L'élection de F. Hollande : les trois erreurs de Sarkozy
Par Alain Dumait le lundi 7 mai 2012, 00:02 - Article - Lien permanent
En démocratie, il n’est jamais facile de se faire réélire. A moins d’être capable de présenter un bilan indiscutable, en particulier en termes d’emplois et de croissance économique.
Aux Etats-Unis, ce fut le cas aussi bien de Ronald Reagan que de Bill Clinton. Et, en Grande Bretagne, de Margaret Thatcher.
En France aucun exemple ne vient à l’esprit. Le général De Gaulle, réélu en 1965, ne l’avait pas été au suffrage universel en 1958. François Mitterrand comme Jacques Chirac se sont bien fait réélire, mais «contre» leur Premier ministre de cohabitation.
C’est au regard de ces références qu’il faut apprécier le score de Nicolas Sarkozy le 6 mai 2012. Donc, le pari était difficile. D’autant que la crise financière mondiale remettait (aurait dû remettre) en cause le système monétaire international, basé sur la régulation de monnaies de papier par des banques centrales, ignorantes des règles les plus élémentaires de l’économie, à commencer par le primat de l’épargne sur la consommation.
Mais face à une gauche toujours sectaire et attachée au vieux mythe d’une société «sans classes», le challenge n’était pas impossible, dans la foulée d’une victoire éclatante en 2007.
Nous ne discuterons pas ici, aujourd’hui, de la pertinence de telle ou telle réforme. Nous nous placerons sur le seul terrain de la science politique, qui, en effet, nous enseigne quelques règles, confirmées par le bon sens.
Le président sortant a enfreint au moins trois de ces règles.
La première est que, dans nos démocraties compliquées, où chacun estime détenir une part de légitimité, en particulier quand il se rattache à une branche ou une autre de notre oligarchie, les réformes doivent être lancées et finalisées dans les 100 jours qui suivent l‘élection, c’est à dire dans cette période de temps où le peuple a, sans conteste possible, délégué, pour le meilleur comme pour le pire, toute sa souveraineté au nouvel élu.
L’affirmation, reprise du pauvre Jean-Pierre Raffarin, répétée ad nauseam par le chef de l’Etat et ses séïdes, selon laquelle il avait cinq ans pour faire des réformes, était fausse, et, à la fin, pathétique. C’est l’inverse qui est vrai : la campagne électorale est là pour préparer le terrain. Les trois mois qui suivent sont ceux des semailles. Si la récolte est bonne une nouvelle moisson de bulletins de vote pourra être au rendez-vous.
La seconde est qu’il faut gouverner avec tous ceux qui vous ont aidé à vous hisser sur le pavois. Sans exception. Ni plus, ni moins.
Dans cette idée, il n’aurait pas été anormal que plusieurs personnalités, représentatives des électeurs de sensibilité Front National qui avaient voté pour Sarkozy au 2ème tour soient promus «ministres». Au lieu de quoi on a eu droit à cette funeste «ouverture».
Non pas que l’élargissement d’une majorité présidentielle en cours de mandat soit forcément une mauvaise idée. Mais il est conseillé, par la même «science politique», de la mettre en oeuvre plutôt à la fin du mandat qu’au début.
La troisième touche à la personnalisation du pouvoir. «L’extrême présidentialisme».
Nicolas Sarkozy a souvent dit : «j’assume mes responsabilités». Fort bien. Mais pourquoi avoir à ce point réduit celles de son Premier ministre et de tout son gouvernement ? Dans une démocratie moderne, chaque responsable doit avoir sa part d’autonomie, de responsabilité, de risque, de liberté. Avec les conséquences que cela implique : la gloire ou l’opprobe. Et cela vaut non seulement pour l’exécutif, mais aussi pour la machine du parti. Sous Sarkozy, la fidélité exigée par le chef faisait un peu penser à la Cour impériale sous Napoléon Ier : où la flatterie était davantage recommandée que la sincérité ou la lucidité.
Dans son débat final avec François Hollande, Nicolas Sarkozy a pu se vanter d’avoir réalisé de nombreuses réformes et de n’avoir jamais reculé, face aux manifestations de rue, pour les mettre en oeuvre.
C’est à la fois vrai et faux. Prenons l’exemple de la réforme du financement du régime des retraites. Elle a bien été accomplie. Mais a minima. Calibrée pour ne pas trop effaroucher les fonctionnaires. En conservant leurs principaux avantages. Sans presque toucher aux régimes spéciaux. Et après avoir, au préalable, un peu peloté ces leaders syndicaux auto-proclamés, dont on fera, à la fin, semblant de s’étonner qu’ils se prosternent encore devant la faucille et le marteau...
A plusieurs reprises le chef de l’Etat sortant a dit vouloir sauver le «modèle français», «l’Etat providence», «la fonction publique». Sans doute était-il sincère. Mais pour ce faire, son adversaire, avec la gauche (pourtant minoritaire...) tout entière derrière lui, était autrement plus crédible. Hélas !

La version originale de texte d'Alain Dumait a été publié sur son blog "Le Journal d'Alain Dumait", en date du 6 mai 2012.
Commentaires
Tout à fait d'accord Sarkozy a beaucoup parlé, a agit avec parcimonie, n'a pas effectué les réformes structurelles essentielles au cours de la première année du mandat ,s'est dispersé sur sur des détails et a cru qu'il pourrait acheter la paix sociale avec les syndicats politisés qui l'ont parfaitement manoeuvré ,sans compter qu'en oubliant ceux qui l'avaient élu,il s'est livré à une indécente drague de personnalités de gauche qui ne lui ont apporté que des sarcasmes de la part de ses opposants
imagine t on madame Thatcher cherchant l'appui de socialistes anglais
Soit on a des convictions et on les assume le juge de paix étant les électeurs soit on croit être réélu en trahissant ses électeurs et ça donne le résultat que l'on voit
De toutes façons le pays a un vrai problème ,y compris chez les analystes politiques le classement de madame Lepen à Droite....une bonne partie de son électorat vient désormais des zones ouvrières ex PC...
En fait ils votent pour un chef et si madame Lepen ne donne pas le bon commandement ,il se passe ce qui vient de se passer/le renouveau du national socialisme est partout en Europe en plein essor....
alors L'avenir semble bien être un bégaiement de l'histoire
Moi ce que j'ai vu c'est une prise de pouvoir et un début de septennat inspirés par le modèle américain d'avant la crise (Bush), basé sur un endettement massif des particuliers, en particulier dans l'immobilier. C'était la "France des propriétaires" appuyée par des mesures qui ont amplifié la bulle immobilière (et dégradé les comptes publics). Sarkozy a même envisagé de nous faire profiter de l'hypothèque rechargeable. Après l'effondrement du modèle, pilotage à vue....
sauf erreur de ma part il y a un déficit public, pas privé, pas de problème hypothécaire immobilier français donc pas de subprimes en France...si vous pensez que les problèmes financiers viennent de l'immobilier français j'ai du louper une étape depuis 1974 la quelle ?
La France attend toujours un dirigeant vraiment de droite qui s 'atellera a la reduction du perimetre de l 'Etat ;
pourquoi,France television est il encore public,de meme que la sncf , la ratp , edf, les hopitaux ?