Le monde est malade de son addiction au crédit. Les hautes autorités de la BCE et de la FED savent mieux que personne qu’il est même sub-claquant. Mais ils pensent qu’ils ne peuvent rien faire d’autre que d’augmenter encore les doses de morphine inoculées sans discontinuer au malade, qui, du coup, pour un temps, semble reprendre quelque couleur.

Toutes les ordonnances précédentes du même traitement n’ont fait qu’affaiblir l’économie. Ce nouveau protocole ne peut qu’aboutir au même résultat…

Car si la drogue monétaire empêche ou retarde le collapsus financier, elle entraine inévitablement des désordres physiologiques qui perturbent gravement toute l’économie réelle.

Les taux ultra-bas – un peu comme la fumette… – sont très populaires. Surtout auprès des parasites. Ils entrainent pourtant, à la longue, des risques de lésions graves : les épargnants ne sont plus motivés à investir ; les entrepreneurs financent n’importe quoi ; les risques d’inflation favorisent les placements stériles et les encaisses de précaution. C’est l’ensemble des circuits économiques qui sont progressivement déglingués.

Les premières victimes de ces perfusions de plus en plus fortes sont évidemment les populations les plus modestes : moins d’investissements = moins de travail ; hausse des matières premières = augmentation de la facture énergétique.

C’est du bon sens. Y aurait-il donc de l’aveuglement, soit chez les dirigeants politiques, soit chez ceux de la sphère financière ?

S’agissant des seconds, pour lesquels l’argent est une sorte de matière première, on peut comprendre leur préférence consubstantielle pour l’abondance ou le laxisme monétaire. Un faux-monnayeur sommeille en eux.

Mais pour les premiers on est plus perplexe. Car l’intérêt de leurs électeurs, de droite comme de gauche, ne peut trouver son compte dans cette situation.

Si l’Etat se mêle de contrôler l’émission de la monnaie, ce devrait être pour que celle-ci conserve autant que possible sa valeur.

S’il se mêle de surveiller les banques, ce devrait être pour qu’elles soient solides et indépendantes.

Or les politiques monétaires actuellement mises en oeuvre aboutissent exactement aux résultats inverses.

Beaucoup se sont esclaffés quand ils ont entendu François Hollande déclarer lors d’un meeting au Bourguet, le 12 janvier dernier, que son adversaire principal était «la finance». C’est sous ce terme qu’il entendait désigner «les riches», qui, en effet, pour la plupart, le deviennent par les miracles de la fausse monnaie.

Que n’a-t-il persisté dans cette direction, en ciblant non pas les personnes bénéficiaires à titre personnel de la sphère financière, mais bel et bien le système financier tel qu’il est. Qui nous conduit tout droit à la faillite économique.

Au lieu de quoi, François Hollande, comme ses prédécesseurs, comme ses pairs, s’est laissé convaincre de lier son sort à celui de la planète finance. Une erreur funeste que l’histoire jugera.

Le Baron Louis disait

«faites-moi de bonnes politiques, je vous ferai de bonnes finances».

Aujourd’hui, on a envie de dire aux hommes politiques :

«faites-nous une bonne politique monétaire, et nous vous ferons une bonne économie».

Sauf qu’un bonne politique monétaire est exactement à l’opposé de celle que nous font les actuels dirigeants de la sphère finance…

S’il est permis ici de se répéter,

«Il n’y aura pas de redressement durable de nos économies sans retour à une monnaie vraie, des taux d’intérêt vrais, des comptes publics équilibrés, et une réduction forte de la sphère publique, en commençant par sabrer dans l’Etat Providence» (cf mon édito du 27 août).

Ajoutons, après les récentes décisions de la BCE et de la FED : il n’y aura pas de redressement durable sans rupture entre la sphère publique, en principe en charge de l’intérêt général, et la sphère finance, qui ne défend que ses intérêts propres.

Cette sphère doit être ramenée à sa dimension naturelle, utile, pratique, technique, mais limitée. Ce qui commence par la déconnexion entre la création de monnaie et la finance. Et donc par le retour à l’étalon-or…

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La version originale de ce texte d'Alain Dumait a été publiée sur son blog "Le Journal d'Alain Dumait", en date du 17 septembre 2012.