Dans la cabine de contrôle au-dessus du chantier, les surveillants dirigeaient les procédures de routine pour cimenter, boucher et sceller le trou de forage, remplacer les lourds fluides de forage par de l'eau de mer et extraire la queue de forage et son trépan à travers la colonne ascendante (le tube de confinement externe) qui liait le navire au bloc obturateur de puits (BOP) sur le fond marin.

Tout-à-coup, un bruit sourd et un sifflement, suivis d'une immense éruption d'eau de mer, de boues de forage, de ciment, de pétrole et de gaz naturel Ni le BOP ni les systèmes de sauvegarde n'avaient fonctionné comme prévu pour maîtriser les volumes massifs de gaz en surpression inattendue qui sortaient en rugissant à travers les 6 900 mètres du puits de forage et de la colonne ascendante.

Le gaz ayant envahi la zone, a pris feu, engloutissant L'Horizon dans un enfer de 150 mètres de hauteur qui, en un instant, a tué onze ouvriers. Les membres d'équipage survivants ont abandonné le navire dans les canots de sauvetage, ou après avoir sauté de 24 mètres dans la mer. Le navire de soutien Tidewater Damon Bankston s'est alors précipité vers les lieux de l'accident pour aider à faire monter à bord l'équipage et ses compagnons blessés et brûlés.

Des hélicoptères des Garde-côtes, déchirant la nuit et bravant les flammes, ont alors emporté vers des hôpitaux les blessés en situation critique.

Trente-six heures plus tard, le Deepwater Horizon chavirait et coulait, tordant la colonne ascendante de 21 pouces et la brisant au niveau du pont de la plate-forme Trois fuites ont alors commencé à cracher quelque 5 000 barils (955 m3) de pétrole brut par jour dans l'océan. A mesure que le pétrole s'accumulait à la surface et dérivait vers la côte, il menaçait de causer une catastrophe écologique majeure pour les estuaires, la vie marine et tous ceux qui en dépendent pour leur subsistance.

Heureusement, après quelques jours d'agitation, la mer s'est calmée. Les équipes de l'industrie, des Garde-côtes, de la NOAA et du Minerals Management Service (MMS) ainsi que des volontaires de la Louisiane à l'Alaska ont eu quelque temps pour recalculer la trajectoire de la nappe de pétrole, déployer des navires de pompage et des kilomètres de barrages de confinement, et brûler une partie du pétrole à la surface de la mer. Ils ont descendu des robots pour boucher l'extrémité de la colonne ascendante et répandre des produits chimiques qui décomposent et dispersent le pétrole. Des avions ont pulvérisé davantage de dispersants sur la nappe, et des techniciens se sont dépêchés de déployer des batardeaux spécialement conçus pour se maintenir au-dessus de la colonne ascendante brisée et du BOP, régler le problème des hydrates de gaz cristallisés, recueillir le pétrole écoulé et le déverser dans des citernes flottantes.

Des navires de forage sont sur zone, pour forer des puits de secours, trouver le puits d'origine, le boucher avec du ciment pour définitivement arrêter la fuite.

ExxonMobil, Shell, ConocoPhillips et de nombre d'autres entreprises ont offert à BP, Transocean et Halliburton leur assistance sur tous ces fronts.

Quelle sera l'ampleur de la catastrophe ?

Beaucoup dépend de ce que durera le temps calme, de la rapidité avec laquelle on aura pu mettre en place les batardeaux, du succès de l'ensemble de ces entreprises. Il y a quelque raison d'être optimiste -- et bien besoin de prier, de croiser les doigts et de travailler avec acharnement.

Cependant, il faudrait des semaines voire des années de fuite incontrôlée, avant que cette marée noire approche le maximum atteint par celles qui l'ont précédée, telles que :

- L'explosion sur la plate-forme pétrolière du Santa Barbara Channel (1969 : 90 000 barils au large de la côte californienne ;

- Le pétrolier Mega Borg (1990) : 121 400 barils au large de Galveston dans le Golfe du Mexique ;

-bLe pétrolier Exxon Valdez (1989) : 250 000 barils sur 2 100 km de littoral vierge en Alaska ;

- L'explosion de la plate-forme pétrolière Ixtoc 1 (1979) : 3.500.000 barils en baie de Campeche au Mexique ;

- Le sabotage des champs de pétrole par Saddam Hussein (1991) : 857 000 000 barils au Koweït ;

- Les suintements naturels dans les eaux américaines : 1 119 000 barils chaque année à partir de fissures naturelles dans les fonds marins.

L'eau froide et le climat impliquaient que le Détroit du Prince William en Alaska récupérerait lentement ; les plages et les eaux côtières de Campeche ont pour l'essentiel rebondi beaucoup plus rapidement. Les courants du Mississippi à travers la chaude région du Delta pourraient empêcher une partie du pétrole de pousser trop loin dans les estuaires et accélérer la guérison des huîtres, crevettes et zones de pêche, comme ce fut le cas des marées noires avant 1960 Encore une fois, prions et croisons les doigts.

Faut-il arrêter les forages en mer?

On ne peut guère se le permettre. Il nous faut encore faire des forages, pour que nous puissions conduire, voler, cultiver, chauffer nos maisons, faire tourner les usines et faire tout ce qui a besoin d'un pétrole assuré à un prix abordable. En effet, plus de 62% de toute l'énergie des États-Unis provient toujours de pétrole et de gaz Et nous avons certainement besoin des emplois et des revenus qu'engendre le développement de l'énergie des États-Unis au large des côtes.

On a déjà interdit les forages dans l'ANWR, au large des côtes pacifique, atlantique, de Floride, et dans de nombreuses autres zones.

On a fait qu'il est presque impossible d'extraire du charbon ou de l'uranium, ou de construire de nouvelles centrales électriques au charbon ou des réacteurs nucléaires.

On a pratiquement forcé les entreprises à explorer les zones profondes du Golfe, où les risques et les coûts sont beaucoup plus élevés, et plus faible la capacité à réagir rapidement et efficacement aux accidents.

On a aussi contraint les entreprises à prendre le risque de forer dans des pays étrangers – et ensuite augmenté les risques d'accidents de pétroliers qui causent de bien plus grandes marées noires quand ils apportent le pétrole en Amérique.

Entre-temps, la Russie, la Chine et Cuba se préparent à faire des forages à proximité de ces mêmes eaux du Golfe et des Caraïbes auxquelles on a interdit l'accès -- avec leurs propres formation, technologies, réglementations et conceptions de l'écologie.

Même avec cette explosion et celle de Santa Barbara qui l'a précédée en 1969, l'histoire des forages en mer aux Etats-Unis est très satisfaisante.

Depuis 1969, nous avons foré plus d'1 224 000 puits dans les eaux territoriales et sur le plateau continental externe. Il y a eu 13 pertes de contrôle de puits impliquant plus de 50 barils : cinq ont été de moins de 100 barils chacun : l'une était d'un peu plus de 1.000 barils, deux (l'un et l'autre en 1970) a mis en cause 30 000 barils ou plus. Il n'y a (jusqu'à présent) qu'à Santa Barbara que des quantités importantes de pétrole ont atteint la côte et causé de graves dommages à l'environnement.

Globalement, les pétroliers ont laissé fuir quatre fois plus de pétrole que les opérations de forage et d'exploitation, souvent à l'occasion d'incidents beaucoup plus graves, souvent dans des zones fragiles - et les rejets chroniques des voitures et des bateaux citernes l'emportent par un facteur de huit sur les marées noires des pétroliers.

Que faut-il maintenant que nous fassions ?

Reconnaître que la vie, la technique et la civilisation comportent des risques

Les êtres humains font des erreurs ; le matériel lâche. La nature nous confronte parfois à une puissance et une furie extrêmes, inattendues.

Tirer les bonnes leçons de cet accident tragique, catastrophique et probablement évitable.

Eviter les poses grandiloquentes et les réactions réflexes.

Compenser les pertes de revenu des personnes.

Exiger une réflexion responsable, d'adultes - et une enquête approfondie, d'experts, non politisée.

Trouver des solutions au lieu de chercher des coupables.

Pourquoi le bloc obturateur de puits et ses sauvegardes n'ont-ils pas suffi ? Qu'est-ce qui n'a pas marché dans le ciment, les bouchons et les dispositifs détecteurs de pression, la surveillance et les réactions du superviseur et de l'équipage, pour déclencher cette chaîne catastrophique d'événements ? Comment pouvons-nous améliorer la technique et la formation, afin de s'assurer qu'une telle catastrophe ne se reproduise plus? Les réglementations sont-elles aussi en défaut ?

Comment peut-on améliorer les techniques d'intervention rapide et de nettoyage des marées noires.

Demandez quels sont les alternatives réalistes qui se présentent à nous. Pas de "Sim City" ni de "Sim Etats-Unis" avec leur énergie virtuelle : de l'énergie réelle.

Pouvons-nous nous permettre – d'un point de vue économique, écologique et éthique – de fermer nos industries nationales du pétrole et du gaz et d'importer encore davantage, transférant les risques à d'autres pays et transformant les risques d'accidents de forage en risques d'accidents de pétroliers ?

Pouvons-nous nous permettre de remplacer des dizaines de plates-formes en mer par des milliers d'immenses turbines éoliennes, créant des parcours d'obstacles pour les navires chargés de mazout ou de pétrole brut ?

Forer en eaux profondes loin des côtes est un métier complexe, difficile et dangereux.

Rappelons-nous ceux qui sont morts et prions pour eux, pour ceux qui ont été brûlés et blessés, pour leurs familles et leurs proches.

Prions aussi pour tous ceux qui tous les jours risquent leur vie et leur santé afin de nous apporter l'énergie qui rend notre vie, notre emploi et notre niveau de vie possibles ; pour tous ceux dont les vies ont été affectées par la pollution, et pour une réparation et un nettoyage rapides. Trait_html_691a601b.jpg

Spécialiste des problèmes de l'environnement sur lesquels il a écrit plusieurs livres, Paul Driessen est Senior Advisor auprès d'un certain nombre d'organisations de la droite conservatrice et libertarienne américaine comme le Center for Defense of Free Enterprise, Atlas Economic Research Foundation, the Congress of Racial Equality.