Hayek : dénationaliser la monnaie ?
Par Gérard Dréan le mardi 6 septembre 2011, 18:56 - Note de synthèse - Lien permanent
En 1976 (il avait alors 77 ans), Hayek estima urgent de prendre position contre le projet d’une monnaie européenne unique. Pour cela, il interrompit la rédaction du tome III de Law Legislation and Liberty pour écrire un livre méconnu intitulé « Denationalisation of money : the argument refined1 », où il propose comme alternative la libre concurrence entre monnaies.
Dans ce qui allait être un de ses tous derniers ouvrages, son sentiment d'urgence se traduit fréquemment par le ton du pamphlet, mais aussi par une réfléxion délibérément inachevée, où des pistes sont souvent laissées ouvertes et invitent donc à poursuivre.
Comment éviter l’inflation
Hayek part des thèses autrichiennes bien connues : l’inflation est un mal absolu car elle empêche un calcul économique correct et provoque des désajustements et des « malinvestissements » qui, s’ils se prolongent, ne peuvent se résoudre que par des crises ; l’inflation résulte d’une création excessive de monnaie, et ce sont les gouvernements qui en sont responsables. Il y ajoute trois idées simples :
toute personne qui peut produire de la monnaie a intérêt à en produire le plus possible ;
la monnaie est un bien comme un autre ;
pour tous les autres biens, ce qui ajuste la production aux besoins, c’est la concurrence.
Il en conclut que la stabilité monétaire serait mieux assurée par un régime de libre concurrence entre monnaies que par l’actuelle gestion étatique, et s’attache à le montrer en analysant ce qui se passerait vraisemblablement si les pays du Marché Commun s’engageaient réciproquement à ne plus mettre aucun obstacle à la libre circulation sur leurs territoires de leurs monnaies nationales ni au libre exercice de l’activité bancaire2.
Hayek admet d’emblée le caractère utopique de cette proposition. Contrairement à la monnaie unique, elle est certes extrêmement facile à mettre en place : il suffit d’abroger certaines dispositions légales ou réglementaires. Mais là est aussi l’obstacle principal. Pour simple qu’elle soit, cette action relève nécessairement des gouvernements, qui la considéreront comme suicidaire. Même si, dans un éclair de lucidité, ils l’entreprenaient, les fonctionnaires des Finances et de la Banque de France se mettraient immédiatement en grève illimitée, et le chœur des économistes crierait au fou en annonçant que ce serait l’Apocalypse économique.
Mais Hayek n’en a cure : « Je pense fortement que la tâche principale du théoricien de l’économie ou du philosophe politique est d’agir sur l’opinion publique pour rendre politiquement possible ce qui est peut-être aujourd’hui politiquement impossible, et par conséquent l’objection que mes propositions sont actuellement impraticables ne me décourage pas le moins du monde de les développer ». Une fois qu’on a identifié cet obstacle, il faut le supposer franchi et développer la suite du scénario pour convaincre de sa validité, afin justement que l’obstacle initial puisse être surmonté un jour.
Un peu de théorie
Avant de passer à l’expérience de pensée qu’il propose, Hayek rappelle fort à propos ce qu’est la monnaie et à quoi elle sert : « fournir un moyen d’échange pour ceux qui veulent le détenir jusqu’à ce qu’ils souhaitent acheter un équivalent de ce qu’ils ont fourni à d’autres ». Les fonctions traditionnellement distinguées par les économistes, moyen d’échange, réserve de valeur, unité de compte et pouvoir libératoire sont indissolublement liées au point de n’en faire qu’une seule. De plus, n’importe quel bien peut rendre ce service : en l’absence de contrainte, les partenaires choisiront d’utiliser les biens qui leur conviennent le mieux pour leur cas spécifique. Produire de la monnaie « est un service utile comme la production de n’importe quel autre bien », et il n’y a donc a priori pas de raison de soumettre cette activité à des restrictions particulières
D’une part il n’y a pas de dichotomie entre la monnaie et les autres biens, mais il n’existe aucune raison, théorique ou pratique, que toutes les transactions utilisent le même bien en tant que monnaie. Certains biens sont plus adaptés que d’autres à cet usage particulier : une qualité essentielle d’un bien utilisé comme monnaie est de conserver sa valeur dans le temps entre le moment où on le reçoit et le moment où on le remet en échange d’un autre bien. En l’absence de contrainte, la majorité des acteurs choisira d’utiliser comme monnaie les biens qui satisfont le mieux ce critère. Ceux qui ne le satisfont pas seront éliminés pour cet usage, mais rien n’oblige à ce qu’il n’existe qu’une seule monnaie sur un territoire particulier.
Au passage, Hayek démolit quelques idées reçues pieusement transmises par l’enseignement économique. D’abord la nécessité d’un cours légal, c’est-à dire l’inscription dans la loi d’une monnaie privilégiée qu’on n’a pas le droit de refuser. Dans la partie historique du livre, il montre que cette disposition, instaurée par les gouvernements sous prétexte de simplification, a en réalité pour but de fausser voire éliminer la concurrence et d’instaurer un monopole étatique de la création de monnaie. Elle remonte au besoin initial de certification des monnaies métalliques, satisfait et rapidement exploité par les pouvoirs en place, qui ont créé l’illusion que la monnaie est une création du gouvernement : « Pendant le Moyen Age apparut la superstition selon laquelle c’était un acte du gouvernement qui donnait sa valeur à la monnaie ». Cette situation n’a fait que s’aggraver avec le papier-monnaie, mais « en vérité, le cours légal n’est qu’une astuce légale pour forcer les gens à accepter en exécution d’un contrat quelque chose qu’ils n’avaient jamais envisagé quand ils ont établi ce contrat. »
Autre victime de cette démystification, la « loi de Gresham », qui s’énonce traditionnellement « la mauvaise monnaie chasse la bonne ». Hayek montre, ce qui commence à être compris de nos jours, que ce phénomène ne se produit que si une monnaie a cours légal et qu’il s’inverse dans un système de change libre : « Si la loi rend deux formes de monnaie parfaitement substituables pour le paiement des dettes, et contraint les créanciers à accepter une pièce contenant moins d’or à la place d’une qui en contient plus, les débiteurs paieront évidemment avec la première et trouveront un usage plus profitable pour la matière de l’autre. Avec des taux de change variables, au contraire, la monnaie de qualité inférieure serait valorisée à un taux inférieur et, surtout si elle était menacée de tomber encore plus bas, les gens chercheraient à s’en débarrasser le plus rapidement possible. Le processus de sélection se poursuivrait en faveur de ce qu’ils considéreraient comme la meilleure sorte de monnaie parmi celles qui sont émises par les différents organismes, et éliminerait rapidement la monnaie considérée comme mal commode ou sans valeur »
Une expérience de pensée
Passant à l’expérience de pensée qu’il propose, Hayek balaye une objection courante : un système de monnaies concurrentes serait trop complexe pour les utilisateurs et exigerait un bouleversement de leurs habitudes. En réalité, au début de l’opération, rien ne serait changé d’autre que la loi. Tous les acteurs continueraient à fonctionner comme avant, et la mise en œuvre concrète du nouveau système se ferait de façon progressive, réglée par la volonté des acteurs. Ceux qui voudraient n’utiliser qu’une seule monnaie pourraient continuer à le faire, qu’ils soient particuliers, commerçants, entreprises ou l’Etat.
Mais il existe déjà des acteurs qui utilisent plusieurs monnaies : les établissements financiers, les entreprises, les commerces et les habitants des régions frontalières ou touristiques. C’est évidemment de là que partirait le mouvement d’exploitation des nouvelles libertés, au fur et à mesure que certains acteurs en percevraient les avantages et les opportunités.
Par ailleurs, il est certain que des services de change se développeraient (ou ressusciteraient). Les banques offriraient la possibilité de change immédiat au cours du moment. Par exemple, un retrait d’espèces dans un distributeur pourrait se faire à partir d’un compte dans une monnaie quelconque, et les dépôts d’espèces pourraient créditer immédiatement un compte dans une monnaie différente au choix du titulaire. Il va sans dire que ce système suppose un système de change complètement flexible, où les taux de change entre monnaies résultent en permanence de la confrontation de l’offre et de la demande de chacune des monnaies.
Dans la vie quotidienne, la multiplicité des monnaies ne serait pas un problème. Chacun pourrait choisir la ou les monnaies qu’il veut utiliser pour ses transactions sans que ce soit une contrainte réelle. S’il doit utiliser une monnaie différente pour un achat, il pourrait l’obtenir sur demande et ne la détenir que quelques heures, voire quelques minutes. En revanche, la décision importante que devrait prendre chacun serait quelle(s) monnaie(s) conserver.
Des monnaies concurrentes
Dans ces conditions, dit Hayek, s’il était un banquier suisse, il émettrait des billets sans intérêt libellés dans une unité portant un nom protégé distinctif, par exemple « ducat », et ouvrirait des comptes libellés dans cette même unité3. Ces billets seraient offerts en échange d’autres monnaies avec perception d’une prime d’émission, et les crédits bancaires seraient ouverts sous forme de prêts portant intérêt, ce qui assurerait la rémunération de la banque émettrice.
Celle-ci prendrait deux engagements : échanger sur simple demande ces billets et ces dépôts « contre 5 francs suisses, 5 marks ou 2 dollars par ducat, au choix du porteur », et maintenir constante la valeur du ducat par rapport à un certain panier de biens, que l’émetteur pourrait ajuster au fil du temps en fonction de la demande de ses clients. Le choix de ce panier de référence est une décision stratégique cruciale, qui dépend de la clientèle visée par l’émetteur et constitue un premier critère de différenciation des monnaies.
Il va sans dire que les signes représentatifs des monnaies ainsi créées devraient être clairement distincts les uns des autres et protégés contre la contrefaçon, afin de pouvoir identifier leur émetteur, c’est-à-dire celui qui a pris la responsabilité de les échanger sur demande.
Pour tenir ses engagements, l’émetteur devrait détenir une quantité suffisante des monnaies dans lesquelles il s’est engagé à convertir les ducats, ou d’autres actifs facilement échangeables contre ces monnaies. Cette quantité, le « taux de couverture », serait une libre décision de l’émetteur. Rien ne l’obligerait à maintenir une couverture à 100%. En estimant la probabilité que ses clients demandent la conversion au même moment, il pourrait prendre un risque calculé en ne détenant que la part des actifs qui lui paraît nécessaire pour faire face aux cas raisonnablement probables. Une erreur d’estimation de sa part pourrait entraîner sa faillite, puisqu’il n’existerait aucun prêteur en dernier ressort. En revanche, le risque d’un tel « bank run » serait d’autant plus faible que l’émetteur respecterait mieux son engagement de maintenir constante la valeur de sa monnaie.
Pour cela, il ajusterait en permanence le volume de cette monnaie en circulation. S’il observe que le ducat se déprécie, il peut soit en acheter contre d’autres monnaies, soit restreindre son offre de ducats, soit éventuellement vendre des biens appartenant au panier de référence s’il en détient. C’est évidemment l’inverse si le ducat s’apprécie, ce à quoi l’émetteur n’a pas intérêt car il devrait alors les échanger contre plus qu’il a reçu en les émettant.
Pour connaitre la valeur de sa monnaie, la banque émettrice devrait surveiller les prix d’un certain nombre de biens, dont ceux de son panier de référence, ainsi que les taux de change du ducat contre les autres monnaies concurrentes. On pourrait penser que cela ne pose pas plus de problèmes que le suivi des cours d’une action, mais l’analogie est trompeuse et le problème pratique de mise en œuvre est plus complexe. Les prix des biens se forment de façon permanente et décentralisée, et un même bien a généralement au même moment des prix différents à des endroits différents. Comment alors définir et mesurer « le » prix d’un bien ? Pour des raisons pratiques, les émetteurs devraient restreindre le nombre de biens et de points d’observation, mais quelle serait alors la fiabilité des prix observés ? Hayek suggère que les biens les plus appropriés pour servir de biens de référence seraient les matières premières et certains biens de consommation courante, qui sont échangés et cotés régulièrement sur un petit nombre de marchés organisés.
Une deuxième difficulté tient aux variations relatives des prix des différents biens : certains montent, d’autres descendent, surtout dans un contexte de stabilité monétaire qui est justement destiné à empêcher toute hausse ou baisse générale. Comment alors estimer une tendance générale ? Plus généralement, comment définir « la » valeur d’une monnaie de façon suffisamment précise pour pouvoir la mesurer ?
Bien que sérieuses, ces difficultés ne sont aucunement des raisons de rejeter le schéma de Hayek. Même si le maintien de la valeur d’une monnaie ne saurait être automatique et demandera une certaine dose de savoir-faire et de jugement qui relève plus de l’art que de la science et sera un facteur de concurrence entre les émetteurs et donc entre leurs monnaies, le résultat global serait nécessairement meilleur avec une multiplicité d’émetteurs rivalisant pour maintenir le pouvoir d’achat de la monnaie qu’avec un monopoliste motivé pour en créer autant qu’il le désire pour ses besoins propres.
Le choix du public
Quel serait le comportement des utilisateurs de monnaie ? Rappelons que, grâce aux services de change qui ne manqueraient pas de se développer, la multiplicité des monnaies ne serait pas un problème dans la vie quotidienne. Les commerçants accepteraient vraisemblablement toutes les monnaies dans la mesure où ils peuvent les changer immédiatement au cours du moment dans une monnaie de leur choix. Hayek compterait aujourd’hui (à juste titre) sur internet pour permettre l’établissement et la diffusion instantanés des cours du change, ainsi que les opérations de change immédiates en temps réel. Pour cette même raison, les particuliers pourraient choisir de n’utiliser que quelques monnaies, voire une seule.
Ce qui déterminerait le sort de chacune des monnaies, et par voie de conséquence le sort de son émetteur, serait la décision du public de conserver cette monnaie ou d’en demander l’échange pour une autre monnaie. A travers les commerçants et les banques, une forte demande d’échange remonterait nécessairement à l’émetteur de la monnaie concernée et le mettrait devant l’obligation de liquider tout ou partie de ses actifs pour tenir ses engagements, au moment même où il peinerait à maintenir toute sa monnaie en circulation. S’il faisait défaut, sa monnaie ne serait plus acceptée et ses utilisateurs résiduels s’en débarrasseraient au plus vite, ce qui signifierait sa disparition et la faillite de son émetteur.
Il faut noter que la simple coexistence de plusieurs monnaies est une protection du public contre la perte de valeur ou la disparition de l’une d’entre elles. Aux premiers signes de dépréciation d’une monnaie, les utilisateurs pourraient convertir leurs avoirs en une plus sûre, ce qui accélérerait certes le déclin de la monnaie fragile mais leur éviterait la ruine. La position de chacun des émetteurs serait donc relativement fragile ; ils devraient être vigilants et prompts à réagir aux premiers signes de dépréciation. Ils seraient aidés en cela, pronostique Hayek, par une presse vigilante. Mais la multiplicité des émetteurs limiterait les conséquences de la faillite de l’un d’entre eux, et le système dans son ensemble serait robuste.
Dans ces conditions, il est probable que des monnaies en tout petit nombre deviendraient dominantes dans de vastes zones géographiques, et que donc le nombre de banques émettrices serait restreint. Les autres banques n’auraient pas d’autre choix que d’accepter des dépôts et de consentir des prêts dans ces monnaies dominantes, en privilégiant les meilleures d’entre elles. Mais les banques émettrices devraient annoncer clairement qu’elles n’honoreraient pas les dettes contractées dans leur monnaie par les banques secondaires, qui seraient ainsi contraintes de pratiquer un taux de réserve voisin de 100%.
Hayek conclut que :
« une monnaie dont on pense qu’elle conservera un pouvoir d’achat à peu près constant sera l’objet d’une demande permanente tant que les gens seront libres de l’utiliser,
si cette demande dépend du maintien effectif de la valeur de cette monnaie à un niveau constant, on peut faire confiance aux banques émettrices pour faire tous les efforts nécessaires pour y parvenir mieux qu’un monopoliste qui ne court aucun risque en dépréciant sa monnaie,
les émetteurs peuvent arriver à ce résultat en régulant la quantité de monnaie qu’ils émettent,
une telle régulation de la quantité de chaque monnaie est la meilleure de toutes les méthodes praticables pour réguler la quantité de moyens d’échange. »
En plus d’empêcher l’inflation et la déflation tout en permettant les variations individuelles des prix et de priver les gouvernements de la possibilité de créer des moyens de paiements ex nihilo pour leur propre usage, ce système éliminerait de fait les banques centrales, qui ne sont utiles que si les gouvernements imposent une monnaie unique sur leur territoire. Certes, elles existent par hypothèse au début de l’opération, mais elles ne pourraient survivre qu’en décidant de se comporter comme des banques privées.
Ce système rendrait aussi obsolètes des notions chères aux économistes comme celles de masse monétaire ou de zone monétaire, qui n’ont de sens que si on postule qu’il n’y a qu’une seule monnaie sur le territoire d’un Etat. Chaque monnaie serait utilisée dans une zone géographique privilégiée, et dans chaque zone, il y aurait vraisemblablement un petit nombre de monnaies privilégiées, mais ces zones se recouvriraient assez largement et ne coïncideraient pas nécessairement avec des frontières nationales.
On ne pourrait pas non plus parler d’un niveau général des prix : « L’idée de séparer un secteur particulier de la structure internationale des prix et de l’élever ou l’abaisser en quelque sorte d’un seul bloc par rapport à tous les autres prix des mêmes biens me semble encore une idée qui n’a pu être conçue que dans le cerveau de gens qui en sont arrivés à penser exclusivement en termes de niveaux de prix nationaux (« macro ») et non de prix individuels (« micro ») »
Les critiques
La littérature critique sur ce système, quand elle ne rejette pas purement et simplement l’idée même de la banque libre en posant en principe indiscutable que la monnaie est et doit rester un privilège régalien, utilise deux approches : comparer les mérites des différents systèmes, supposés stables, ou pronostiquer l’évolution du système dans les conditions proposées par Hayek.
Ni l’une ni l’autre de ces approches ne peut logiquement aboutir à des conclusions opposables à Hayek. En effet, à strictement parler, sa proposition se résume aux actions initiales d’établissement d’un cadre d’évolution spontanée, et ne fait aucune hypothèse ex ante sur ce que serait un système « optimal ». Ce qu’il propose, c’est le premier pas de l’évolution et non son résultat. S’il existe un système préférable à tous les autres, il émergera du processus proposé.
Il est évident que toute évolution ne peut partir que de la situation actuelle. Et dans la logique de Hayek, les actions initiales ne peuvent consister qu’en la suppression des contraintes, et ne pas appeler la mise place de contraintes nouvelles. Le point de départ de l’évolution ne peut que reconnaître l’existence des différentes monnaies, et donc être un système de monnaies-papier concurrentes. Mais Hayek accepte a priori l’idée que cette situation évolue de façon drastique, et même que ce système soit supplanté par un autre si tel est le fruit de l’évolution spontanée. Toute la pensée de Hayek exclut qu’il puisse demander à l’Etat de prendre des dispositions contraignantes pour imposer le système de banque libre ni tout autre système comme l’étalon-or, comme certains critiques le croient nécessaire et dénoncent à tort comme une contradiction interne dans la proposition de Hayek.
Les solutions alternatives, par exemple la monnaie-or, l’obligation de couvrir les émissions par 100% de réserves ou une monnaie centrale unique commune à tous les émetteurs, peuvent ainsi être examinées comme des résultats potentiels de l’évolution du modèle hayekien.
Une objection quelquefois formulée est que nous sommes déjà libres d’investir et de tenir nos comptes dans n’importe quelle monnaie. La proposition de Hayek serait donc sans objet, opinion très minoritaire puisque la plupart des critiques pensent au contraire que ce serait un bouleversement insupportable. Mais même si c’était vrai et que rien ne changeait, ce serait la preuve que les contraintes légales étaient inutiles et qu’on aurait eu raison de les supprimer.
Une objection plus sérieuse est que le schéma de Hayek repose sur le postulat que tous les émetteurs se donneront pour objectif de maintenir constante la valeur de leur monnaie, et que le public donnera sa préférence aux monnaies dont la valeur reste la plus stable. Or rien n’interdit aux émetteurs d’adopter d’autres stratégies, d’autant plus qu’il existe une demande des prêteurs pour une monnaie qui s’apprécie et une demande inverse des emprunteurs pour une monnaie qui se déprécie. La réponse de Hayek est que la confrontation des intérêts, y compris ceux des émetteurs eux-mêmes, aboutira à un compromis très largement majoritaire consistant à préférer les monnaies de valeur stable. Mais on pourrait étendre l’expérience de pensée en imaginant que certains émetteurs proposeraient des monnaies « fondantes » ou au contraire des monnaies qui s’apprécieraient au fil du temps, et en se demandant ce qui en adviendrait.
Oui mais, objectent certains, que se passerait-il si tous les émetteurs s’entendaient pour émettre de grandes quantités de monnaie ? Alors en effet, la concurrence ne fonctionnerait plus et on serait ramené au cas du monopole. Mais cette hypothèse est-elle vraisemblable ? Puisque la monnaie est un bien comme un autre, c’est comme si tous les constructeurs automobiles s’entendaient pour produire des voitures de mauvaise qualité. Il s’en trouverait forcément au moins un pour ne pas respecter ce pacte et offrir de bonnes voitures. C’est évidemment à lui que les utilisateurs donneraient la préférence, et les autres devraient l’imiter pour survivre. Il en serait de même pour la monnaie.
Le taux de couverture des émissions de monnaie serait également déterminé par la concurrence. Faute d’un prêteur en dernier ressort, les banques qui pratiquent un taux trop faible seraient éliminées, sans que leurs clients en souffrent gravement s’ils se tournent à temps vers d’autres monnaies. Le taux de couverture pratiqué spontanément par les banques survivantes serait certainement beaucoup plus élevé que celui qui est actuellement imposé par les autorités étatiques, sans pour autant atteindre nécessairement 100% ni résulter d’une contrainte réglementaire.
De même, un émetteur pourrait choisir l’or ou une autre matière première rare comme bien de référence de sa monnaie. Mais à quelles conditions pourrait-il être crédible en garantissant la convertibilité ? Cet ancrage conférerait-il à cette monnaie un avantage concurrentiel déterminant ? Son émetteur pourrait-il effectivement tenir ses promesses ? La concurrence mènerait-elle au choix exclusif de l’or, ou d’un métal encore plus rare ? Et quel serait l’impact de la dématérialisation et de la possibilité de monnaies électroniques ?
Hayek formule un pronostic: « Il resterait dans le monde libre plusieurs monnaies largement utilisées et très semblables. Dans de vastes régions, une ou deux d’entre elles seraient dominantes, mais ces régions n’auraient pas de frontières précises ni fixes, et l’utilisation des monnaies dominantes dans chacune se recouvrirait dans des zones frontalières larges et fluctuantes. La plupart de ces monnaies reposeraient sur des paniers de biens similaires et fluctueraient très peu les unes par rapport aux autres, probablement beaucoup moins que les monnaies des pays les plus stables aujourd’hui, mais un peu plus que des monnaies reposant sur un véritable étalon-or. » Cette situation ressemble au modèle de la banque libre avec une monnaie centrale unique, si ce n’est que l’équivalent de la monnaie centrale est ici un petit nombre de monnaies très voisines mais néanmoins en concurrence et non une seule monnaie gérée par un acteur monopoliste. Hayek considère comme peu probable que ces monnaies se réduisent in fine à une monnaie-or.
On peut aussi utiliser le même modèle en variant les modalités de mise en place initiale des conditions de concurrence. Se demander ce qui se serait passé si, au lieu de mettre en place une monnaie unique, les gouvernements européens avaient tout simplement autorisé la libre circulation des monnaies existantes à travers toute l’Europe n’est plus qu’un exercice de style, par ailleurs intéressant. En revanche, on peut examiner des scénarios encore possibles, par exemple la libre circulation en parallèle avec l’euro d’autres monnaies nationales existantes (franc suisse, livre sterling, couronne suédoise, couronne norvégienne), ou un scénario de « sortie de l’euro » autorisant la libre production de monnaies concurrentes sans pour autant éliminer l’euro. Autre variante : que se passerait-il si ces décisions d’ouverture à la concurrence monétaire étaient prises unilatéralement par un ou plusieurs pays ?
Il n’est pas question ici de nous engager plus avant sur ces différentes pistes, mais d’inviter à prolonger sérieusement la réflexion sur la liberté monétaire afin qu’elle ne soit plus balayée d’un revers de main, et de contribuer ainsi à la réalisation du vœu de Hayek : « rendre politiquement possible ce qui est aujourd’hui politiquement impossible ».

NOTES
1 Institute of Economic Affairs, texte disponible en ligne.
2 « The countries of the Common Market, preferably with the neutral countries of Europe (and possibly later the countries of North America) mutually bind themselves by formal treaty not to place any obstacles in the way of the free dealing throughout their territories in one another's currencies (including gold coins) or of a similar free exercise of the banking business by any institution legally established in any of their territories. »
Toutes les citations sont extraites de l’ouvrage en question, et traduites par l’auteur du présent article.
3« I would announce the issue of non-interest bearing certificates or notes, and the readiness to open current cheque accounts, in terms of a unit with a distinct registered trade name such as 'ducat'. The only legal obligation I would assume would be to redeem these notes and deposits on demand with, at the option of the holder, either 5 Swiss francs or 5 D-marks or 2 dollars per ducat. »
Commentaires
Hayek avait raison : la monnaie européenne unique est une folie pure.
Mardi 6 septembre 2011 :
Grèce : taux des obligations à un an : 88,485 %. Record historique battu.
http://www.bloomberg.com/apps/quote...
Grèce : taux des obligations à 2 ans : 52,314 %. Record historique battu.
Grèce : taux des obligations à 10 ans : 19,815 %. Record historique battu.
Mathieu Bruckmüller : Comment expliquez-vous la déroute des banques en Bourse ?
Sébastien Korchia, gérant actions chez Meeschaert : La semaine dernière, une mission d’évaluation composée du FMI, de l’Union Européenne et de la BCE qui s’était rendue en Grèce pour superviser la mise en place de leur plan d’austérité a claqué la porte. Le marché se dit que le FMI pourrait arrêter de renflouer la Grèce. Pour preuve, le taux d’intérêt des obligations grecques à un an a atteint hier les 80%. A deux ans, il est à 49%. De tels chiffres suggèrent que les investisseurs parient sur un défaut quasi-certain du pays. Si cela se produit, c’est la fin de la partie. La Grèce sera en faillite et les obligations grecques ne vaudront plus rien. En conséquence, les banques européennes qui détiennent en partie de la dette grecque (dont la Société Générale, BNP Paribas et BPCE) subiront des pertes conséquentes. Elles devront donc être recapitalisées jusqu’à 200 milliards d’euros si l’on en croit le FMI. Seul hic: faire une augmentation massive de capital en période de chute des marchés boursiers n’est pas très opportun, surtout si toutes les banques se livrent de concert à cet exercice.
Mathieu Bruckmüller : Quelle est la solution pour enrayer cette spirale à la baisse ?
Sébastien Korchia : La décision est politique. La question qui se pose est : ne faut-il pas laisser sortir la Grèce de l’euro pour qu’elle puisse procéder à une dévaluation massive afin de s’en sortir ? Pour le marché, la solution serait que les sommes consacrées au sauvetage de la Grèce soient désormais dédiées à la recapitalisation des banques européennes. Bref, laisser la Grèce faire faillite et créer un plan de sauvetage pour les institutions financières. C’est la seule solution pour arrêter l’hémorragie. Car au final, une chute en dominos des banques serait beaucoup plus grave que la faillite de la Grèce.
Crise de la dette : la justice allemande valide les aides à l’euro.
La plus haute instance judiciaire allemande a jugé à cet égard que le gouvernement « avait l’obligation d’obtenir le feu vert préalable » de la commission budgétaire du Bundestag, la chambre basse du parlement, avant de prendre un quelconque engagement.
Pas question par ailleurs pour Berlin de ratifier des accords prévoyant une « communauté de dettes (…), surtout si elle est liée à des conséquences difficilement prévisibles », ont prévenu les juges suprêmes, ce qui peut donner des arguments aux adversaires des obligations européennes communes ou « eurobonds ».
Source : dépêche AFP.
En clair :
- L’Union Européenne ne deviendra jamais une union des dettes.
- Et il n’y aura jamais d’eurobonds.
- De toute façon, les Etats européens riches n’arrêtent pas de répéter qu’ils sont contre la création d’eurobonds.
- Bon, maintenant, qu’est-ce qu’on fait des cinq Etats européens en faillite ?
J’aimerais que Nicolas Sarkozy, François Fillon, François Baroin, etc, répondent clairement à cette question :
« Maintenant, qu’est-ce qu’on fait des cinq Etats européens en faillite ? »
Mercredi 7 septembre 2011 :
Grèce : taux des obligations à un an : 96,952 %. Record historique battu.
http://www.bloomberg.com/apps/quote...
Grèce : taux des obligations à 2 ans : 54,918 %. Record historique battu.
Grèce : taux des obligations à 10 ans : 20,082 %. Record historique battu.
Désolé, mais ça serait quand même mieux si les commentaires se rapportaient à l'article, au lieu d'être le nouvel exutoire des obsessions de BA.
Merci pour cet article qui je trouve est bien plus constructif que les livres de cuisines habituels d'economie. Cela dit je pense qu'il est important d'aller plus loin et de completer cet article tres pedagogique par quelques explications supplementaires qui pourraient faire le lien avec la crise actuelle.
Le systeme d'une banque libre va de paire avec l'existence d'un collateral (l'or par example), qui est la base de la confiance que les individus peuvent attribuer a une monnaie. Est ce que la quantite existante de ce collateral est suffisante pour pouvoir generer une masse monetaire qui permet les echanges ? Alors on peut toujours retorquer que la valeur de l'or peut monter si toutes les banques constituent des reserves a un prix tel que la quantite d'or en valeur permet l'emission de monnaie suffisante, mais a mon sens il ne faut pas que l'augmentation du prix du collateral pour motif d'echange impact trop le prix par rapport a sa valeur intrasec, sinon le systeme ne tien plus (une liquidation totale du stock d'or menerai a une baisse du prix qui ne permettrait peute etre plus de collateraliser la monnaie). Cela dit cela n'empeche pas a proprement parler de mettre en place un systeme de banque libre (avec des reserves d'or fractionnaires tres faible), mais la le systeme parrait plus fragil que presente dans l'hypothese d'une impossibilite d'un taux de reserve en or de 100%. Et si les reserves en or ne represente que 1% de la valeur necessaire pour assurer les echanges ? Cela serait assez interessant de verifier et de completer avec des etudes empiriques. Sinon il me semble egalement qu'un systeme de banque libre implique une mecanisme d'assurance (en effet le mecanisme de selection naturel des meilleurs banques et meilleurs systemes monetaires n'est pas un long fleuve tranquille et il faudrait que des assurances puissent proposer des assurances sur les depots des banques.C est ce que fait l'etat, qu'il faudrait penser a privatiser par l'utilisation d'assureur privee. En effet un accident, une fraude, une negligeance, un Kerviel peuvent penaliser les economies d'une vie d'un individu et meme avec toutes les precautions il est evident qu'un systeme d'assurance doit se mettre en place (comme pour les catastrophes naturelles). Alors evidemment on est dans un systeme bien plus couteux dans ce cas la. Plus on creuse dans les details et plus on peut se dire qu on arrive pas si loin du systeme actuel (mais peut etre en plus efficace). Est ce que l'histoire n'aurait pas deja fait son travaille de selection naturelle de systemes monetaires pour arriver a la ou nous en sommes ? Que se passe t'il si les assureurs neveulent pas assurer ce risque ? Autre question : Comment gerer la transition entre le systeme de banque centrale et de creation monnaie papier a ce systeme de banque libre et quelle doit etre l'attitude de la banque centrale pour etre le plus neutre possible ? Avoir une masse monetaire stable, des taux stables ?
En tout cas merci pour cette article, ca change des "il faut devaluer", "la monnaie est trop forte", "c est la faure des allemand ou des grecques ou des deux", ou des banquier etc...
"Faute d’un prêteur en dernier ressort, les banques qui pratiquent un taux trop faible seraient éliminées, sans que leurs clients en souffrent gravement s’ils se tournent à temps vers d’autres monnaies."
L'expérience montre que la rapidité des mouvements de dépréciation ne permet pas à la masse des clients "moyens" de réagir à temps. Il reste à inventer une solution qui dissocie l'épargne des risques bancaires, faute de quoi nous sommes en contradiction avec l'affirmation selon laquelle "la monnaie est un bien comme un autre".
"Que se passerait-il si tous les émetteurs s’entendaient pour émettre de grandes quantités de monnaie ? Alors en effet, la concurrence ne fonctionnerait plus et on serait ramené au cas du monopole. Mais cette hypothèse est-elle vraisemblable ?"
Il est quand même possible de répondre par l'affirmative à cette question. Que le monopole, oligopole ou cartel soit public ou privé, la mauvaise monnaie chassera la bonne, comme cela est expliqué par ailleurs dans l'article, concrétisation du risque que les membres du cartels éliminent les concurrents vertueux avec le soutien au moins implicite de l'Etat.
Plus généralement, la concurrence en matière monétaire est nécessaire mais non suffisante. Il est également indispensable que l'Etat (au sens large, donc y compris les oligopoles qui ne peuvent exister qu'avec sa complicité) renonce à toute forme d'endettement. En effet, les déséquilibres monétaires sont systématiquement liés à l'existence d'une dette publique qui n'est compensée par aucune création nette de richesse.
Tant qu'il y aura dette publique, la concurrence monétaire échouera.
@Gérard Dréan
Pour imaginer une zone de free-banking, c'est à dire une dénationalisation de la monnaie, l'exercice de pensée est nécessaire. Cependant, qq publications relatent diverses périodes de free-banking dans quelques pays et à certaines périodes.
Quelques liens sur le free banking:
http://gidmoz.wordpress.com/2011/04...
http://analyseeconomique.wordpress....
http://analyseeconomique.wordpress....
@JLER
En free banking, toute monnaie est une promesse de la banque. Chaque unité monétaire est promesse est un contrat unilatéral cessible. Un contrat d'émission monétaire. La banque promet de verser qq chose en échange d'une unité monétaire. De l'or par exemple. Ou une autre commodity, ou un panier de biens comme le suggérait Hayek.
Vous posez la question de savoir comment la banque parviendra à respecter ses promesses de versement, surtout en cas de ruée bancaire. C'est, amha, une question centrale de toute monnaie en free banking. Le choix du "collatéral", comme vous dites, est crucial pour la banque. Vous évoquez un mécanisme d'assurance auquel souscrirait la banque pour se protéger du risque de ruée bancaire.
Un tel mécanisme d'assurance pourrait être fondé sur des produits dérivés sur les "collatéraux" des diverses monnaies. Je ne crois pas que ce soit le travail d'un assureur au sens classique du terme.
La valeur des capitaux ayant une bonne vendabilité est surement 1000 fois supérieure aux masses monétaires nécessaires aux transactions. Une banque choisira, comme collatéral, un bien ou un panier de biens existant en abondance. Je suis optimiste sur cette question.
Le métier de la banque est de prêter. Elle reçoit une reconnaissance de dette qui est une créance à long terme. Et l'emprunteur reçoit des créances à très court terme, c'est à dire la monnaie. Le travail de la banque est donc de trouver des biens liquides en grande quantité afin de pouvoir les échanger.
Vous posez la question du coût de création et de gestion d'une monnaie libre. De nombreux biens vendables peuvent devenir liquides s'ils sont cotés sur une Bourse d'échange adaptée à chaque catégorie de bien. Si la quantité de biens liquides est égale aux masses monétaires émises, le cout de trouver des liquidités sera faible.
@bubulle
Un "bank run", une ruée bancaire est rarissime dans l'histoire de la monnaie. Mais si elle se produisait, on peut pronostiquer qu'elle se propagerait rapidement. Hayek décrit un exemple de contrat d'émission monétaire. Son exemple illustre bien sa théorie. Mais Hayek aurait tout aussi bien pu choisir un tout autre contrat d'émission monétaire. Elle aurait tout aussi bien illustré un mécanisme monétaire en free banking.
En free banking, chaque banque trouvera une logique industrielle et markéting pour proposer son contrat d'émission monétaire. Notre imagination n'est pas suffisante pour deviner les inventions financières viables et efficaces que lanceront les banques en free-banking. Vous dites qu'il faudrait dissocier l'épargne des risques bancaires. Seule la banque en free-banking décidera en pesant les avantages et les inconvénients. Les futures lois du marché monétaire en free-banking restent à imaginer, à découvrir.
Vous pensez plausible qu'un cartel monétaire se constitue et émette une monnaie médiocre. Une monnaie médiocre sera connue comme telle par les analystes financiers. Le public le saura aussi. Un cartel ne signifie pas un monopole. Hors du cartel, des concurrents veillent et sont prêts à investir lourdement pour prendre le marché si le concurrent en position dominante commet certaines erreurs de prix ou de de qualité.
Vous évoquez que l’État puisse intervenir dans un marché monétaire en free banking. C'est le risque majeur de toute zone de free-banking. C'est, amha, cet argument qui peut refroidir un investisseur dans une banque en free banking. En effet, tout soutient de l’État à une banque détruit aussitôt la concurrence au profit de la banque privilégiée. Ce qui anéantirait la valeur des investissements dans les banques non privilégiées.
Hayek nous propose d'exclure cette hypothèse de l'intervention de l’État, tout en restant conscient que c'est une utopie. L'ours gourmand, l’État, veut conserver la garde du pot de miel, la monnaie. La manipulation de la monnaie, donc de la dette étatique, est la seule et unique raison du monopole monétaire étatique.
En free banking, l’État est traité comme tout autre agent économique. L’État emprunte aux banques à un taux qui dépend du risque jugé par la banque préteuse. C'est le savoir-faire de la banque de sélectionner les emprunteurs et d'évaluer les risques de créances douteuses.