Le sourire de Thanatos...
Par Drieu Godefridi le jeudi 31 janvier 2013, 11:21 - Article - Lien permanent
Certains envisagent de légaliser l’euthanasie des enfants, et l’euthanasie pour autrui (voir proposition de loi d'un sénateur belge). Bien que les partisans de ces réformes manient l’excommunication morale avec une virtuosité toute ecclésiale - si vous êtes contre, c’est donc que vous êtes insensible à la souffrance, ou pire : catho! -, risquons-nous à interroger l’humanisme revendiqué de ces innovations.
D’abord, l’euthanasie des enfants.
Par hypothèse, l’euthanasie d’un enfant sera décidée par ses parents, et non par l’enfant lui-même ("les très jeunes patients ne seront pas en mesure d’émettre eux-mêmes une demande d’euthanasie", reconnaît l’auteur de cette proposition). On excipe de la souffrance intolérable d’enfants malades. Nul ne la conteste et, dans ce crépuscule effroyable de la vie végétative qui annonce la mort, les praticiens ne s’acharnent guère. Mais qui ne voit que la consécration d’un droit à part entière ouvrira progressivement les vannes de l’infanticide par commodité ? Même en assortissant ce droit de garanties procédurales, comment éviter que des parents ne posent le choix terrible d’euthanasier leur enfant malade par confort (financier, émotionnel, pratique) ? Déjà, le confort est le déterminant de la plupart des interruptions volontaires de grossesse (IVG), qui devaient initialement ne concerner que les cas de détresse.
Les partisans de l’avortement nous avaient expliqué que, dans les premières semaines, l’enfant n’est pas encore constitué et que, dès lors, le droit de la mère prime celui d’un être qui n’est pas tout à fait humain. Cet argument s’estompe avec l’euthanasie des enfants - sauf à considérer que la maladie d’un enfant le ferait régresser à un stade pré-humain. Il s’agit bien, à présent, quels que soient les termes utilisés, d’investir un parent du droit exorbitant de décider de la mort de son enfant.
Voici que l’on débat, plus généralement, de l’euthanasie décidée pour et à la place d’une personne qui, malade, ne serait plus en mesure de former son propre jugement. Là encore, comment éviter que le confort de l’auteur du décret fatal - par exemple, le fils ou la fille de l’intéressé(e) - ne prime d’autres considérations, plus altruistes ? S’en assurer supposerait de sonder son âme.
L’un de mes proches est mort d’une tumeur cérébrale. Son épouse l’a accompagné jusqu’au bout et il a rendu son dernier souffle chez lui. Avec la loi envisagée, nul n’aurait pu s’opposer à une demande d’euthanasie, certainement pas l’intéressé, qui avait progressivement perdu l’usage de la parole.
Un ami est mort grabataire, après trois longues années de souffrance. Il ne cessait de me dire qu’il attendait la mort. Mais il n’a jamais voulu qu’on la lui administre. La dernière année, il ne parlait plus. N’étaient l’amour et le courage de son épouse, qui, avec la loi envisagée, aurait pu s’opposer à ce que l’on hâte son trépas ?
Ainsi des réformes en apparence étrangères - avortement, euthanasie, euthanasie des enfants, euthanasie pour autrui - sont-elles liées par une vraie cohérence : le droit au confort se hisse au premier rang des droits de l’homme. Triomphe de l’hédonisme, loi du plus fort, appropriation de la personne. Désacralisé et prenant l’eau de toutes parts, le droit à la vie ne semble conserver sa validité que dans le débat sur la peine de mort : la vie est sacrée, dit-on alors, on ne peut l’ôter volontairement, même au pire des criminels (Robert Badinter).
Les adversaires de la peine de mort tiraient argument du risque, incontestable, d’erreur judiciaire. Soutiendra-t-on qu’aucune erreur, aucune dérive jamais ne se produira, dans l’euthanasie des enfants et l’euthanasie pour autrui ? Qu’aucun enfant qui, dans la modeste mesure de ses moyens, s’attache farouchement à la vie misérable qui lui est donnée, ne mourra du fait de l’arrogance et l’égoïsme des hommes ? Je n’en jurerais pas. Dans la mythologie grecque, Thanatos, dieu de la mort, est l’ennemi implacable du genre humain. Nous avons la prétention inouïe de nous en faire un allié. Il nous sourit.
Drieu Godefridi

Drieu Godefridi est philosophe et dirigeant d’entreprise, Il est l'auteur de "La réalité augmentée" (Texquis, 2011). Prochain livre à paraître : "De la violence de genre à la négation du droit" (Texquis, 1er mars 2013). La version originale de cet article a été publiée sur La Libre Belgique en date du 25 janvier 2013
Commentaires
infans conceptus pro nato habetur " et" nous avons plus que nos armes,l car le diable marche avec nous ha ha ha!! .... " (air connu ) la morale est du coté du vainqueur, même si il a ouvert la boite de pandore.La destruction des groupes humains (famille,société,nation )est déjà bien entamée par une inversion des valeurs appuyées par des lois appauvries vidées de leur sens par des zombies idéologues, alors en dernier recours tombons les armes à la main et si Thanatos nous sourit c'est parce que " sous nos pas la terre entière tremblera au bruit de nos combats"
Effrayant . . .
Et dire que la France risque de prendre ce terrible chemin au nom du droit à mourir dans la dignité....
Dépressive chronique, je désire souvent la mort pour me soulager de souffrance psychologiques excessivement douloureuses. Mais, au fond, je sais bien ce que je cherche, désespérément: un vrai regard d'amour (et pourtant je suis entourée, famille aimante, amis...). Or, c'est ce dont notre société devient de plus en plus incapable. il y a des regards gentils, attentionnés et tout ce qu'on veut, mais des regards aimants? Pour moi tout est lié: on tue parce qu'on ne sait plus aimer.
Certes, cela ne me guérirait pas, car comme la maladie physique, la maladie psychologique est comme une bête tapie toujours prête à resurgir. Mais cela m'aiderait à vivre. Cela me dirait que ma vie est bonne, même abîmée.
Hallucinant, certes, pourtant c'est une tendance de fond de nos sociétés, comme l'explique bien l'auteur. @ODE Il faut se battre. Pourquoi baisser les bras ? Nos aïeux ont connu des régimes bien pires !
Des tas de pays ont adopté l'euthanasie et s'en portent très bien merci, dont la Suisse que je connais bien, quand on connait un peu les Suisses, on sait que que c'est sont avant tout des gens raisonnables et pragmatiques, les pieds bien ancré sur le sol de leur beau pays, et qui font foin d'idéologie idéologiste baratinante inutile. Il existe là bas des associations dans lesquelles ont peut s'inscrire à tout âge, où on peut décider en toute liberté de l'heure de sa mort, le tout étant naturellement encadré par des lois très strictes mais simples et de bon sens. Dans la pratique peu de personnes inscrites arrivent à l' extrémité finale, mais paradoxalement le fait de savoir qu'ils en ont liberté les aides à vivre.. Losque demande est faite un médecin vient chez vous et fait l'acte tranquillement en toute serennité, sans aucune souffrance... paisiblement, exactement comme nous le faisons avec nos animaux de compagnies ..
Si je ne peux me donner droit de donner mort à autrui, je revendique le droit de décider de la mienne.. De toute manière vous n'empècherez jamais le suicide ou alors déclarons tout de go "tout suicidé sera condamné à mort", .. dit par un Fernandel ça aurait de la gueule non ?
entre parenthèse quand on voit le nombre croissant de suicide de personnes travaillant dans notre beau système libéral qui les pressure sans vergogne... Antoine, ça, ça ne vous choque pas semble t'il... bravo pour l'humanisme..
Enfin tout cela est bien hypocrite dans un monde où les hommes singe que nous sommes se massacrent à longueur d'année sans aucune vergogne..
Je croyais naïvement que dans le mot libéralisme il y a éthymologiquement le mot liberté et en particulier liberté individuelle, force est de constaté qu'il n'en est rien et que vous êtes d'indécrottables attardés du bocale coincé dans des idées finalement bien étroites.
Serons nous un jour assez intelligent pour faire la transition entre la planète des singes à celle de la planète des sages ?
Le suicide doit être certes toléré au nom de la liberté individuelle de disposer de son corps, mais de là à décider de la mort d'autrui, il n'y a qu'un pas, surtout si cette personne ne peut donner un accord libre et éclairé. A moins que vous ne soyez pour la légalisation dumeurtre, ce qui pourrait expliquer votre position.
Vous êtes vraiment très très binaire les gars ! si on est pas bleu palichon libéral on est forcément rouge vert, ce que vous dites est parfaitement idiot, je vous prie de m'excuser d'utiliser tel terme..
Imaginez un gamin qui n'a aucune chance de vivre, qui ne verra rien de la vie, qui est condamné à être un légume sans strictement aucune chance d'évoluer favorablement, ou alors qui souffre abominablement jusqu'au jour libérateur de son décès.
Imaginez maintenant que vous êtes parent de cet enfant,... même si l'euthanasie est autorisé, vous aurez de toute manière toujours le choix en toute conscience de laisser vivre ou non votre enfant.
Dans un tel cas faire acte d'euthanasie est en fait acte d'amour infini et de très grand courage.
Concernant les plus anciens des tas de médecins, en accord avec les familles, accélèrent le processus et pratiquent de fait l'euthanasie sans dire que s'en est, avec cependant sur la tête l'épée de Damoclès d'une société stupide et primitive engoncé dans des croyances du moyen âge, ces gens de courage là ont tout mon respect.
Cessez donc de faire l'autruche, descendez un peu de la tour d'ivoire de vos croyances binaires imbéciles.. Réfléchissez par vous même et non par le "prêt à penser" d'une secte, quelqu'en soit sa nature, politique ou religion de tout poil.
Vous avez parfaitement raison . Les personnes qui souffrent d'une maladie incurable ou sont handicapées doivent être éradiquées.
Si je suis votre raisonnement jusqu'au bout, alors Hitler était un grand humaniste, car il permettait aux personnes handicapées de se libérer de leur condition misérable.
Je souhaite en tout cas que vos tiers décide votre euthanasie sans votre aval le jour où vous serez un peu souffrant.
En attendant, je vous remercie pour le mépris des opinions qui vont à l'encontre des vôtres.
PS : Et pas de baratin, je vous prie, en essayant de faire croire que ceux qui ne pensent pas comme vous pratiquent une religion que vous qualifiez d'un autre âge. Je suis parfaitement athée. J'espère que ceci vous suffira pour apporter du crédit à mes propos.
Un grand merci à ODE. Il est toujours difficile de parler de sujets aussi personnels.
@ Bourgeot je suggère de faire des pieds et des mains pour obtenir la nationalité Suisse, mais qu'il ne nous impose pas des lois sous le seul prétexte qu'elles l'arrangeraient bien. Et si son propos est purement intellectuel et qu'il n'a nulle intention de se voir appliquer personnellement ce genre de loi, je propose qu'il accepte de se limiter à un droit de vote intellectuel.
Les suisses sont donc à l'effigie d'Hitler si je vous suis bien sur cette voie... je leur dirai, ça leur fera plaisir..
Que ceux qui s'opposent à l'euthanasie conservent ce principe pour eux même et c'est leur plein droit, mais qu'ils fichent la paix et laissent liberté aux autres de faire ce qu'ils veulent de leur propre vie. Tout comme ce qui concerne pour le mariage pour tous.
Je croyais très naïvement que libéralisme comportait le mot liberté, ouvert sur le progrès . Grave illusion mon cher.... plus
moralisateur et conservateur tu meurs ...
Bourgeot, tentez de comprendre le sujet. Le sujet de cet article n'est pas l'euthanasie "faire ce qu'ils veulent de leur propre vie", selon vos termes, mais l'euthanasie pour autrui, c'est à dire donner la mort à un tiers, enfant ou parent. Ce n'est pas la même chose.
Que vous vouliez vous suicider car vous souffrez ne regarde que vous. En revanche, je persiste et signe : demander l'euthanasie pour autrui est tout à fait différent, et revient même à légaliser le plus grand des interdits : le crime de sang. Ceci en dit long sur votre niveau éthique !
L'euthanasie étant en France un sujet tabou et étant de toute manière à ce jour illégale..
J'ai bien compris le sens du message, merci, je reviens donc au fait que la France reste très très conservatrice, avec bien du mal à évoluer sur tous les plans, la gauche étant nulle sur le plan économique, la droite sur l'évolution de la société. On voit bien ces bagarres insensées basées bien davantage sur le blocage systématique "par principe" de l'opposition (quelque soit le cas de figure, que ce soit droite ou gauche au pouvoir).
Cependant, comme bien évidemment nous avons la conviction d'être le peuple élu le plus intelligent sur cette Terre, il convient de ne surtout pas aller voir comment ça se passe dans les autres pays, forcément, par définition ils sont tellement plus idiots que nous.
Enfin après le mariage pour tous, le sujet de l'euthanasie va faire les beaux jours de la presse, un domaine où n'existe pas encore le chômage !
Cordialement
Vous avez bien raison : Qu'il est triste de voir que les français ne veulent pas voir la légalisation du meurtre, alors qu'il s' agit ici de libérer de pauvres personnes de leur enfer.... Quant au conservatisme, il est parfois utile pour eviter certaines dérives dont vous êtes manifestement le digne représentant.
Conservatisme 10/10
Humanisme: 0/10
C'est ça le libéralisme ?
Et comment osez-vous prendre la décision de tuer un tiers car il est soi-disant souffrant alors qu'il ne peut donner son consentement ? Il est vrai que c'est tellement humain de vouloir tuer les personnes qui souffrent pour leur bien. Au demeurant, je pense sincèrement que vous confondez libéralisme et anarchie. Personnellement, je ne vois pas sur quels critères objectifs l'on peut prétendre tuer un tiers.Et puis, suivons votre raisonnement jusqu’au bout : faudra-t-il euthanasier les schizophrènes, les dépressifs, les SDF et j'en passe car ils souffriraient ? Ou alors, avouez plutôt que vous êtes pour l'eugénisme et l’égoïsme poussez à l'extrême, car seuls vos intérêts comptent, pas ceux de la personne que vous voudriez gentiment assassiner sur des arguments pseudos-humanistes..
Bourgeot,.... tu charries un peu, oui ? Tu viens sur un forum libéral, tu parles complètement à côté du sujet, puis tu insultes tous les libéraux du forum - en fait la représentation un tantinet caricaturale que tu t'en fais. Rastreins, vilain !
Autrement dit les Belges, les Hollandais, les Suisses, sont des peuples d'assassins, au secours ! les barbares sont à nos portes !
Comprends pas bien votre opposition obstinée à quelque chose qui représente un progrès sous réserve bien entendu qu'il soit strictement encadré par des lois, comme c'est le cas dans les pays précédemment cités.
bien à vous
PS: quand le modérateur sera fatigué, il pourra me virer quand il le désire !