Dans les jours qui suivirent, nos hommes de gouvernement reprirent l’argument en cœur. Le quatorze avril, le tout nouveau ministre des finances, Michel Sapin, s’est rendu devant les médias pour dénoncer un « Euro fort, trop fort, anormalement fort qui est une gêne pour l’ensemble des pays européens et particulièrement pour la France » (3). Un thème qui était déjà le leitmotiv de la déclaration de politique générale, du huit avril, de Manuel Valls devant le parlement.

Le seize avril, ce fut au tour de l’inénarrable ministre de l’économie, Arnaud Montebourg, d’éclairer les médias de ses lanternes monétaires :

« L'Union européenne doit changer de politique monétaire pour soutenir les pays qui, comme la France, ont entrepris un effort de rétablissement de leurs comptes publics (…) La Banque centrale européenne [doit] agir pour faire baisser l'euro (…) La France souhaite une réunion "rapide" avec ses partenaires européens pour discuter de la question de l'euro trop cher » (4).

A l’heure à laquelle nous écrivons ce papier, l’offensive politico-médiatique contre l’euro fort se poursuit encore. Dans sa lettre du vingt-huit avril, aux députés socialistes appelés à soutenir le pacte de responsabilité, Manuel Valls a écrit :

« Les économies réalisées peuvent peser à court terme sur l’activité. J’en suis conscient. Elles doivent donc être accompagnées par une politique monétaire plus active et une politique de change plus réaliste au niveau européen. Le niveau de l’euro est trop élevé. Ce sera la démarche du chef de l’Etat dans les négociations qui suivront le renouvellement du parlement européen » (5).

Que faut-il penser de ces déclarations concomitantes ?

De toute évidence, nous sommes confrontés à des ‘’éléments de langage’’. C’est-à-dire à un artifice de communication qui consiste à répéter, en boucle, les mêmes arguments. Ceci de telle sorte qu’ils soient perçus de plus en plus positivement par ceux qui les écoutent et qu’ils finissent par y adhérer. La technique utilisée est l’effet de simple exposition [Mere-exposure effect] bien connu des psychologues sociaux (6). Une technique que Thomas Guénolé résume dans son Petit guide du mensonge en politique :

« En agissant comme une escadrille de bombardiers armés des mêmes éléments de langage, une petite équipe de personnalités politiques peut à la longue faire passer un mensonge pur et simple pour une vérité dans le débat public, en l’assénant en boucle, encore et encore » (7).

S’il y a mensonge pur et simple, quelles vérités nous cache-t-on ? A quelles fins ? Le propos de notre papier sera, une fois encore, de confronter les raisonnements abstraits des thuriféraires de l’euro aux dures réalités monétaires.

1. Un euro-franc surévalué et un euro-mark sous-évalué

Ce que l’on peut d’emblée relever, à propos de l’affirmation selon laquelle l’euro serait trop fort, c’est son incohérence logique. Lorsqu’une monnaie est librement convertible sur le marché des devises, comme c’est le cas de l’euro, sa valeur est définie par son taux de change. Il n’en est aucune autre.

Quels sont, alors, les facteurs qui déterminent la valeur d’une devise ? D’un point de vue macro, ce sont principalement : le taux directeur de la banque centrale, le niveau de la dette publique, le budget de l’Etat et la balance du commerce extérieur.

Pour simplifier, lorsqu’un Etat a un déficit budgétaire structurel et une balance des paiements négative, sa devise sera très certainement faible (8). A contrario, un pays avec un fort excédent commercial et un budget équilibré aura toutes les chances d’avoir une devise forte.

Chacun reconnaîtra ici, la dichotomie qui, pendant des décennies, a opposé la France à l’Allemagne. Celle-ci explique pourquoi la valeur du mark est passée de 1,23 FRF, en 1963, à 3,38 FRF en 2002.

Depuis la disparition du franc français, personne ne semble se poser la question de savoir ce que serait sa valeur actuelle par rapport au mark, si les deux monnaies avaient été conservées. Or, si l’on se base sur la vitesse historique d’érosion du franc face au mark, on peut estimer que leur parité actuelle se situerait aux alentours de un mark pour 4,2 FRF (9).

Le mark n’existant plus, tout le discours politique se focalise sur un euro trop fort par rapport à un dollar trop faible :

« Pour Michel Sapin, l'euro s'est renchéri de 10 % par rapport aux autres monnaies depuis 18 mois et c'est une des causes des difficultés économiques de la France dont les exportations sont fortement pénalisées. » (10).

Si l’on analyse les données disponibles, on retrouve dans la dynamique de change entre l’euro et le dollar, celle qui prévalait entre le franc et le mark. Ainsi, en 2013, le déficit commercial des Etats-Unis, s’est élevé à 680 milliards de dollars, soit 4,1% du PIB. En 2014, il devrait se situer aux alentours de 3,7% du PIB. La même année 2013, la zone euro enregistrait un excédent commercial record de 153,8 milliards d'euros, deux fois plus qu'en 2012 (11).

Quant au déficit public, il a été réduit à 3% du PIB dans l’Euroland, contre 4% aux Etats-Unis. A elles seules, ces divergences expliquent, la chute de la valeur du dollar par rapport à l’euro. La politique monétaire de la BCE n’y a joué aucun rôle, puisque les taux directeurs de la BCE et de la FED sont identiques depuis le 13 novembre 2013. A cette date, en effet, la BCE a abaissé le taux d'intérêt des opérations principales de refinancement de l'Euro-système à 0,25 %, ce qui est également le taux de la FED, depuis le 16 décembre 2008.

L’historique des graphiques des taux directeurs de la BCE et de la FED montre clairement qu’ils ne cessent de converger depuis 2009 (12). La seule différence apparente, entre les politiques monétaires des deux banques centrales, tenait dans la monétisation de la dette du trésor américain par la FED – les fameux programmes de Quantative Easing (QE).

Cependant, nos élites surestiment grandement les effets des QE sur la valeur du dollar. Si l’on analyse les QE et les politiques hétérodoxes conduites par la BCE, on s’aperçoit qu’elles ont produit des effets bilanciels très similaires.

Fin 2012, la taille du bilan de la BCE était supérieure à celui de la FED (13). Certes depuis fin 2013, le bilan de la FED dépasse, à nouveau, celui de la BCE, mais la différence n’est pas assez significative pour expliquer la dévaluation du dollar par rapport à l’euro. En d’autres termes, le taux de change actuel entre l’euro et le dollar ne résulte pas d’une divergence fondamentale entre les politiques monétaires conduites par les Etats-Unis et la zone euro. Il est bien plus le reflet des différences de compétitivité entre les deux ensembles économiques.

A ce sujet, on relèvera que la compétitivité de la France vis-à-vis des Etats–Unis est sensiblement meilleure que face à celle de l’Allemagne. En 2013, le déficit commercial de la France s’est élevé à 6 milliards d’euros à l’égard des Etats-Unis et à 17,5 milliards pour l’Allemagne. Ramené au déficit commercial total de la France en 2013, (61,3 milliards d’euros) le déficit à vis-à-vis des Etats-Unis représentait 9,8% du total et 28,5% pour l’Allemagne (14).

Les tensions politiques internationales jouent peut-être un rôle dans l’appréciation de l’euro. La crise en Ukraine inciterait nombre d'oligarques russes à acheter de l'euro et à vendre du rouble, par crainte des sanctions économiques occidentales et de leurs effets sur l’économie russe, ce qui renchérit l’euro.

La Banque Centrale chinoise achèterait progressivement de l’euro pour réduire son exposition au dollar. Les deux phénomènes sont reliés par la loi de Gresham qui stipule que les agents économiques préfèrent thésauriser la bonne monnaie et se servent de la mauvaise pour payer leurs échanges, afin de s’en débarrasser.

Que peut-on déduire de ces analyses quant à la valeur de l’euro pour l’économie française ? Qu’elle pose moins de problèmes à l’égard de la zone dollar qu’au sein même de la zone euro. Si la France avait conservé sa devise, le franc aurait, ces dernières années, perdu beaucoup plus de sa valeur face au mark que face au dollar.

Empiriquement, nous pouvons soutenir qu’il s’agit là d’une tendance structurellement bien établie. Entre 1970 et 2000, la valeur du dollar est passée de 5,5 FRF à 6,4 FRF et celle du mark de 1,5 FRF à 3,8 FRF. Soit une dévaluation de 15% face au dollar et de 225%, face au mark.

Certains analystes financiers objectent, à ce raisonnement, que la valeur du franc, par rapport au mark est demeurée stable entre 1990 et le passage à l’euro comptable en 1999. Que le problème de parité fixe entre l’euro-franc et l’euro-mark ne se pose donc plus.

C’est oublier, un peu vite que, dans la décennie 1990-1999, la réunification allemande a absorbé l’essentiel des ressources du pays. Selon nous, la relative stabilité du franc, à l’égard du mark, dans cette décennie, ne tient qu’au coût faramineux de l’unification économique et monétaire de la RFA et de la RDA. Un coût, aujourd’hui, estimé à 2000 milliards d’euros (15).

Depuis l’adoption des réformes Harz (2003-2005) tout a changé. Ces réformes ont joué comme un remède à la décision, prise en dépit du bon sens, d’établir la parité d’un mark pour un ostmark. Un choix politique qui a longuement anesthésié l’économie allemande.

Depuis 2007, le géant économique allemand s’est réveillé. Il a repris sa place de premier exportateur mondial qui a souvent été la sienne depuis la fin du XIX° siècle. Ses excédents commerciaux ont volé de record en record. Nous les citerons, pour ces dernières années : 195 milliards d’euros en 2007, 142 en 2008, 125 en 2009, 155 en 2010, 158 en 2011, 190 en 2012, et presque 200 milliards en 2013. Le tout cumulé représente plus de 1165 milliards d’euros d’excédents commerciaux. Sur la même période, la France accumulait les déficits : 42 milliards d’euros en 2007, 56 en 2008, 45 en 2009, 52 en 2010, 74 en 2011, 67 en 2012 et 61 milliards en 2013. Le tout représente 397 milliards d’euros de déficits cumulés.

Et, l’on voudrait nous faire croire que des économies aussi divergentes pourraient conserver des monnaies dont la parité serait éternellement figée ? Que la valeur de l’euro-franc serait égale à l’euro-mark ? Ceci, sans parler de situations budgétaires respectives très différentes et d’une dette publique allemande dont le niveau reflue vers les 80% du PIB, tandis que celle de la France s’achemine vers les 100%.

La part des importations et des exportations françaises vers les pays de la zone euro est telle (plus de 55%) que c’est bien dans cette zone que la question des parités monétaires se pose. La preuve en est que si l’on ajoute au déficit commercial de la France, en 2013, à l’égard de l’Allemagne, celui à l’endroit de la Belgique, de l’Italie, des Pays-Bas et de l’Irlande on frise les 75% du déficit net total.

La Chine comptant, elle, pour 36% du déficit net total (le total des déficits bruts est, par définition, supérieur à 100% du déficit total net puisque les excédents en sont retranchés).

Curieusement, si l’on entend beaucoup de critiques, de nos gouvernants, à l’égard de la parité euro-dollar, on n’en entend presque aucune au sujet de la parité euro-yuan. Pourtant, cette dernière est bien plus problématique. Le yuan est une devise dont le cours est fixé par l’Etat chinois en fonction de ses intérêts mercantilistes. C’est l’une des raisons pour lesquelles le déficit commercial à l’égard de la Chine pèse le plus dans la balance commerciale française.

Le cours forcé du yuan permet à la Chine de vendre bien plus qu'elle ne le pourrait avec une devise flottante. Elle lui donne, aussi, les moyens de racheter notre capital industriel, nos technologies et notre patrimoine avec les devises qu'elle accumule de manière déloyale. C'est là une politique de conquête économique qui est bien plus inquiétante que les dysfonctionnements de la zone euro.

Sans doute, l’approche des élections européennes rend le thème du mercantilisme monétaire chinois moins populaire que celui de l’euro trop cher. Néanmoins, ce silence à l’égard du yuan, nous révèle ce que les hommes politiques français ont à l’esprit et n’osent pas dire, lorsqu’ils affirment que l’euro est trop cher par rapport au dollar.

Ce qu’ils pensent, au fond d’eux-mêmes, c’est que l’euro est une monnaie trop faible pour l’Allemagne. Car, en ce qui la concerne, la parité euro-dollar n’est pas un frein à ses exportations Tout au contraire, elles s’en trouvent dopées. Les succès commerciaux de l’Allemagne inquiètent de plus en plus ses partenaires. Jusqu’à la Commission Européenne qui l’a menacée, fin novembre 2013, de sanctions pour ses excédents :

« La Commission européenne a souligné mardi le problèmes des excédents allemands, au moment où Berlin est de plus en plus sous pression pour mener une politique plus favorable à la demande intérieure. Selon les prévisions de la Commission européenne, l'excédent des comptes courants de l'Allemagne, grand pays exportateur, devrait être de 7% du PIB cette année, avant de diminuer légèrement à 6,6% en 2014 et 6,4% en 2015. (…) Or, dans les critères retenus par la Commission européenne pour évaluer les déséquilibres macroéconomiques, figure celui des excédents s'ils sont au-dessus de 6% pendant trois années de suite. Dans ce cas, la Commission est en droit d'ouvrir une procédure pour inciter l'Etat concerné à revenir dans les clous (…) Interrogé sur l'ouverture d'une "enquête approfondie" contre Berlin, M. Rehn a renvoyé à la semaine prochaine, lorsque la Commission présentera sa revue des déséquilibres économiques et annoncera éventuellement le lancement de procédures si certains seuils sont dépassés » (16).

Est-il besoin de dire que l’Allemagne a très mal vécu la perspective ubuesque d’être punie pour ses succès économiques ? Pressé par une opinion publique passablement irritée, le ministre des finances Wolfgang Schäuble a immédiatement déclaré qu’il n’y avait en Allemagne « aucun déséquilibre qui mériterait correction », suivi par plusieurs leaders de la CDU-CSU qui affirmèrent qu’ils ne se plieraient jamais à un éventuel ‘’diktat’’ de Bruxelles.

Le poids de l’Allemagne, dans les affaires monétaires européennes, étant ce qu’il est, le projet de sanctions fut immédiatement enterré par le Conseil des ministres. Ceci, au grand dam de la Commission Européenne qui voit dans l’envolée des excédents commerciaux allemands le signe annonciateur de l’éclatement de la zone euro.

2. Idées caduques et spirales infernales

On commence à le comprendre, l’enjeu pour les hommes de gouvernement français n’est pas la parité euro-dollar, voire la prospérité de notre économie. Le problème est ailleurs. Il est essentiellement politique.

Au-delà de la prochaine échéance électorale, tous les messages actuels de nos gouvernants visent à obtenir une baisse de l’euro en compensation de l’exigence de réduction du déficit public en dessous des 3% du PIB. Cela permettrait d’éviter une partie des efforts d’ajustement nécessaires qui touchent de plein fouet l’électorat socialiste. L’idée sous-jacente est de revenir au bon vieux modèle français de la dévaluation prétendument compétitive. Le but véritable est de faire chuter l’euro, pour abaisser la valeur réelle des salaires tout en conservant leur valeur nominale. Toutefois, cette idée est devenue totalement caduque dans le cadre de l’Union Economique et Monétaire.

Comme nous l’avons vu, le problème fondamental de l’euro, c’est la parité-fixe entre l’euro-franc et l’euro-mark. Il s’ensuit qu’une dépréciation de l’euro ne modifierait pas fondamentalement le différentiel de compétitivité entre la France et l’Allemagne. Car, l’euro-mark serait automatiquement déprécié du même montant que l’euro-franc.

Sur le marché intérieur européen, la France n’obtiendrait aucun avantage, puisque les prix des biens exportés ne changeraient pas pour les consommateurs. Et, sur les marchés extérieurs de la zone dollar, nombre de produits allemands, notamment dans le secteur automobile, deviendraient encore plus attractifs pour tous les consommateurs qui rêvent de la qualité allemande au prix français. Il pourrait même se produire un effet d’éviction des produits français, par leur déclassement sur l’échelle des prix.

Ce point est important à saisir car, apparemment, il contredit l’argument servi à satiété par les hommes de gouvernement, les médias et quelques hommes d’entreprise, selon lequel la hausse de l’euro fait chuter les exportations :

« C'est reparti de plus belle ! La vieille antienne de l'euro fort, source de tous les maux pour nos entreprises, fait son retour. Alors que la monnaie unique évolue autour de 1,40 dollar, leaders politiques et industriels s'unissent pour dénoncer les méfaits de son renchérissement sur les exportations des entreprises tricolores [Pour] Arnaud Montebourg, (…) l'euro fort sape les efforts de redressement de la compétitivité des entreprises françaises (…) Chez Michelin, Marc Henry, son directeur financier, confirme que ‘’le renforcement de la monnaie unique a amputé le bénéfice opérationnel de 230 millions d'euros l'an dernier’’. (…) Chez Airbus Group, Jean-Baptiste Pons, trésorier du groupe, révèle que les modèles internes du groupe ‘’indiquent que l'euro apparaît relativement cher par rapport à son équilibre de long terme’’. (…) La baisse du dollar, première devise de facturation commerciale au monde, renforce donc considérablement la concurrence à laquelle font face les entreprises françaises» (17).

Toute la difficulté réside ici dans la juxtaposition de deux types de raisonnement sur la monnaie, radicalement différents, mais présentés sous une fausse unité conceptuelle.

Pour dire les choses plus simplement, il y a confusion entre les effets induits par une dépréciation marchande d’une devise flottante et ceux d’une dévaluation autoritaire d’une devise à la parité fixe.

Pour comprendre la différence entre les deux approches, il faut en revenir au deuxième pilier de la loi de Say selon lequel : « L’achat d’un produit ne peut être fait qu’avec la valeur d’un autre » (18). Ceci implique que la valeur d’une devise est déterminée par l’estimation de son pouvoir d’achat présent et futur. Lorsque la quantité de biens et de facteurs de production qu’on peut acheter, dans une monnaie donnée, diminue par rapport à une autre, sa valeur baissera jusqu’au prix où elle rencontre sa demande. Pour cette raison, l’ajustement des parités est permanent. Il varie à tout instant.

A contrario, une devise dont la parité est trop élevée ne peut rencontrer sa demande naturelle. De nombreux produits, libellés dans cette devise, ne pourront plus s’échanger, car ils ne trouvent plus de parité réelle avec les produits offerts dans les autres devises.

En ce qui concerne l’euro, nos hommes de gouvernement partent de l’hypothèse qu’en le dépréciant, on s’approcherait d’un nouveau point d’équilibre où la demande pour les produits ‘’made in France’’ serait bien plus grande.

C’est là encore une idée caduque qui nous fera tomber de Charybde en Scylla. Pourquoi ? Parce que l’euro est une monnaie hybride qui combine un cours flottant, sur les marchés extérieurs, et une parité fixe sur le marché intérieur. Sa valeur dans la zone dollar rencontre donc, actuellement, sa demande naturelle.

Toute dépréciation du cours de l’euro, par rapport à sa valeur actuelle en dollars, ne modifierait que marginalement la demande (en dollars) pour les produits français.

Seuls les produits typiquement nationaux en bénéficieraient. C’est-à-dire, les produits de la mode, de l’industrie du luxe, du secteur vinicole et agro-alimentaire.

Les entreprises industrielles en difficulté, sur les marchés hors zone euro, ne tireraient aucun avantage concurrentiel d’une dépréciation de l’euro. Car, ces entreprises sont en concurrence directe avec d'autres producteurs européens qui vendent dans la même devise. Pour elles, leur position concurrentielle resterait inchangée.

Pour en terminer sur la question de la parité euro-dollar, il ne faut pas oublier que le revers de la médaille d’une dévaluation, c’est l’augmentation du prix des importations. C’est d’ailleurs bien plus par ce biais - celui de la contraction de la demande des biens importés - que l’Etat français rééquilibrait, dans le passé, sa balance commerciale.

En supposant, un instant, que nos partenaires européens nous suivent sur la voie de la dépréciation, les entreprises de la zone euro devraient faire face à une augmentation du coût des matières premières qu’elles importent pour transformer les biens qu’elles exportent. A la différence des entreprises allemandes, plus compétitives, les entreprises françaises auraient plus de mal à absorber ce surcoût, ayant moins de marge pour le faire. Ainsi, par un paradoxe propre à la nature ambiguë de l’euro (devise à régime flottant mais fondée sur un panier de monnaies à parités fixes), une dévaluation compétitive réalisée pour donner un ballon d’oxygène à l’économie pourrait, sur le long-terme, conduire à l’étrangler un peu plus.

Ce raisonnement contre-intuitif nous fait toucher du doigt la spirale infernale dans laquelle l’euro fait tomber les économies les moins productives. Il nous révèle les ressorts de la mécanique tragique des unions monétaires imposées par des élites politiques centrales en dépit des réalités économiques locales.

Ce que nous revivons, avec l’Euroland, c’est le drame de l’union monétaire italienne.

Entre 1860 et 1870, la lire est devenue la monnaie unique des royaumes de Piémont-Sardaigne, des deux Siciles, de Lombardie-Vénétie, des Etats du pape, des grands duchés de Parme, de Toscane et de Modène. Or, au moment de l’unification italienne, le Nord était plus industrialisé et plus compétitif que le Sud. Sous l’effet combiné de la lire unique et de l’union douanière, le Sud fut ruiné en quelques années seulement. Ceci, au point d’entraîner une émigration massive vers l’Argentine, la France et les centres industriels de l’Italie du Nord. Des régions entières furent rapidement dépeuplées. Cela, en dépit de tous les transferts sociaux mis progressivement en place pour stabiliser les flux migratoires. Comment expliquer ce phénomène ?

La réponse se trouve dans les forces qui régissent le système économique créé par une union monétaire sous-optimale. Dans ce système, la région la plus compétitive voit sa productivité constamment se renforcer. Tandis que la région la moins productive ne cesse de s’affaiblir. Autrement dit, la zone la plus performante attire et génère de plus en plus de capitaux. C’est ce que confirment, à ce jour,  les données relatives à la formation brute de capital fixe dans la zone euro où elle progresse fortement en Allemagne, aux Pays-Bas, en Autriche, en Finlande, en Belgique et régresse sensiblement, en France, en Irlande, en Espagne et au Portugal. Plutôt qu’une lecture fastidieuse de ces données économétriques, nous citerons un article du Monde Economique, qui illustre parfaitement ce propos :

« Les marges des petites entreprises [françaises ndr] ont tant baissé qu'elles ont rogné sur toutes leurs dépenses, et les groupes mondiaux ont investi plutôt ailleurs, notamment dans les pays émergents (…) Selon la Banque européenne d'investissement, la France est, avec l'Irlande, le pays d'Europe qui, en proportion, a consacré le moins d'argent à son outil industriel entre 1995 et 2002. De l'ordre de 5 % du produit intérieur brut (PIB), contre plus de 8 % en Belgique et en Italie (…) L'exemple des robots est particulièrement parlant. En 2013, la France ne comptait que 33.000 robots industriels dans ses usines, contre 58.600 en Italie et… 165.800 en Allemagne, le pays de la mécanique, selon l'International Federation of Robotics. Un écart de 1 à 5 entre les deux rives du Rhin. ‘’Et cet écart avec nos concurrents européens s'accroît’’, souligne M. Rivaton : seuls 2 900 robots ont été installés en France en 2013, quand l'Allemagne en ajoutait six fois plus. Dans le même temps, la Grande-Bretagne, longtemps à la traîne, se met elle aussi à s'équiper » (19).

Incidemment, ces témoignages confirment notre analyse de la spirale infernale créée par l’euro. Littéralement, la zone la plus productive cannibalise les zones les moins productives. Ainsi, les déficits commerciaux de la France nourrissent les excédents de l’Allemagne en abaissant la valeur de l’euro, en dessous de celle qu’aurait eue le mark. Tant que les écarts de compétitivité entre les deux pays persisteront, l’euro-franc sera toujours trop fort et l’euro-mark toujours trop faible.

Certes, il serait possible de sortir de cette spirale infernale par le haut. Mais, pour cela il faudrait une révolution paradigmatique qui nous libérerait de toutes les illusions relatives à la monnaie unique.


3. Illusions, mensonges et tricheries

La première des illusions dont il faut se départir c’est que l’euro puisse, encore, être dévalué par le fait du prince. Dans un excellent papier, paru dans La Tribune, Romaric Godin nous en donne les raisons :

« Dévaluer l'euro ? Un doux songe (…) Écartons d'emblée le mythe de la dévaluation au sens ancien du terme qui serait contraire au principe sacro-saint de l'indépendance de la BCE inscrite dans les traités. Certes, le Traité de Fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) envisage dans son article 219 la possibilité de mettre en place un système de change fixe avec les monnaies d'un pays tiers, mais il serait bien difficile d'imposer aux États-Unis un taux de change fixe euro-dollar que l'on pourrait ensuite, unilatéralement, dévaluer ! (…) Du reste, souvent, ceux qui, comme Arnaud Montebourg, réclament une ‘’dévaluation’’ n'utilisent ce terme que pour des raisons politiques. Le terme évoque, notamment en France, ce temps considéré comme glorieux où le politique pouvait - croit-on - dicter sa loi à l'économique. Parler pour un homme politique de dévaluation, c'est se mettre en valeur à peu de frais, rappeler sa puissance régalienne. (…) Ce qui se cache souvent derrière ces propos, c'est l'exigence d'une baisse des taux » (20).

Emmanuel Valls, Michel Sapin, Arnaud Montebourg vivent dans l’illusion que la BCE fonctionne comme la Banque de France du temps de François Mitterrand. Non seulement, ils n’ont aucune prise sur la BCE, mais en auraient-ils une, que cela ne changerait pas foncièrement le contexte dans lequel la BCE opère.

Si, comme le suggère Godin, la vraie demande des hommes de gouvernement est de faire baisser les taux, c’est peine perdue. Comme nous l’avons déjà souligné, ils sont proches de zéro. A ce seuil, il ne resterait d’autre option à la BCE que de prêter à un taux négatif. C’est-à-dire à verser des intérêts aux emprunteurs. Aussi surprenante que cette idée puisse paraître, notre ami Henri Lepage ajouterait que c’est peut-être la seule qui aurait un sens, tant que le taux directeur de la BCE sera supérieur au ‘’taux naturel’’. Toutefois, on retomberait, ici, dans la difficulté qu’il n’existe pas un taux naturel unique en Europe. Avec son plein-emploi et ses records commerciaux, on peut supposer que l’Allemagne a un taux naturel proche de celui pratiqué par la BCE. Tandis que les pays du sud de l’Euroland, ont certainement un taux naturel bien inférieur.

Si la critique de la parité euro-dollar vise à injecter plus de liquidités dans l’économie, cela a déjà été tenté sans succès :

« La BCE a injecté plus de 1.000 milliards d'euros dans le système bancaire avec le LTRO de fin 2011 et début 2012, dont 665 milliards sont toujours dans la nature. Elle a racheté des obligations d'Etat sur le marché secondaire et s'est dit prête à le faire sans limite - c'est le programme OMT. Elle a abaissé son taux de refinancement à 0,5 %, un niveau record, poussant le taux interbancaire au jour le jour, l'Eonia, à quasi zéro. Elle a, en juillet, promis que ses taux resteraient « durablement » à ce niveau ou plus bas, sautant un pas inédit dans sa politique. Mais rien n'y fait, l'euro reste fort » (21).

Remarquons que si une baisse brutale de l’euro était possible, elle ne laisserait pas les banques centrales américaines, chinoises et japonaises sans réagir. La guerre des monnaies serait, alors, inévitable.

Il y a dans ce constat une ironie profonde, car il retourne l’argument selon lequel une monnaie continentale unique offre bien plus d’avantages qu’une monnaie nationale. En effet, si les Etats-Unis pouvaient tolérer la dévaluation du franc, ils ne peuvent accepter la dépréciation simultanée de la monnaie de tous leurs partenaires de l’Euroland. Particulièrement des plus performants d’entre eux, au premier rang desquels se trouve l’Allemagne.

Ce que les hommes de l’Etat et les banquiers centraux ont du mal à admettre, c’est que les politiques monétaires conventionnelles keynésiennes, matinées de monétarisme mal compris, ne fonctionnent plus. Que la monnaie est, de nos jours, essentiellement créée par le système financier. Qu’il ne sert à rien de faire tourner la planche à billets, si les banques sont dans l’impossibilité de prêter aux entreprises et aux consommateurs, du fait d’un cadre institutionnel inadapté à la réalité d’une économie mondialisée.

Cette incompréhension profonde pousse les hommes de l’Etat à revenir à un modèle monétaire qu’ils pensent maîtriser : le contrôle étroit de la banque centrale, l’encadrement du crédit, la nationalisation des banques, la relance par le déficit budgétaire, la monétisation de la dette et la confiscation de l’épargne par l’inflation.

Autant de recettes archaïques qui ont échoué, mais qui donnent l’illusion d’un pouvoir du politique sur l’économie réelle. Cette illusion était, encore, présente dans l’acte de baptême de l’euro. Que l’on s’en souvienne : l’euro devait assurer la prospérité du continent, la croissance et le plein-emploi pour tous. On a vu le résultat depuis…

De l’illusion idéologique au mensonge politique, il n’y a souvent qu’un pas. On le voit bien dans le lien qui est établi entre le futur résultat aux élections européennes et la politique monétaire :

« Manuel Valls a de nouveau appelé samedi [2 mai] de ses voeux une autre politique monétaire en Europe, plus favorable à la croissance, et souhaité pour cela l'avènement d'une majorité de gauche au Parlement européen lors des élections européennes (..) Avec une majorité de gauche au Parlement, nous aurons les moyens de réorienter, de changer le projet européen, (…) "Le rôle de l'Europe, c'est d'accompagner les efforts des nations et d'agir en complément du sérieux budgétaire des Etats (...), c'est de créer les conditions de la croissance, de l'emploi, de relancer ainsi l'économie. Il a ainsi estimé que les décisions des Etats devaient être "accompagnées par des évolutions de la politique monétaire" de la zone euro » (22).

Faut-il rappeler que le parlement européen n’a aucune compétence en matière monétaire ? Prétendre le contraire, c’est mystifier l’électorat. Face à cette duperie, Angela Merkel a demandé à son porte-parole, Steffen Seibert, de rappeler le premier ministre français à l’ordre des réalités monétaires allemandes. Dans une conférence de presse, celui-ci a déclaré :

« Le cours de l'euro n'est pas du ressort des politiciens nationaux, c'est une question pour la Banque centrale européenne qui agit de manière indépendante dans ce domaine et n'a pas de conseils à recevoir sur ce qu'elle doit faire » (23).

La formule est peu amène. Elle témoigne des tensions grandissantes autour de l’euro. Celles-ci sont parvenues à un tel degré d’intensité que la Commission Européenne s’est sentie obligée de mettre au point de nouvelles méthodes de calcul, pour faire croire que la zone euro fonctionnait bien et que la situation financière de la Grèce s’améliorait.

La supercherie a d’abord été révélée par le Guardian, puis par le Wall Street Journal avant d’être reprise par la presse française (24). De quoi s’agit-il ?

Le mercredi 22 avril, la Commission Européenne a annoncé, en fanfare, que la Grèce avait dégagé un excédent primaire de 1,5 milliard d’euros, soit 0,8% de son PIB, présentant l’avancée comme un franc succès pour la zone euro.

Les journalistes du Guardian, pris d’un sérieux doute, ont eu l’idée de comparer les chiffres du ministère grec des finances avec ceux de la Commission Européenne. Or, ils n’avaient rien en commun. Les données grecques affichaient, pour leur part, un déficit budgétaire de 23 milliards d’euros et un montant du service de la dette égal à 7,2 milliards.

Tout étudiant en première année de faculté d’économie sachant que le solde primaire est égal au total du déficit budgétaire diminué des intérêts de la dette, on peut se demander comment le déficit primaire grec, d’un montant de 15,8 milliards d’euros, s’est transformé en excédent primaire à Bruxelles?

Sous le feu des critiques de la presse financière, les économistes de la Commission Européenne ont reconnu avoir utilisé une nouvelle méthode de calcul spécialement conçue pour «refléter la position budgétaire structurelle de la Grèce ». Cette méthode, unique en son genre, consiste à retrancher de nombreux éléments statistiques qui font habituellement partie du déficit, tels que les aides publiques versées au secteur bancaire.

Il est certain qu’en supprimant, d’un trait de plume, une partie importante des charges de l’Etat, on parvient à transformer le déficit budgétaire abyssal de la Grèce (10,8% du PIB, en 2013) en excédent primaire de 0,8%.

C’est une méthode semblable qui avait été employée par le gouvernement hellène pour entrer dans la zone euro. Ce qui lui valut, lors de son premier plan de sauvetage, les foudres rétrospectives de la Commission Européenne qui l’accusa publiquement de tricherie. Aussi, sommes-nous en droit de nous étonner que la Commission use, désormais, des mêmes subterfuges pour maintenir la Grèce dans la zone euro que cette dernière utilisa pour y entrer.

Sans doute, la situation prend-elle un tour désespéré pour qu’on en arrive à de tels expédients.

4 Les atavismes nationaux plus forts que l’euro

Comme nous l’avions anticipé, dans nos précédents papiers, les écarts de compétitivité se creusent dans la zone euro. Depuis, le début de l’année, il est de plus en plus évident qu’ils deviennent intenables :

« Il est certaines statistiques qui sont plus parlantes que bien des discours. Ainsi en est-il de celle publiée ce jeudi matin [20 février] par Destatis, l'Office fédéral allemand des Statistiques. Le recul de 0,2 % des salaires bruts réels en Allemagne en 2013 (…) Comme à son habitude, l'économie allemande a donc compensé le ralentissement de l'activité (+0,4 % en 2013) par une réduction des salaires. Ceci a évidemment permis de maintenir la compétitivité des produits allemands et explique en grande partie la reprise vigoureuse des exportations (…) Cette situation est idéale pour l'Allemagne qui, ainsi, se découple de plus en plus du reste de la zone euro, comme le prouve les prévisions de croissance du pays. Mais cette simple statistique dresse donc un tableau bien sombre de l'avenir de la zone euro » (25).

Ces statistiques dévoilent une propriété étonnante du modèle économique allemand. Il fonctionne comme si l’étalon-or fonctionnait encore. Les salaires y varient en fonction de l’activité économique. Ils restent stables quand la croissance est au rendez-vous. Ils baissent quand l’activité se ralentit. Ce qui permet le maintien du d’un niveau d’emploi toujours élevé.

Ce modèle est consubstantiel à une devise forte qui ne cesse de se réévaluer. C’est en effet par ce biais que le pouvoir d’achat des agents économiques est amélioré, en dépit de la déflation.

Si l’on force le trait, on peut écrire que le modèle allemand, grâce à la modération salariale, permet d’exporter des biens d’équipement toujours plus chers et d’importer des biens de consommation de plus en plus bon marché. C’est la raison fondamentale, jamais énoncée, pour laquelle le gouvernement allemand s’opposera de toutes ses forces à la dévaluation de l’euro. Cela reviendrait à sacrifier, sans bénéfice politique, le pouvoir d’achat des classes moyennes, déjà soumises à la modération salariale. Pour reprendre une expression à la mode pénale, ce serait une double-peine économique qui pourrait conduire à une profonde crise de régime.

Par contraste, le modèle politico-social français continue, lui, à tourner, comme si le franc existait toujours et comme si la dévaluation était encore possible. Les salaires y augmentent indépendamment de l’activité économique. En 2013, l'indice du salaire mensuel de base des salariés a progressé de 1,6 %. Soit, une progression réelle de 0,9 %, hors inflation. Sur la même période, le secteur marchand a perdu 132.500 emplois, essentiellement dans l'industrie. Faute de pouvoir dévaluer ou de modérer les salaires, la France détruit des emplois et connait un chômage de plus en plus massif. En conséquence son taux d’emploi était, en 2013, de 10 points inférieurs à celui de l’Allemagne. Soit 63%, contre 73%. Cette tendance se renforce dans tout l’Euroland.

Pour s’en convaincre, il suffit de comparer les taux d’emploi entre les membres de la zone qui avaient une devise forte, alignée sur le mark, et ceux qui avaient une devise faible. En 2013, on trouve un taux d’emploi de 75% pour les Pays-Bas, 72,5% pour l’Autriche et 70% pour la Finlande. Pour les PIGS, ces taux sont respectivement de 61% pour le Portugal, 56% pour l’Italie, 51% pour la Grèce et 55% pour l’Espagne. L’écart moyen de taux d’emploi entre l’ancienne zone mark et les PIGS est de 17%. C’est économiquement considérable et ce n’est pas socialement tenable.

Plus que jamais, les paris sont donc ouverts pour savoir qui abandonnera la monnaie unique en premier. Depuis, la mise en place progressive de l’Union Bancaire, fin 2013, nous parierons en faveur de l’un des PIGS, voire de la France.

Par le mécanisme de l’Union bancaire, Berlin a mis un terme aux renflouements automatiques des banques du Sud, par les contribuables allemands, neutralisant ainsi une partie du mécontentement contre l’euro.

L’Union bancaire laissera, par contre, les gouvernements du Sud seuls, face à l’ire de leurs électeurs, quand il s’agira de sacrifier leurs économies pour sauver l’euro et leurs banques de la faillite. Certains hommes de gouvernement seront alors tentés de revenir à une monnaie nationale. Car, ils préféreront abandonner l’euro que le pouvoir. Ce jour-là, le doux-rêve de la monnaie unique finira de se briser contre la force brute des atavismes nationaux.

Gilles Dryancour


NOTES

(1) Le Figaro, conjoncture, 13 avril 2014, Christian Noyer la baisse du change est-plus-facile a invoquer-qu’à orchestrer

(2) Le Monde, 14 avril, 2014, La-juste croisade de Super Mario contre l’euro-fort

(3) Source Europe 1, le 14 avril 2014, Pour Michel Sapin l’euro trop fort est une gêne pour-la-France

(4) Agence Reuters, 16 avril 2014, Arnaud Montebourg veut que l’UE et la BCE s’attaquent à l’euro cher.

(5) Le Nouvel Observateur, 28 avril 2014, Economie, La lettre de-Manuel Valls

(6) Wikipedia, Mere-exposure effect

(7) Thomas Guénolé, Petit guide du mensonge en politique, Editions First Document, Paris, mars 2014, p. 26.

(8) On trouvera quelques rares contre-exemples, notamment dans les phases d’ajustement structurel où un Etat fait remonter brusquement le taux directeur de sa banque centrale pour combattre l’inflation. Ce fut notamment le cas aux Etats-Unis, quand Paul Volcker fit passer le taux de la Réserve fédérale de 11 %, en 1979, à 20 % en juin 1981 et le maintint à un niveau très élevé pendant une période de plus de trois ans. Ainsi, de janvier 1980 à décembre 1984, la parité du dollar est passée de 4 francs français à 10 francs soit une augmentation de la valeur du dollar 250%. Cela malgré le déficit budgétaire des Etats-Unis et un commerce extérieur dégradé.

(9) C’est là une valeur ad minima. L’écart de productivité entre la France et l’Allemagne s’étant encore accentué ces dernières années, cette valeur serait sans doute plus grande.

(10) Source RFI, http://www.rfi.fr/emission/20140414-euro-trop-fort-gene-reprise-economique-europe/

(11) La Tribune, 4 mars 2014, Confiants les Etats-Unis-affichent un-PIB en hausse et un-déficit en baisse

(12) France-inflation.com, Taux-directeurs de la BCE-FED

(13) Soit, environ 4000 milliards de dollars pour la BCE contre 3500 pour la FED. Source Globalix.fr, La BCE, les banques et la liquidité

(14) Source Bercy, Finances.gouv.fr, Etudes et tableaux, Aperçu du commerce extérieur de la France, mars 2014.

(15) L’Express.be, 4 octobre 2012, Pourquoi la réunification allemande est une des-causes essentielles de la crise de l’euro

(16) L’Expansion-L’Express.fr, 5 novembre 2013, La commission européenne reproche à l’Allemagne son excédent commercial

(17) Les Echos, 30avril 2014, L’euro est-il vraiment trop fort

(18) Wikiberal.org/Loi des débouchés

(19) Le Monde, 26 janvier 2014, Les usines françaises malades du sous-investissement

(20) La Tribune.fr, 5 novembre 2013, Dévaluer l’euro facile à dire quasiment impossible à faire

(21) Ibid.

(22) Capital.fr, 4 mai 2014, Manuel valls veut une autre politique monétaire en Europe

(23) Boursier.com, 5 mai 2014, Berlin tacle les propos de Manuel Valls sur l’euro fort

(24) La Tribune.fr, 24 avril 2014, Comment Bruxelles a-créé l’illusion de l’excédent primaire grec

(25) La Tribune.fr, 20 février 2014, Cette-statistique allemande si inquiétante pour la zone euro