Lorsque l'Europe se fracture : ce que dissimule l'accord sur le plan de sauvetage du 27 octobre
Par Gilles Dryancour le mardi 8 novembre 2011, 15:14 - Note de synthèse - Lien permanent
Les pyromanes parviendront-ils à éteindre l'incendie ?
Dans les jours qui suivirent le sommet de Bruxelles du 21 juillet, consacré au sauvetage de l'euro, nous avions écrit :
"Faut-il, comme les dirigeants de l’Euroland, se réjouir du nouveau plan, adopté à Bruxelles le 21 juillet, pour sauver l’euro ? Proclamer qu’il apporte une solution définitive à la crise de la dette publique en Europe ? Au regard des décisions prises, cette annonce nous semble pour le moins prématurée. "
"Seuls les prochains mois, voire les prochaines années, nous diront si ce nouveau plan d’urgence aura véritablement sauvé la monnaie unique. Ce plan n’est d’ailleurs pas le premier, ni le second. En dix-huit mois, c’est déjà le cinquième censé définitivement sauver l’euro."(1).
Cette analyse, nous pourrions la répéter mot pour mot avec le sixième plan adopté le 27 octobre à Bruxelles. Ceci malgré les affirmations du Président Sarkozy : «Le sommet a permis d'adopter les éléments d'une réponse globale, d'une réponse ambitieuse, d'une réponse crédible à la crise que traverse la zone euro» (2)
Ces propos n’ont rien de nouveau. Ils ont été prononcés à chaque sommet précédent. Aussi, sont-ils de moins en moins crédibles. On ne s’étonnera donc pas de constater qu’à la question posée par le Figaro en ligne à ses lecteurs :
Pensez-vous que l'accord conclu à Bruxelles suffira à régler la crise de l'euro ? 81% des participants, sur presque 20.000, aient voté non (3). Si les réponses à la question n’ont pas de grande valeur scientifique, la question posée n’est pas dépourvue de bon sens. C’est précisément à celle-ci que nous allons tenter de répondre en analysant les nouvelles mesures adoptées et les réactions politiques qu’elles ont suscitées.
1. UN PLAN DE SAUVETAGE DE L’EURO PUREMENT POLITIQUE
Selon l’opinion médiatique médiane, le plan adopté le 27 octobre marquerait la victoire du modèle monétaire allemand sur le modèle français :
« Pour certains observateurs, l’Allemagne a su imposer ses vues face à la France : recapitalisation des banques, rôle de la BCE limité à surtout lutter contre l’inflation, limitation au plus bas du défaut grec ; bref, on assiste avec ce sommet à une gouvernance de l’Europe de plus en plus germanique » (4).
Autrement dit, il s’agirait d’une victoire du capitalisme allemand sur le keynésianisme français. Apparemment, tel semble bien être le cas. La décision prise d’augmenter la décote de la dette grecque détenue par les banques et de la faire passer de 21% à 50% a été imposée par la chancelière Merkel au Président Sarkozy qui aurait préféré monétiser la dette par le biais du FSE, fusse au risque de l’inflation.
C’est d’ailleurs une règle de sociologie politique générale. La monétisation de la dette est préférée, par les hommes de gouvernement, à la déconfiture. En effet, il est assez facile de compenser les coûts électoraux de l’inflation, par des promesses de rentes sociales supplémentaires. Par contre; il est très difficile de racheter les voix des épargnants qui ont perdu tout ou partie de leur capital.
Si l’on se place du point de vue d’une économie de la responsabilité, le défaut est préférable en ceci qu’il assainit une situation de déséquilibre financier. Il permet, également, d’identifier les erreurs commises et d’en sanctionner les responsables. C’est ce qui, à l’issue du sommet du 23 octobre, a fait déclarer à la chancelière Merkel :
« Nous devons travailler autrement à l'avenir… et ne pas répéter les fautes du passé (…) Le problème de la zone euro dépasse largement celui de la Grèce (…) il souligne la nécessité pour chaque pays de mener une politique budgétaire plus stricte » (5).
Si l’on s’en tient à une lecture superficielle, la première mesure adoptée, par le sommet de Bruxelles du 27 octobre, s’inscrirait dans une approche plus libérale que keynésienne de la monnaie. Toutefois, si l’on en analyse le détail, on se rend rapidement compte que c’est encore une fois l’approche politique qui l’a emportée. On peut, ainsi, se poser la question de savoir pourquoi il a été décidé de faire passer la décote des titres grecs de 21 à 50%.
Selon la version officielle, il s’agit toujours de faire payer les banques sans solliciter les contribuables. Mais est-ce bien certain ?
Toujours au mois de juillet dernier, nous écrivions :
« A ce propos, il ne faut pas être leurré par l’effet d’annonce politique. Dans les faits, ce sont encore les contribuables, essentiellement allemands et français, qui seront les dupes de la manœuvre. Pratiquement, la décision de racheter les obligations grecques à 80% de leur valeur nominale est un cadeau inespéré fait aux institutions financières. Car, au dernier relevé, les obligations grecques s’échangeaient sur le marché à 50% de leur valeur nominale. En d’autres termes, on va obliger les contribuables européens à racheter les obligations grecques à une valeur de 107 milliards d’euros, alors qu’elles ne valent plus que 67. Soit un cadeau de 40 milliards d’euros au profit des organismes financiers » (6).
Si la valeur marchande des obligations grecques était restée à 50% de leur valeur nominale, on serait parvenu à une opération blanche pour les banques. Cette opération aurait, aussi, été relativement bénéfique aux contribuables. Ils n’auraient plus eu à payer, par leurs impôts, les intérêts sur le principal de la dette grecque.
Cependant, depuis juillet dernier, il est apparu que la dette grecque ne valait plus rien. A l’échéance principale de 2020, la Grèce n’aurait pas été capable de rembourser les obligations parvenues à terme.
On peut toutefois contester ce raisonnement. Car, depuis mai 2010, la valeur marchande des obligations grecques ne reposait plus que sur la probabilité de leur remboursement par les contribuables des Etats européens encore solvables, allemands en tout premier lieu.
Cette probabilité n’a cessé de diminuer au fil des mois avec la montée du mécontentement outre-Rhin. Ceci au point que 85% des Allemands sont devenus hostiles à toute mesure de soutien supplémentaire à la Grèce ou à l’euro.
D’une certaine manière, on peut affirmer que la valeur de la dette grecque est devenue nulle quand le CDU-CSU a perdu son bastion historique du Baden-Württemberg fin mars dernier. Cette défaite extrêmement cuisante, pour la coalition de centre droit conduite par Merkel, a contraint le CDU-CSU à prendre conscience que les électeurs n’accepteraient plus de soutenir, ad vitam aeternam et à fonds perdus, la dette grecque. Or, sans intervention des Etats solvables de la zone euro, il est évident que la valeur de la dette grecque est égale à zéro.
Ainsi, on relèvera le paradoxe comptable suscité par l’évolution des marchés politiques. En compensant moins les banques (50% de la valeur nominale des obligations grecques au lieu de 79%), le contribuable européen va leur faire un don plus grand : 100 milliards d’euros au lieu de 40 (7).
De toute évidence, il ne s’agit là en rien d’une solution libérale. Celle-ci aurait , pour sa part, privilégié le défaut grec et la faillite des banques surexposées. Cela afin de sanctionner les élites politiques et financières pour leur gestion calamiteuse. Bien entendu une garantie aurait pu être donnée aux petits porteurs de ladite dette dans une limite donnée, comme celle de 100.000 euros apportée pour les comptes bancaires.
Une fois encore, les hommes de l’Etat ont privilégié le soutien aux institutions financières, en donnant l’illusion qu’elles feraient un sacrifice alors que plusieurs d’entre elles avaient déjà provisionné les coûts d’un défaut grec.
Là aussi, les raisons de ce choix étaient politiques. Au-delà des évidentes connivences d’intérêt, la décision visait à sauver l’euro en évitant à la Grèce de faire défaut :
« Après l'accord avec les banques créancières de la Grèce, la dette publique du pays devient "viable" a estimé jeudi le ministre des Finances grec Evangélos Vénizélos. S'il n'y avait pas eu cet accord, la dette en 2020 aurait atteint 173% du PIB, donc il s'agit d'un allégement impressionnant", a dit le ministre lors d'une conférence de presse à son retour de Bruxelles, quelques heures avant une allocution télévisée du Premier ministre Georges Papandréou. L'objectif de l'accord est d'atteindre un taux de 120% en 2020 » (8).
L’affirmation selon laquelle la dette serait viable parce que réduite à 120% de son PIB donne une fausse image de la dynamique de la dette publique. La solvabilité de la dette dépend, également, du taux de croissance, des taux obligataires et du déficit primaire du budget. Compte tenu des performances économiques enregistrées par la Grèce au cours de ces dix dernières années, sa dette ne peut être viable avec un ratio de 120% (A ce taux, il lui faudrait une croissance minimale de 6% par an pour la stabiliser). Un septième plan de sauvetage de l’euro aurait, donc, été rapidement nécessaire.
Il faut également relever que la décote supplémentaire imposée aux banques privées ne s’applique pas aux 120 milliards d’obligations grecques détenues par des institutions publiques, qu’il s’agisse de la BCE, du FMI, ou des Etats membres de l’Euroland. Ceux-ci se voient conféré le privilège exorbitant de maintenir, dans leurs actifs, la dette grecque à sa valeur nominale, alors qu’elle ne vaut plus rien sans leur intervention.
Un autre signe de l’approche politique de la crise systémique de l’euro est la création d’un ‘’véhicule spécial d’investissement’’ parallèle au FESF et destiné à attirer l’épargne des pays émergents, notamment celle de la Chine. Ce véhicule :
« ferait intervenir une palette d’instruments financiers des plus divers et risqués. Rappelant étrangement les pratiques bancaires qui croyaient pouvoir annuler [toute forme de] risque (…). Avec ce projet, les États européens se mettent à l’heure de la finance moderne, à contretemps des événements et sans tenir compte de ses leçons » (9).
S’il est difficile de se prononcer, à cette heure sur la nature du véhicule financier qui sera mis en place pour capter la manne chinoise, on peut déjà faire plusieurs remarques sur les annonces faites pour justifier sa conception. Parmi celles-ci, il y aurait la possibilité qui serait ainsi offerte à la Grèce de revenir, indirectement, sur le marché financier. Or, quel investisseur raisonnable serait intéressé par la perspective d’un emprunteur mis en défaut partiel ? Alors qu’il peut acheter directement de la dette allemande. De toute évidence, le ‘’véhicule spécial d’investissement’’ ne pourra intéresser que des fonds hautement spéculatifs ou des fonds souverains qui poursuivent des fins politiques. Ce que certains analystes ont déjà perçu :
« L'Union européenne ne veut pas d'une appréciation de l'euro. Or, si la Chine achète de la dette en euros, l'euro risque de se renchérir. D'où la proposition de Klaus Regling, à Pékin, que le FESF émette des obligations libellées en yuans si les autorités chinoises donnent leur accord en ce sens. « Accepter cela pour les Chinois reviendrait de fait à perdre le contrôle de ce qui peut arriver à leur devise, la dette achetée en yuans pouvant s'apprécier ou se déprécier et échapper ainsi au contrôle de la Chine (…)Cela équivaudrait à déclencher une libéralisation des changes. Or la Chine veut contrôler son taux de change » (10).
Formulée d’une autre façon, l’analyse de Marie-Christine Corbier, nous révèle que si la Chine entrait dans le FESF par la voie du véhicule spécial, elle le ferait pour maintenir son mercantilisme monétaire ainsi qu’un certain nombre de pratiques contraires au libre-échange.
Ainsi, le compromis franco-allemand - qui vise à augmenter le pool des créanciers, pour faciliter le retour des PIIGS sur le marché obligataire -, perpétuera les déséquilibres d’un système monétaire international à bout de souffle.
Cela ne constitue en aucune manière une solution viable sur le long terme.
De même, l’annonce de l’extension des capacités d’intervention du FESF à 1000 milliards d’euros n’offre aucune solution durable. Car, il faut le savoir, l’extension de ses capacités se fera à fonds constants...
Etant donné que le FESF n’a plus que 250 milliards d’euros de disponibles, d’où viendront les 750 milliards supplémentaires ? Par quelle magie financière, cette somme se retrouvera-t-elle multipliée par quatre ?
« Le Fonds européen de stabilité financière (FESF), dont les fonds encore disponibles atteignent entre 250 et 275 milliards d'euros, sera démultiplié par un facteur au moins égal à quatre, ont indiqué mercredi deux sources participant au sommet de la zone euro à Bruxelles. Ce recours à l'effet de levier portera la capacité totale du fonds de soutien à l'euro à 1.000 milliards d'euros au moins » (11).
En langage clair, cela signifie que les 250 milliards restants seront utilisés pour assurer une partie des émissions d’obligations des Etats membres de l’Euroland. Pour 1000 milliards d’émission, il sera techniquement possible d’assurer 25% des émissions à 100% ou la totalité des 1000 milliards à 25% de leur valeur nominale. En toute hypothèse, les primes d’assurance ne dépasseront pas 250 milliards en cas de défaut. Les 750 milliards ‘’levier’’ n’existent donc que dans l’imagination de leurs concepteurs. Ce sont donc 750 milliards de dette futures supplémentaires, garantis par 250 milliards de dettes déjà contractées.
Tous ces milliards virtuels sont supposés contribuer à la baisse des taux obligataires des pays à risque. Pourtant, ils ne résisteraient pas longtemps à un mouvement de panique obligataire touchant l’Espagne ou l’Italie.
En outre, il n’est pas certain que les investisseurs étrangers préféreront une dette publique à risque partiellement assurée, à une dette sans assurance, mais jugée sans risque.
Comme on le voit, le sixième plan de sauvetage de l’euro n’apporte aucune solution globale, crédible ou sérieuse à la crise de l’euro. Ceci d’autant plus que les tensions, de toute nature, ne cessent de croître entre Etats de l’Euroland.
2. UNE ZONE EURO DE PLUS EN PLUS INSTABLE
Dans ce papier, nous ne reviendrons pas longuement sur les déséquilibres économiques induits par une monnaie unique utilisée par des pays aux politiques budgétaires, sociales et fiscales profondément hétérogènes. Nous ne donnerons qu’un exemple que nous n’avons pas, encore, eu l’occasion de développer dans nos analyses précédentes et qui touche particulièrement la France.
Dans une certaine presse économique, il est de bon ton de dénoncer la déflation salariale qui serait pratiquée par l’Allemagne, même si le gouvernement fédéral allemand n’a aucun pouvoir en matière de fixation des salaires.
Cette déflation supposée conduirait à l’excédent commercial allemand et, par voie de conséquence, au déficit commercial français. Selon les termes de Philippe Huguen, ce déficit est devenu ‘’abyssal’’ et ne cesse de se creuser :
« Le déficit commercial de la France qui, au pire, atteignait les 5 milliards d'euros les mauvais mois, a changé de dimension depuis un semestre, s'établissant désormais régulièrement au-delà des 6 milliards d'euros, comme l'illustrent les chiffres de juillet, publiés jeudi [8 septembre]. Talon d'Achille de l'économie française, le déséquilibre des échanges de marchandises est bien parti pour afficher un nouveau et peu enviable record sur l'ensemble de l'année 2011. (…) Sur les douze derniers mois, le déficit s'établit à 67,21 milliards d'euros contre "seulement" 51,66 milliards pour l'année 2010. Cette contre-performance tranche avec le solde positif insolent affiché par le commerce extérieur allemand qui, même décevant et en net repli en juillet à 10,4 milliards d'euros est durablement ancré dans le vert (…) Pour Pierre Lellouche, les chiffres calamiteux de ces derniers mois traduisent à la fois un "problème de compétitivité de la maison France", la "surdépendance" des entreprises françaises à l'égard du marché européen et la prédominance des grands groupes par rapport aux PME » (12).
Curieusement personne ne semble s’interroger sur la part de responsabilité de l’euro dans la dégradation permanente de la balance commerciale française. Si la France avait conservé sa monnaie, la valeur du franc sur les marchés de change n’aurait cessé de chuter compensant, en partie, son retard de compétitivité.
Or, l’euro joue, pour la France, le rôle inverse du yuan pour la Chine. Il agit comme une monnaie qui ne peut être dévaluée à la hauteur de ses pertes de compétitivité. Tandis que le yuan, dont la parité artificiellement fixée sur un panier de monnaies (dans lequel le dollar est prédominant). Le yuan ne peut donc être réévalué à la hauteur des gains de productivité de la Chine. On pourrait ainsi qualifier le yuan de monnaie mercantiliste et l’euro de monnaie anti-commerciale pour tous les pays de la zone euro à faible productivité.
A l’opposé, tous les pays de la zone euro dont le taux de productivité est élevé bénéficient d’une monnaie mercantiliste qui fonctionne comme le yuan. Ces derniers étant peu nombreux - Allemagne, Autriche, Luxembourg, Pays-Bas, Finlande -, il faut donc s’attendre à une hausse continue du chômage dans la zone euro dans les pays faiblement productifs. Ce que confirme la tendance générale depuis la crise de 2008 :
« Record du taux de chômage en zone euro : il a atteint 10,2 % de la population active en septembre. Ce taux est ainsi légèrement au-dessus des 10,1 % enregistrés en août, selon des données publiées lundi 31 octobre par l'office européen des statistiques Eurostat. Ce record avait déjà été atteint en juin 2010. Cela fait à présent cinq mois consécutifs que le chômage est au moins à 10 %. (…) L'Espagne est une nouvelle fois le pays de la zone euro enregistrant le plus fort taux de chômage (22,6 %) tandis que l'Autriche et les Pays-Bas enregistrent les taux les plus bas (respectivement 3,9 % et 4,5 %). De son côté, la France affiche un taux de 9,9 % en septembre. Aucune donnée n'est disponible pour l'Allemagne. » (13)
Si Eurostat n’indique pas le taux de chômage pour l’Allemagne, il est néanmoins facile de le trouver. Au mois d’octobre 2011, il s’élevait à 6,5% pour toute l’Allemagne avec de fortes disparités régionales : 10,2% pour la partie est-allemande (ancienne RDA) et 5,6% pour la partie ouest-allemande. Certains Länder comme la Bavière ou le Baden-Württemberg présentent des taux particulièrement faibles aux alentours de 3,5% (14).
On peut ajouter que, dans une économie mondialisée, l’euro pousse à la délocalisation des entreprises des pays les moins productifs dont le prix des exportations ne peut s’ajuster ni par les salaires ni par la monnaie. Ce qui est notamment le cas de l’Espagne dont le marché du travail est l’un des plus rigides d’Europe. Aussi est-ce sans surprise que l’on constate qu’il s’agit du pays de l’Euroland qui a le taux de chômage le plus élevé.
Bien entendu, on peut rêver d’un alignement de la productivité de l’ensemble des pays de la zone euro sur celle de l’Allemagne, ce qui rendrait l’euro viable. Mais, c’est une tâche qui demanderait une génération. Or, il est peu probable qu’un tel laps de temps sera laissé aux hommes de gouvernement de l’Euroland par les marchés politiques. Plus vraisemblablement, ceux-ci vont rentrer en conflit avec l’élite dirigeante adepte de la monnaie unique.
C’est d’ailleurs ce qui se passe depuis mai 2010, comme le montre la montée des contradictions au sein de la zone euro que l’on peut analyser par pays.
Le peuple allemand rejette l’euro dans les urnes et les sondages
Les sondages d’opinion le confirment régulièrement, l’immense majorité des Allemands est contre toute forme de transfert en faveur des pays surendettés de la zone euro. En mai 2010, 60% des Allemands étaient contre une aide à la Grèce. Ils seraient 85% aujourd’hui. Cela signifie que toutes les mesures adoptées par la coalition dirigée par Angela Merkel en faveur de la Grèce l’ont été contre la volonté des électeurs allemands.
La sanction électorale ne s’est, d’ailleurs, pas fait longuement attendre. Dès mai 2010, la CDU-CSU perdait les élections en Rhénanie du Nord-Westphalie, le plus peuplé des Länder allemands. Ce qui a entraîné la perte de sa majorité au Bundesrat. En février 2011, ce fut le tour du Land de Hambourg, où la CDU a perdu la moitié de ses sièges dès le premier tour (28 sur 56). Puis vint la défaite historique du Baden-Württemberg, le 27 mars dernier, que la CDU dirigeait depuis 1953. Enfin, début septembre ce fut une nouvelle défaite dans le Land de Mecklembourg-Poméranie.
Quand on connaît les succès économiques allemands (chômage faible et en baisse, excédent commercial, croissance soutenue), une telle série de revers politiques a de quoi surprendre. Un article paru dans l’Express en explique les raisons :
« La coalition de centre-droit au pouvoir en Allemagne a subi dimanche un nouveau revers électoral dans le Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale, où la CDU de la chancelière Angela Merkel et les libéraux du FDP accusent tous deux un net recul. Sur fond de crise dans la zone euro, l'Union chrétienne-démocrate (CDU) d'Angela Merkel tombe à 23,3% des voix, alors qu'elle avait obtenu 28,8% en 2006 (….) Il s'agit du plus mauvais score de la CDU dans cet Etat faiblement peuplé des rives de la Baltique."Nous sommes déçus que la CDU ait perdu autant de soutiens", a dit Peter Altmaier, député chrétien-démocrate à Berlin et proche allié de la chancelière. Il a ajouté que la CDU était en position difficile au plan national en raison de la crise des dettes souveraines de la zone euro» (15).
Le hiatus entre l’élite dirigeante allemande et les électeurs vient ici d’une opposition radicale dans la relation à l’euro. L’élite au pouvoir raisonne de manière mercantile, le regard fixé sur la balance commerciale. Tandis que les électeurs allemands réagissent moralement en refusant de soutenir des pays qui ne se sont pas réformés et dont les citoyens bénéficient d’avantages sociaux supérieurs à ceux dont ils disposent eux-mêmes après les réformes sociales, induites par les lois Harz I, II, III et IV. Le rejet général des plans de soutien a contraint la chancelière Merkel, après plusieurs volte-face, à revenir à un peu plus d’orthodoxie monétaire. Ce qui n’était pas dans ses intentions premières.
A l’opposition des électeurs, se sont ajouté de fortes dissensions internes à la coalition gouvernementale. Le très influent Michael Fuchs, vice-président du groupe parlementaire CDU-CSU a publiquement déclaré, début octobre, que la Grèce était en faillite et qu’il fallait enfin admettre cette réalité. C’est à lui que revient la paternité de la mesure d’un défaut partiel à 50% imposé aux banques. Mesure que Merkel n’avait plus d’autre choix que de défendre au risque de perdre son poste de chancelière.
La sortie de Fuchs intervenait après plusieurs semaines de querelles internes au gouvernement entre Philipp Rösler, ministre FDP de l’économie, et la chancelière Merkel sur la manière de sauver l’euro. Le premier préconisait la faillite pure et simple de la Grèce (position exprimée le 12 septembre dans le magazine Die Welt), la seconde s’y opposait fermement avec le soutien de son ministre des finances Schäuble, dont l’on apprenait, pourtant, qu’il faisait réaliser, par ses équipes, une étude sur le coût d’une probable déconfiture grecque…
Dans ce tableau allemand, il faut ajouter, la démission, le 9 septembre du chef économiste allemand de la BCE, Jürgen Stark qui a ainsi voulu protester contre le rachat sur le second marché de la dette espagnole et grecque. Cette démission suivait celle, en février, de l'ex-président de la Bundesbank Axel Weber qui a quitté la BCE pour les mêmes raisons.
Ces actions symboliques ont atteint leur objectif puisqu’elles ont convaincu l’aile parlementaire conservatrice du CDU-CSU de ne pas augmenter les moyens d’action du FESF et de cantonner la BCE à sa mission de lutte contre l’inflation. Des positions fermement réaffirmées par l’Allemagne lors des sommets de Bruxelles des 23 et 27 octobre au grand dam de la France.
Notons aussi que parallèlement au refus des plans de sauvetage de l’euro une forte majorité des Allemands souhaite le retour au mark :
« Plus d'un Allemand sur deux (54%) souhaite le retour du deutsche mark comme monnaie de paiement alors que la zone euro traverse une crise sans précédent, selon un sondage pour le magazine Stern publié mercredi. Ce sondage a été réalisé par l'Institut Forsa entre les 28 et 29 septembre auprès de 1.001 personnes. Dans les régions d'ex-RDA, l’attachement au deutsche mark, introduit en 1990, moins d'un an après la chute du Mur de Berlin, reste encore plus fort : 67% des habitants de l'ex-RDA souhaiteraient sa réintroduction » (16).
De tous ces éléments, il faut retenir que l’engagement allemand en faveur de l’euro pourrait ne pas durer éternellement. Même si aux prochaines élections législatives de 2013, il est probable que le SPD et les Verts emportent la victoire. Ces derniers sont notoirement plus keynésiens et favorables à l’euro que ne l’est la coalition actuelle. Néanmoins, sur ce sujet de société, ils seront encore plus en rupture avec l’opinion publique allemande qui sera davantage tentée de juger leur action sur leur bilan économique. Or, si par ses choix politiques, une coalition SPD-Verts voire SPD-CDU/CSU venait à détériorer l’emploi et la balance commerciale de l’Allemagne, il n’existerait plus de marge de manœuvre politique et économique à l’Allemagne pour soutenir l’euro.
Faute de pouvoir monétiser la dette publique la France cherche à temporiser
En France, l’opinion publique est prétendument acquise à l’aide à la Grèce et aux plans de sauvetage gouvernementaux de l’euro. Toutefois, de récents sondages indiquent que l’opinion des Français ne diverge pas substantiellement de celle des Allemands :
« Les Français désapprouvent largement (68%) l'augmentation de la contribution financière de 15 milliards d'euros de la France dans le plan d'aide à la Grèce , selon un sondage Ifop pour Dimanche Ouest-France .Si 30% des personnes interrogées se déclarent "tout à fait" hostiles et 38% "plutôt" hostiles à la décision de la France d'augmenter sa contribution financière, elles sont seulement 32% à l'approuver, 5% seulement l'approuvant "tout à fait". Les sympathisants de gauche sont plus nombreux à soutenir le nouveau plan d'aide (42% contre 30% des sympathisants de droite), alors que les proches du Front national se montrent les plus hostiles (90%). Globalement, la désapprobation est plus importante chez les employés (81%) et les ouvriers (80%) que chez les cadres supérieurs (49%). Elle concerne davantage les femmes (76%) que les hommes (58%), ainsi que les personnes actives âgées de 35 à 49 ans (75%), loin devant les retraités (58%) » (17).
Pourtant la France a été la première, début septembre, à ratifier le plan d’aide à la Grèce adopté le 21 juillet. Pour cela il a fallu une loi budgétaire rectificative votée, discrètement, le 7 septembre par l’Assemblée nationale. Loi qui augmentera la dette de la France de plus 15 milliards d’euros d’ici à 2014.
La chronologie de cette décision était particulièrement malvenue, puisque le gouvernement Fillon, quelques jours auparavant, avait annoncé dix mesures de rigueur, comportant toute une série d’impôts et de taxes supplémentaires, pour un montant de 12 milliards. Ce qui a fait dire, le 6 septembre 2011, au souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, à la Tribune de l’Assemblée Nationale :
« Nous vivons un moment unique dans cet hémicycle. Au moment où l’Europe s’enfonce dans la crise, où l’agonie de l’euro se poursuit et s’aggrave, où les peuples qui souffrent grondent, vous nous présentez un projet de loi de finances rectificative surréaliste. D’un côté 12 milliards de rigueur supplémentaire principalement pour les classes moyennes. De l’autre côté 15 milliards d’euros jetés par la fenêtre » (18).
Malgré une opinion publique hostile et quelques voix dissidentes au sein du système, il est toutefois peu probable que les élites de la république monarchique française modifient leur point de vue sur l’euro. Celles-ci à la différence des élites allemandes sont beaucoup moins centrées sur l’économie réelle que sur la conservation du pouvoir et les réseaux qui les soutiennent (Il ne s’agit, en effet, ici ni de soutenir l’excédent commercial, ni l’emploi, ni la stabilité des prix).
Dans cette optique particulière, l’objectif à court terme de nos hommes politiques était de sauver les banques françaises surexposées à la dette grecque. Effectivement, les trois banques françaises les plus exposées à la dette grecque cumulent 11,5 milliards d’euros dans leur bilan : BNP (5 milliards), Dexia (3,5 milliards) Société Générale (3 milliards). En cas de défaut de la Grèce, la liquidation de ces banques, pour leur mauvaise gestion, aurait été inévitable. Elles auraient donc pu être rachetées par d’autres banques européennes, voire étrangères. Ce que les hommes de l’Etat ne voulaient à aucun prix préférant conserver des dirigeants inefficaces, débiteurs du renflouement de leurs bilans par l’Etat, que d’avoir à traiter avec des gestionnaires indépendants, plus soucieux de la prospérité de leurs clients que du maintien du soutien à leur politique économique.
Ce schéma de pensée est également celui de l’élite dirigeante allemande. Cependant, il est partiellement atténué par une plus faible exposition de leurs banques à la dette grecque. Les trois banques allemandes les plus exposées ne cumulent, en effet, que 5,8 milliards d’euros de dette grecque : Commerzbank (3,1 milliards), Deustchebank (1,6 milliards), Allianz (1,1 milliards). Soit un risque systémique deux moins grand que celui de la France.
A long terme, l’objectif de nos hommes de gouvernement serait de liquider la dette publique française par sa monétisation et/ou la dévaluation de l’euro. D’où le débat lancé en France sur l’opportunité de créer des euro-obligations, puis la proposition de transformer le FESF en banque adossée la BCE, autorisée à acheter directement la dette des Etats déficients. Deux propositions fermement rejetées par Berlin et qui ont donné, en coulisse, lieu à de vifs échanges entre la chancelière Merkel et le président Sarkozy, malgré une unité purement circonstancielle sur la manière de gérer la crise de l’euro.
Face au refus de l’Allemagne de monétiser la dette des Etats européens, nos hommes de gouvernement n’ont plus d’autre choix que de temporiser et de renvoyer toutes les échéances cruciales après l’élection présidentielle de 2012.
Au-delà des jeux politiques et de l’apparente apathie de l’opinion publique, il faut se rendre compte que la marge de manœuvre de nos hommes de gouvernement, pour sauver l’euro, se réduit au fur et à mesure que les taux des obligations françaises montent.
Au 1er novembre, le spread de taux entre les obligations françaises et allemandes atteignait 123 points de base. Un nouveau record qui alourdira le service de la dette publique française de plusieurs milliards d’euros. Sans oublier un déficit public de 135 milliards d’euros et un déficit primaire double de la moyenne européenne - aux environs de 60 milliards pour 2011, soit environ 3,5% du PIB.
Etant donné que nos hommes de gouvernement auront de plus en plus de mal à financer la dette nationale et à conserver la note AAA, on peut en déduire qu’ils auront bientôt d’autres priorités que celle de renflouer les PIIGS pour sauver l’euro. Relevons encore que l’affaiblissement des finances publiques françaises enlève une grande partie de la crédibilité de la France dans la gestion de la crise de l’euro qui est de plus en plus remise en cause par les petits Etats membres de l’Eurozone.
Quand Les petits pays Etats de l’Euroland s’opposent aux grands
Une autre ligne de fracture est clairement apparue cet été entre les grands et les petits Etats de l’Euroland quand ces derniers ont compris que toute la rhétorique du couple Sarkozy-Merkel, sur l’indispensable solidarité à l’égard de la Grèce et de l’euro, visait principalement à renflouer leurs banques. L’opposition la plus forte au plan du 21 juillet est venue de Finlande, où le parti eurosceptique des ‘’Vrais Finlandais’’, troisième force politique du pays, tient un rôle prépondérant en matière de coopération européenne. Pour approuver le plan du 21 juillet, ce parti a exigé des garanties pour que l’argent des contribuables finlandais ne soit pas versé dans le trou sans fond de la dette grecque. C’est ainsi que la Finlande a fait introduire une clause dans l’accord de Bruxelles prévoyant que :
« Le cas échéant, un contrat de garantie sera mis en place de façon à couvrir le risque résultant, pour les États membres de la zone euro, des garanties qu'ils auront fournies au FESF ».
Clause que la Finlande a fait jouer mi-août en obtenant d’Athènes des garanties de nantissement en échange de son futur prêt. Ce qui a immédiatement suscité la colère du gouvernement allemand :
« L'Allemagne n'a pas caché, lundi 22 août, son mécontentement face à la promesse faite par la Grèce de garantir généreusement l'aide accordée par la Finlande. L'accord gréco-finlandais doit être approuvé par les autres pays membres de la zone euro a estimé lundi le ministère des finances allemand. Un tel accord bilatéral ne doit pas être conclu au détriment des autres". (…) Le porte-parole de Mme Merkel a par ailleurs jugé que les discussions sur de possibles garanties, désormais réclamées par d'autres pays, devaient être menées ‘’non dans les médias mais dans les instances de la zone euro» (19).
Ce que voulait maladroitement dire le porte-parole dans sa remarque contre les médias, c’est que les contribuables allemands ne devaient pas être mis au courant de l’initiative finlandaise et du passe-droit qui lui a été accordé pour obtenir sa voix nécessaire à la mise en œuvre de l’accord.
Dans la seconde moitié du mois d’août et début septembre, l’Allemagne a essayé de faire pression sur la Finlande pour qu’elle renonce à ses garanties. Ce qui a fait monter le président du parti des Vrais Finlandais au créneau :
« Dans une interview à Reuters, Timo Soini, dont le parti a recueilli 19% des voix aux élections législatives d'avril, souligne la répugnance de plusieurs pays de l'UE à devoir 'payer la note' pour des Etats accusés de dilapidation ou de négligence, comme la Grèce, l'Irlande ou le Portugal. "Ceux qui ne peuvent pas suivre les règles doivent sortir du système. Ou alors il faut que des pays comme la Finlande, les Pays-Bas ou peut-être l'Allemagne quittent la zone euro, parce qu'ils ne peuvent plus payer pour les autres", dit-il. "Il est totalement scandaleux que les contribuables finlandais paient la note pour des pays qui ont triché (...) Pour ce qui est de la Grèce, il est clair qu'il y a eu tromperie de la part de certains de leurs hommes politiques » (20).
Après cette entrevue et la menace du ministre des finances finlandais de se retirer du processus d’aide si l’accord bilatéral avec la Grèce n’était pas approuvé par l’Euroland, la Finlande a obtenu gain de cause sans que les médias grands publics n’en parlent :
« Après des semaines de discussion, la Finlande a obtenu que la Grèce lui fournisse des garanties financières sur sa participation au Mécanisme européen de stabilité (MES, le mécanisme permanent qui prendra la suite du FESF)…. Helsinki devra verser en une fois sa contribution de 1,4 milliard d’euros, alors que les autres pays pourront échelonner leurs versements sur 5 ans, et ne pourra toucher des intérêts qu’au bout de 20 ou 30 ans. "Bonne affaire ou mauvais compromis ?", s’interroge le quotidien, alors que le gouvernement, sous la pression du parti des Vrais Finlandais, avait menacé de ne pas participer au plan d’aide à la Grèce » (21).
Observons encore que dès que l’accord bilatéral gréco-finlandais fut connu, les Pays-Bas, l’Autriche, la Slovénie et la Slovaquie se sont engouffrés dans la brèche et ont, également, manifesté leur volonté de bénéficier des mêmes garanties.
En octobre, c’est de la Slovaquie que sont venues les mauvaises nouvelles pour les adeptes de la monnaie unique avec un vote de rejet, le 11 octobre, par le parlement slovaque du plan du 21 juillet et de l’élargissement des capacités du FESF à 440 milliards. Ce vote a d’ailleurs entraîné la chute du gouvernement et la formation d’une coalition de transition qui, sous la pression de Berlin, s’est engagée à ratifier le fonds de sauvetage avant les futures élections :
« La Grèce peut souffler. La zone Euro aussi. La Slovaquie, dernier des 17 pays de la zone euro à devoir approuver l'élargissement à 440 milliards d'euros du Fonds de secours de la zone euro (FESF), ratifiera le projet d'ici vendredi. C'est ce qu'a annoncé mercredi à Bratislava le chef du parti d'opposition sociale-démocrate Smer-SD Robert Fico, après plusieurs jours d'incertitudes. Pour assurer l'adoption de ce document, un accord politique a été trouvé entre quatre partis Les libéraux du SaS ont torpillé mardi au Parlement le renforcement de cet outil destiné à venir en aide aux pays en difficultés financières, dont la Grèce, lourdement endettée. Le vote négatif de mercredi a entraîné la chute du gouvernement de centre-droit d'Iveta Radicova qui en avait fait une question de confiance pour son cabinet. Des élections anticipées se tiendront le 10 mars 2012, annoncé mercredi Robert Fico. Un projet gouvernemental de loi constitutionnelle sur l'organisation des élections sera présenté jeudi au Parlement, a ajouté le chef de l'opposition. "Immédiatement après l'approbation de cette loi, en procédure raccourcie, nous procéderons à la ratification du Fonds de sauvetage", a-t-il dit » (22).
Incidemment, il faut savoir que 70% des Slovaques étaient contre le renforcement du FESF et que les prestations sociales et les traitements de la fonction publique slovaque y sont de loin inférieurs à ceux de la Grèce. Cela a rendu la décision prise par le Parlement slovaque singulièrement amère aux citoyens ordinaires.
Si la contribution de la Slovaquie (7,7 milliards d’euros) apparaît relativement modeste aux yeux des sommes engagées par le FESF (440 milliards), elles n’en représentent pas moins de 10% de son PIB.
Ce passage en force du plan de sauvetage de l’euro en Slovaquie, comme dans d’autres pays, laissera inévitablement des traces qui augurent mal de l’avenir de la monnaie unique.
Le clivage Nord-Sud s’accentue
Dans un article paru, le 7 octobre dans le Blog à Lupus, Geert Noels, nous donne les raisons pour lesquelles ‘’Un fossé de plus en plus profond se creuse dans la zone euro’’ :
« Au cours de la période 2010-2012, la croissance économique dans les pays du Nord (l’Allemagne en tête) sera chaque année supérieure d’environ 1 % à celle enregistrée dans les pays du Sud. Ces pays «Club Med» subissent également un taux de chômage qui augmente chaque mois … Alors que le Nord s’attaque à ses problèmes budgétaires avec un léger vent dans le dos, les mesures prises dans le Sud ne sont qu’un emplâtre sur une jambe de bois. Ces pays sont pris dans un cercle vicieux de déficits élevés, de mesures d’économie et de hausses des impôts, de croissance négative, de dettes croissantes. Après la constitution du fonds de stabilisation européen de 1.000 milliards de dollars, les investisseurs n’ont toujours pas confiance et font grimper le taux d’intérêt des pays PIGS – Portugal, Italie, Grèce, Espagne – à des hauteurs records, ce qui est mauvais pour leurs budgets… Aujourd’hui, le différentiel de taux de la Grèce est à nouveau plus élevé qu’avant l’eurocrise. Permettre à ce pays de contracter de nouvelles dettes alors qu’il ne peut pas payer les anciennes n’est pas une solution mais un renforcement du problème » (23).
Les divergences entre le Sud et le Nord se sont, aussi, traduites par de vives tensions entre les dirigeants politiques des deux zones, notamment lors du sommet du 23 octobre. Ainsi, le truculent Silvio Berlusconi a été reçu par le couple Sarkozy-Merkel, comme le mauvais élève de la classe euro. Elève qu’ils ont publiquement raillé, lors de leur conférence de presse commune.
La presse italienne et les commentateurs n’ont pas attendu pour réagir à l’humiliation infligée au chef de leur gouvernement, aussi impopulaire soit-il dans son pays. Il Giornale a qualifié les Français ‘’d’arrogants’’, ‘’jaloux’’ d’avoir perdu la présidence de la BCE au profit d’un Italien. La Repubblica s’est moquée du couple ‘’Merkozy’’ dénonçant les faux-semblants unissant les deux partenaires.
Sur le terrain politique, l’Alliance du Nord a mobilisé ses troupes contre la réforme de la retraites à 67 ans, promise par Berlusconi à Sarkozy et Merkel comme un gage d’assainissement des finances publiques italiennes. L’Alliance du Nord a fait observer que l’âge minimum légal de la retraite pour les hommes en Italie était de 65 ans et seulement de 62 en France. Que de surcroît, l’Italie malgré sa dette enregistrait un solde primaire positif tandis que la France connaissait, pour sa part, un solde négatif et n’avait donc de leçon à donner à personne.
En Espagne, la presse a dénoncé l’attitude orgueilleuse d’Angela Merkel. Celle-ci aurait enjoint le premier ministre Zapatero à plus de rigueur. Et, El Païs d’opposer les déclarations de Nicolas Sarkozy pour lequel l’Espagne avait fourni assez d’efforts…
L’UEM contre l’UE
Lors du sommet évoqué plus haut, une autre division est apparue en plein jour qui est celle entre les Etats de l’Union membres et non-membres de la zone euro. C’est ce qu’a révélé cette passe d’armes à peine croyable entre Nicolas Sarkozy et David Cameron :
« Répondant à des critiques de Cameron, Sarkozy lui aurait lancé : "Tu as perdu une bonne occasion de te taire", rapporte The Guardian ("You have lost à good opportunity to shut up"). L'euro, tu l'aimes ou tu te tais. Puis le président français aurait ajouté : "Nous en avons assez de vous entendre nous critiquer et nous dire ce que nous avons à faire", toujours selon The Gardian, citant des sources diplomatiques. Avant d'ajouter : "Vous dites détester l'euro, vous n'avez pas voulu le rejoindre et maintenant vous voulez vous ingérer dans nos réunions". Cinglant. Les 10 pays non membres de la zone euro, Grande-Bretagne en tête, commencent à élever la voix contre la volonté des États utilisant la monnaie commune de prendre des décisions sans les consulter, précise Le Parisien. Les critiques de Cameron "La crise de la zone euro affecte toutes nos économies, y compris celle de la Grande-Bretagne", a lancé M. Cameron. Avant d'ajouter qu'"il est dans l'intérêt de la Grande-Bretagne que les pays de la zone euro règlent leurs problèmes. Mais cela devient dangereux - et j'en ai parlé franchement avec eux-, s'ils prennent des décisions vitales pour les autres pays du Marché unique, comme des décisions sur les services financiers qui concernent tout le Marché unique". Ce sont ces paroles qui ont apparemment énervé Nicolas Sarkozy » (24)
En réaction au sommet de Bruxelles, les Eurosceptiques du parti conservateur britannique ont proposé la tenue d’un référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union Europénne. Malgré les consignes données par Cameron, 80 députés conservateurs ont voté pour cette proposition, toutefois rejetée par le reste de la Chambre des Communes. Cette initiative qui a mis à mal le premier ministre témoigne clairement de l’exaspération d’une partie de la classe politique britannique quant au fonctionnement de l’Union.
Selon la presse générale, la Pologne et la Suède auraient, par voie diplomatique, manifesté leur mécontentement sur la manière dont le sommet de Bruxelles a été conduit.
Le chaos grec est-il gérable ?
Si l’on voit le mécontentement monter dans toute l’Union que dire de la situation en Grèce ? Est-elle encore gérable ? On peut en douter. Pour protester contre le plan d’austérité, les grèves générales (treize en 18 mois) succèdent aux grèves partielles et aux grèves du zèle des fonctionnaires.
Parmi les grévistes, on trouve les éboueurs d’Athènes. Menacés de perdre leur emploi, ils refusent depuis plusieurs semaines de ramasser les ordures dont le volume approcherait 10.000 tonnes, faisant peser une grave menace sur la santé des habitants de la capitale.
Régulièrement des manifestations pacifiques ou violentes se tiennent devant le parlement et dans les grandes villes.
Les manifestations ont pris une telle ampleur que les célébrations prévues pour la fête nationale du 28 octobre ont été presque partout annulées :
« Les manifestants ont bloqué la voie sur laquelle devait avoir lieu le défilé, en lançant des bouteilles d'eau et des œufs en direction de la tribune officielle…
A Athènes, une parade d'étudiants, traditionnelle chaque 28 octobre, a également dégénéré. Des bousculades avec les forces de l'ordre ont eu lieu devant le Parlement… En signe de deuil, certains musiciens de l'orchestre municipal avaient orné leurs instruments de rubans noirs. Faisant un lien entre la politique d'austérité imposée en Grèce par les créanciers du pays (UE-FMI-BCE) et la période d'occupation nazie, une banderole de manifestants proclamait "Arbeit macht frei", en référence à l'inscription apposée à l'entrée du camp de concentration nazi d'Auschwitz. Dans le reste de la Grèce, les défilés ont également été perturbés par des manifestants, ont rapporté les médias, notamment à Héraklion (Crète), Rhodes, Patras, Kalamata, Trakala et Nauplie, dans un climat de tension avec les forces de l'ordre. Mercredi, le ministre de la Défense, Panos Beglitis, avait déjà été pris à partie à Salonique par un groupe de manifestants » (25).
Un peu partout, la résistance aux augmentations d’impôts s’impose comme une norme comportementale. Les paiements par carte bancaire, par virement sont refusés par les commerçants, les restaurateurs et les prestataires de services.
Au lieu d’augmenter, les ressources fiscales de l’Etat fondent comme neige au soleil. Conséquemment, le déficit public est régulièrement revu à la hausse. Prévu à 6% du PIB en janvier, il a été corrigé à 8,8% en juillet et s’approche des 10% début novembre.
Il faut bien comprendre que c’est dans ce contexte révolutionnaire que le premier ministre grec Papandréou a annoncé, le deux novembre, un projet de référendum qui poserait la question au peuple grec de savoir s’il acceptait les conditions du dernier plan décidé à Bruxelles le 27 octobre. Se faisant, Papandréou a jeté un véritable pavé dans la mare déstabilisant politiquement la chancelière Merkel et le Président Sarkozy :
« La tragédie grecque a fini par pousser l'Allemagne aux bords de la crise de nerfs. Comme souvent lorsque l'incendie menace l'édifice européen, le quotidien populaire Bild surfe sur le ras-le-bol de l'opinion et souffle sur les braises. «Retirez l'Euro aux Grecs», titrait le journal à la une, en réclamant à Angela Merkel un improbable référendum en Allemagne sur cette question… Avec son annonce de référendum, le Premier ministre grec, Georges Papandréou, a ébranlé la stratégie de la chancelière. Et brouillé les cartes dans le système démocratique allemand, en redonnant des couleurs aux eurosceptiques….’’A l'avenir, les décisions concernant l'avenir de l'Europe doivent être tranchées par référendum», renchérit Alexander Dobrindt, secrétaire général de la CSU, jugeant que ce n'est pas aux contribuables allemands «d'économiser à la place des Grecs».. Les citoyens se sentant floués par les partis représentés au Bundestag «pourraient se demander pourquoi les Grecs ont le droit de décider par référendum s'ils veulent être sauvés ou non alors que l'on ne demande pas aux Allemands et à leurs enfants s'ils veulent débourser des milliards de fonds publics à cette fin», prévient le journal [Frankfurter Allgemeine Zeitung] » (26).
Pour le couple Merkel-Sarkozy, la question référendaire grecque était une question de survie politique. Les Grecs auraient probablement rejeté le plan et décidé, de facto, de sortir de l’euro. Ce qui lui aurait sans doute porté un coup fatal. Ainsi, les 200 milliards récemment engagés pour sauver la monnaie unique auraient été perdus à jamais.
Forts de l’exemple grec, les opinions publiques françaises et allemandes auraient exigé de leurs dirigeants de rendre des comptes. Pourquoi pas, par la voie d’un vote populaire ? Face à un tel danger, il n’est pas étonnant que le couple franco-allemand ait convoqué, le valétudinaire Papandréou au sommet du G20 de Cannes pour lui faire la leçon. Le plus étonnant est que, sur leurs instances, le premier ministre grec ait changé d’avis et retiré sa promesse solennelle faite à son peuple de le consulter. Gageons que celui-ci n’en sera que plus déterminé à faire entendre sa voix au risque même de l’effondrement du pays.
Quelques mots de conclusion
Quoi qu’il advienne désormais, la boîte de Pandore est ouverte. L’euro, monnaie constructiviste, a quitté le champ économique pour devenir un objet de querelles politiques et de permanente zizanie européenne.
Et, si l’on devait construire une matrice des tensions monétaires entre Etats membres de l’Euroland, entre sa zone Nord et Sud, entre les pays de l’Union Européenne, membres et non membres de l’UEM, entre les opinions publiques et leurs élites dirigeantes, on s’apercevrait rapidement qu’il existe bien trop d’inconnues pour résoudre le problème central que pose désormais la monnaie unique à la diversité des économies européennes.
Notes
(1) Gilles Dryancour, Euro : les données cachées de l'accord du 21 juillet, Blog Turgot, mis en ligne le mercredi 27 juillet 2011.
(2) Le Figaro, Economie, l’Europe conclut un accord sur la crise de la dette, jeudi 27 octobre 2011.
(3) Le Figaro, Economie, conjoncture, Question mise en ligne le 27 octobre 2011.
(4) France Info en ligne, Sommet de Bruxelles : Enfin sorti de la crise ? Jean Leymarie - 27 octobre 2011.
(5) Le Figaro Economie, Merkel ne pas répéter les fautes passées, 23 octobre 2011.
(6) Gilles Dryancour, Euro : les données cachées de l'accord du 21 juillet, Blog Turgot, le mercredi 27 juillet 2011.
(7) Le paradoxe n’est que comptable. Pratiquement, les contribuables paieront moins avec une décote à 50%.
(8) LCI-TFI, communiqué en ligne, La dette devient viable après l’accord avec les banques, 27 octobre 2011.
(9) Blog de Paul Jorion, Les Etats à l’heure de la finance créative, François Leclerc, 27 octobre 2011.
(10) Les Echos, Pourquoi la Chine n'a pas encore donné le feu vert au fonds de secours européen, Marie-Christine Corbier, 31 octobre 2011.
(11) Le Figaro, Conjoncture, Euro: vers un FESF à plus de 1000 Mds, 26 octobre 2011.
(12) L’Express avec AFP, Le déficit commercial de la France poursuit sa plongée abyssale, mis en ligne le 8 septembre 2011.
(13) Le Monde, Le chômage atteint un record historique dans la zone euro, 31 Octobre 2011.
(14) Source Wikipedia, Arbeitlosenstatistik.
(15) L’Express, La CDU et le FDP sanctionnés dans l'est de l'Allemagne, 4 Septembre 2011.
(16) La Tribune, Une majorité d'Allemands en faveur d'un retour au deutsche mark, 5 octobre 2011.
(17) Site Europe 1 avec AFP, 68% des Français hostiles à l’aide à la Grèce, mis en ligne le 17 septembre 2011.
(18) Assemblée Nationale, Rapport de Séance, 6 septembre 2011.
(19) Le Monde, Europe, L’accord entre la Grèce et la Finlande suscite l’ire de Berlin, 22 août 2011.
(20) L’Express, La Grèce doit quitter l’euro selon le parti des vrais Finlandais, 9 septembre 2011.
(21) Presseurop.eu, La Finlande paiera pour la Grèce, 5 octobre 2011.
(22) lci-tf1, Zone euro le sacrifice du gouvernement slovaque, 12 octobre 2011.
(23) Le Blog à Lupus, Europe le fossé nord sud s’approfondit sans cesse par Geert-Noels, 10 septembre 2011.
(24) Le Post en ligne, Quand Sarkozy rembarre Cameron, 24 octobre 2011.
(25) L’Express, manifestations contre le gouvernement et l’austérité dans tout le pays, 28 octobre 2011.
Commentaires
Le plan de sauvetage est-il purement politique ? Oui, c'est évident, l'euro est avant tout un outil politique, en réalité le seul qui protège les peuples du pouvoir sans limite des politiciens nationaux si ces derniers devaient disposer de la monnaie à leur guise.
La zone euro est-elle de plus en plus instable ? Sur la question de la valeur de la monnaie, l'euro apparaît particulièrement stable, fort et efficace : le jugement des marchés est, pour l'instant, sans ambiguïté. Pour le reste, rarement la faillite politique et économique des vieux Etats providentiels constructivistes n'a été aussi proche, heureuse conséquence due uniquement à l'euro. Il serait totalement contre-productif de les sauver en revenant aux anciennes monnaies nationales.
Vive la crise ?
Excellent article, rien a ajouter. Bravo
A Bubulle,
Il me semble que nous avons eu déjà plusieurs échanges sur le même sujet.
La question n’est plus de savoir si des pays comme la Grèce, l’Italie ou même la France sont contraints à l’orthodoxie monétaire par l’UEM, mais bien de se rendre compte que même sans déficit budgétaire et une dette publique égale à zéro, une monnaie unique ne peut fonctionner entre pays ayant un différentiel de productivité trop important.
Certes la crise de la dette publique est principalement une crise de l’Etat providence. Mais, cela serait un raccourci de penser que la crise de l’euro serait seulement une crise de la dette. Il y a aussi une dimension monétaire structurelle qui vient de l’impossibilité d’ajuster le taux directeur unique de la BCE à des pays connaissant des taux d’inflation divergents. De même, il ne peut y avoir d’ajustement automatique des prix à l’exportation par la fluctuation spontanée des taux de change.
Vous faites bien de mettre un point d’interrogation à votre Vive la crise.
Pour tous les sacrifiés du constructivisme monétaire européen, elle n’a certainement rien de réjouissant.
Merci de nous lire.
Bien à vous,
GD
A Brennec,
Merci pour votre commentaire très élogieux.
Je le prends comme un encouragement à ''ajouter'' quelques commentaires raisonnables en des temps de déraison monétaire..
Bien à vous,
Gilles Dryancour
@Gilles. Les "sacrifiés" ? Il ne faut pas exagérer ! Se mettre au travail est le lot commun de l'humanité et l'excuse des différences culturelles est un peu trop facile. Dans chaque pays, quelques efforts minimes suffiraient à égaler la productivité allemande. Les manipulations monétaires ne sont qu'un pis-aller pour éviter de faire ces efforts. On le voit bien en France avec les 35h, la retraite à 60 ans, les 5 semaines de congés payés, les grèves à répétition, les fonctionnaires en surnombre, etc. S'il suffisait de dévaluer pour retrouver miraculeusement une virginité économique, depuis le temps, ça se saurait.
La "dimension monétaire structurelle qui vient de l’impossibilité d’ajuster le taux directeur unique de la BCE" est tout aussi valable entre Bordeaux, Marseille ou Lille sous le régime du franc. Pourquoi vouloir imposer à un lillois d'être solidaire avec un bordelais ou un marseillais plutôt qu'avec un berlinois, un londonien ou un bruxellois ?
Quant au constructivisme européen, pour l'instant, je le trouve infiniment plus confortable que le constructivisme nationaliste. L'Europe me prend 1% de mes revenus. La France, presque 70%. Entre les deux spoliations, le choix me semble évident.
A Bubulle,
Je suis d’accord sur un point, il existe une tendance de certains à utiliser l’exception culturelle pour justifier leur modèle ‘’socialiste’’. Par contre, je doute que quelques efforts suffiraient pour égaler la productivité allemande. Vivant en Allemagne, je perçois mieux toutes les différences qui poussent la productivité du pays.
Je citerai rapidement :1) le système de formation, 2) la discipline collective et individuelle (au moments des réformes Harz I,II III et IV, pas de grève, pratiquement pas de protestations, 3) la valorisation de la culture technique et industrielle.
Si vous avez bien suivi mon raisonnement, je ne suis pas po ur la dévaluation étatique de la monnaie mais pour la dévaluation automatique par les marchés. Ce n’est pas une recette mais un ajustement naturel qui permet d’ailleurs la bonne allocation des facteurs de production entre les zones présentant un écart de productivité.
L’exemple du franc ne peut-être retenu. Car malgré des écarts de productivité entre le Nord et le Sud et l’Est et l’Ouest de la France, ces écarts s’exprimaient en % tandis que les écarts en Europe s’expriment par des multiples. En outre, il était assez facile de migrer d’une zone à une autre en France, ce qui n’est pas le cas à cause des barrières culturelles et sociales (notamment l’absence de régime européen de retraite).
Moins un pouvoir est contrôlé par le peuple, plus les impôts sont élevés. L’absence de contrôle de l’Union Européenne ferait monter votre taux de prélèvements à 80%, si le pouvoir lui en était donné.
Pour vous paraphraser : vive la concurrence fiscale et monétaire.
Bien à vous,
GD
J'ai bien peur qu'il soit impossible de trancher entre les monnaies nationales et l'euro. D'un cote les monnaies nationales nous livrent a l'arbitraire des politiciens sur la politique monetaire, de l'autre un probleme d'homogeneite des economies et certainement un manque de sentiment d'appartenance europeene. Du point de vue de la methode (et c etait l object d'une publication precedente) il aurait fallu permettre a n'importe quelle monnaie nationale d'etre utiliser pour les echanges dans la zone dit "euro" et les zones monetaires "optimales" se serait constituees naturellement. Maintenant on ne va pas refaire le match et a mon avis il faudrait reintroduire en plus de l euro, un euro franc et un euro mark gerer par 2 banques centrales differentes (une en Allemagne et une en France) avec la possibilite d utiliser l'une ou l autre des monnaies dans la zone euro sans contrainte pour les echanges. Cela ne doit se faire qu une fois le problemes de dettes reglees (c est a dire une fois que les etats aient fait defaut suffisamment pour que le marche price : 1 Euro = 1 Euro Franc = 1 Euro Mark. Il doit bien y avoir un taux d endettement des differentes zones qui compte tenu des croissances relatives permet cette egalite. Bref on repart a 0 et pour la suite que le meilleur gagne....
A JLER,
Votre solution reprend une idée que j'avais défendue dès 1998. Plutôt qu'une monnaie unique, nous aurions dû avoir une monnaie commune dont le cours aurait été légal dans tous les pays et dont la valeur aurait été, par exemple, fixée sur un panier de monnaies ou sur l'or.
En résumé, nous aurions pu avoir tous les avantages de l'euro sans ses inconvénients.
Toutefois, il ne faut pas se faire d'illusions. Passer d'une monnaie unique à une monnaie commune aura un coût économique énorme et posera toutes sortes de difficultés. Les dettes sont libellées en euro. Légalement, il sera difficile de les convertir en euro-franc, tant que l'euro existera.
Sauf à faire défaut.
Bien entendu si l'euro disparaissait complètement la question légale ne se poserait plus.
Les pays qui sortiraient de l'euro le feront dans le drame, il n'est rien de moins certain qu'iils voudraient encore d'un euro parallèle.
Comme vous l'avez souligné, il est difficile de trancher entre plusieurs mauvaises monnaies gérées politiquement. L'euro compris.
L'impression générale est celle du piège systémique.
Et, franchement, je ne sais encore comment nous en sortirons.
Merci pour votre commentaire.
GD
@ Gilles. Lorsque vous évoquez l'ajustement des monnaies par les marchés, cela me fait penser à une sorte de régression de chaque zone vers la moyenne, épargnant les efforts nécessaires aux moins productifs, tout en pénalisant les plus productifs. Ce processus est foncièrement injuste, c'est la prime à la médiocrité (sans parler des tricheurs, tel la Chine). Il n'est pas sans rappeler les ajustements millimétrés des notes du bac français.
J'ajoute que vous vous faites des illusions. A la minute où vous aurez redonné la monnaie aux politiques, ils s'empresseront de casser les marchés pour ajuster eux-mêmes la valeur de leurs monnaies, selon les lubies politiciennes du moment.
Vous réclamez la concurrence monétaire. Mais quelle concurrence ? Si vous évoquez la concurrence entre monnaies monopoles imposées aux populations, j'ai beaucoup de mal à comprendre où vous voyez la moindre concurrence, mis à part l'affrontement anarchique entre les administrations nationales. En attendant la véritable concurrence monétaire, c'est-à-dire celle des monnaies privées, seule la monnaie unique est acceptable.
Pour terminer, un peu de fiction politico-économique. Super-Mario va monétiser une bonne part des dettes publiques arrivant à échéance, y compris allemandes. 6000 milliards étalés sur les 20 prochaines années, cela correspond à une augmentation de la masse monétaire de 3% l'an, pour une inflation 'core' maîtrisée, contrepartie de la baisse programmée des dépenses publiques. Rien de tout ceci n'étant insupportable, l'euro y survivra, une fois passée la phase aiguë de la crise.
A Bubulle,
Juste d’un point de vue logique : si vous aviez un retour aux monnaies nationales, il n’y a plus d’ajustement possible sur une quelconque moyenne. Chaque échantillon monétaire étant séparé des autres. Le seul alignement possible est dans le cadre d’une monnaie unique.
Je n’ai pas les moyens de rendre leurs monnaies aux Etats. Cela se produira tout seul. En vérité, cela est déjà le cas. Au travers des dettes publiques, des taux obligataires et du bilan des banques, vous avez déjà un euro-drachme, un euro-franc, un euro-mark, etc.
Quelle vertu a une monnaie unique qu’il faut monétiser ? Je pense que c’est en effet un scénario de fiction que super-Mario va monétiser à la hauteur de 6000 milliards. Je vois mal l’Allemagne accepter un tel scénario. Même le SPD, commence à prendre ses distances vis-à-vis du laxisme monétaire de l’Euroland.
Je n’ai aucune illusion sur aucun sujet. J’essaye seulement de comprendre les forces à l’œuvre. En l’état de mes analyses et si aucun changement n’intervient dans l’environnement institutionnel de l’euro, je ne vois pas comment il pourrait survivre. Jusqu’à présent mes projections se sont vérifiées. Or, tant qu’elles s’approcheront de la réalité, je les tiendrai pour valides.
Bien à vous
GD
Les pays européens ne peuvent pas avoir la même monnaie.
Les neuneus qui nous gouvernent n'ont toujours pas compris ça.
Donc les Bourses européennes vont continuer à s'effondrer.
Le plus rigolo, dans ce naufrage de la zone euro, c'est de relire les belles promesses des partisans de la monnaie unique au moment du référendum de septembre 1992.
La monnaie unique devait nous apporter plus de croissance, plus d'emplois, plus de richesses, plus de stabilité, plus de prospérité, et patati, et patata.
En réalité, nous avons eu le contraire.
Peut-être qu'un jour, les neuneus qui nous gouvernent comprendront ça :
Les pays européens ne peuvent pas avoir la même monnaie.
Oui, sans faire du nostradamus ou du calendrier Maya (voir meme du BA) je pense que 2014 devrait etre l annee d enterrement definitif de l euro pour la raison suivante :
En 2013 il y aura les elections en Allemagne, la gauche va gagner. Ils vont vouloir sauver l'euro et ca ne marchera pas, le peuple Allemand sera mecontent et ca mettra un an pour que l'Allemagne prepare sa sortie. L'anticipation de cette sortie va meme l'accelerer (les europeens vont s'empresser de mettre leurs euros dans les banques allemandes ce qui va affaiblir le systeme bancaire des autres pays, et la solidarite europeene ne sera toujours pas acceptee dans la tete des europeens). On aura peut etre des sorties de la zone euros avant 2014 (la grece par exemple) mais le vrai coup d arret sera la sortie de l'Allemagne.
A BA,
Je sais que vous faites souvent l'objet de critiques par vos copier-coller.
Mais, il est un mérite que l'on ne peut vouis enlever, c'est que les courbes et les données que vous avez communiquées jusqu'à présent suivent leur implacable logique.
L'augmentation du niveau général de la dette publique fait grimper les taux d'intérêt qui rendent la dette insoutenable ce qui fait monter les taux d'intérêt à nouveau. C'est la spirale infernale.
Ceci induit cette remarque : ceux qui pensent que c'est l'Allemagne qui discipline l'Euroland se trompent. Ce sont les marchés qui ramènent chaque jour les Etats surendettés à un peu plus de raison. De fait, les hommes de l'Etat suivent le mouvement avec retard bien plus qu'ils ne l'impriment...
Merci de nous lire.
GD
J'aimerais ajouter une petite précision, étant moi même résidant en Baden-Württemberg. La défaite de la CDU au profit des verts est principalement une conséquence de l'accident nucléaire de Fukushima et de la "German Angst". Mappus était donné gagnant avant la catastrophe, et ce malgré l'affaire Stuttgart21. Son support avoué au nucléaire et à la prolongation de service des centrales existantes lui a couté sa place. Je ne conteste pas le ressentiment qu'il puisse y avoir actuellement vis à vis de la politique européenne de la CDU, mais l'élection inattendue d'un vert aurait du vous mettre la puce à l'oreille.
On peut se demander si l'Euro n'a pas été l'écran qui a empêché (ou évité) aux Français un effort de compréhension des évolutions économiques (globalisation, économie de la compétence ou de la connaissance, importance d'avoir une stratégie de gestion de l'équilibre du budget de l'Etat avec des périodes d'excédents et d'autres de déficits éventuels pour amortir les crises, nécessité de maintenir une industrie productive).
Si c'était le cas cela serait vingt ans de perdus à une période ou l'effort d'adaptation aurait été crucial.
A JLER,
Votre scénario a de bonnes chances de se matérialiser notamment sur l'incapacité de l'Allemagne à sauver l'euro seule et selon sa méthode.
Toutefois, malgré la sympathie keynésienne des partis de gauche pour le laxisme monétaire, il n'est pas totalement certain que le SPD ne reviendra, pas sous la pression de l'opinion publique, à plus d'orthodoxie.
Il y a un exemple avec l'Autriche où la coalition composée de socialistes et de chrétiens démocrates se montre de plus en plus hostile au soutien aux plans de sauvetage de la Grèce et de l'euro.
Gardons à l'esprit que la politique est aussi déterminée par la culture et la structure économique.
En résumé, je ne pense pas que le SPD consentira à la monétisation des dettes publiques européennes.
Bien à vous,
GD
A bbph,
Je suis très honoré d'être lu par un compatriote expatrié comme moi au Baden-Württemberg. A toutes fins, je vous communique mon code postal pour que vous me situiez (69254), nous pourrions être voisins et faire connaissance.
Dans l'esemble, je suis d'accord avec vos remarques et je hiérarchiserai les raisons de la défaîte de la CDU de la manière suivante:
a) La question de l'énergie nucléaire
b) L'euro
c) Stuttgart 21.
Pour Stuttgart 21, l'opposition au projet n'est concentrée que dans la ville même. En dehors, une large majorité semble en faveur. Le futur référendum sur la question permettra d'avoir une meilleure photographie de l'opinion publique à ce sujet, même s'il semble que les Verts vont poser la question de telle manière qu'il faudra répondre NON pour dire OUI. Mais, c'est là une astuce assez grossière qui ne devrait pas changer le résultat général.
Sur le nucléaire, vous avez deux composantes. La réaction émotionnelle par rapport à l'accident de Fukushima. Mais le transfert des voix a été plus grand des électeurs du SPD en faveur des Verts que de la CDU (peut-être pas du FDP).
La CDU a aussi perdu beaucoup de voix pour la raison inverse pour laquelle les gens ont voté pour les Verts. Une partie de l'électorat CDU a été déstabilisée par le revirement à 180° de Merkel sur la même question en prenant la décision de faire sortir l'Allemagne du nucléaire, alors qu'elle avait précédemment décidé de la maintenir qualifiant ''d'irrespondables'' les partis qui prônaient la sortie du nucléaire.
Malgré Fukushima et Stuttgart 21, il ne faut pas, pour autant, sous-estimer la crise de l'euro. Le mécontentement est réel.
Tous les Allemands que je connais dans mon environnement professionnel et mon voisinage étaient furieux contre Merkel pour avoir trahii sa parole (donnée après le premier plan de sauvetage de la Grèce) de ne plus aider les pays faillis avec l'argent des Allemands.
Avant les élections, la question revenait sans cesse dans leurs conversations.
Si vous écoutez les stations populaires SWR3 et Regenbogen vous avez peut-être remarqué les moqueries permanentes des humoristes et des chroniqueurs contre le soutien à l'euro.
De même dans le Bild.
Même si l'on peut préférer SWR2 et le FAZ, ce ne sont pas eux qui inspirent le vote des masses.. A mon humble avis, la crise de l'euro a joué pour au moins 30% dans la défaite au B-W, ce qui est, en termes de dynamique politique, considérable.
Aussi n'est-ce pas un hasard si le discours de la CDU sur l'euro s'est à nouveau durci après la défaite du BW.
Merci de votre commentaire qui complète certainement mon analyse et me donne l'occasion de développer mon raisonnement.
Bien à vous,
GD
A Jean,
Très bonne observation sur le temps perdu. Exactement dans le même registre, Hans-Werner Sinn président de l'IFO, (l'institut d'étude économique allemand, basé à Munich) vient de déclarer à Euronews
:
"L'Italie n'a pas profité de l'avantage qu'apportait l'euro en termes d'intérêts pour économiser de l'argent. L'euro a placé l'Italie au même niveau que l'Allemagne pour les taux d'intérêt, et même en Allemagne, les taux étaient bas. Si l'Italie avait alors fait des économies, le pays n'aurait presque plus de dette souveraine aujourd'hui. Mais l'argent a été utilisé dans le cadre du budget. Et aujourd'hui, la dette est aussi élevée qu'avant par rapport au PIB. Mais la situation est pire qu'auparavant parce que l'Italie ne peut plus dévaluer sa monnaie. "
En clair : l'euro a rendu les pays clientélistes plus laxistes qu'ils ne l'étaient auparavant parce qu'ils n'étaient plus aussi bien encadrés par les marchés.
Ce qu'ils espéraient d'ailleurs en rejoignant la zone euro. Ceci vaut pour l'Italie, mais aussi pour la France, le Portugal et bien entendu la Grèce.
A propos de ce pays, Hans Werner Sinn a aussi déclaré qu'elle ne pouvait être sauvée et qu'elle devait quitter l'euro : ce que tous les responsables savaient.
Merci pour ce commentaire bien vu.
GD
Mr Dryancour, à nouveau merci pour cet exposé clair et bien détaillé.
Alors instabilité et gel en vue pour dix ans au moins de l'espace européen, les américains doivent se frotter les mains !
Bonjour M. Dryancour,
Une nouvelle fois, je vous adresse un grand merci pour vos analyses aussi précises et poussées que passionnantes! Je pense, tout comme vous, que l'Allemagne ou plutôt les allemands ne laisseront pas l'euro devenir une sorte de "reichsmark" ce qui signifie clairement la fin de partie pour cette monnaie Frankenstein... et le début de nos ennuis - ceux de la France - car nous nous retrouverons tout nus quand la mer se sera retirée... Tout ceci, nous promet de bien mauvais moments car beaucoup de gens se retrouveront eux aussi complètement pris au dépourvu...
Bien à vous et encore merci!
il y a une question que je me pose sans avoir trouvé de réponse
le taux de change de l'euro à sa création a du être si ma mémoire est bonne 1,18/1dol.nous sommes aujourd'hui à 1.36?? question :
sachant que dans le passé on a du être au plus bas aux alentours de 0,80 qu'est ce qui justifie ce taux pour le moins élevé vu l'atmosphère délétère des marchés?
suffit il d e dire le dollar est mal en point?mais alors pourquoi pas d'attaque sur le dollar?
y aurait il une action délibérée de certains acteurs financiers anglo -saxons pour faire tout exploser et faire de l'UE une seule zone de libre échange comme le souhaite depuis le départ la Grande Bretagne?
A Wizard,
Merci pour votre appréciation sympathique.
Je ne pense pas que nous aurons à vivre une instabilité sur 10 ans.
Ou le système craquera ou il se réformera avant.
La seule chose dont nous pouvons être certain, c'est que nous sommes dans une phase de transition qui remet en cause l'archaisme social et économique.
Pour ce qui est des Américains, je ne pense pas qu'ils se réjouissent en rien de nos déboires.
Cette phase du commerce international est révolue.
Aujourd'hui, l'intégration des économies atlantiques est telle que ce qui affecte l'une affecte l'autre immédiatement.
Le commerce transatlantique est de loin le plus important au monde de même que les flux d'investissements.
Le gouvernement d'Obama est, d'ailleurs, particulièrement inquiet de l'instablité monétaire en Europe même s'il n'a aucune bonne solution à offrir.
Bien à vous,
GD
A Daredevil2007,
Au plaisir d'écrire pour mes lecteurs... Je vous remercie donc à mon tour de me lire fidèlement et de commenter mes articles. J'apprécie beaucoup votre remarque sur les souffrances prévisibles de nos contemporains. C'est une dimension essentielle de l'humanisme : on ne peut faire de l'économie pour le seul plaisir de voir confirmer ses prévisions.
L'enjeu est la prospérité et la sécurité des individus. Quand on songe à toutes les mauvaises décisions qui ont été prises au cours de ces quarante dernières années par la plupart des gouvernements européens, il y a de quoi ressentir beaucoup d'affliction pour tous ceux qui ont été victimes des politiques anti-croissance.
Hélas d'autres tourments s'annoncent à l'horizon de nos économies socialisées.
Bien à vous,
GD
A Konebien,
Ce qui s’est passé en dix ans, ce sont toute une série d’événements:
- Le taux directeur moyen de la FED a été inférieur à celui de la BCE
- La croissance de la masse monétaire est donc plus importante qu’en Europe
- L’excès de monnaie a entraîné les bulles Interner puis facilité la crise des Subprimes.
- La balance courante des Etats-Unis a régulièrement atteint 6% du PIB.
- Le déficit budgétaire a atteint des niveaux abyssaux.
- La dette publique a en conséquence explosé passant au-dessus des 100% du PIB, elle est actuellement de 15.000 milliards de dollars.
- Dans la seule journée du 2 août 2011, la dette US a augmenté de 238 milliards de dollars, soit les 2/3 de la dette grecque cumulée en 10 ans.
- La Chine commence progressivement à restructurer sa dette en achetant de la dette en euros, ce qui fait monter l’euro et baisser le dollar.
- La productivité de l’industrie américaine a été inférieure à celle de l’Allemagne qui est le moteur de l’euro.
Autant d’événements qui ont conduit à la baisse structurelle du dollar qui est, de ce point de vue, bien plus attaqué que l’euro. LA preuve en est donnée par les taux.
Quant aux spéculateurs, il ne s’attaquent qu’à ce qui est susceptible de faire l’objet de spéculation. Ce n’est pas aux spéculateurs anglo-saxons que l’on peut attribuer la gestion déplorable des finances publiques par les PIIGS.
J’espère que ces éléments d’analyse répondront à vos questions.
Bien à vous,
GD
@ll’auteur
Bravo pour ces analyses toujours passionnantes et que l’on ne lit pas dans les médias.
Quelques questions qui n’ont rien à voir avec l’article. Pourquoi ne publiez-vous pas plus souvent ? Pourquoi pas des articles plus courts plus réguliers ?
Vous mériteriez aussi d’être publié dans la presse écrite. Cela changerait de toutes billevesées socialo_marxistes dont les médias nous abreuventt à longueur de journée, particulièrement chez nous en Belgique où la terreur intellectuelle et la censure sont très bien organisés.
Sincères félicitations,
*VS
Comme toujours bel article que j'ai lu avec beaucoup de plaisirs.
Au fond la technocratie française ne voyait dans la construction européenne qu'une façon de faire porter aux autres les conséquences de leurs erreurs.
Il faut bien comprendre que pour l'élite française il est indécent de ne pas payer pour ceux qui ont commis des erreurs, se refuser à le faire, c'est être egoiste et populiste. En somme il faut toujours payer pour celui qui échoue, et cela à tous les niveaux de la société. Sinon ce serait, selon cette élite, la loi du plus fort.
Cette mentalité fut patente par les réactions de mépris qu'on eut la classe politique et les medias devant le refus de l'allemagne de payer pour les autres. Mais on pouvait aussi le remarquer à la façon dont cette presse commentait le conflit entre flammand et wallon (qui est une version plus réduite de ce qui se joue dans toute l'europe) ; les flammands sont les méchants populistes qui ne veulent pas payer.
Bref, il faut toujours payer, surtout quand vous recevez l'ordre d'un technocrate, qui lui, sait mieux quoi faire de votre argent.
Car si l'allemagne se refuse à payer, en france les gens pourraient commencer aussi à faire de même au sein de leur pays, ce qui remettrait en cause l 'Etat providence et son idéologie pseudo-solidaire, qui, il faut bien le dire, sustente une élite qui ne mérite pas le titre d'élite.
merci de votre réponse monsieur Dryancourt
c'est vrai que tout cela est complexe néanmoins votre argument selon lequel les chinois se diversifient me laisse perplexe.
sont ils fous au point d'investir dans une monnaie condamnée à disparaître?
il y a matière à spéculation partout quand l'euro aura flanché , on reverra la spéculation sur le dollar , non?
A VS:
Quelques réponses rapides qui sont en effet en dehors du champ de cet article.
Jusqu'au mois de juillet dernier, je suis parvenu à publier un article de fond toutes les 5-6 semaines en moyenne.
Il est vrai que depuis je n'ai pu conserver ce rythme.
La raison en est très simple, ma vie professionnelle est extrêmement prenante et je n'ai que peu de temps pour écrire.
Votre suggestion d'écrire des articles plus courts est séduisante, mais en matière monétaire, il y a tellement de données à prendre en considération que je souhaite offrir l'analyse la plus large possible.
Je conçois également mes papiers comme des articles de référence qui peuvent être utilisés par des chercheurs ou tout esprit soucieux de se construire un cadre théorique pour comprendre les événements et les lois de l'économie qui les sous-tendent.
Je ne recherche pas à être publié systématiquement par la presse. Ma motivation principale s'apparente à une forme de bénévolat.
A toutes fins, je vous signale que la Revue Parlementaire du mois de septembre a publié un de mes articles sur les contradictions de l'euro.
Par plusieurs amis, j'ai entendu parler de la régression des libertés publiques en Belgique.
Cela mériterait sans doute un article.
Bien à vous,
GD
A Kafka,
Très bonne analyse de votre part. Une partie du jeu diplomatique de nos hommes d'Etat autour de l'euro consiste effectivement à transférer les coûts de leur mauvaise gestion sur l'Allemagne relativement plus vertueuse.
Ils ont simplement oublié que les électeurs allemands ont encore leur mot à dire. Ce qui pour l'élite française au pouvoir est une incongruité des plus déplaisantes. C'est pour cette raison qu'elle essaye de promouvoir des mécanismes automatiques d'intervention et de transfert, comme les euro-obligations dont la finalité est de court-circuiter la démocratie.
Manque de chance, l'électeur et contribuable allemand moyen n'a aucun intérêt ni aucune envie de soutenir les social-démocraties du Sud.
Le fossé se creuse et des ajustements majeurs se préparent.
Merci de me lire fidèlement et de particper à ce débat.
Cordialement,
GD
A Konebien,
Vis-à-vis de l'euro, la Chine a une double politique : 1) conserver de l'euro dans ses réserves de change pour lisser la chute de la valeur du dollar. C'est une politique traditionnelle de diversification. 2) Acheter sufisamment de dette européenne pour soutenir les pays qui sont ses principaux marché d'exportation. Elle reproduit, ainsi, le schéma mis en oeuvre avec les Etats-Unis.
Cela sera son intérêt tant qu'elle n'aura pas un marché intérieur en mesure de soutenir sa croissance (80% de la croissance chinoise dépend des exportations).
Pour répondre à votre question, la Chine agit rationnellement selon un schéma parfaitement mercantiliste. Elle est d'ailleurs assez peu exposée à la dette européenne, préférant les réserves de liquidités aux obligations.
Bien à vous,
GD
Bonsoir,
Merci beaucoup pour cette contribution qui aide à mieux comprendre ce qui se passe. Pour un avenir bien compliqué ...
Cordialement.
Pouli44
@GD
certes mais néanmoins si l'euro explose en vol,ce qui devient une hypothèse crédible, les chinois seront "marrons ",si vous me permettez cette audace verbale. Quel choix cornélien
des dollars ne valant plus grand chose produits sans limites,des intérêts négatifs vu l'inflation et en face une monnaie frankenstein pouvant disparaitre à tout moment... monnaie qui se maintient tout de même à des hauteurs bizarres..
Merci à Pouli votre sympathique commentaire qui m'inspire ce commentaire : c'est actuellement que la situation est très compliquée. Dans le futur, le retour en force des lois de l'économie va la simplifier considéranblement.
Bien ç vous,
GD
A Konebien,
C'est une bonne mise en perspective de votre part.
L'ironie du sort c'est que la monnaie ''Frankenstein'' ne s'apprécie que parce que la monnaie de ''singe'' se dévalue.
Pour être plus sérieux, on ne peut nier que la Chine prend un risque en conservant ces monnaies de papier.
Aussi achète-t'elle aussi de l'or en masse :
http://la-chronique-agora.com/chine...
Plus généralement, les risques monétaire que prend la Chine sont pondérés par trois facteurs:
- Elle assure un débouché à ses exportations.
- Tant que son modèle tourne, elle attire les investissements étrangers.
- Tant qu'elle ne vend pas ses réserves de change, elle soutient la valeur des monnaies qu'elle stocke.
Bien à vous,
GD
@ l'auteur,
Merci pour cet article clair et bien développé.
Dans la situation présente, il est à la fois angoissant et passionnant de se prêter à un exercice de projection. Quel peut-il advenir de l'euro ?
Je suis toujours un peu surpris par le postulat non discuté selon lequel les Allemands étant notamment opposés à l'inflation (pour des raisons historiques claires que je ne nie naturellement pas), l'acceptation d'une plus forte monétisation des dettes européennes serait refusée catégoriquement outre-rhin. Ce refus s'expliquant par une culture monétaire allemande combinant notamment le principe d'une banque centrale indépendante et la priorité absolue donnée à la luttre contre l'inflation. Soit. Je ne considère pas une seconde ces éléments négligeables. Ils sont même très importants.
Mais ne peut-on pas imaginer néanmoins qu'une nouvelle forme de realpolitik conduise les Allemands à accepter " l'innacceptable " ? Non pas par plaisir, par oubli de faits historiques majeurs ou encore par revirement de convictions ! Non ! Mais par calcul, face au risque d'un chaos européen ? Je comprends très bien la question de l'aléa moral pour y être personnellement très sensible mais face à la possibilité d'une catastrophe, cette question - aussi importante soit-elle (j'insiste) - peut-elle vraiment demeurer absolument prioritaire ?
En fait, la question que je me pose est de savoir s'il existe une autre voie à court et moyen terme en dehors de l'alternative " sortie de l'euro de plusieurs pays ou de tous les pays de la zone euro " versus " planche à billets en zone euro " ?
N'en voyant pas, par la suite, ce que j'interroge, c'est le calcul froid que l'Allemagne peut faire face à la précédente alternative. Certes, la monétisation des dettes et la relance par la planche à billets sont contraires à la politique monétaire germanique construite depuis 1945 mais les conséquences d'une sortie - par nature désordonnée dans un climat de panique - des différents pays membres de la zone euro ne seraient-elles pas encore plus menaçantes pour l'économie allemande ?
Qu'adviendrait-il de l'économie allemande confrontée à la ruine de son système bancaire (très largement engagé dans toutes les économies de l'actuelle zone euro) ? Qu'adviendrait-il de l'industrie allemande - certes plus compétitive aujourd'hui que les autres industries de la zone euro - mais confrontée brutalement à d'autres industries européennes travaillant dans des monnaies nouvellement dépréciées (par les jeux naturels du marché) de 30%, de 50% ou de 80% par rapport au nouveau ex-mark ou euro-mark ?
Très franchement, je crois en la capacité de rebond de l'Allemagne mais avouons que ce serait sans aucune doute une terrible catastrophe.
L'alternative susmentionnée (i.e monétisation des dettes européennes par BCE et mécanismes de planche à billets) n'est-elle pas " plus acceptable " ? D'autant que les Allemands pourraient alors demander des contreparties à ses partenaires. " J'accepte la monétisation, Je tolère une plus forte inflation tout en fixant naturellement des limites mais en contrepartie, je veux pouvoir contrôler davantage la gouvernance (économique, budgétaire, etc...) des pays de l'Europe monétaire ". Bien sûr, j'expose cela de façon exagérément schématique par souci de synthèse mais j'espère que vous me comprenez.
J'ajoute que l'euro serait alors sans doute déprécié face aux autres monnaies et que cela continuerait d'avantager l'industrie allemande tout en cessant de condamner les industries des pays du Sud (industrie française comprise) !
Qu'en pensez-vous ?
Selon moi, en tous cas, le pire scénario pour nous, français, serait une sortie désordonnée de la zone euro par quelques pays de l'Europe du Sud (notamment l'Italie) et le maitien " jusqu'au-boutiste " de la France dans une alliance monétaire avec l'Allemagne. Ceci pour des raisons également historiques et politiques. Ce serait sans aucun doute l'euthanasie de l'industrie française (compris au sens large). Partagez-vous ce point de vue ? Si non, pourquoi ?
A BenoîtB,
Je vous remercie pour votre très long commentaire et les questions qu'il pose.
D'abord, une remarque. Vous partez du principe que la sortie de l'euro serait une catastrophe irréversible. En vérité, nous n'en savons rien (ne serait-ce que parce que l'événement ne s'est pas réalisé). L'exemple argentin nous montre qu'il est possible de faire défaut, de connaître une période de récession, puis de repartir de l'avant.
Le compromis que vous esquissez a été tenté par la Chancelière Merkel qui est mieux considérée par ses partenaires européens que par sa majorité au Bundestag et l'opinion publique allemande.
Par elle même, elle en serait venue à la monétisation si elle n'avait pas eu à faire face à une forte résistance politique qui la menaçait de lui faire perdre son poste de chancelière.
Pourquoi une telle résistance ?
Parce que le modèle allemand ne peut fonctionner avec une monnaie inflationniste (donc faible). Cela dépasse le traumatisme de l'hyperinflation de 1923 qui a été suivi du traumatisme de l'inflation de l'après seconde guerre mondiale (1945-1949).
Deux données structurelles propres à l'Allemagne s'opposent à une préférence pour l'inflation : a) une monnaie forte permet aux industriels allemands d'importer des matières premières ou des produits semi-finis à faible coût et de les transformer pour y intégrer la plus grande valeur ajoutée possible.
b) En cas d'inflation, les salaires allemands ne seraient pas revalorisés à la hauteur de la hausse des prix. Ce qui impliquerait de fortes pertes de pouvoir d'achat de la part des salariés allemands (ls n'ont pas le pouvoir de faire pression sur le gouvernement pour fixer un salaire minimal comme en France).
Structurellement, il y a en Allemagne une alliance de fait entre les entreprises et leurs salariés qui n'existe pas en France à cause de l'intervention de l'Etat sur les salaires.
Outre cette configuration socio-économique particulière que l'on ne retrouve pas dans les pays de l'Europe du Sud, l'intérêt pour l'Allemagne de sauver l'euro ne peut dépasser l'horizon de son excédent commercial. En d'autres termes la valeur économique de cet intérêt est donnée par le coût d'opportunité - déterminé par le niveau de la balance commerciale - en fonction donnée de la conservation de l'euro (inflationniste) ou d'un retour au mark (stable).
Quand le coût de l'euro inflationniste dépassera celui du mark stable, le changement de monnaie s'opèrera. C'est hélas aussi simple que cela.
Observez encore qu'en cas d'inflation des prix généralisée en Europe et égale dans tous les pays : vous ne règlez qu'une partie du problème de la dette. Celui des PIIGS. Pour l'Allemagne, cela entraînerait une hausse des coûts d'emprunt difficilement acceptables, en termes de coûts politiques, pour les hommes de gouvernement en place. Cela ne règlerait pas non plus le problème crucial des différences de productivité.
Votre remarque sur les différentiels de coût de main d'oeuvre ne peut être retenue pour les raisons suivantes : elles existent déjà avec les pays de l'UE qui sont restés en dehors de la zone euro, et qui sont pourtant intégrés dans le marché unique, dans lequel la liberté de circulation des capitaux et des individus est assurée.
Cependant, l'Allemagne est plus productive que tous les pays de l'UE hors zone euro qui peuvent dévaluer à leur guise.
De même, sur la gamme de produits qu'elle exporte, l'Allemagne est plus compétitive que la Chine dont la monnaie est artificiellement et en permanence dévaluée et où la différence avec le coût des salaires allemands est de 1 pour 40.
Ceci montre qu'il ne faut pas surestimer le rôle de la monnaie ni celui du coût du facteur travail dans la productivité d'un pays.
Enfin, retenons un instant l'hypothèse d'un scénario catastrophe tel que vous l'évoquez ci-dessus. Ne peut-on retourner la question ? Qu'adviendrait-il à des pays désinsudstrialisés, dont la productivité est minée par des prélèvements confiscatoires (observez que l'inflation augmente automatiquement les impôts), un système d'enseignement et de formation inadapté au monde monde moderne, où l'Etat confisque plus de la moitié de la richesse nationale produite, où les marchés du travail sont rigides et pris en ôtage par des syndicats minoritaires et attachés à leurs vieilles lubies révolutionnaires. Croyez-vous que ces pays s'en sortiront mieux qu'une Allemagne revenue au mark?
Rien de moins certain.
En ce qui me concerne, je ferai le pari qu'en cas d'éclatement de l'euro, les pays surendettés feraient défaut et verraient ensuite leur monnaie dévaluée sur fond de récession.
Après une récession de trois à cinq ans, on reviendrait à la case départ de 1999. Juste avant la mise en place de l'euro. Chacun retrouverait ses défauts et ses qualités.
Tout l'enjeu serait de ne pas revenir à l'avant 1957 et voir l'Union européenne éclater à cause de la disparition brutale de l'euro.
A mes yeux. Le véritable enjeu est là. Et il est plus politique qu'économique.
En espérant avoir répondu à quelques unes de vos questions.
Bien à vous,
GD
http://www.romandie.com/news/n/FOCU...
@ benoitb. Vous avez raison de vous inquiéter de la catastrophe que constituerait la sortie de l'euro, catastrophe autant économique que politique, y compris pour l'Allemagne. Au vu du résultat des négociations récentes, les Allemands semblent avoir admis qu'ils ne peuvent se payer le luxe d'un troisième suicide en moins d'un siècle.
Il existe un scénario alternatif entre la sortie de l'euro et la planche à billets. Il est à l'œuvre actuellement. Il consiste à garantir la liquidité du système financier de la zone, la BCE rachetant des titres publics arrivant à échéance, tout en s'assurant que les Etats dépensiers ne puissent plus s'endetter excessivement sur les marchés. Vous noterez que la BCE achète la quantité de titres nécessaire pour éviter la faillite, mais pas assez pour faire baisser significativement les taux d'emprunt. Encore tout récemment, le réseau des banques centrales européennes a réalisé les transferts de fonds qui ont sauvé les banques grecques de la faillite, sans pour autant lever la pression sur le gouvernement grec.
Ce scénario efficace, imposé par les Allemands ces derniers mois et semaines, est le bon parce qu'il consolide l'euro dans son statut de monnaie européenne et internationale, tout en offrant la possibilité de corriger les dérives des Etats providentiels de la zone. Il limite la création monétaire par une destruction équivalente de la valeur des actifs publics. Il implique la création d'institutions politiques fédérales minimales permettant la mise sous tutelle des budgets publics nationaux déviants. Il permet enfin de réduire le pouvoir de nuisance des hommes politiques qui avaient la très mauvaise habitude d'acheter les élections avec des dettes publiques. Que souhaiter de plus ? Légendaire qualité allemande !
Il reste toutefois une inconnue : la France. L'écart entre les 10 ans allemand et français amplifie le risque de ne plus pouvoir lever sur les marchés, tous les quinze jours, les 6 ou 8 milliards nécessaires à la survie des hauts fonctionnaires qui contrôlent la France. La situation se dégradant, ils ne devraient plus barguigner très longtemps. Le véritable plan de réduction des dépenses de l'Etat, indispensable au rebond économique de la France, pourrait rapidement voir le jour, peut-être même avant les prochaines élections. La survie est, à n'en pas douter, un puissant motif pour agir.
A Bubulle,
Merci de l'information selon laquelle la BCE rachète la dette parvenant à échéance.
C'est une contribution technique intéressante.
Auriez-vous un article de référence à nous signaler ?
Un élément m'échappe cependant : si la BCE rachète la dette des PIIGS à échéance tout en les maintenant sous la pression des marchés, elle sera obligée de racheter tout ou partie de leur dette avant que les taux obligataires ne redeviennent viables.
Cela impliquerait un gonflement extraordinaire du bilan de la BCE, sans doute de plusieurs milliers de milliards d'euros. Ce à quoi l'Allemagne s'oppose officiellement.
Une remarque incidente : ce n'est pas l'Allemagne qui porterait la responsabilité d'une éventuelle catastrophe liée à l'éclatement de l'euro mais les Etats faillis, champions du clientèlisme voire du bidouillage de comptes, sans oublier la nature du système sur lequel l'euro est construit.
Autre question qui reprend votre raisonnement, la situation se dégradant, pourquoi les hommes de l'Etat accepteraient-ils de réduire leur surnombre en restant dans l'euro alors qu'ils peuvent se sauver, pour un temps, en sortant de l'euro, en monétisant leurs dettes et en transférant le coût de leurs effectifs et de leurs politiques sur la société, par l'inflation ?
Dans un système qui contient de très nombreuses données et beaucoup d'inconnues, il me semble difficile de faire des projections certaines.
Bien à vous,
GD
Gilles, voici une source qui devrait répondre à votre interrogation : http://www.ecb.europa.eu/mopo/imple...
Le "Securities Markets Programme" de la BCE, acheteur "en dernier ressort" des dettes des PIIGS, a progressé de 109 milliards ces trois derniers mois. Au passage, on peut apprécier l'humour de la BCE, utilisant l'expression "Fine-tuning operation". Depuis, Super-Mario a déclaré que le but de la BCE n'était pas de faire descendre les spreads affectant les PIIGS mais de les limiter, déclaration qui met en évidence les rapports de force au sein de la zone euro.
Les hommes de l'Etat ne pourront pas monétiser la dette en sortant de l'euro. Au contraire, les dettes étant libellées en euro, le seul moyen de les monétiser est de rester dans la zone. Sortir de l'euro avec des dettes en euros, c'est faire inéluctablement faillite, perspective que ne peut envisager aucun homme politique sérieux. Cela signifierait une perte de 30% à 60% du PIB selon les pays, sans compter l'inflation qui suivrait, l'exclusion des marchés pour des dizaines d'années et la dictature militaire pour calmer les esprits passablement échauffés. De façon très improbable, si l'Allemagne décidait de faire "un coup" en sortant de l'euro, les militaires qui prendraient le pouvoir dans les pays ruinés par cette décision s'empresseraient de la désigner bouc-émissaire des malheurs des européens, histoire de resserrer les rangs.
Merci Bubulle pour ce dernier éclairage,
Le scénario du rachat de la dette publique des pays déficients pervenant à échéance contient plusieurs éléments en sa faveur:
a) Il est une sorte de compromis entre l'approche allemande et française et pourrait être soutenu par les deux pays.
b) Il est financièrement jouable et permet de gagner du temps aux hommes de gouvernement.
Ce scénario n'est d'ailleurs pas totalement incompatible avec une sortie de la Grèce de l'euro :
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/...
Sur le moyen terme, on peut naturellement sauver l'euro au prix d'un chômage pléthorique dans les pays périphériques et du déficit commercial dans certains pays centraux (ou les deux).
Sur le long terme, je doute fort que l'euro fasse remonter la productivité de l'ensemble de la zone euro au niveau de l'Allemagne. Les différences culturelles et sociales persistent au-delà des modèles de centralisation économique.
Lorsque, dans les années 1980, j'étudiais l'économie des pays du CAEM (COMECON), les anciens satellites de l'URSS, j'avais fait cette petite découverte que même si ses économies avaient totalement décroché du monde occidental, les écarts relatifs de productivité entre eux s'étaient maintenus, malgré des économies planifiées et dirigées centralement par Moscou.
J'ai plus de doutes concernant le caractère raisonnable des hommes politiques... Vous n'imaginez pas à quels points certains d'entre eux sont déconnectés des réalités vivantes et de l'économie.
Bien à vous,
GD
"Les hommes de l'Etat ne pourront pas monétiser la dette en sortant de l'euro. Au contraire, les dettes étant libellées en euro, le seul moyen de les monétiser est de rester dans la zone. Sortir de l'euro avec des dettes en euros, c'est faire inéluctablement faillite, "
c'est évident sauf les nationalistes français pensent le contraire cependant que se passerait il si toute la Zone Euro explosait et que tous les 17 pays revenaient à leurs monnaies nationales???
on a changé 6.55957 de nos francs contre un Euro. si on fait comme De Gaulle,on en profite pour dévaluer en même temps lors du retour au nouveau nouveau franc et on espère que les marchés trouveront la purge suffisante car nous n'avons pas les moyens de défendre quoi que ce soit ou alors on laisse les marchés s'étriper sur les différentes nouvelles monnaies nationales.... . on vase retrouver avec 5 francs dans nos pochesComme tous les pays qui nous environnent font pareil,les gains de ces dévaluations compétitives vont s'annuler les unes les autres
on remboursera les anciennes dettes avec de la monnaie de singe mais les nouvelles fabriqueront une hausse importée des prix.
avant que de nouvelles entreprises ne voient le jour , il est fort à craindre
que la hausse interne suivant la hausse importée n'avale les gains mathématiques de l'opération
nous nous retrouverons devant le même problème comment faire disparaitre l"Etat Providence qui nourrit ses enfants pour mieux les dévorer
A tous:
Aujourd'hui, avez-vous vu les spread de l'Italie et de la France vis-à-vis des obligations allemandes à 10 ans ?
Encore un record historique pour la France et + de 7% pour l'Italie.
Manifestement, la nomination d'eurocrates, jamais élus, représentants du Gouvernement Goldman Sachs, n'a pas suffi à rassurer les marchés qui repartent à la baisse.
Encore quelques points et la France devra faire appel au FESF.
Pendant ce temps-là, le Grand Barnier de la Commission Européenne propose de suspendre les notations des dettes des pays sous perfusion européenne...
Sur ordre de Paris? De Rome ? Ou d'Athènes...
Comme si il y aurait encore des dindons pour laisser des plumes en achetant des obligations des PIIGS...
Cela sent le roussi pour l'euro...
@Gilles
Effectivement, nous sommes presque voisins (69190). Pour être honnête, c'est la première fois que je vous lisais. Je connaissais l'institut Turgot uniquement comme un élément de la biographie de Guy Millière, que je lis sur les 4 vérités. C'est sur contrepoints ou chez Reichman qu'un commentateur donnait votre article en lien. Comme la plupart des français, je fais preuve d'une inculture crasse dans le domaine économique (et dans bien d'autres, merci l'"éduc nat" :) ). Je me réjouis donc d'avoir trouvé un autre site pour essayer d'y comprendre quelque chose.
Je réagissais à l'interprétation que vous faisiez du résultat de l'élection, sans savoir où vous résidiez. C'est sans doute aussi la déception avec laquelle j'ai vécu l'élection de Kretschmann qui m'a fait réagir d'une manière pédante. Si on veut bien croire les sondages actuels, la crise de l'Euro inquiète les allemands aujourd'hui bien plus que les retombées de Fukushima, ce qui ne semblait pas être le cas juste avant l'élection. Enfin, maintenant les médias essaient de noyer le poisson avec les terroristes bruns, jusqu'au prochain épisode de la crise de l'euro.
A Bbph,
En effet, nous sommes à quelques kilomètres l’un de l’autre. Vous n’êtes probablement pas loin d’Ikea et moi je me trouve près du golf de la SAP.
Pour ce qui est de l’éducation nationale, je me souviens qu’en terminale j’apprenais les vertus de la NEP de Lénine et celles du plan quinquennal soviétique instauré par Staline… Ce n’est qu’à l’université que j’ai commencé à me faire une idée de l’économie, grâce à mes professeurs et, il faut que le souligner aux excellents, ouvrages d’Henri Lepage.
Heureusement il en reste quelques bonnes facs d’éco comme celles d’Aix ou de Paris Dauphine.
Je n’ai pas trouvé votre remarque pédante. Il était tout à fait fondé d’indiquer que les électeurs du B-W n’avaient pas reconduit la majorité CDU-CSU pour d’autres facteurs que l’euro. Mais, comme je le disais, celui-ci a bien du jouer pour 30% dans les motivations des électeurs.
Je ne m’intéresse pas particulièrement aux faits divers. Mais comme l’a dit Bourdieu (sociologue d’extrême gauche qui disait quelquefois une ou deux vérités sur les médias) : « le fait divers fait diversion ». Pourquoi pas la terreur brune pour distraire les électeurs de la crise de l’euro.
J’ai simplement observé, à ce sujet, que lesdits terroristes étaient coupables de tous les crimes non-élucidés depuis 15 ans. Comme, ils sont tous morts, cela présente un caractère très pratique… Même si l’on ne peut exclure qu’ils fussent en effet responsables des crimes qu’on leur impute.
Quoi qu’il en soit, aucun artifice médiatique ne fera changer les tendances de fond de l’économie. Comme l’observe encore aujourd’hui le Figaro, les spread de taux continuent à diverger. Et, si rien ne change bientôt, c’est l’éclatement imminent de la zone eurohttp://www.lefigaro.fr/marches/2011...
20111117ARTFIG00470-les-marches-dessinent-deja-une-europe-a-deux-vitesses.php.
Je pense que vous et moi aurons la chance, dans cette hypothèse, d’être dans la zone mark ou euro-mark.
En l’état actuel, l’euro ne peut survivre. Des ajustements de grande ampleur se préparent.
Bien à vous,
Gilles
Ce qui est amusant, et si les données de l'annuaire sont exactes, j'ai failli acheter une maison au bout de votre rue. Ikea c'est bien gentil, mais mon Dorf des bois n'a pas le charme du votre. A propos d'immobilier, de crédit et même d'épargne, qu'adviendrait-il de la valeur des dettes en euro contractées par un particulier si, comme cela semble être inéluctable, l'euro dans sa forme actuelle est amené à disparaitre? Les conséquences ne serait-elles pas diamétralement opposées pour les "pays du nord" et "les pays du sud"?
C'est vrai qu'on peut s'estimer heureux là où nous vivons, mais en ce qui me concerne (on ne peut pas comparer nos CVs :) ) je ne suis pas vraiment à l'abri des difficultés vu le secteur d'activité de mon entreprise, et j'ai même déjà eu droit au Kurzarbeit.
VG
Jan
A Jan (bbph)
Si les données indiquent la rue du Palatinat, elles sont exactes. Votre question très simple en apparence appelle une réponse compliquée en vérité. Elle me permet de préciser mes analyses :
1. Il n'est pas certain que l'euro disparaisse dans les mois ou années à venir. Il pourrait être conservé au prix de la monétisation et de l'inflation, ou d'une forte récession dans les pays périphériques.
2. Si la zone euro éclate : éclatera-t-elle partiellement ou totalement ? Je parierais davantage sur une tentative d'isoler la Grèce du reste et de monétiser partiellement la dette des autres PIIGS. Votre dette ne sera pas concernée sauf si vous l'avez contractée à taux variable.
3. Si un éclatement partiel se produit avec un euro du nord et le retour aux monnaies du sud, c'est en effet le pire scénario pour les foyers endettés du Sud, car ils verraient le montant de leur dette grimper au fur et à mesure de la dévaluation de leur propre monnaie.
4. Pour cette raison, il y aura peut-être un éclatement total. L'euro n'existera plus comme monnaie de référence. Au début, on peut imaginer que chaque monnaie sera convertible au pair 1euro = 1 nouveau mark, 1 néo-franc, 1 nouvelle lire etc. Avec ce scénario, les emprunteurs du sud se retrouveraient dans une situation plus favorable puisqu'ils verraient la valeur de leur crédit diminuer avec la dévaluation de leur monnaie.
Dans cette incertaine de l'histoire de l'euro, j'ai quelque néanmoins quelque certitude : aucune monnaie n'est immortelle et la disparition d'une monnaie sous-optimale n'entraîne ni tremblement de terre, ni pluies de sauterelles, ni rivières de sang, ni ténèbres diurnes.
Entre 1833 et 1994, le Brésil a changé 12 fois de monnaie :
http://www.ocaixa.com.br/passos/pas...
Le pays n'a pas pour autant disparu de la surface de la planète. Et, aujourd'hui, c'est auprès du Brésil que la zone euro quémande de l'aide pour abonder le FESF.
Concernant le CV et le Kurzarbeit : il me semble plus important dans la vie d'avoir de bonnes idées qu'un bon CV selon les apparences. Je connais d'ailleurs plus d'un agriculteur qui, sans avoir fait d'études supérieures, ont plus de bon sens économique que des prix Nobel en économie aux CVs académiques et institutionnels impressionnants.
Notre entreprise a aussi connu, un moment, le kurzarbeit (mais pas moi pour être honnête, je connais plutôt le langarbeit). Nul n'est à l'abri d'une mauvaise conjoncture. Ce que j'ai entendu, c'est que HD-Druck a été la plus touchée.
Merci de me lire et d'accorder quelque crédit à mes analyses.
Bien à vous,
Gilles D.
A Gilles
merci d'avoir bien voulu prendre un peu de votre temps pour approfondir vos explications, ça me permet de me faire une idée à quelle sauce on pourrait être mangés.
Je doute que "Mutti", comme certains l'appellent, puisse politiquement se permettre un autre flip-flop, et donne son accord pour faire tourner la planche à billet. Sur votre deuxième hypothèse, j'ai du mal à saisir en quoi l'isolement de la Grèce pourrait faciliter le "sauvetage" de pays comme l'Italie ou l'Espagne. L'argument qu'on a toujours pu entendre pour défendre cette option, c'est celui du pare-feu, pour éviter la contagion aux autres pays. Cet argument n'étant plus valable(?), quel autre avantage de cette manip m'échappe? Sur la position allemande, Merkel risquerait aussi perdre des points, malgré une opinion publique allemande favorable à l'éjection des mauvais élèves de la zone euro. Après s'être entêtée à vouloir maintenir la Grèce dans la zone euro(et vouloir toujours plus d'une certaine Europe), cela l'obligerait encore une fois à retourner sa chemise (vision d'horreur). Tiens, au fait, ça fait longtemps qu'on n'a pas entendu Rösler...
Ah, victime du Langarbeit, mon intuition était donc juste. C'est vrai qu'il n'y a pas forcément de corrélation entre le "CV" et le bon sens (économique), comme le montre souvent l'élite française. Je savais de parents d'élèves concernés que JD avait eu recours au KU, et la plupart des parents travaillant chez HD-Druck ont eu du KU à 100%.
Bon, j'arrête de passer du coq à l'ane, et c'est plutôt moi qui devrait vous remercier. Vos analyses complètent tout ce qu'on peut lire dans ce que j'appellerais la "blogosphère libérale", où j'ai l'impression d'être moins pris pour un couillon que dans les autres médias. Je n'ose même pas imaginer pareille situation quinze/vingt ans plus tôt, sans internet et sans la possibilité de s'informer correctement...
Bon Week-end
Jan
A Jan (bbph)
Si vous le désirez, je propose que nous poursuivions notre débat en échangeant nos emails. Techniquement, nous pouvons le faire si vous en donnez l'autorisation dans votre prochain commentaire. Le gestionnaire du site me communiquera alors votre adresse.
Nos commentares régionaux n'intéressent pas nécessairement les lecteurs de ce blog...
Pour répondre à votre question, c'est un pari que je fais sur la prochaine tentative désespérée des hommes de l'Etat de tenter quelque chose...
Que cela ne serve à rien, c'est bien probable.
Mais tout ce qui a été entrepris depuis 18 mois n'a servi strictement à rien, bien que cela a itdéjà coûté des centaines de milliards.
Le cas de la Grèce est très différent de celui de l'Italie. La Grèce ne pourrait rester dans l'euro qu'à condition d'une perfusion permanente et d'un chômage de masse. Le plan d'austérité actuellement est la pire qui se conçoive. Il consiste à liquider les effectifs pléthoriques de la fonction publique, augmenter les impôts (que personne ne paye) sur fond de dépression, sans donner les moyens au secteur privé de créer des emplois supplémentaires par l'ajustement monétaire (la dévaluation de la drachme).
Conséquences : les fonctionnaires entrent en rébellion, les capitaux fuient, la fraude fiscale explose, la demande intérieure chute (puisqu'elle n'est plus artificiellement soutenue), les exportations s'effondrent.
Compte tenu des particularismes locaux, c'est une bonne recette pour créer les conditions d'une insurrection générale et/ou un coup d'Etat militaire.
Le tonneau des Danaïdes est donc loin d'être rempli.
L'Italie présente un tout autre profil structurel. Elle peut être sauvée. Malgré son endettement record, elle est en meilleure santé financière que la France.
Comme je l'écrivais, elle est en excédent budgétaire primaire. Ce qui signifie que l'Etat est bien mieux géré que chez nous (C'est tout dire) et qu'il n'est pas nécessaire d'augmenter considérablement les impôts ni de licencier les fonctionnaires.
Son vrai problème est le service de la dette accumulée dans le passé.
Ajoutons que l'Italie a une solide base industrielle et une économie diversifiée.
Des solutions peuvent donc être trouvées que l'on peut esquisser : a) un peu d'austérité pour l'Etat, b) quelques réformes sociales (retraite notamment), c) une intervenion modérée de la BCE sur la dette italienne.
La formule est d'ailleurs simple, il suffit d'ajuster la charge de la dette à l'excédent primaire du budget ou de diminuer la charge de la dette.
L'Irlande est dans une situation similaire.
Pour le Portugal et l'Espagne, il faudrait que je creuse les données.
Le point de focalisation de la crise est donc bien la Grèce. Plus longtemps on la conserve dans l'euro, moins l'euro aura de temps à vivre.
J'ajouterais que, dans les prochaines années, il faut s'attendre à une récession dans la plupart des pays européens. Cela sera le prix à payer pour ces plans d'austérité.
Hélas, nos élites ont attendu trop longtemps pour s'attaquer au problème.
La récession, à un niveau de dette donné augmente les contraintes de la dette. C'est le cercle vicieux.
(Les critères de Maastricht n'ont pas été invéntés pour rien).
Quant à la Gross...Mutti pour faire un jeu de mots de mauvais aloi, elle est devenue une girouette qui suit le vent de ses inspirations. Elle était très différente lors de son premier mandat et avait les idées plus claires et plus fermes. Le pouvoir use absolument. La prochaine coalition au pouvoir devra résoudre plusieurs problèmes majeurs qui n'auront pas été résolus : l'approvisonnement énergétique de l'Allemagne et la sortie du nucléaire et, ce que peu d'observateurs remarquent : la dette publique qui est comparable à celle de la France à un iota près.
Il est tout à fait logique que vous trouviez dans le courant dit ''académique'' du libéralisme des auteurs qui ne vous considèrent pas comme un imbécile, puisque dans l'ensemble ils ont retenu les leçons de Socrate et de Popper sur l'émergence de la véracité par l'échange des points de vue.
La plupart des autres courants de pensée raisonnent en termes absolus et religieux. Vous êtes pour l'abandon de votre raison critique et vous avez raison. Vous êtes pour la remise en question des dogmes qui servent les élites partisanes au pouvoir et vous avez tort.
Oui, Internet est l'espace de liberté qui échappe au contrôle de la pensée par les hommes de l'Etat. Ce qui en plus haineux à l'égard de ce moyen d'échange et d'information...
Bon week-end à vous,
Gilles D.
La BCE ne veut pas racheter les obligations de tous les Etats européens en faillite.
La BCE refuse de dépenser des milliers de milliards d'euros pour racheter les obligations du Portugal, de l'Irlande, de l'Italie, de la Grèce, de l'Espagne, de Chypre, de la France, etc, etc.
Mario Draghi l'a dit, il l'a répété, il l'a encore répété.
L'Allemagne, elle non plus, ne veut pas que la BCE rachète les obligations de tous les Etats européens en faillite.
Lisez cet article très important :
http://www.romandie.com/news/n/Zone...
A BA,
J'avais lu cet article sur un autre média.
Mais, celui-ci paru dans le Figaro éclaire l'ambivalence de la politique suivie par la BCE:
"D'une main, la Banque centrale européenne rachète ce vendredi de la dette d'État. De l'autre son président, Mario Draghi, défend ce même jour avec véhémence son indépendance et son unique objectif de stabilité des prix.
Grand écart à la Banque centrale européenne. Mario Draghi, a averti ce vendredi qu'une banque centrale «peut perdre sa crédibilité rapidement» et que «cela aurait un coût économique et social énorme». Il fait référence à la demande des marchés et de la France, qu'il rejette, consistant à ce que la BCE rachète massivement de la dette d'État afin d'enrayer la hausse des taux d'intérêt en zone euro et de mettre fin à la crise. Une politique que l'institution se refuse à mener au nom de ses principes économiques. (...)
Mais, dans le même temps, des traders ont rapporté que la BCE rachetait ce vendredi des titres de dette italienne sur le marché. Résultat, le rendement de ces obligations à 10 ans a reculé de 4 points de base, descendant sous la barre insoutenable des 7%, à 6,87%. Ces opérations ponctuelles de rachat de dette d'État ont repris en août dernier afin de calmer les accès de fièvre du marché."
Source:http://www.lefigaro.fr/conjoncture/...
Conclusions personnelles:
- On ne peut faire aucune confiance dans les déclarations des hommes de l'Etat, et ceux de la Banque, anciens appointés ou non de Goldman Sachs.
- La preuve en est que Merkel a promis, à plusieurs reprises, de ne plus aider la Grèce et n'a cessé d'augmenter la contribution de l'Allemagne.
- Entre les fausses déclarations pour essayer d'abuser/rassurer les marchés et la gestion émotionnelle de la crise, tout est possible de même que son contraire.
Conseil pratique: observons les données mesurables, taux de croissance, taux des obligations, déficits, création monétaire, ingénieurie financière... et nous pourrons nous faire une idée de ce qui pourrait se passer.
Bien à vous,
GD
En décembre 2010, les chefs d’Etat et de gouvernement européens se sont réunis à Bruxelles. Ils ont vu arriver les dirigeants de la Banque Centrale Européenne qui leur ont expliqué le problème :
les dirigeants de la Banque Centrale Européenne ont demandé aux 16 chefs d’Etat membres de la zone euro de recapitaliser la BCE car elle était surchargée d’obligations pourries (obligations de l’Etat grec, obligations de l’Etat irlandais, obligations de l’Etat portugais, obligations de l’Etat espagnol).
En décembre 2010, la BCE avait dans ses livres 72 milliards d’euros d’obligations d’Etat pourries.
Les 16 chefs d’Etat membres de la zone euro ont alors accepté de recapitaliser la BCE. En décembre 2010, les 16 Etats de la zone euro ont recapitalisé la BCE.
Concrètement : en décembre 2010, les contribuables européens ont recapitalisé la BCE : ils ont payé 5 milliards d’euros.
Lisez cet article :
« Le contribuable à la rescousse de sa banque centrale.
Jean-Claude Trichet oblige les pays de la zone euro à renflouer leurs banques centrales en cas de pertes.
Ce n’est qu’une phrase dans la déclaration finale des chefs d’Etat de la zone euro lors du Conseil européen du vendredi 17 décembre. Mais elle pourrait peser plusieurs milliards d’euros dans les comptes publics des seize états de la monnaie unique.
Ces dirigeants européens déclarent en effet « être déterminés à garantir l’indépendance financière des banques centrales de l’Eurosystème », c’est-à-dire de la Banque Centrale Européenne (BCE) et des seize banques centrales nationales des pays ayant adopté l’euro, à l’instar de la Banque de France.
Cela rappelle que les contribuables des seize Etats membres doivent renflouer la banque centrale de leur pays (par exemple les Français pour la Banque de France) si elle n’était plus suffisamment capitalisée pour continuer sa mission.
Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a pris soin de faire répéter cette obligation aux chefs d’Etat lors du dîner du jeudi 16 décembre. Le matin même, il avait acté avec ses homologues du Conseils des gouverneurs de la BCE le doublement du capital de la banque, grâce à une injection de 5 milliards d’euros venant des seize banques centrales nationales (711 millions d’euros pour la Banque de France).
Jean-Claude Trichet s’inquiète de couvrir les pertes éventuelles qu’encourent la BCE et, par ricochet, les banques centrales nationales de la zone euro, si les obligations de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal et de l’Espagne, qu’elles ont achetées pour 72 milliards d’euros depuis mai 2010 pour aider ces Etats membres, n’étaient pas remboursées.
Dès lors, le contribuable paierait aussi cette note d’une faillite d’un Etat de la zone euro, comme la Grèce ou l’Irlande, jusqu’ici secouru par la BCE et ne pouvant plus rembourser ses emprunts. »
http://www.latribune.fr/journal/edi...
Frank Paul Weber, La Tribune, lundi 20 décembre 2010, page 6.
Cet article est très important : il montre que la BCE ne pourra racheter les obligations d’Etat des cinq PIIGS que si les Etats acceptent de la recapitaliser au fur et à mesure que son bilan se dégrade.
Concrètement : la BCE ne pourra racheter les obligations d’Etat des cinq PIIGS que si les chefs d’Etat demandent à leurs électeurs de payer davantage d’impôts pour recapitaliser la BCE.