C’est ce qui fait dire à ceux qui n’étaient pas de son avis qu’il est un « dangereux utopiste » ou un partisan de « l’islamisation ».

Sans vouloir nous faire l’exégète de la pensée de Teissier du Cros, il nous semble que ce qu’il a voulu dire, c’est qu’il n’y a pas de raison objective d’interdire l’immigration « musulmane » pas plus qu’il y en aurait à interdire l’immigration « protestante », « bouddhiste », « orthodoxe », « shintoïste », « animiste », etc.

De fait, la pluralité des points de vue en la matière – sans compter celui de l’opposition doctrinale à toute immigration – nous rappelle qu’il n’est pas possible de vouloir imposer une préférence individuelle à l‘ensemble de la société sans tomber dans le constructivisme.

Pour nous, la question essentielle n’est d’ailleurs pas de savoir quels groupes humains devraient être autorisés à immigrer dans un pays donné, mais d’assurer les conditions institutionnelles qui permettent aux individus d‘intégrer le coût économique de leurs préférences subjectives en matière de migration.

A cette fin, il est nécessaire d’avoir recours à ce que l’on appelle communément l’individualisme méthodologique. Plus précisément aux concepts liés aux droits de propriété et au capital humain, tels que définis par Gary Becker. Concepts auxquels nous ajouterons quelques enseignements tirés de l’école du public choice, toujours utiles pour démystifier le discours politique en matière de justice sociale et d’immigration.

A l’aide de ces cadres de pensée, nous essaierons d’interpréter le fonctionnement du phénomène migratoire et la manière dont il sert les intérêts des hommes de l’Etat.

1.Le phénomène migratoire est malthusien

Sans tomber dans une psychologie réductrice, on peut soutenir que les mouvements migratoires sont engendrés par le désir de trouver un espace physique qui optimise les besoins des individus ou de groupes constitués. Historiquement, on constate que la migration est un phénomène plus particulier aux tribus de cueilleurs-chasseurs et aux éleveurs nomades qui sont, en permanence, à la recherche de ressources alimentaires nouvelles.

En ce sens, on peut affirmer que la migration est surtout le fait de sociétés malthusiennes qui ne parviennent pas à satisfaire les besoins de leurs membres en fonction d’un espace délimité par des droits de propriété (enclosures). A cet égard, l’apparition de l’agriculture a plutôt ralenti les mouvements migratoires. D’abord pour une raison très pratique : la mise en culture des terres implique la sédentarisation. Ensuite, parce que l’agriculture a permis la formation d’un proto-capitalisme basé sur l’appropriation des terres, la bonne gestion des semis et l’amélioration progressive des rendements susceptibles d’absorber la croissance démographique. L’opposition entre les valeurs des sociétés nomades (prédatrices) et sédentaires (productrices) a alimenté d’innombrables études anthropologiques sur lesquelles il n’est pas nécessaire de revenir ici.

Selon nous, cette opposition n’est, d’ailleurs, pas aussi radicale. Même les sociétés sédentaires peuvent produire d’importants flux migratoires lorsqu’elles traversent un cycle malthusien de croissance trop rapide de la population par rapport à l’évolution des rendements agricoles ou lorsque la production s’effondre accidentellement.

La famine de la pomme de terre en Europe du Nord (1845) en est un exemple caractéristique. Causée, par le mildiou de la pomme de terre cette famine a eu des effets tragiques :

« L'effet de la crise sur l'Irlande est incomparable à toutes les autres zones pour les ravages qu'elle a causés, entraînant un million de morts et un autre million de réfugiés et déclenchant un siècle de déclin de la population. (…) Outre les morts de faim et des suites des maladies liées à la famine, d'autres formes de souffrance ont existé. Alors que l'impact démographique des famines est immédiatement visible dans la mortalité, des baisses à plus long terme de la fertilité et de la natalité peuvent aussi affecter la population de façon spectaculaire. En Irlande, les naissances ont baissé d'un tiers, provoquant la « perte » de 500 000 vies. (…) L'émigration pour échapper à la famine toucha principalement l'Irlande et les Highlands écossais. (…) Plus d'un million de personnes ont émigré des Highlands écossais, assistés par de nombreux propriétaires terriens et le gouvernement, principalement vers l'Amérique du Nord et l'Australie. Plus d'un million de personnes ont également quitté l'Irlande pour les mêmes destinations, et plusieurs dizaines de millions de plus au cours des décennies suivant la famine » (1).

De nos jours, on assiste, pour des raisons analogues, à des mouvements de population tout à fait comparables en provenance des zones rurales des pays en développement, à forte natalité, vers les zones urbaines intérieures ou vers les pays développés. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est possible de qualifier la décision de migrer comme une décision rationnelle en vue de préserver ou de valoriser son capital humain. Une décision que l’individu prendra en fonction des moyens dont il dispose.

Comme on le verra plus loin, cette notion de moyens est souvent ignorée par ceux qui prônent l’immigration comme un devoir de solidarité des ‘’riches’’ à l’égard des ‘’pauvres’’. De facto, ce ne sont jamais les plus pauvres qui émigrent. Ce sont ceux qui en ont les moyens. On le constate pendant les grandes famines. Si un million d’Irlandais sont morts de faim au milieu du XIXe siècle et n’ont pu émigrer vers l’Amérique du Nord, c’est que très probablement ils n’en avaient pas ou plus les moyens.

C’est une tautologie de dire que les Irlandais qui n’avaient pas de quoi s’acheter à manger avaient rarement les moyens de s’acheter un billet transatlantique, fut-il de troisième classe. Et ceux qui sont partis ont souvent été aidés par des tiers.

De même aujourd’hui, les huit millions d’individus qui souffrent, en 2011, de la famine au Niger demeurent là où ils sont, car ils n’ont pas les moyens de prendre un billet d’avion vers Paris ou Montréal.

Cette contrainte de moyens nous aide à comprendre que la décision de migrer est toujours une décision économique, même si elle peut prendre des formes illégales.

2.La décision de migrer repose sur un calcul rationnel

La décision de migrer est toujours spéculative. Elle repose sur le calcul – juste ou erroné, peu importe – qu’en fonction d’un état individuel donné et des ressources dont on dispose, l’état futur qui résultera de la migration sera meilleur.

Cet énoncé a une portée universelle. Il s’applique à presque toutes les formes de migration. Qu’on en juge. Elle est valable pour les Français fortunés qui émigrent en Suisse pour ne plus payer l’Impôt de Solidarité sur la Fortune, comme pour l’Africain qui risque sa vie sur mer pour rejoindre l’Europe, comme pour le retraité japonais qui va s’installer en Thaïlande pour bénéficier d’un plus grand niveau de vie.

L’une des conséquences de ce principe est que, lorsque les perspectives de croissance d’un pays deviennent négatives, les incitations à émigrer augmentent. Cela a été longuement le cas en Afrique où, pendant quatre décennies, le taux de croissance de la population dépassait, dans presque tous les pays, le taux de croissance du PIB (2).

Toutefois, cette tendance a commencé à s’inverser au début des années 2000 sous l’effet combiné de la mondialisation des échanges et des réformes. Ainsi, après un survol rapide des données disponibles, il semblerait qu’à l’exception du Zimbabwe et du Tchad tous les pays africains aient connu un taux de croissance réel positif de 2003 à 2008 et renoueront avec une croissance positive en 2011 (3). Certains pays ont même enregistré des taux de croissance supérieurs à ceux de la Chine, comme l’Angola (13%), l’Ethiopie (12%) et le Rwanda (11%). Aussi, lorsqu’on accuse la mondialisation et le libéralisme d’être à l’origine de la pauvreté et des mouvements migratoires qui touchent l’Europe, l’on porte une fausse accusation. Car, en pratique, la mondialisation augmente le coût d’opportunité à quitter des pays en forte croissance.

De ce point de vue, le dirigisme étatique qui a sévi en Afrique et soumis de vastes populations à l’aléa économique est bien plus responsable de l’émigration massive des années 1970-2000 que la libéralisation des échanges.

Que ces mouvements migratoires se poursuivent, aujourd’hui, en dépit de l’augmentation remarquable du taux de croissance n’a rien d’étonnant. L’émigration est également déterminée par des facteurs sociaux et politiques indépendants du taux de croissance du PIB national. Par exemple, l’absence d’Etat de droit est un puissant facteur incitant à l’émigration (à condition que les frontières ne soient pas fermées comme elles le furent dans le défunt bloc soviétique ou comme elles le sont actuellement en Corée du Nord). Lorsqu’on risque quotidiennement sa vie du fait de l’arbitraire d’un régime politique ou du crime organisé, on est bien entendu poussé à chercher un asile ailleurs.

Aux incitations locales à l’émigration, il faut ajouter les incitations qu’offre le pays d’accueil potentiel. Une étude de l’INED datant du milieu des années 1990 montrait que plus de 90% des primo-arrivants hors OCDE étaient, d’une manière ou d’une autre, pris en charge par le système social et ne trouvaient pas de travail dans les 18 mois suivant leur entrée en France (4). Sans vouloir polémiquer sur ces données, qui ne sont plus aujourd’hui disponibles, on observera que la promesse d’avantages sociaux certains dans une économie socialisée est plus attrayante que la recherche d’un revenu incertain dans une économie libéralisée, même en forte croissance.

La perspective de bénéficier d’avantages sociaux quasi-automatiques, d’infrastructures publiques gratuites et des garanties juridiques de l’Etat de droit constituent de toute évidence une incitation à l’émigration qui dépasse, de loin, les coûts psychologiques associés à la perte de sa langue, du réseau social et familial, des habitudes culturelles et religieuses, etc.

Ces premières analyses nous permettent de comprendre qu’on ne peut agir sur les flux migratoires sans modifier la structure des coûts et des avantages liés à la décision de migrer. En d’autres termes, il faut réaliser les conditions du développement économique dans les pays d’émigration et augmenter les coûts d’opportunité à l’entrée dans les pays d’immigration, notamment en ne permettant plus l’accès aux avantages sociaux pour les immigrés qui ne cotisent pas ou sont en situation de séjour illégal.

Au passage, relevons que le thème du développement comme moyen de lutte contre l’immigration non-désirée est également utilisé par les thuriféraires de l’aide publique au développement. Ce n’est bien entendu pas l’option que nous défendrons dans ce papier. A propos de l’aide publique au développement, nous partageons davantage les thèses défendues par la Zambienne Dambisa Moyo dans son livre « L’aide fatale », paru fin 2009. L’auteur qui a travaillé à la Banque Mondiale et enseigne aujourd’hui à Oxford, montre comment les mille milliards de dollars d’aides transférés à l’Afrique depuis les années 1960 ont nourri la corruption, détruit l’épargne, empêché l’investissement productif et finalement paralysé nombre d’économies (5).

Les conclusions tirées par Moyo nous renforcent dans la conviction que l’aide prioritaire dont l’Afrique a besoin, c’est une aide institutionnelle à la formation de l’Etat de droit, au respect des droits de propriété et à l’intégration dans l’économie mondiale. D’ailleurs, les pays qui suivent cette voie (Angola, Ethiopie) sont ceux qui connaissent les taux de croissance les plus élevés. Par contre, ceux qui s’arc-boutent sur la dictature socialiste (Algérie, Tunisie, Zimbabwe) sont aussi ceux qui connaissent les plus mauvaises performances économiques.

Quant à espérer, comme Dambisa Moyo, le démantèlement de l’aide publique des pays riches pour réduire la corruption politique en Afrique, c’est pour l’instant un vœu pieu. Effectivement, la corruption des gouvernements des pays en développement est, souvent, le reflet du financement occulte des partis politiques des pays développés. Les mécanismes en sont bien connus et reposent sur des rétro-commissions qui, dans la pratique, échappent au contrôle des cours de justice compétentes.

Quoi qu’il en soit, on notera l’intéressant paradoxe par lequel l’aide publique versée aux pays en développement, avec la justification idéologique de stabiliser les flux migratoires, crée les conditions de l’émigration. Néanmoins, le paradoxe n’est qu’apparent. Il n’est qu’une variante de ce que Garrett Hardin a appelé ‘’la tragédie des biens publics’’ (6). Une tragédie qui caractérise l’immigration étatisée.

3.L’immigration non-désirée est une tragédie des biens publics

Lorsque l’on pense aux effets de l’immigration non-désirée, on pense plus souvent aux problèmes de voisinage ou de délinquance qu’aux conditions institutionnelles dans laquelle elle se réalise. Or, de notre point de vue, les effets négatifs de l’immigration, dans les social-démocraties, sont principalement liés au fait qu’elle est insuffisamment encadrée par les droits de propriété. Pour saisir cette idée, on peut mentalement se figurer le ‘’voyage’’ de l’immigré qui vient s’installer en France. Celui-ci commence par un trajet en avion ou en bateau.

A la frontière de l’espace Schengen, l’immigré est contrôlé ou non par une police des frontières publique. Ensuite, lorsqu’il n’a pas de ressources propres ou de travail, l’immigré est pris en charge soit par des organismes publics, soit par des associations caritatives financées ou cofinancées par des collectivités publiques. Selon la manière dont l’immigré est entré dans le pays, il reçoit ou non un revenu public. Il est logé dans un logement public (H.L.M.). Si l’immigré a des enfants, il les envoie à l’école et à la cantine publiques. Il reçoit des soins du système de santé publique. Il s’éclaire à l’électricité publique, etc.

Ce constat nous avait fait dire dans une conférence donnée en 2001, à l’Institut Turgot à Bruxelles, que

« techniquement un immigré peut vivre toute sa vie en France dans un espace public ».

Dix ans plus tard, cette prédiction se trouve confirmée par une étude du gouvernement français dans laquelle on découvre que les ménages immigrés demeurent durablement dans la dépendance du système social. Même vingt ans après leur installation, ils continuent à bénéficier d’allocations sociales représentant l’essentiel de leurs revenus. Presque la moitié de ces ménages vit dans des H.L.M. et la majorité d’entre eux éprouve des difficultés à payer leur loyer pourtant modéré. Ceci bien qu’ils i) bénéficient d’une aide personnalisée au logement (APL), que ii) leur loyer moyen est d’un peu moins de 300€ et que iii) le loyer qu’ils doivent effectivement débourser est de 100€ (7).

Ce qu’il faut relever du point de vue de la systémique sociale, c’est que tous ces espaces publics où l’immigration aboutit sont des anciens espaces privés. Et, parce que ces espaces sont devenus publics, les individus n’ont plus le pouvoir de faire jouer leur droit naturel à décider qui en use ou non. Ainsi, ils ne peuvent plus exprimer leurs préférences subjectives, ce qui est une source de mécontentement collectif.

Ajoutons à cela que l’existence de la propriété publique, où loge au moins la moitié de la population immigrée, permet la diffusion d’un phénomène que les économistes anglophones appellent le NIMBY (Not in my backyard – pas dans mon jardin). Ainsi, lorsqu’on voit des célébrités du monde du spectacle se mobiliser pour la régularisation de ‘’sans-papiers’’ qui occupent tel ou tel édifice public, elles sont d’autant plus enclines à le faire qu’elles n’ont pas à payer les coûts de cette régularisation en accueillant chez elles lesdits sans-papiers. Elles savent qu’elles peuvent collectiviser les coûts de leur revendication en les transférant vers la propriété publique. Ceci, tout en bénéficiant des avantages, en termes de réputation, d’une posture charitable.

Dans ce registre, on se souviendra de l’occupation de l’église Saint Bernard, par des sans-papiers (1996), pour lesquels des artistes et des personnalités médiatiques s’étaient mobilisés afin d’obtenir leur régularisation. Notamment, Emmanuelle Béart qui, depuis, poursuit son combat. En 2008, l’actrice a fait cette déclaration révélatrice du phénomène NIMBY:

« La comédienne tient à redire que les familles sont envoyées dans ces hôtels par les services sociaux, que ces endroits sont agrées par l'Etat. "Il est révoltant de découvrir que l'argent public (…) et les modestes salaires de ces familles servent à enrichir (des) Thénardier du monde moderne", martèle la comédienne. Elle conclut sa tribune en assurant être engagée "jusqu'au bout dans ce combat, qui touche 3,2 millions de personnes mal ou non logées » (8).

On peut légitimement penser que tout autre serait la posture d’Emmanuelle Béart si elle devait intégralement soutenir ces familles de ses propres deniers et les accueillir en son logis. De même, serait très différente la relation des Français à l’immigration si elle était encadrée par les droits de propriété. Aucun immigré ne trouverait, effectivement, de logement aux dépends des contribuables. Il paierait son loyer ou ceux qui désireraient sa présence, au nom d‘un principe charitable, le paieraient pour lui. L’immigré devrait subvenir à ses besoins par son travail. C’est-à-dire, créer de la valeur, source primordiale d’intégration et de reconnaissance sociale. Plus important encore, il s’insérerait dans un réseau de relations contractuelles où les individus sont systémiquement amenés à prendre soin de leur propriété et de celle des autres, étant responsables des dommages qu’ils peuvent occasionner aux biens d’autrui. Matériellement, il serait impossible à l’immigré d’occuper un lieu physique ou une position économique sans qu’il ait obtenu le consentement préalable de son propriétaire.

Loin de cette économie du consentement, on assiste à la prise de contrôle des droits de propriété par les hommes de l’Etat grâce aux lois fondées sur le principe de la non-discrimination. Or, l’exercice du droit de propriété suppose la pleine liberté d’allouer les ressources que l’on possède aux fins que l’on juge utiles. Par nature, le pouvoir d’allocation d’une ressource rare est discriminatoire. Y superposer le concept égalitariste de non-discrimination relève de l’absurde. In fine, celui qui bénéficie de l’usage d’un bien loué ou d’un emploi a été favorablement discriminé contre tous ceux qui étaient en concurrence pour son obtention. Or, il n’y a pas, selon nous, de raison méta-économique de préférer un individu à un autre. Le choix étant subjectif, il doit être laissé au propriétaire qui fera toujours un usage plus optimal de ses ressources que les hommes de l’Etat qui seront tentés de les détourner à leur profit. C’est d’ailleurs la situation qui domine en Europe où l’immigration est une variable d’ajustement du marché politique.

4.Immigration de masse et marché politique

Si l’immigration est devenue massive et, paraît-il, irréversible selon le discours politique médian, c’est qu’elle sert des objectifs non-avoués. Dans un article paru en 2002 et qui a fait date, Hans-Hermann Hoppe nous donne les raisons de l’immigration de masse :

« L’immigration de masse, par contraste avec l’immigration à petite échelle de travailleurs qualifiés à la recherche d’un environnement plus productif est entièrement un phénomène étatique (…) Avant tout, dans l’ordre naturel, il n’y a rien de tel que ‘’le droit à migrer’’. Les individus ne peuvent se déplacer à leur guise. Quand une personne se déplace, il se meut sur une propriété privée ; et la propriété privée implique le droit d’en exclure les autres. Essentiellement, une personne peut se déplacer (dans un espace donné) s’il reçoit la permission de son propriétaire. Et le propriétaire peut révoquer à tout instant cette permission et expulser ses hôtes quand il estime que leur présence devient indésirable (aux yeux de son propre code de l’hospitalité)… En admettant quelqu’un sur son territoire, l’Etat permet également à cette personne d’accéder aux routes et espaces publics, au seuil de chaque domicile privé, d’utiliser tous les services publics et les logements résidentiels protégés par une multitude de lois contre la discrimination. Un seul élément manque dans cette reconstruction. Pourquoi l’immigration serait-elle, en quoi que ce soit, un problème pour l’Etat ? Qui désirerait émigrer d’un espace gouverné par le droit naturel dans un espace étatique ? Un espace étatique aurait tendance à perdre ses occupants, particulièrement ses sujets les plus productifs. Il ne présenterait un intérêt que pour ceux qui sont attirés par les avantages offerts par l’Etat-providence. (Leur admission à ces avantages ne fera que renforcer davantage la tendance à l’immigration de masse). S’il y a bien un phénomène qui n’est pas un problème pour l’Etat, c’est l’émigration. Dans les faits, l’institution de l’Etat est une cause d’émigration. En réalité, la cause la plus importante, voire la seule cause des migrations de masse, bien plus puissante et dévastatrice que le plus puissant des ouragans, des tremblements de terre et seulement comparable aux effets des différentes périodes de glaciation » (9).

Hoppe ajoute que les hommes de l’Etat n’ont aucun intérêt à changer le système actuel. Ils ne se soucient pas de voir les électeurs plus productifs émigrer, car ils ont moins de valeur à leurs yeux que l’assisté qui vote pour des mesures égalitaristes, alors que les plus productifs voteraient contre. Pour Hoppe, les immigrés servent à justifier l’intervention de l’Etat et la croissance du pouvoir des hommes de gouvernement. Dans le contexte européen, on ajoutera que l’immigration sert également de nouveau moteur idéologique aux partis constructivistes. Vers la fin des années 1960, le prolétariat tel que le représentait les intellectuels marxistes avait quasiment disparu. Les immigrés ont permis, à la gauche politique, de récréer un prolétariat de circonstance qui lui a fourni de nouveaux prétextes pour redistribuer les revenus en fonction de sa conception de la justice sociale et de prendre des mesures collectivistes telles que :

- L’intervention massive de l’Etat dans la construction de logements sociaux (source notoire de corruption et de financements occultes des partis politiques).

- La réquisition de logements privés inoccupés au bénéfice de clientèles ciblées.

- La ‘’discrimination positive’’ (officiellement non pratiquée, mais des plus manifestes) dans l’attribution d’emplois publics

- Des politiques de la ville et d’intégration aussi dispendieuses qu’inefficaces.

- Des politiques de mixité sociale forcée, par lesquelles on crée des îlots publics dans des zones résidentielles privées dont la valeur immobilière est rapidement dévaluée.

Comme souvent, les moyens utilisés par l’Etat pour favoriser l’intégration sont précisément ceux qui empêchent les immigrés de s’intégrer. Ainsi, plus les quartiers ‘’sensibles’’ deviennent ‘’sensibles’’, plus on dépense d’argent pour acheter la paix sociale auprès de médiateurs. Une politique que dénonce, par exemple, la journaliste Elizabeth Lévy :

« Cette realpolitik est peut-être réaliste quand le but recherché n’est pas le règne de la loi mais, plus modestement, celui de l’ordre. Appliquée à nos banlieues, elle a des conséquences fâcheuses. D’abord, elle oblige à “travailler” avec des gens dont la moralité n’est pas absolument irréprochable. De plus, au lieu de regagner les “territoires perdus”, on y encourage la privatisation du pouvoir et la création de hiérarchies fondées sur la force et la peur – à peu près le contraire de l’ordre républicain. Enfin, ce clientélisme a ses limites : en cas d’épreuve de force, un maire n’est jamais sûr de pouvoir compter sur ses obligés. Le médiateur-modèle peut jouer un rôle actif dans l’émeute au cours de laquelle on incendiera une école maternelle. En clair, quand on croit acheter la paix sociale, on est sûr de se faire arnaquer » (10).

Dans tous les cas, on est certain de perturber les schémas comportementaux de base en inversant les liens de causalité et en donnant l’impression que les actes délictueux payent davantage que l’intégration. Pour être complet sur la question de l’instrumentalisation des flux migratoires par les hommes de gouvernement, il faut ajouter cette considération : ceux-ci ont un intérêt électoral systémique à l’immigration de masse et à l’octroi rapide du droit de vote aux immigrés. Car, les nouveaux arrivants attirés par l’Etat-providence ont, faute de formation adéquate et de réseau social structuré, un capital humain assez faible. Ils forment de facto, une catégorie d’individus plus réceptive aux techniques de manipulation politique et aux promesses de rentes sociales. Le fait d’octroyer massivement la citoyenneté à des immigrés non-intégrés et peu productifs peut paraître à d’aucuns irrationnel. Mais, en termes de public choice, c’est une décision des plus rationnelles, puisqu’elle consiste à remplacer des électeurs dont le coût de la voix est élevé (en termes de rentes à mobiliser par l’impôt) par des électeurs captifs dont les voix sont à bon-marché.

Parvenus à ce stade de nos réflexions, il nous reste à passer en revue quelques mythes et idées reçues sciemment entretenus autour de l’immigration.

5.Mythes et fausses idées entretenus à propos de l’immigration

a) L’accueil des immigrés serait une mesure de solidarité à l’égard des plus pauvres de la planète.

Le mythe de l’accueil obligatoire des immigrés au nom de la solidarité est propagé par les partis les plus hostiles au libéralisme. En France : le parti communiste, la Nouvelle Gauche, les Verts et une partie de l’élite culturelle, comme celle réunie au sein du ‘’Collectif des cinéastes pour les sans-papiers’’, proche du P.C. et pour lequel :

« Des milliers d'habitants de ce pays sont descendants de sans-papiers. Tout le monde s'accorde à dire que la solution est dans le développement, j'estime que régulariser est une forme d'aide aux pays pauvres » (11).

Cette idée que l’on accueillerait les plus démunis de la planète ne correspond à aucune réalité sociologique. Comme nous l’avons vu au début de ce papier, les plus pauvres, ceux qui souffrent de la famine, n’ont pas les moyens d’émigrer. Selon la FAO, ils sont plus d’un milliard à la surface du globe. Si l’Europe avait l’impératif catégorique de les accueillir, de les loger et de les nourrir, c’est toute l’économie qui s’effondrerait. En vérité, les immigrés qui s’installent en Europe sont les mieux organisés pour utiliser les filières légales ou même illégales d’immigration. Or, selon le pays de départ et de destination, les filières d’immigration clandestines exigent entre 5.000€ et 15.000€ par individu. Un coût astronomique pour certains pays où le revenu annuel par tête ne dépasse pas quelques centaines d’euros. Précisons toutefois que, dans de nombreux cas, les organisateurs de ces filières acceptent une avance de 30% (somme qui reste néanmoins très conséquente) et offrent un ‘’prêt’’ dont le taux est calculé sur la capacité de remboursement tirée des futurs revenus sociaux et/ou criminels.

C’est également un sophisme de dire que la solidarité doit s’exprimer par l’immigration. Des aides individuelles directes et volontaires sont bien plus efficaces. Le coût de la vie étant incomparablement plus bas dans les pays en développement, il vaut mieux donner 10€ à un individu, dans un pays en développement, pour faire fructifier un projet créateur de richesses, que 100€ d’allocations stériles à un immigré chômeur en France.

En défendant l’immigration de masse, les partis hostiles aux droits de propriété défendent, en vérité, leur fonds de commerce idéologique et électoral.

b) L’immigration est nécessaire pour lutter contre le vieillissement de la population et assurer le paiement des retraites par répartition.

Cette affirmation n’a rien de libéral. C’est une posture macroéconomique qui s’appuie sur une vision idéalisée de la population et de la répartition de ses classes d’âge. Une vision en partie héritée d’un préjugé archétypal selon lequel une population jeune est nécessaire pour mener et gagner la guerre.

Dans une société où toute propriété serait privée, ce concept serait dépourvu de sens. Chaque propriété aurait son taux de natalité propre. Et chacun pourrait déterminer un taux de natalité en fonction de ses préférences pour une famille plus ou moins nombreuse. L’efficacité économique d’un taux de natalité bas ou élevé pourrait alors être mesurée par le prix de cession des actifs familiaux.

Précisons que l’affirmation selon laquelle l’immigration permettrait de lutter contre le vieillissement de la population est une contre-vérité démographique. Pour rajeunir la pyramide des âges, il ne faudrait laisser entrer, sur le territoire, que des nourrissons ou des enfants en très bas-âge et exclure tous les adultes.

Pour cette raison, l’immigration de masse qu’a connue la France depuis cinquante ans n’a pas sauvé le système de retraite par répartition. Pourtant, l’on parle d’ici d’un ordre de grandeur de 25 millions d’immigrés nets :

« Pour l'ensemble de la période 1960-2005, on enregistre une moyenne annuelle de 590.307 d’entrées nettes » (12).

Si vingt-cinq millions d’immigrés n’ont pu sauver le système de retraites par répartition, c’est parce que le système n’était pas intrinsèquement viable. Et, comme nous l’avons écrit :

« Quel que soit le scénario démographique retenu, la comparaison sera toujours plus favorable au régime de retraite par capitalisation. Car, un système de retraite par capitalisation est moins sensible aux variations démographiques qu’un système par répartition. Il soutient les gains de productivité qui compensent partiellement ou totalement la réduction de l’offre de travail » (13).

De cette constatation on peut déduire la réflexion suivante : pour que l’immigration ait un impact positif sur le système social, dans une phase de déclin démographique et de vieillissement de la population, il faut que les immigrés soient plus productifs que ne l’ont été ceux dont ils doivent prendre en charge les coûts de retraite et de santé. Or, toutes les études montrent que le niveau moyen de qualification des nouveaux arrivants est moins élevé que celui des nationaux. De surcroît, les données disponibles laissent également penser qu’une large fraction des immigrés reçoit plus d’allocations qu’elle ne paye de cotisations (14). L’immigration étatisée n’est donc pas une solution à la crise des régimes sociaux. Elle en est l’une des composantes systémiques.

A ce propos, on peut affirmer que l’immigration a soutenu les illusions inhérentes au système de retraite par répartition et accentué le phénomène de passager clandestin vis-à-vis des choix familiaux. Non seulement, chaque participant au système a eu tendance à penser que les enfants des autres paieraient sa retraite future mais on lui a collectivement suggéré que les immigrés tiendraient plus particulièrement ce rôle. En conséquence, on peut postuler que l’immigration étatique a exercé une pression à la baisse sur la natalité. Nos observations empiriques tendraient à confirmer cette tendance pour tous les pays de l’Union Européenne.

De ce point de vue, la France dont les hommes de l’Etat vantent le taux de fécondité comme un signe de bonne santé de la nation (taux de 2,1 en 2008 et de 2 en 2009) ne se distingue pas, malgré tout, foncièrement de la moyenne des autres pays européens (1,5). S’il était, en effet, possible de recomposer le taux de fécondité de la France hors-immigration, jusqu’à la seconde génération, on se rendrait compte que ce taux s’approche très probablement des pays européens qui ont connu une immigration nettement moins forte (15).

Sans entrer dans la polémique des chiffres, il nous semble que ce à quoi à les hommes de gouvernement sont parvenus, c’est à importer la natalité d’autres groupes nationaux dans les espaces confisqués par l’Etat. Une natalité, ensuite autoentretenue par le biais des allocations familiales auxquelles les immigrés les moins qualifiés sont très sensibles, car elles représentent une part importante de leur revenu net.

c) Il faut remplacer l’immigration de masse par une immigration de qualité

L’idée selon laquelle il faudrait désormais remplacer l’immigration de masse par une immigration plus restreinte d’individus qualifiés commence à faire son chemin dans les milieux conservateurs officiels et chez quelques-uns de nos amis libéraux. Si cette proposition paraît en soi plus raisonnable que celle de soutenir une immigration massive, elle n’en est pas pour autant libérale. Conceptuellement, elle demeure d’inspiration macroéconomique et constructiviste. Qui dit choix des qualifications et nombre restreints d’immigrés, dit quotas. Qui dit quotas, dit planification centralisée par les hommes de l’Etat. Une planification de l’immigration qui se fera en fonction de leurs représentations des politiques industrielles à conduire ou de leurs intérêts personnels. Si une telle politique de quotas était conduite, les grandes entreprises publiques et les lobbies bien introduits auprès du gouvernement seraient les premiers servis. Ceci, indépendamment des besoins de l’économie.

En outre, l’idée même qu’il faudrait sélectionner certains individus qualifiés et pas d’autres est contraire aux principes de l’individualisme méthodologique. On peut individuellement estimer, en fonction de sa structure de consommation, qu’un boulanger ou un ramoneur est plus utile qu’un ingénieur de l’armement ou un dentiste. Pour nous, le seul moyen de trancher la question de l’utilité relative de tel métier ou tel métier est d’avoir recours au mécanisme des prix. C'est-à-dire au contrat et au marché.

d) L’immigration a un effet modérateur sur les salaires

L’idée selon laquelle l’immigration permettrait de limiter les hausses de salaires et de maintenir la compétitivité des industries à faible valeur-ajoutée faisait partie de ces idées que les gens du monde des affaires partageaient du bout des lèvres, dans les années 1960-1990, et que les syndicats dénonçaient hypocritement, appartenant eux-mêmes à des mouvements idéologiques favorables à une immigration de masse.

Dans le contexte d’une économie partiellement internationalisée, caractérisée par des barrières tarifaires et réglementaires élevées, cette idée n’était pas a priori fausse. Toutefois, elle n’a plus aucun fondement dans une économie globalisée où les produits et les capitaux circulent presque librement. Dans une telle économie, les salaires s’ajustent automatiquement ou, s’ils ne s’ajustent pas, les entrepreneurs délocalisent leur production. L’immigration ne joue donc pratiquement plus aucun rôle dans la formation du prix des salaires en Europe. On peut d’ailleurs formuler l’hypothèse qu’elle jouait un rôle assez marginal dans le passé. L’analyse montrerait, sans doute, qu’il n’y a pas de corrélation forte entre l’évolution des salaires en France et les flux migratoires. Qu’il y a eu des années avec des entrées nombreuses et de l’inflation salariale (1968-1972) et des années avec des entrées relativement plus faibles et une hausse modérée des salaires (2000-2003).

En France, l’évolution des salaires a été bien plus conditionnée par la politique monétaire, les rapports de force avec les syndicats et le droit social que par le marché et l’offre de travail des immigrés. Et, si ces derniers acceptaient effectivement de travailler à un prix moindre, c’est que l’Etat a, comme nous l’avons vu, socialisé une partie de leurs coûts spécifiques : logement, santé, éducation, transports, etc.

Cette observation a amené, Edward Crane, le Président du Cato Institute, à proposer, pour les Etats-Unis, que l’immigration soit libre mais que les immigrés ne bénéficient pas des avantages sociaux. Pour Crane, cela serait le moyen de se doter d’une immigration de qualité, tournée vers l’effort, la liberté d’entreprendre, une meilleure éthique de vie, etc.

Si l’idée a quelque mérite, elle est incomplète à un double titre : il ne serait pas juste de faire payer des cotisations sociales aux immigrés et de les priver du droit aux prestations qu’elles procurent aux nationaux. A contrario, il ne serait pas juste d’exempter, totalement ou partiellement, les immigrés de ces cotisations, car l’Etat subventionnerait, alors, leur emploi aux dépends de ses citoyens. En la matière, il n’y a pas d’autres alternatives que celles de permettre à tous de bénéficier des avantages sociaux (et d’en payer les coûts) ou de privatiser le système social.

Néanmoins, cette privatisation des régimes sociaux n’effacerait pas toutes les distorsions économiques liées au phénomène migratoire. Il demeurerait le fait que, dans une économie mixte, chaque nouvel arrivant n’a pas contribué au financement des actifs publics existants : infrastructures, institutions, état de paix… Pour prendre une analogie boursière, c’est comme si chaque nouvel arrivant recevait à titre gratuit des actions du ‘’capital France’’, accumulé au fil des décennies, au seul motif qu’il désire en être actionnaire. C’est là un transfert de propriété auquel personne ne pense mais qui est bien réel. Ce transfert réalisé par les hommes de l’Etat, à l’insu des électeurs, conduit arithmétiquement à la dévalorisation des actifs publics existants - par l’inflation du nombre des propriétaires. En cela, il est antidémocratique car il remet, insidieusement, en cause le principe de l’approbation de l’impôt.

Ce que l’on découvre ici, c’est que, pour se constituer des clientèles, les hommes de l’Etat promettent non seulement des rentes (aux nationaux comme aux étrangers) mais offrent également des actifs gratuits (aux seuls étrangers). L’équité voudrait donc que tout candidat à l’immigration doive payer sa part du capital public du pays où il désire s’installer. Actuellement, la valeur des actifs matériels publics français est estimée à 1500 milliards d’euros (16). En conséquence, chaque candidat à l’immigration en France devrait payer au moins 23.000€ de droits d’entrée pour être placé dans une condition égale à celle des contribuables durablement installés sur le territoire.

e) La France aurait cessé d’être un pays d’immigration de masse

A la lecture de certains médias la France serait devenue un pays hostile à l’immigration. Pourtant, aux dires mêmes d’Eric Besson tel n’est pas le cas :

"En 2009, nous avons délivré 1.850.000 visas et 174.000 titres de long séjour. 50.500 nouveaux étudiants étrangers ont rejoint nos établissements d’enseignement supérieur. 110.000 naturalisés ont intégré la communauté nationale. La France s’illustre aussi en étant le premier pays européen et le deuxième au monde pour l’accueil des demandeurs d’asile, juste derrière les Etats-Unis. Je voudrais vous parler très directement : ceux qui décrivent la France comme une forteresse racontent des histoires. 80% des demandes de visas reçoivent une réponse favorable. 1 demandeur d’asile sur 3 se voit octroyer la protection internationale. Je vous demande de ne rater aucune occasion de porter ces faits et ces chiffres à la connaissance de vos interlocuteurs, au plan bilatéral comme dans les différentes enceintes internationales » (17).

Ces chiffres ne nous éclairent cependant pas sur les flux migratoires réels. Mais, si l’on regroupe les différentes catégories d’immigrés légaux, on approche les 200.000 entrées par an (sur la période 2007-2010), auxquels il faut ajouter les illégaux dont le nombre est difficile à apprécier. Selon un rapport du Sénat datant de 2005, ceux-ci approcheraient 30.000 par an :

Dans la mesure où les régularisations menées en France et en Europe montrent que la durée de séjour des immigrants illégaux s'étale sur au moins une dizaine d'années, l'arrivée de 90.000 immigrants irréguliers supplémentaires en moyenne par an devrait porter le « stock » d'immigrants illégaux présents sur notre territoire à environ 800.000 personnes ; si l'on considère en revanche que 300.000 immigrants irréguliers séjournent sur notre territoire, alors le flux annuel d'entrées se situe entre 30.000 et 40.000 personnes, évaluation tout à fait compatible avec celle de l'INED (18).

Selon des données plus récentes publiées par le BIT ce chiffre se situerait aux alentours de 45.000 entrées, puisqu’il y aurait 450.000 immigrés clandestins vivant en France. Sur la base ces chiffres, probablement sous-estimés, on peut donc évaluer l’immigration annuelle (de 2007 à 2010) aux environs de 250.000 personnes. Cela peut sembler un nombre assez faible, par rapport à la moyenne des entrées nettes entre 1960 et 2005 (presque 600.000), mais cela représente une ville comme Montpelier ou Strasbourg à construire chaque année. Plus fondamentalement encore, ce chiffre dépasse de presque 100.000 personnes le nombre d’emplois nets qui devraient être créés en 2011, selon les projections du ministère du budget (19).

Dans un pays qui compte presque 10% de chômeurs (soit 2,6 millions d’individus), un taux aussi faible de création d’emplois et une croissance atone, l’immigration accentuera mécaniquement la pression de l’Etat sur la société. Pression qui, rappelons-le, bat des records historiques absolus avec une part des dépenses publiques qui a dépassé les 56% du PIB en 2009 et 2010 (20).

Une dérive des politiques et des comptes publics qui laisse penser que le moment se rapproche où le système social risque de d’effondrer sous le poids de ses contradictions.

Conclusion

Ceux qui concluraient de cet article que l’individualisme méthodologique conduit à s’opposer à toute immigration seraient dans l’erreur. Les libéraux ont toujours défendu la liberté de mouvement. Mais, celle-ci doit-être encadrée par l’exercice souverain du droit de propriété, seul capable de transformer l’immigration de masse, étatisée, non-désirée, vouée à l’échec en immigration librement acceptée et réussie. Dans le cas contraire, la paix sociale et la prospérité risquent d’être gravement menacées en France comme en Europe. Connaissant le tropisme des hommes de l’Etat à reporter le traitement des questions sociales délicates aux prochaines élections, on doit hélas s’attendre, dans un futur proche, à des ajustements brutaux.

Notes

(1) Références

(2) Relevons qu’en Afrique le taux croissance de la population reste remarquablement élevé et se situe entre 1% et 4,5% par an. Pour un panorama rapide de la démographie en Afrique on peut se référer à un article du journal Jeune Afrique de novembre 2009, consacré au baby-boom africain.

(3) Les taux de croissance réels pour l’Afrique sont répertoriés par Index Mundi et sont disponibles en ligne.

(4) A la différence des Etats-Unis, les statistiques ethniques sont interdites en France. Ce qui laisse croire à beaucoup qu’il y aurait des données à cacher. Malgré tout, le débat sur les statistiques ethniques gagne, depuis deux ou trois ans, de plus en plus de terrain. Voir à ce sujet l’article du Figaro en Ligne du 17 mars 2009 : Statistiques ethniques : les-enjeux du débat

(5) Source : Magazine Challenges, 12 novembre 2009.

(6) Garrett HARDIN., The tragedy of the Commons, Science, n° 162, 1968.

(7) Source, Ministère de l’immigration, Info migration, n°6, janvier 2009.

(8) Emmanuelle Béart soutient les mal-logés, Nouvel Observateur, 23 juin 2008.

(9) Hans-Hermann Hoppe Journal of Libertarian Studies, Volume 16, no. 1 (Winter 2002), pp. 75–97. Traduction libre de l’auteur.

(10) Référence

(11) Nouvel Observateur, Régulariser est une forme d'aide aux pays pauvres, 26/02/2007.

(12) Source Usherbrooke, Statistiques démographiques pour la France.

(13) Blog Turgot, Débat : explosion des retraites et implosion de la natalité, produits inéluctables de la social-démocratie, 18 mai 2010, Gilles Dryancour.

(14) Par exemple, Selon le Figaro, : les immigrés maghrébins sont trois fois plus au chômage que les nationaux ».

(15) Source, Insee.

(16) Source Wikipedia, voir chapitre consacré à la dette et aux actifs publics.

(17) Intervention d'Eric Besson lors de la conférence des Ambassadeurs, 25-27/08/2010.

(18) Rapport du Sénat,, Immigration clandestine : une réalité inacceptable, une réponse ferme, juste et humaine, janvier 2005.

(19) Les Echos, 16/09/2010.

(20) Le Figaro, 20 octobre 2010