S’annoncent en effet trois échéances importantes :

- en juin 2010, le Programme des Nations-Unies pour l’environnement (PNUE) décidera de l’institution d’un GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) de la biodiversité (IPBES, la biodiversité étant notamment menacée par le réchauffement climatique);

- en août, la commission d’enquête de l’ONU sur les procédures et le fonctionnement du GIEC rendra ses conclusions ;

- enfin, le 29 novembre 2010 s’ouvrira dans la station balnéaire de Cancun (Mexique), un nouveau Sommet climatique.

Dans un essai qui vient de paraître, nous tentons de démontrer que ce qui a provoqué l’effondrement du débat climatique dans un processus de lynchage médiatique est de n’avoir pas su distinguer entre le débat climatique au sens strict, qui relève des sciences exactes, et le débat sur le GIEC lui-même, qui est d’une toute autre nature.

Car la vraie question, que l’on aurait dû examiner à titre liminaire, était de déterminer si le GIEC était structurellement apte à produire des rapports dont la scientificité pouvait être considérée comme satisfaisante. De la réponse à cette question dépend, en effet, tout le reste : si le modèle du GIEC est déficient, il s’impose de réformer le GIEC, d’éviter de créer d’autres organisations sur son modèle (IPBES) ; s’impose, enfin, de différer la prise de décisions de nature à contraindre l’ensemble du développement futur de l’humanité (à supposer que la conjoncture géopolitique à Cancun le permette, ce qui reste à prouver).

Le problème du GIEC est d’avoir prétendu, non seulement à la scientificité, mais au monopole de la science dans le domaine climatique. Or, cette prétention ne résiste pas un seul instant à l’analyse approfondie des structures de l’organisme onusien.

La compétence du GIEC est triple : faire la synthèse de la science climatique, évaluer les impacts négatifs des changements climatiques constatés, suggérer des normes aux gouvernements pour limiter ces impacts. De ces trois objets, on le constate, seul le premier présente un rapport quelconque avec la science au sens strict. Encore « le GIEC ne fait-il pas de science », comme le reconnaissait récemment un expert français du GIEC (H. Le Treut), dans la mesure où résumer la science n’est pas faire de la science. Les deux autres objets du GIEC relèvent, non de la science, mais de la politique, car pour qualifier un impact de « négatif », il faut poser des jugements de valeur, donc sortir du domaine de l’objectivité factuelle. Le GIEC lui-même n’a cessé d’entretenir la confusion, en allant jusqu’à clamer sur son site « le GIEC est un organe scientifique » et en présentant les trois parties de ses rapports successifs comme des ouvrages scientifiques.

Le caractère hybride science/politique des compétences du GIEC se double d’un malentendu tout aussi prégnant quant à sa composition : contredire les rapports du GIEC, n’a-t-on cessé de lire et d’entendre, reviendrait à contredire les « milliers de scientifiques » qui ont participé à l’élaboration de ces rapports. Or le GIEC est majoritairement composé, non de scientifiques, mais de diplomates auxquels revient, comme dans toute organisation intergouvernementale, le pouvoir de dernier mot (un pouvoir qui s’exerce sur le résumé pour les décideurs, mais également sur les trois parties du rapport « scientifique » : article 11 des Principes du GIEC).

La confusion des registres politique et scientifique dans un magma contre nature : telle est donc la faille dans laquelle l’hybride onusien est en train de s’affaisser, car le mélange de la science et de la politique n’existe pas. Prenez une mesure de science, ajoutez-y même une demi-mesure de politique, et vous obtiendrez de la politique.

Conclure, comme nous le faisons, au vice structurel du GIEC, n’implique aucunement de prétendre connaître le dernier mot du débat climatique en tant que tel ; seulement de suggérer de lui donner un cadre plus respectueux des exigences du travail scientifique. Trait_html_691a601b.jpg




Drieu Godefridi est docteur en philosophie (Paris IV-Sorbonne) et essayiste ; il vient de publier « Le GIEC est mort, vive la science ».