleurs ne gagneraient pas assez pour s’assurer à eux-mêmes ces biens nécessaires.
Deuxièmement, les entreprises privées mues par leur seul intérêt ne pourraient certainement pas fournir ces biens et ces services en quantité et en qualité suffisantes.
En d'autres termes, on ne saurait faire confiance aux individus pour mener eux-mêmes leur vie, pour faire leurs choix propres, et interagir librement avec leurs semblables dans une société de liberté. C’est un contrôle collectif, sous couvert du processus démocratique, qu’il faudrait pour contraindre et circonscrire la souveraineté de l'individu dans le domaine de ses affaires propres.
Partout les hommes de l’état, y compris aux Etats-Unis, au nom de la protection des personnes contre le capitalisme sans frein, ont créé des administrations en expansion constante qui règlent quasiment tous les aspects de nos existences. C’est pourquoi notre monde est aujourd'hui le prisonnier permanent d’une idéologie anti-capitaliste.
Les bureaucraties d'État qui règnent grâce aux politiques anti-marché se sont transformées en élites politico-idéologiques qui s’imaginent savoir, et prétendent nous dicter avec arrogance, comment il nous faudrait à tous vivre et travailler. Ceux qui détiennent le pouvoir politique peuvent se comparer à la noblesse d’antan, devant laquelle les roturiers devaient ramper pour qu'ils puissent vivre et prospérer.
Le capitalisme comme libérateur de l'Homme
Ces charges contre le capitalisme et la société libre sont-elle justifiées ? Absolument pas. En fait, il n’existe aucun récit historique qui falsifie et dénature la réalité au point où le fait cette critique socialiste de la société libre de marché.
A partir du XVIIIème siècle et pendant tout le XIXème le capitalisme, et la philosophie politique du libéralisme classique qui l’accompagnait, ont insisté sur la liberté et la dignité de l'individu. Ce sont les libéraux classiques qui ont fait campagne contre l’esclavage et qui y ont mis fin, d'abord en Europe puis dans le reste du monde.
Ces libéraux appelaient à la fin du règne des rois et des princes, ou du moins à restreindre leurs pouvoirs par des constitutions et des élections paisibles. Ils appelaient à un règne impartial du droit, à l’abolition de la torture et autres châtiments cruels.
Le programme libéral classique comprenait l'abolition de tous les privilèges, faveurs et subventions censés bénéficier à l'aristocratie, ainsi que la fin de tous les monopoles créés par la réglementation et le protectionnisme d’état. Il appelait à la liberté d’entreprendre, à la liberté du commerce et de l’industrie, et à la liberté de déplacement.
En d'autres termes, le libéralisme classique et le capitalisme sont une idéologie de la libération de l'homme vis-à-vis de l'oppression politique et de la pauvreté. Ils sont à l’origine de la liberté humaine et de la prospérité matérielle dans le monde moderne. Ce sont eux qui ont servi de fondement à la République américaine.
Jamais le capitalisme du XIXème siècle n’a condamné aucun travailleur à une vie de perpétuelle pauvreté. Bien au contraire, l'économie marchande en expansion n’a cessé de créer des emplois nouveaux, et mieux rémunérés que les décennies précédentes.
C’est elle qui a produit la richesse et la hausse des revenus qui ont permis l'émergence d'un phénomène complètement nouveau dans l'histoire humaine : une classe moyenne autonome et instruite qui n’a cessé de croître à mesure que les classes inférieures amélioraient leur bien-être économique. C’est grâce à l'investissement privé que le capitalisme n’a cessé de porter la productivité du travail à de nouveaux sommets. Enfin, les parents ont pu gagner suffisamment pour que leur progéniture ne soit pas contrainte d’entrer dans la vie active à un âge prématuré. Et cela a produit quelque chose d'unique dans l'histoire : l'enfance, une période où les jeunes pourraient connaître l’insouciance du jeu, et la possibilité d’apprendre, avant d'entrer dans le monde du travail.
Le libéralisme classique et l'ordre du marché ont favorisé les associations privées et les organismes de bienfaisance qui ont donné aux travailleurs pauvres accès aux soins médicaux, aux retraites et aux places à l’école pour leurs familles. Les famines ont disparu, la pauvreté n’a cessé de se réduire dans d’immenses proportions, et les longs horaires d’un travail difficile ont été lentement mais sûrement facilités et raccourcis à un degré sans précédent.
Le capitalisme a été le libérateur de l'humanité. Il nous faut réapprendre cette grande histoire et ces glorieux résultats de la première ère du capitalisme, dans une société qui ne reconnaît plus guère quel est le système qui a fourni le confort et le niveau de vie que trop de nos concitoyens tiennent pour acquis.
La dangereuse croissance de l’état
Cela fait aujourd’hui plus d'un siècle que la mentalité anti-capitaliste sape la philosophie politique américaine originelle des droits individuels et de la liberté économique. Et c’est la politique du paternalisme et de la dépendance qui se développe à la place.
Cela a fait le jeu de ceux qui, sous le couvert de la démocratie, voulaient toujours plus de pouvoir politique ainsi que de ceux qui aspiraient à obtenir des créances sur les largesses de la redistribution - et qui s’imaginent désormais y avoir « droit », parce qu'ils ne peuvent plus imaginer de vivre sans ces « filets de sécurité » étatiques et qu’ils croient qu’un monde où le marché serait libre et l’état limité serait cruel, insensible et inhumain pour eux et pour les autres.
En 1902 aux États-Unis, les dépenses de l’état comme pourcentage du produit intérieur brut (PIB) n'était que légèrement au-dessus de 7 %. En 1930, avant la croissance massive de la taille et des prétentions des hommes de l’état lors du New Deal de Franklin Roosevelt et de sa Grande Dépression, les dépenses publiques en pourcentage du PIB n’allaient guère au delà de 10 %. En d'autres termes, il y a seulement 75 ans, 90 pour cent de la production de valeur dans l'économie américaine étaient employés et dépensés dans le secteur privé.
Aujourd'hui, ce sont plus de 40 % du PIB du pays que dépensent les hommes de l’état américain, et le secteur privé n’utilise et consomme que 60 % de sa production de valeur dans l'économie. Au cours de ces 75 années, la part des hommes de l’état a été multipliée par quatre, et la possibilité pour le secteur privé de disposer de sa propre production valorisée a diminué de 30 % au cours de cette période.
En 2010, les dépenses de l’état fédéral ont été de 3, 4 billions de dollars. En 1930, le même gouvernement fédéral avait dépensé 156,7 milliards de dollars (en dollars de 2010). Ainsi, les dépenses actuelles de l’état sont aujourd'hui 22 fois ce qu'elles étaient il y a 75 ans.
En 2010, les recettes fiscales de l’état fédéral ont été 2,16 billions de dollars. En 1930, l’état fédéral avait perçu 176 milliards de dollars en taxes (en dollars de 2010). Les impôts de l’état fédéral sont aujourd'hui 12 fois plus massifs qu'en 1930.
Qu'est-ce qui explique la différence de croissance entre les dépenses étatiques et celle des impôts perçus aux Etats-Unis ? Le déficit budgétaire de l’état fédéral.
En 1980, l’endettement fédéral accumulé (en dollars de 2010) était d'environ 3 000 milliards de dollars. En 2001, il était passé à quelque 7 000 milliards de dollars (en dollars de 2010).
Aujourd'hui, la dette de l'Oncle Sam dépasse 14 400 milliards de dollars, soit plus du double de ce qu'elle était il y a dix ans. En 1980, la dette publique s’élevait à moins de 30 % du PIB; aujourd'hui, elle atteint 100 % du produit intérieur brut américain.
La Constitution fiscale non écrite des Etats-Unis
Pourtant, pendant la plus grande partie des 150 premières années de l'histoire américaine, le gouvernement fédéral avait respecté ce que James Buchanan, prix Nobel d'économie, a appelé la "Constitution fiscale non écrite des Etats-Unis."
Il n'y a rien dans la Constitution américaine qui oblige l’état à équilibrer son budget. Cependant, pendant le premier siècle et demi, la règle budgétaire était que l’état devait limiter ses dépenses aux fonctions étroitement énumérées par la Constitution, et devaient s’abstenir d’imposer aux générations actuelles et futures un endettement qui serait dû aux dépenses déficitaires du passé.
Si une urgence, comme la guerre, devait nécessiter que l’état emprunte pour couvrir une hausse inattendue et immédiate des dépenses, le gouvernement devait, lorsque l'urgence était passée, dégager des excédents budgétaires pour rembourser cette dette. Puis, il devait revenir à la règle de l'équilibre budgétaire.
Les économistes libéraux du XIXème siècle comprenaient que, lorsque chacune des dépenses de l’état doit s’accompagner d’un impôt correspondant, les citoyens connaissent directement la totalité de ce que toute dépense étatique envisagée coûtera et doit nécessairement coûter. Dans les conditions de l’équilibre budgétaire, toute proposition extravagante en faveur de dépenses étatiques plus massives et plus étendues, est inséparable d’une indication claire et explicite à l’usage des citoyens et ses électeurs sur ce qu’il faudra relever comme impôts et de combien. Il se peut que les électeurs continuent à soutenir une telle augmentation des dépenses publiques, mais il n'y a aucun moyen de leur cacher ce qu’il leur en coûtera en termes d'argent et de richesse en moins dans leurs poches, parce qu’il faudra bien lever des impôts pour couvrir les nouvelles largesses des hommes de l’état.
Pendant une bonne partie de l'histoire américaine, la constitution fiscale non écrite d'un budget équilibré a opéré comme une contrainte imparfaite, mais néanmoins effective sur la croissance de l’état.
La prescription keynésienne et le déficit budgétaire
Au début des années 1930, la règle d'équilibre budgétaire a été jetée par-dessus bord.Une cause majeure de ce changement est la « révolution keynésienne » en théorie et en politique économique.
Nommée d'après John Maynard Keynes qui a le premier formulé cette nouvelle théorie dans son livre de 1936, La Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie , elle prétendait que l'économie de marché serait intrinsèquement instable et sujette à des fluctuations vastes et prolongées de l'emploi et de la production. Le remède était qu’en période de récession ou de dépression les hommes de l’état fassent des déficits budgétaires pour soutenir la dépenses et la reprise dans l'économie, et dans les phases de prospérité engrangent des excédents budgétaires pour amortir les tendances inflationnistes et pour rembourser ou réduire tout endettement accumulé.
Au lieu d'équilibrer le budget chaque année, les keynésiens disaient que c’est sur le cycle économique que le budget doit être équilibré, les décideurs étatiques usant de leurs théories avec sagesse et clairvoyance pour gérer et manipuler les dépenses, l’imposition et l'emprunt de l’état pour maintenir le plein emploi, la stabilité économique, et la croissance économique à long terme. Avec une arrogance extrême, ces économistes keynésiens prétendaient qu'ils auraient découvert, et pourraient administrer, une panacée pour toutes les incertitudes et vicissitudes dans la plus grande partie de la vie économique quotidienne.
Cependant, alors que les keynésiens caressaient leurs rêves de maîtriser et de manipuler l'économie de marché par l’« activisme » miraculeux de leur politique monétaire et budgétaire, les politiciens ordinaires qui cherchent à se faire élire et réélire, trouvaient dans cette révolution keynésienne leur miracle à eux.
C’était enfin là le moyen d'offrir à leurs électeurs quelque chose pour rien. Sous prétexte de « créer des emplois », de « favoriser la croissance économique », et de « libérer l’économie de ses fluctuations », ils allaient apparemment pouvoir proposer indéfiniment des dépenses sans avoir besoin d’associer la facture d’impôts correspondante à leurs promesses électorales.
Davantage de redistribution sociale, de logements sociaux; de dépenses publiques d’enseignement, plus d’argent pour les heureux bénéficiaires des subventions de l’état dans la culture ou la recherche scientifique ; de plus grosses subventions pour certains groupes de producteurs dans la circonscription électorale du candidat ; des administrations publiques en expansion pour réglementer et contrôler divers aspects des entreprises et des échanges au bénéfice des divers groupes d'intérêts particuliers qui tentent de manipuler le marché à leur avantage propre grâce au pouvoir des hommes de l’état.
Les possibilités paraissaient illimitées, et toutes avec une facture pour le contribuable bien plus faible que la facture réelle, pour toutes ces merveilleuses dépenses offertes à des divisions croissantes de la société.
Les politiciens n’auraient pas pu le faire, si la contrainte n’avait pas été levée sur la capacité de l’état à emprunter pour dépenser.
Le recours à l’emprunt a ouvert la boîte de Pandore de la démagogie et du pillage politiciens. Ceux à qui l’état a promis ses dépenses, ses politiques et autres prestations diverses les reçoivent aujourd’hui, et au cours de la période qui précède les élections que les politiciens, qui offrent ces avantages politiques, espèrent bien gagner.
Ce qu’il en coûte d’emprunter l’argent
La charge totale de leur financement ne ressortira qu’au bout de nombreuses années ou décennies, à mesure que les déficits annuels s’ajoutent à la dette accumulée, avec l'intérêt et les remboursements du principal qui arrivent périodiquement à échéance.
En ce moment, le gouvernement des Etats-Unis emprunte environ 40 cents de chaque dollar qu'il dépense. Les contribuables ne ressentent pas directement et immédiatement l'impact des déficits, car on ne les taxe pas assez pour couvrir ces 40 pour cent-là de dépenses étatiques.
Il y a lieu de souligner et de ne pas oublier, cependant, que les citoyens paient bel et bien un prix aujourd’hui pour les déficits que l’état subit. Il se peut que les hommes de l’état ne confisquent pas tout le montant de l’impôt nécessaire pour couvrir la totalité de leurs dépenses, mais pour en couvrir le reste ils doivent emprunter la différence. Récemment, ce besoin de financement du déficit a égalé un billion de dollars ou plus par année.
Chaque dollar emprunté par les hommes de l’état, et les ressources réelles que cette somme représente comme pouvoir d'achat sur le marché, sont autant de moyens de production qui ne sont plus disponibles pour une utilisation dans le secteur privé. C’est un dollar de moins en ressources réelles disponibles pour l'investissement dans le secteur privé et la formation du capital, pour la recherche et le développement dans le secteur privé, ou pour le développement de la production et la création des emplois dans le secteur privé.
Le financement des déficits et de la dette accumulée ne sont donc pas des charges que pour les contribuables à venir. Ce sont des charges sur la population actuelle, laquelle s’en trouve appauvrie d’autant, et qui laissent d’autant moins de richesse et de capacité productive à la prochaine génération, car on les arrache à l'entreprise privée pour couvrir à la place les cadeaux actuels du gouvernement.
De l’Etat limité au tout-Etat
Ce qui a permis de fonctionner à la première constitution fiscale de l'Amérique au XIX° siècle et au début du XXème n’est évidemment pas qu'elle avait été gravée dans le marbre – parce qu'elle ne l'était pas. On s’y est conformé parce qu’en général on la considérait comme « ce qu’il fallait faire ». Et on la tenait pour telle parce que cela faisait partie d'un ensemble d'idées politiques et économiques assises sur la conviction que les hommes de l’état n'avaient pas à distribuer de faveurs financières ou réglementaires, ni de privilèges aux dépens des autres membres de la société, à divers groupes d'intérêts particuliers.
La pratique d'un état limité voulait dire des dépenses publiques limitées. Personne n’avait besoin de tenter de cacher ce que coûtait l’état, quand ce sur quoi les hommes de l’état dépensaient de l'argent consistait, pour l’essentiel, dans le petit nombre de fonctions énumérées que la Constitution confiait à l’état fédéral.
En 1869, quand fut publié le premier World Almanac, tous les bureaux et activités du gouvernement fédéral y tenaient littéralement sur une seule page, et la moitié de cette page unique était couverte par les noms des ambassadeurs américains à l'étranger.
Aujourd'hui, si vous prenez un exemplaire du World Almanac, vous constaterez que les bureaux, départements et agences de l’état fédéral occupent plusieurs pages avec des centaines d'entrées en caractères minuscules.
Le tout-Etat apporte avec lui une dette immense et galopante parce que la société des « droits à », la société de la redistribution, celle du pillage politique, n’a aucune limite lorsqu’on envisage l’état comme un distributeur paternaliste, et non plus comme le protecteur, essentiel mais plus modeste, de la vie, de la liberté et de la propriété de chaque individu.
Ce ne sont pas des accords conclus entre les principaux coupables, alors que leurs interactions avec les groupes d'intérêt particuliers sont ce qui a créé et qui entretient le Léviathan de l'Etat fiscal, qui permettront de résoudre le problème de la dette et des déficits américains.
Ce dont nous avons besoin, est d'une mutation des idées et des croyances. Tant qu’il y aura trop de citoyens pour croire qu’ils auraient des « droits » sur le revenu, le patrimoine et la production d’autrui, et aussi longtemps que tant d'entre eux accepteront, soit par ignorance, soit par sentiment d’être coupables, de subir l'obligation d'être imposés, réglementés et pillés pour satisfaire ces « droits »-là, il ne pourra se produire et il ne se produira que peu de changement pour radicalement changer la direction prise.
Défense morale de la liberté
Une autre façon de dire ce qui précède est que nous devons réhabiliter l’argumentation morale pour la liberté.
Pour ce redressement moral, le point de départ est de rejeter la conception collectiviste de l'homme et de la société. Les collectivistes de tout poil, socialistes, communistes, fascistes, interventionnistes et socio-démocrates, partent du principe que le groupe - la tribu, la «nation», ou la « classe sociale » - aurait le pas sur l'individu. Celui-ci devrait servir et, si nécessaire, être sacrifié pour le « bien commun» ou « l’intérêt général », puisque l'individu n'aurait ni existence distincte ni « droits » indépendants du collectif auquel il appartient.
Comparez cela avec la philosophie unique et nettement différente de l'homme et de la société que traduit la Déclaration d'indépendance américaine :
« Nous tenons ces vérités pour évidentes : que tous les hommes sont créés égaux, qu'ils sont dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables, parmi lesquels la vie, la liberté et la poursuite du bonheur." « Que c’est pour garantir ces droits, que les gouvernements sont établis parmi les hommes, la justice de leur pouvoir émanant du consentement des gouvernés ».
Les Droits sont antérieurs à l’état ; ils ne sont pas quelque chose qui serait donné à l'homme par une autorité politique quelconque. Chacun de nous possède des droits que ceux qui se trouvent avoir le pouvoir politique ne peuvent pas supprimer ni disqualifier. Nous possédons tous un droit inaliénable sur notre vie, sur notre liberté et notre propriété. Nous sommes propriétaires de nous-mêmes et, par extension, nous avons un droit de propriété sur ce que nos esprits créatifs et nos efforts ont produit sans violence. Personne n’a le Droit de nous asservir, de nous sacrifier, ou de nous piller, que ce soient des particuliers ou des états institués.
C’est l'individu, et non quelque mythique collectivité, qui est le centre et le point de départ de la société. Le marché libre est le lieu où les gens forment des relations pour leur avantage réciproque sur le fondement de l'échange volontaire.
C’est par lui-même que l'homme libre trouve le sens de sa vie, guidé par la philosophie ou la foi de son choix. Il se refuse à imposer par la force sa volonté à autrui, de même que les autres n’ont pas à employer la force contre lui. C’est par la raison et par l’exemple qu’il persuade les autres de changer de vie et de projets, et non avec des balles ou des baïonnettes. Et il n’existe aucune autorité politique qui puisse émettre des prétentions sur sa vie, sa liberté et sa propriété honnêtement acquise, parce que le rôle d'un état limité est d'assurer sa liberté à lui contre les prédateurs et leur pillage.
Voilà la philosophie de l'individualisme et du capitalisme qu’il faut faire renaître parmi nos semblables, si nous voulons libérer notre société de l'emprise du tout-état et de son océan de dettes.
Cela exige que nous soyons assurés d’avoir raison, que la raison et l'histoire ont démontré les résultats bénéfiques de ce qu'Adam Smith avait appelé « le système de la liberté naturelle ».
L'importance de la bataille des idées
Un tel appel à une bataille des idées politiques et économiques pourrait sembler irréaliste voire inutile vu l'urgence de nos problèmes politiques et budgétaires.
Cependant, les crises sociales politiques et économiques de notre époque sont l’effet d'une bataille d'idées plus ancienne que les ennemis de la liberté et du capitalisme ont alors, dans une large mesure, gagnée.
Ceux-ci ont mis la société de liberté au banc des accusés; ils ont falsifié la réalité du capitalisme et de ses résultats spectaculaires comme libérateur de l'homme face à la pauvreté, et ils ont ancré dans l’esprit de trop de monde une conception des créances politiques qui sert la volonté de puissance des paternalistes, et passe nécessairement par le pillage des membres de la société qui sont paisibles et productifs.
Il y a bien une crise budgétaire - le monde occidental atteint les limites de la possibilité de vivre d'argent emprunté, à partir de promesses irréalistes et de principes criminels. Notre société est assujettie à un régime politique paternaliste et pillard qui menace de porter un coup d’arrêt à son potentiel de production. A l'extrême, cela pourrait conduire à une situation de consommation du capital, où les politiques de pillage, de dépenses et d’emprunt des hommes de l’état confisquent tellement au secteur privé qu’il en devient impossible pour les entreprises privées de maintenir la capacité productive dont notre niveau de vie dépend.
Les civilisations ont régressé dans le passé. Et cela peut se reproduire.
Que ce soit l’an prochain, ou dans deux ans, ou dans cinq que la phase finale de la crise budgétaire du système de redistribution étatique et de « droits à » soit atteinte, la question sera alors :
qu’est-ce qui va succéder à la faillite et à l'effondrement du Léviathan de l'état fiscal ?
Notre société se trouvera à la croisée des chemins. Et lorsque ce moment-là arrivera, il est essentiel qu'il y ait suffisamment de gens qui comprennent les idées et les idéaux des droits individuels, de la liberté économique et du système de libre marché, qui puissent les expliquer et soient prêts à les défendre.
A défaut, l'avenir pourrait amener une régression vers un passé tragique, moins civilisé et bien plus pauvre.

La version originale (en anglais) de ce texte de Richard Ebeling a été mise en ligne sur le site de Northwood University "In Defense of Capitalism" en date du 25 juillet 2011 sous le titre The Debt Crisis and the Fiscal Leviathan. Traduction de François Guillaumat.
Commentaires
Lundi 22 août 2011 :
La Banque Centrale grecque a annoncé ce week-end que les quatre plus grandes banques du pays ont donné leur accord pour prendre jusqu'à 50 millions d'euros d'obligations convertibles pour aider à recapitaliser la petite banque privée grecque Proton Bank.
Cette dernière est pourtant soupçonnée de détournement de fonds, mais est soutenue par l'Etat grec fin d'éviter « les répercussions négatives » sur le système bancaire grec.
Selon une source du Financial Times, l'accord précède une annonce attendue des banques du pays qui demanderont d'urgence des liquidités à la Banque Centrale grecque.
Les quatre grandes banques grecques - National Bank of Greece, EFG Eurobank, Alpha Bank et Piraeus Bank - font en effet face à une crise de liquidités menaçante alors qu'environ 10 milliards d'euros des dépôts du gouvernement vont être retirés auprès des banques grecques pour rembourser la dette venant à échéance dans les semaines à venir.
National Bank of Greece, EFG Eurobank, Alpha Bank et Piraeus Bank déploraient en avril l'évaporation d'environ 10 milliards d'euros due à des retraits en série des Grecs, soit 4,5 % du total de l'argent du système bancaire du pays.
excellent article
je dirais d'une manière succincte que la supériorité dans l'efficacité du libéralisme face au socialisme tient au fait incontournable que les hommes sont les mêmes avec les mêmes défauts et les mêmes qualités dans tous les systèmes
Dans le libéralisme les hommes utilisent leur propre argent pour investir et dépenser ce qui les conduit à être plus circonspects que les fonctionnaires et politiciens qui dépensent l'argent des autres , ces derniers y trouvant effectivement matière à réélections.
dans un systéme libéral les erreurs d'investissements se paient cash et très rapidement avec un dépôt de bilan.Dans un système socialiste; il suffit de taxer encore plus pour cacher l'échec et" sauver" des emplois.. ce qui en détruit ailleurs (ce qui se voit et ce qui ne se voit pas
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Pourrait-on sortir du monde des idées pour revenir aux chiffres?
Qu'est ce qui est du rôles de l'état et qu'est ce qui ne l'est pas?
Voici une évaluation des décences et recettes de l'état vers 2005 2010 :
Dépense Publique 55%
Recette Publique 50%
Par des collectivités locales dans les dépenses 11% (1/5) dont 2% pour l’éducation
Par de l’état dans les dépenses 22% (2/5) dont 7% éducation et recherche, 4% aide social 2 %intérêt de la dette, 2,5% armée, 1% police, 0,8% écologie, 0.8% fonctionnement de l’état, 0.4% justice (autre 3%)
Par de la sécurité social dans les dépenses 22% (2/5) dont 11% pour la santé, 7% pour la vieillesse et 5% pour la famille
Je ne suis pas sur que ces chiffres prennent en compte les mutuelles obligatoires.
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A...
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A...
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Budget...
(4) http://www.performance-publique.bud...
Mercredi 24 août 2011 :
Les marchés obligataires européens ont continué à se tendre mercredi, les pays solides de la zone euro souffrant d'un recul de l'aversion pour le risque, et la Grèce souffrant des craintes pesant sur le deuxième plan de sauvetage annoncé pour le pays fin juillet.
Du côté des pays dits périphériques - les plus fragiles de la zone euro -, les taux grecs à 10 ans continuaient à se tendre, repassant au-dessus des 17% à 17,493% contre 16,926% mardi.
Les rendements grecs à deux ans s'inscrivaient à un niveau record à 44,025%, contre 39,607% la veille.
Les garanties exigées par la Finlande pour venir en aide à la Grèce "fragilisent la mise en oeuvre du second plan d'aide mise en place pour ce pays et ravivent les inquiétudes des investisseurs", a souligné M. Naam.
Intéressant.
L’auteur a raison d’appeler au combat pour les valeurs (de liberté). Car le libéralisme n'est pas le système économique qui marche le mieux, mais le choix de la liberté.
Hélas l'auteur me semble avoir une vision tronquée de l'histoire de ces valeurs et de leurs fondements qui compromet cette entreprise.
La liberté par elle-même ne suscite pas une adhésion naturelle assez forte pour triompher, c’est ce que nous constatons. La raison en est que la liberté est l’autre face de la responsabilité, et le rejet que cette dernière inspire.
Ce n’est pas tant la tyrannie qui menace la liberté que la volonté de se soulager soi-même de ses responsabilités. On adhèrera à l’idéologie du progrès social, consistant à abolir totalement les responsabilités une à une; ou à telle religion de soumission régissant tous les aspects de la vie. Le totalitarisme se distingue donc de la tyrannie.
Pour en protéger la liberté il faut surmonter ce trait humain en popularisant une vision de l’homme valorisant la responsabilité. Ainsi en vient-on à la question anthropologique, donc religieuse.
Seule une conviction enracinée dans une religion peut fonder l’affirmation résolue de la primauté de la liberté individuelle. Il n’est pas anodin que la déclaration d’indépendance américaine évoque le Créateur (selon le christianisme) pour fonder ses affirmations. Bastiat faisait de même. Ce sont des chrétiens (certes libéraux), l’auteur l’oublie, qui ont obtenu l’abolition de la traite des Noirs par l’Angleterre en 1808. Ce sont les valeurs chrétiennes qui avaient mis fin, graduellement, à l’esclavage antique, institution dont les débuts se perdaient dans la nuit des temps. Voltaire soulignait l’incompatibilité entre l’esclavage et les valeurs chrétiennes, pour moquer ces dernières (grief habituel : elles sont inopérantes, donc sabordons-les) : Elles eurent pourtant le dernier mot. Toutes les civilisations ont pratiqué l’esclavage, une seule l’a aboli deux fois, sous sa forme générale puis sous sa forme raciste, laquelle ne dura pas 3 siècles, et encore en ses marges extrêmes, très loin de son centre.
Pourquoi cette référence au Créateur (défini par le christianisme) à l’appui de la pensée libérale à son origine? Pourquoi cette maturation de la pensée libérale dans cette civilisation en particulier ? Pourquoi ce recul du libéralisme parallèle à la progression de l’athéisme ?
Voilà une question qui dérangera les libéraux athées mais dont on ne peut pas faire l’économie, au risque déplorer des conséquences dont on chérit la cause.
Selon moi : Le choix collectif de la liberté individuelle (la liberté est individuelle par définition mais je veux souligner le paradoxe du caractère collectif de ce choix) ne peut être fondé que sur une certitude d’ordre dogmatique, sans quoi le rejet des responsabilités l’emportera sur le goût de la liberté.
Le dogme chrétien fournit un tel cadre, étayé notamment par l’idée que l’homme est à l’image et à la ressemblance du Créateur, et surtout par le message du Christ, qui délivre une morale à usage individuel (il ne faut pas juger autrui ni encore moins châtier au nom de Dieu).
Notre culture actuelle, ayant répudié ce cadre de pensée, n’a plus guère de certitude consensuelle à opposer aux visées collectivistes. Qui plus est la pensée musulmane, foncièrement collectiviste, prend le relais du marxisme pour renforcer cette tendance naturelle. Il est révélateur que ces deux pensées soient également allergiques au christianisme (la Bible est généralement interdite en pays musulman ou communiste).
Résultat : Nos institutions libérales ne seront bientôt plus guère qu’une survivance d’une forme de pensée oubliée, avant d'être oubliées à leur tour.
Même la séparation entre Dieu et César, que mille ans de civilisation chrétienne ont ancré dans l’inconscient collectif, est en passe d’être abolie, au bénéfice d’une religion dont l’État est l’objet même (il suffit d’observer l’extravagance des attentes qu’on place en lui); ou d’une religion intrinsèquement théocratique, qui, après 1300 ans, semble être sur le point d’aboutir enfin à plier l’Occident à sa loi.
nous avons déjà eu ce débat me semble t il
l'agnosticisme me parait tout à fait capable de servir de socle au libéralisme et en ce sens plus acceptable qu'une version chrétienne aujourd'hui en pleine déliquescence en Europe
je ne parle pas des USA ou trop d'américains sont abrutis et manipulés par tous les charlatans religieux qui s'enrichissent sur le dos des gogos
Liberté et responsabilité sont irrémédiablement associés.
la seule question que nous pouvons nous poser et que je me pose parfois la liberté existe telle?
bien sûr je fais des choix,j'ai la chance de vivre dans un pays ou ces choix paraissent possible sans nuire à ma sécurité mais quand je fais ces choix sont ce des choix libres au regard de ce que je suis?
sont ils libres par rapport à mes gênes,mon éducation,ma culture ou mon inculture?autrement dit face à une situation j'ai pris une décision
mais POUVAIS je en prendre une autre??
si je réponds bien sûr, c'est rassurant ,j'exerce ma liberté donc je suis responsable et je peux attendre la pareille des autres.Mais si le choix exercé est une illusion et que j'agis en fonction de mon génome , de l'éducation transmise par mes géniteurs et la société,il est clair que le libéralisme est aussi une illusion
A ce jour je suis toujours libéral mais parfois avec des doutes. ,
A l'automne d'une vie construite sur les 2piliers Liberté/Responsabilité
quel paradoxe
Jeudi 25 août 2011 :
Grèce : taux des obligations à 2 ans : 45,884 %. Record historique battu.
http://www.bloomberg.com/apps/quote...
Grèce : taux des obligations à 10 ans : 18,278 %. Record historique battu.
@BA
Pouvez-vous m'expliquer pourquoi les taux à 2 ans sont 2,5 fois plus élevés que les taux à 10 ans ???
Cela ne me paraît pas avoir beaucoup de sens économique...
Réponse à Albert :
mon interprétation : les investisseurs internationaux anticipent un défaut de paiement de la Grèce avant deux ans.
Ce qui nous pose un gros problème, à nous, Français : si les Etats européens en faillite ne remboursent pas leurs dettes, la France perdra la garantie qu'elle apporte au FESF.
"La France a augmenté son plafond de garantie dans le cadre de la facilité européenne de stabilité financière (FESF), à 159 milliards d'euros au lieu de 111 milliards."
http://www.lesechos.fr/patrimoine/i...
« Au total, le plafond de garantie de la France au capital du FESF, dont la capacité effective de prêt a été portée à 440 milliards d'euros, s'élève désormais à 159 milliards. »
http://lexpansion.lexpress.fr/econo...
@BA
Mais alors, qui investit dans des obligations à 10 ans (alors que la Grèce fera défaut dans les 2 ans) ; avec des taux MOINS intéressants ?
Cela n'a toujours pas beaucoup de sens pour moi.
Se peut-il que vous vous soyez trompés dans vos copiers / collers ?
En bout de chaîne, il n'y a plus que la BCE qui rachète à tour de bras les obligations d'Etat grecques.
Conséquence : le bilan de la BCE est surchargé d'obligations d'Etat pourries.
Conséquence concrète pour les contribuables : les contribuables de la zone euro ont dû recapitaliser la BCE de 5 milliards d'euros en décembre 2010.
En décembre 2010, les chefs d’Etat et de gouvernement européens se sont réunis à Bruxelles. Ils ont vu arriver les dirigeants de la Banque Centrale Européenne qui leur ont expliqué le problème :
les dirigeants de la Banque Centrale Européenne ont demandé aux 16 chefs d’Etat membres de la zone euro de recapitaliser la BCE car elle était surchargée d’obligations pourries (obligations de l’Etat grec, obligations de l’Etat irlandais, obligations de l’Etat portugais, obligations de l’Etat espagnol).
En décembre 2010, la BCE avait dans ses livres 72 milliards d’euros d’obligations d’Etat pourries.
Les 16 chefs d’Etat membres de la zone euro ont alors accepté de recapitaliser la BCE. En décembre 2010, les 16 Etats de la zone euro ont recapitalisé la BCE.
Concrètement : en décembre 2010, les contribuables européens ont recapitalisé la BCE : ils ont payé 5 milliards d’euros.
Lisez cet article :
« Le contribuable à la rescousse de sa banque centrale.
Ce n’est qu’une phrase dans la déclaration finale des chefs d’Etat de la zone euro lors du Conseil européen du vendredi 17 décembre. Mais elle pourrait peser plusieurs milliards d’euros dans les comptes publics des seize états de la monnaie unique.
Ces dirigeants européens déclarent en effet « être déterminés à garantir l’indépendance financière des banques centrales de l’Eurosystème », c’est-à-dire de la Banque Centrale Européenne (BCE) et des seize banques centrales nationales des pays ayant adopté l’euro, à l’instar de la Banque de France.
Cela rappelle que les contribuables des seize Etats membres doivent renflouer la banque centrale de leur pays (par exemple les Français pour la Banque de France) si elle n’était plus suffisamment capitalisée pour continuer sa mission.
Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a pris soin de faire répéter cette obligation aux chefs d’Etat lors du dîner du jeudi 16 décembre. Le matin même, il avait acté avec ses homologues du Conseils des gouverneurs de la BCE le doublement du capital de la banque, grâce à une injection de 5 milliards d’euros venant des seize banques centrales nationales (711 millions d’euros pour la Banque de France).
Jean-Claude Trichet s’inquiète de couvrir les pertes éventuelles qu’encourent la BCE et, par ricochet, les banques centrales nationales de la zone euro, si les obligations de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal et de l’Espagne, qu’elles ont achetées pour 72 milliards d’euros depuis mai 2010 pour aider ces Etats membres, n’étaient pas remboursées.
Dès lors, le contribuable paierait aussi cette note d’une faillite d’un Etat de la zone euro, comme la Grèce ou l’Irlande, jusqu’ici secouru par la BCE et ne pouvant plus rembourser ses emprunts. »
Frank Paul Weber, La Tribune, lundi 20 décembre 2010, page 6.
Cet article est très important : il montre que la BCE ne pourra racheter les obligations d’Etat des cinq PIIGS que si les Etats acceptent de la recapitaliser au fur et à mesure que son bilan se dégrade.
Concrètement : la BCE ne pourra racheter les obligations d’Etat des cinq PIIGS que si les chefs d’Etat demandent à leurs électeurs de payer davantage d’impôts pour recapitaliser la BCE.
on est dans une impasse sans issue d'ou on ne peut sortir -:)
Merci à FUCIUS (qui n'est vraiment pas con) pour son commentaire. Je regrette que la plupart des réactions à cet article ne parviennent pas à se situer à ce niveau. Je suis, comme lui et comme l'auteur de l'article, persuadé depuis longtemps que ce sont les idées qui mènent le monde. Surtout celles que nous avons intériorisées et sur lesquelles nous ne nous interrogeons plus. Ce sont celles-là qui font le plus de ravages ou qui produisent les fruits les plus merveilleux. Non seulement la référence au Créateur est donc justifiée mais je renverrai aussi au récit de la chute (Genèse ch. 3) qui se termine par une leçon magistrale sur la liberté et la responsabilité : "j'ai eu peur ... ce n'est pas moi - dit Adam - c'est la femme que tu as mise auprès de moi... ce n'est pas moi - dit Eve- c'est le serpent...!" Le moins qu'on puisse dire est qu'Adam et Eve, dans ce récit, ne brillent pas par leur sens de la responsabilité et l'auteur biblique ne se trompait pas sur la nature humaine.
Quant aux chiffres, ils ne sont pas inutiles, mais ils ne peuvent prendre de sens que dans le cadre d'une anthroplogie donnée (je devrais dire : préalablement choisie). Sans cette référence on peut leur faire dire n'importe quoi.
Exemple : la même dépense (donc le même chiffre) ne peut avoir le même sens si c'est moi qui en décide (pour ma couverture maladie par exemple) ou c'est si c'est l'état qui me l'impose. Or, si on ne regarde que les chiffres, une telle distinction est impossible et chacun peut alors les interpèter à sa manière.
@ Konebien l'agnostque.
Le paradoxe que vous évoquez résulte directement de votre choix agnostique. Je pense d'ailleurs que je ne vous apprends rien. Mais je me permets de vous recommander la lecture de "La mouche dans le bocal" ouvrage du professur Dominique Laplane (professeur honoraire à la Pitié Salpêtrière) qui pourra peut-être vous intéresser et vous éclairer. Je vous signale en revanche qu'il est hors commerce mais disponible sur demande dans les bibliothèques de la ville de Paris.
@Olivier Ferry
Désolé, vraiment désolé, de ne pas être à votre niveau intellectuel.
Personnellement, les commentaires de BA m'intéressent au plus haut point.
@Olivier Ferry
Merci
je vais essayer de me procurer l'ouvrage que vous citez .j'aime bien confronter les observations vécues aux théories d'autrui
cependant je n'avais pas de doute dans ma jeunesse.... l'âge sans doute ....il relativise tant de choses ...
l'agnoticisme laisse la porte ouverte aux croyances de chacun mais refuse qu'on lui impose les croyances des religions du livre ou autres ,mais je ne vous apprends rien ,bien entendu . C'est le côté "droit naturel " du libéralisme qui représente son point le plus faible car sans cette croyance cela signifie donc que le libéralisme n'existe pas...????
. Si le liberalisme n'est que cela il est alors q'une sous secte de la chrétienté... les religions , à mes yeux, se composent de celles qui ont réussies :(réussite bâties sur les cadavres et les horreurs des guerres de religion), et de celles qui sont restées à l'état de secte faute d'industrialisation de la mort et pour cause de naissance trop contemporaine.....
A chacun de croire ou pas aux légendes des chameliers du proche orient tant que l'on n'impose pas à autrui d'y souscrire
DIEU ?pourquoi pas? les traducteurs de Dieu non merci
mais peut être après tout je ne suis pas libéral; Suis je le seul à penser ce que je pense?
Non, konebien, rassurez-vous, vous n'êtes pas le seul.
On n'est pas non plus obligé de croire aux légendes des fils de charpentiers, mais si ça peut aider, pourquoi pas ?
@ Albert
Je suis sincèrement désolé d'avoir pu paraître méprisant en utilisant le mot "niveau".
Pour ce qui concerne l'usage des chiffres je ne suis sûrement pas au "niveau" de la plupart des intervenants et cela ne m'empêche pas de maintenir ma remarque à ce sujet.
Le "niveau" dont je parle se situe plus en profondeur qu'en hauteur. Comme on me l'a appris sur les bancs du lycée : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme". Cette affirmation n'est pas seulement un beau sujet de dissertation. je constate que, concrètement, se ruer sur des analysees chiffrées sans se poser la question de savoir ce qu'on entend réellement par "liberté" quand on se dit libéral produit immanquablement des divergences dans les analyses fussent-elles étayées par tous les chiffres et toutes les équations qu'on voudra. C'est bien pourquoi j'ai trouvé salutaires les rappels de Fucius dont surtout celui qui relie liberté et responsabilité. Pour faire bonne mesure j'en rajouterai un : Peut-on parler de responsabilité sans se référer, même implicitement, à une norme morale ? Et alors laquelle ? Emanant de quelle source pour qu'elle soit partagée au moins par le plus grand nombre à défaut d'être universelle ? Je livre ces questions à votre réflexion.
Samedi 27 août 2011, à Jackson Hole, Christine Lagarde a parlé de la situation économique et financière. Surtout, elle a prononcé une phrase très importante en ce qui concerne l'Europe.
Elle a dit ce qu'elle pensait de la situation financière en Europe : "banks need urgent recapitalization."
"En Europe, les banques ont besoin d'une recapitalisation urgente."
http://www.imf.org/external/np/spee...
En clair : les banques européennes sont sous-capitalisées. Le ralentissement de la croissance dans tous les pays d'Europe va avoir des conséquences dévastatrices sur les banques. Si par malheur il n'y avait pas de recapitalisation, les banques européennes feraient faillite.
Problème : où trouver l'argent pour cette "recapitalisation urgente" des banques européennes ?
Je sens que les contribuables vont encore morfler.
pourra ton faire l'économie de la création de 2 types de banques
banque A finançant l'économie réelle et pas les Etats
banque B finançant la finance;leurs propres investissements , et les Etats
et tout ce beau monde travaillant sans filet étatique en étant responsable et éventuellement coupable
@Konebien.
Voici ce que je pense de La Liberté.
La Liberté est le pouvoir de chaque individu de modifier à tout moment par la pensée une décision prise jusqu’au passage à l’acte.
Un acte libre est toujours le fruit de la réflexion
Ma Liberté vient de mon pouvoir de réfléchir à l’infini toutes pensées dans une boucle (au sens informatique) que je maîtrise.
Je suis libre de mes réflexions car elles ne me figent jamais. Je peux chaque fois les réfléchir et le pouvoir de réfléchir est donné à tous.
Il ne faut pas confondre La Liberté qui est le propre de l’homme s’il est le seul à pouvoir réfléchir et le champ des Libertés qui est le champ des possibles nommé « Les Libertés » et applicable également aux animaux (liberté de se déplacer par exemple).