Crise de l'euro, crise grecque, crise de la démocratie
Par Alain Dumait le mardi 1 novembre 2011, 19:17 - Article - Lien permanent
Georges Papandreou est un politicien.
Il ne pouvait plus affronter la colère populaire et ses violences.
Il fallait qu’il trouve une soupape susceptible de faire baisser la pression de la rue, évidemment très hostile à la politique d’austérité. La mise sous tutelle de Bruxelles faisait déborder le vase.
Même s’il perd le référendum annoncé pour janvier 2012, il restera dans le jeu, alors qu’il risquait fort, au train où allaient les choses, d’en être sorti pour longtemps.
Non pas qu’il soit plus démocrate qu’un autre. Mais, connaissant ses concitoyens, il a compris que la situation était devenue intenable pour lui, politiquement.
Comment peut-on se dire démocrate et considérer que la décision du Premier Ministre grec est «irresponsable» (dixit M. Estrosi, ministre de la République française, surnommé à Nice «motodidacte») ?... Comme si le fait de donner la parole au peuple devait être conditionné à des sondages favorables préalables...
A noter : la Grèce pratiquait la démocratie directe, son plan de rigueur, comme l’accord de Bruxelles de jeudi dernier aurait pu, à tout moment, sur la base d’une pétition signée par un certain nombre d’électeurs, faire l’objet d’un référendum d’initiative populaire et non pas gouvernemental. M. Papandreou n’aurait pas eu à ouvrir cette partie de poker. Dans les pays qui pratiquent la démocratie directe, le pouvoir est en effet à tout moment susceptible d’être censuré par le peuple. La soupape fonctionne en permanence...
A noter aussi : si les principes de la démocratie directe étaient inscrits dans les textes européens, l’Europe et l’euro seraient moins impopulaires. Et il n’y aurait pas eu d’accord du 27 octobre 2011...
En tout cas, maintenant, il n’y en a plus. Le château de cartes est tombé à terre.
Comme la Grèce ne va pas pouvoir honorer ses prochaines échéances sans les concours promis de différentes parts - mais subordonnés -, elle va faire défaut. Comme elle aurait déjà du le faire dès le 2 mai 2010.
Cela aurait couté moins cher à tout le monde, aux banques, aux Grecs et aux contribuables de toute la zone euro. Il est toujours vain de vouloir empêcher à tout prix un dépôt de bilan.
Ce qui vient d’arriver à la Grèce pend au nez de quelques autres pays. Au moins savent-ils qu’ils ne pourront pas compter sur autrui, sauf négocier avec leurs créanciers et leur prouver qu’ils peuvent changer de politique et redresser leur situation économique, avec un consensus populaire réel. Ce qu’attend, pour la France, les agences de notation...
A-t-on bien noté que, pendant que la Grèce s’effondre financièrement, que l’Italie inquiète, que la France et les Français serrent les f..., d’autres pays, comme l’Espagne, le Portugal, l’Irlande et même la Grande Bretagne, se remettent sur les rails, tandis que quelques autres pays continuent à bien se porter, tels la Suisse, l’Autriche, la plupart des pays de l’Europe du nord ?
Revenons à la Grèce.
Soit la monnaie, la gestion des finances publiques, y compris ses déséquilibres, sont de l’ordre du politique, et il est normal que les électeurs soient consultés, d’une manière ou une autre.
Soient ces questions échappent largement à la sphère publique, et alors le souverain n’a rien à dire. Ce qui serait le cas, par exemple avec une monnaie «naturelle» (l’or), des banques «libres», un Etat «minimum», avec des comptes «équilibrés».
Bref, si nous étions dans un système économique «normal». Celui vers le quel il faut tendre pour nous sortir de cette crise.
Commentaires
si la monnaie n'avait pas été vérolée par des politiques budgétaires et monétaires insensées, la Grèce n'aurait jamais pu accumuler tant de dettes et aurait été contrainte de se réformer. C'eût été moins dur...
Excellent e analyse
Très bonne conclusion. Toutefois, il semble difficile de partager l'idée selon laquelle le souverain pourrait tout décider ou trancher, même s'il s'agit du peuple et en cas de démocratie directe. Certaines choses échappent au souverain, notamment ce qui touche à la morale, au respect absolu de la vie, de la liberté et de la propriété privée.
Faire défaut volontairement est un vol qu'aucun référendum, aucun vote, ne peut légitimer. Dans le précédent islandais, Brown a eu raison d'utiliser la qualification d'Etat terroriste. Papandreou avilit la démocratie et déshonorera pour longtemps la nation grecque si rien n'est fait rapidement pour l'empêcher de nuire.
je pense que notre systeme ne donnera véritablement pas la parole au peuple grec.
soit il votera oui ( sacré bourrage d'urne en perpective ...) , soit il revotera ... jusqu'au oui ! (irlande , france ...)
On peut imaginer d'autres scénarios ; Papandréou démissione , Papa change d'avis , Papa attrape un accident ...
Il est pour moi impensable que toutes les grandes puissances du monde restent spectatrices d'un pays limite tiers monde qui les entraînent vers l'abîme.
Les inventeurs de la démocratie ont touché les limites de leur système.
Tres bonne analyse , où l'on peut voir que la politique nationale est bien différente que la politique européenne, et que laa politique est faite par des hommes qui, comme les notres , veulent rester au pouvoir !
Demandez par referendum "voulez-vous être riches et en bonne santé sans vous donner aucun mal pour ça ?" ou "voulez-vous pouvoir voler de branche en branche comme les petits oiseaux ?", et vous aurez à coup sûr une grande majorité de oui.
Le seul problème, c'est que c'est impossible.
C'est une des limites de la démocratie...
@M. Alain Dumait
Lire ce type d'article dans Turgot est énervant : il ne s'agit pas de nier au peuple grec le droit de donner son avis. Mais la manière dont cela a été fait est inadmissible, insultante pour les personnes qui ont négocié l'accord du 26 octobre et insultante pour le contribuable européen qui, on pourra dire ce que l'on voudra, paiera la note à la sortie.
Seule Mme Merkel : a été droite puisqu'elle a demandé à son parlement quelles étaient ses marges de négociation AVANT le sommet européen. Pour faire simple, Papandreou à fait "un coup de pute" à tout le monde. Ce n'est pas acceptable quand la survie de son propre pays dépend de la mansuétude de ses partenaires privés et étatiques. Et ça ne donne pas envie au contribuable européen de mettre la main à la poche.
Papandréou est un politique, oui bien sûr, on ne voit pas bien ce qu’il pourrait être d’autre à la place où il est. Mais ce n’est pas une tare ou, si c’en est une, je ne connais pas de peuple qui aie réussi à se passer de ce genre de « taré ».
Ce que je commence à comprendre à propos de cette crise s’éclaire par le propos d’un imaginaire ministre africain à qui l’on reprochait d’être corrompu et qui aurait répondu : « mon cher ami quand il y a corruption, il y a un corrompu et un corrupteur. »
Or je me demande qui a tordu le bras des banquiers pour les obliger à prêter à la Grèce ? Dans cette affaire il y a des cigales et des gens assez fous pour prêter à des cigales, sans parler des technocrates bruxellois qui ont suggéré aux cigales de s’endetter. Quant à ceux qui s’indignent et craignent pour leurs placements, où ont-ils placé leur argent ? S’il est en lieu sûr que craindre ? Sinon de quelle prudence ont-ils fait preuve en plaçant leurs économies ?
La situation du contribuable est un peu différente, mais là encore pour qui avons-nous voté ? Et quelle est la qualité de notre démocratie ? Si Mme Merkel a consulté son parlement c’est qu’elle ne pouvait pas faire autrement. Je ne pense pas qu’elle soit d’un bois très différent de Mrs Sarkozy, Berlusconi ou d’autres. Mais que ce soit en Allemagne, en France ou ailleurs il n’y a pas de différence essentielle entre le fait de prêter à la Grèce, de subventionner des canards boiteux, de rendre la fiscalité incompréhensible et instable ou d’abandonner l’éducation nationale à une mafia idéologue qui saccage des générations d’enfants depuis quarante ans voire plus. Dans tous les cas c’est le contribuable (ou le « peuple » ce qui revient au même) qui paye les pots cassés, intérêts et principal, foi d’animal !
Mouais. Que Papandreou ait fait un "coup de pute" cela peut se comprendre.
Mais il est tout aussi incompréhensible que la troika comme on l'appelle ne regarde même pas ce qui se passe en Grèce ce qui montre à un tel point son total mépris du peuple!
En effet, Olivier Delamarche le dit et le répète depuis 2 ans: il est complètement débile et illusoire de reprêter de l'argent à quelqu'un qui est déjà incapable de rembourser ses dettes! C'est de la fuite en avant, de la cavalerie financière pourtant si justement interdite en droit privé! Finalement on voulait éviter les pertes du secteur financier et on va perdre beaucoup plus!
Qu'on m'explique donc par quel miracle les grecs vont-ils être capable de rembourser ce qu'ils ont été incapable de rembourser jusqu'à présent? Ceux qui croient au miracle doivent aller allumer un cierge à Lourdes!
Les grecs ont bien compris que leur plan de rigueur ne mène nulle part et veulent faire défaut pour en finir. Ils ont bien raison et que les crétins qui croyaient que les états représentaient la meilleure signature et aux avis totalement fallacieux des agences de notation prennent leurs pertes!
@enzov12
Je suis d'accord avec vous à partir de là, 2 solutions :
1- on tire un trait sur 100% de la dette grecque en exigeant qu'ils réforment leur système fiscal et on les aide à (re)mettre en place une puissance industrielle qui produise et créée des emplois.
2- on s'assoit sur la dette grecque, la Grèce sort de la zone euro voire de l'UE et ils se débrouillent.
Je suis partisan de la solution 2 parce que rien ne prouve que l'attitude des grecques changera. Ils ont eu 2 ans pour faire les réformes indispensables, mettre au pas les fonctionnaires qui refusent d'appliquer les lois, taxer les armateurs et leurs petits amis quitte à saisir leurs avoirs en cas de fuite à l'étranger, etc. Ils n'ont rien fait de tout cela. Pourquoi s'y mettraient-ils ? Les promesses n'engagent que ceux qui les croient, maintenant il faut dire stop.
La "crise" de l'euro est endémique et indissociable de la montée de l'endettement des états. On a simplement transformé l'inflation en dette. Le problème vient de ce que la dette génère des intérêts perçus par les créanciers alors que l'inflation ne coute que le papier des billets. Au moins l'inflation peut redonner de la compétitivité et augmenter la croissance, alors que la dette tue la croissance et impose de nouveaux prélèvements, ce qui diminue l'activité et augmente le chômage.
A ceux qui prônent le fédéralisme pour sauver l'euro, je réponds qu'il vaut mieux d'abord quitter l'euro, mettre en place le fédéralisme et faire ensuite une monnaie unique dans une zone monétaire optimale...
et voilà c'est fait : démission de Papa et pas de référendum , quand je vous disais que le peuple n'aurait pas le droit de parler ...et pourtant en coupant les branches pourries on peut faire repartir l'arbre !
@ cliquet. Une zone monétaire subissant une monnaie monopole étatique est tout sauf optimale. L'optimum monétaire ne peut être atteint que par la mise en concurrence de monnaies privées au sein de la zone, monnaies choisies librement par les individus. En attendant la privatisation de la monnaie, l'euro est la moins mauvaise des solutions, la pire étant de retourner aux monnaies nationales aux mains des politiques.
Les grecs ont bien compris que leur plan de rigueur ne mène nulle part et veulent faire défaut pour en finir. Ils ont bien raison et que les crétins qui croyaient que les états représentaient la meilleure signature et aux avis totalement fallacieux des agences de notation prennent leurs pertes!