Dette : la panique, pour quand ?
Par Charles Gave le samedi 25 septembre 2010, 18:54 - Article - Lien permanent
Le livre de Charles Gave "L'Etat est mort ! Vive l'état !" est désormais en vente. Vous pouvez converser avec l'auteur en allant sur le site dédié au livre lafaillitede letat.com.
Ci-dessous un troisième extrait, avant de retrouver Charles Gave à l'Assemblée nationale le 28 septembre (inscription obligatoire).

Toute faillite d’un État est prévisible des mois, voire des années, avant que l’inéluctable n’ait lieu et ne se termine en général par une énorme panique financière si rien n’est fait à temps pour enrayer la débâcle.
Dans ce processus, nous pouvons identifier deux phases :
• La première se déroule à la vitesse d’une glaciation: la situation se détériore mais rien ne semble bouger. Les Cassandre se font clouer au pilori et les démagogues s’en donnent à coeur joie. Parfois, un craquement se fait entendre, mais nul n’y prête attention.
• D’un seul coup, sans que l’on sache très bien pourquoi, les choses s’accélèrent et là, il est trop tard! Il ne reste plus d’autre solution que la réforme dans la douleur et la baisse générale du niveau de vie.
La France se trouve actuellement au terme de la période «calme». Nous nous rapprochons à vive allure de la phase de panique. Il n’est sans doute pas trop tard pour agir, mais ce ne sera probablement plus le cas dans deux ans.
Commençons donc par examiner les signes avant-coureurs du pourrissement du royaume… Trois éléments permettent aux marchés de savoir s’ils ont besoin de paniquer ou non.
D’abord le déficit primaire.
Les choses vont mal dans un pays quand celui-ci affiche de façon durable ce qu’il est convenu d’appeler un déficit primaire. Ceux qui suivent les finances étatiques ont coutume de calculer la «balance primaire», c’est-à-dire le déficit ou l’excédent avant paiement des intérêts sur la dette. L’idée est juste: si un pays est en excédent primaire, voire en équilibre (entre 0% et -1% du PNB), on peut penser qu’il n’aura aucun mal à emprunter sur les marchés de quoi financer les intérêts sur la dette passée. Ce cas de figure est comparable à celui d’une société qui serait en cash-flow positif avant le service de sa dette. Elle n’inquiète pas beaucoup ses banquiers. En revanche, si le déficit primaire est important, l’État est dans l’obligation d’emprunter non seulement pour régler ses intérêts, mais aussi pour payer les dépenses courantes qui ne sont plus couvertes par les recettes habituelles. Dans ce second cas, la dette se met à croître de façon vraiment exponentielle.
Il existe une seconde raison de s’intéresser au déficit primaire: il permet d’avoir une idée du volume des dépenses et des recettes sur lesquelles le personnel politique peut avoir une action. En ce qui concerne le service de la dette, le gouvernement ne peut RIEN. Ces dépenses dépendent de paramètres sur lesquels le gouvernement n’a aucun pouvoir, à savoir le stock de dettes et le niveau des taux d’intérêt. Un déficit primaire est d’autant plus préoccupant que le déficit financier l’est également, dans la mesure où déficit primaire + service de la dette = déficit budgétaire.
Quelle est la situation de la France?
Nous traversons la troisième période de déficit primaire depuis 1980. La première, au cours de laquelle la dette avait explosé, avait suivi les folies socialistes de 1981. La deuxième avait accompagné la récession de 1992, déclenchée par des taux réels à 7%, nécessaires pour maintenir la parité franc/deutsch mark après la réunification allemande. La dette avait explosé une deuxième fois. La troisième, la pire, est celle dans laquelle nous nous trouvons et qui voit la dette à nouveau monter en flèche. Comme le déficit financier (coût des intérêts) représente environ 2% du PNB, notre déficit total (primaire + financier) avoisine donc les 10% du PNB. Pour que le budget de la France retourne à l’équilibre, il faudrait que nous passions assez rapidement à un excédent primaire d’environ 2% du PNB, ce qui ne sera pas chose facile. Une variation de dix points de la part du déficit primaire dans le PNB est grosso modo ce que demande le FMI à la Grèce.
Le corps social français a-t-il saisi la gravité du problème? Il y a là de quoi faire paniquer les marchés… Et si une panique se déclenchait, le service financier de la dette exploserait immédiatement (taux en hausse) et la situation deviendrait instantanément ingérable.
En principe, il faut bien un jour ou l’autre rembourser ses dettes. Dans la réalité, les États les honorent rarement car, d’une main, ils remboursent le papier qui arrive à échéance et, de l’autre, ils en émettent pour le même montant aux nouveaux taux d’intérêt. Ce qui veut dire que le marché doit financer et le déficit de l’année en cours et les dettes du passé arrivant à échéance cette année-là.
Imaginons pour les besoins de l’explication qu’un pays ait émis il y a dix ans, en 2000, 100 euros d’obligations à dix ans. Imaginons encore que son déficit en 2010 soit également de 100 euros. Ce pays va devoir « lever » en 2010 sur les marchés financiers non pas 100 euros, le montant du déficit budgétaire, mais 200 euros. En fait, la meilleure image pour illustrer ce phénomène est celle d’un boa qui a avalé un éléphant, comme dans Le Petit Prince de Saint-Exupery. La digestion est lente, et l’on peut suivre le mouvement de l’éléphant dans le tube digestif du boa à travers le temps.
Prenons l’exemple de la France, qui est en train d’émettre des montants monstrueux de dette. La «duration » de cette dette est de sept ans, ce qui m’a amené à réaliser un graphique qui montre que dans les deux ou trois ans qui viennent, les refinancements devraient être assez faibles, ce qui devrait rendre le financement des déficits annuels en 2011, 2012 et 2013 assez faciles (sauf panique bien sûr). Projetons-nous en 2015 et 2016. À cette époque, il faudra refinancer non seulement la dette émise en 2009 et 2010, mais aussi le déficit budgétaire de ces années-là, dont personne ne sait de combien il sera.
Tout ceci peut nous amener à de très intéressants engorgements, le marché étant incapable à certains moments d’absorber toutes ces émissions. Si les marchés ,dans leur grande sagesse, arrivent à la conclusion que ces montants et les taux longs et courts explosent à la hausse. Voilà qui est bien normal puisque, d’un seul coup, il apparaît que les marchés ne veulent plus du tout financer les dépenses de l’État Français. Une prime de risque contre la faillite de l’État français commence à être intégrée aux taux que nous allons devoir payer. Et la situation devient immédiatement ingérable. Si rien n’est fait, nous allons connaître une panique d’anthologie sur la dette française d’ici à 2017…
Commentaires
En fait, c'est même depuis 1975 que la spirale infernale déficits-dettes s'est accélérée et donc cela fait 35 ans, soit plus d'une génération qui "a vécu" sur le dos des 2 prochaines...ne remboursant pas ses dettes et pire en empruntant pour payer ses déficits de toutes sortes.
Dans l'histoire des Etats, des Entreprises et même des individus, le surendettement et le non-paiement des dettes, conduit inévitablement :
* Ã la faillite et c'est ce que l'on doit exiger , sinon c'est
* la destruction du corps social par une autorité "toute puissante" et la révolution ou la dictature.
Primaire c'est le mot, "les marchés dans leurs grandes sagesses", à la limite je pense que c'est de la provocation.
Les marchés occidentaux ç'est trois banques centrales et leurs planches à billets, quand j'entends les crétins de Fox ou de CNN se désoler de la soviétisation des marchés financiers US je mesure votre désarroi.
Ca ne doit pas être évident de vendre un livre traitant de ces théories avariées dans le contexte, les ouailles qui croient encore aveuglément dans une main invisible doivent se faire bien rare.
@Pas Besoin
Votre commentaire est confus... s'il n'y a que 3 banques centrales et que la planche à billets tourne à plein régime, c'est à dire une monétisation de dette publique ainsi qu'un manque évident de concurrence, ne s'agit-il pas là exactement de "sovietisme"?
@ Axel
Il s'agit bien de cela, particulièrement en ce qui concerne les US ou les autorités soutiennent tous les marchés (obligataire, action, immobilier ..) à bout de bras (enfin de monnaie electronique), une véritable économie centralisée organisée par une minoritée pour une minoritée.
Cela-dit il y aura toujours des aveugles pour prêcher la loi du marché (et leurs grandes sagesses) à tous crins, l'auteur de ce billet en est un excellent exemple tout fasciné qu'il est par son iphone.
Le concernant je ne sait pas si c'est de la mauvaise foi ou de la sénilité, à sa décharge il a l'air vieux.
Lundi 27 septembre 2010 :
La France et l’ancienne zone mark voient leurs taux d’intérêt baisser.
Si la France lançait un emprunt à 10 ans, elle devrait payer un taux d’intérêt de seulement 2,631 %.
Si l’Allemagne lançait un emprunt à 10 ans, elle devrait payer un taux d’intérêt de seulement 2,269 %.
Mais en revanche, le Portugal, l’Irlande et la Grèce voient leurs taux d’intérêt monter.
Si le Portugal lançait un emprunt à 10 ans, il devrait payer un taux d’intérêt de 6,417 % !
Si l’Irlande lançait un emprunt à 10 ans, elle devrait payer un taux d’intérêt de 6,568 % !
http://www.bloomberg.com/apps/quote...
Si la Grèce lançait un emprunt à 10 ans, elle devrait payer un taux d’intérêt de 10,898 % !
Le Portugal, l’Irlande et la Grèce empruntent à des taux d’intérêt de plus en plus exorbitants.
Le Portugal, l'Irlande et la Grèce foncent vers le défaut de paiement.
@ Pas besoin
En effet il n'est nul besoin de recourir à une argumentation aussi nulle concernant l'auteur de ce billet.
Si vous avez quelque chose à dire de constructif, dites le. On ne sait si vous considérez que le système actuel est totalement sous l'emprise d'une ploutocratie, s'il s'agit d'une société socialiste (post communiste au sens strict) ou tout autre, ni de quel point de vue vous vous placez.
S'il s'agit d'une poussée post-juvénile, choisissez un site plus fréquenté, sinon soyez clair.
Mardi 28 septembre 2010 :
Voici cinq graphiques incroyables : observez bien ces cinq graphiques.
Si la France lançait un emprunt à 10 ans, elle devrait payer un taux d’intérêt de seulement 2,614 %.
Si l’Allemagne lançait un emprunt à 10 ans, elle devrait payer un taux d’intérêt de seulement 2,246 %.
La France et l’ancienne zone mark empruntent à des taux d’intérêt très très bas.
Mais en revanche, rien ne va plus pour le Portugal, l’Irlande et la Grèce.
Depuis le soi-disant « plan de sauvetage » du 10 mai 2010, les taux d’intérêt du Portugal explosent.
Si le Portugal lançait un emprunt à 10 ans, il devrait payer un taux d’intérêt de 6,512 % !
De même, les taux d’intérêt de l’Irlande explosent.
Si l’Irlande lançait un emprunt à 10 ans, elle devrait payer un taux d’intérêt de 6,739 % !
http://www.bloomberg.com/apps/quote...
Si la Grèce lançait un emprunt à 10 ans, elle devrait payer un taux d’intérêt de 10,807 % !
Le Portugal, l’Irlande et la Grèce empruntent à des taux d’intérêt exorbitants.
Le Portugal, l'Irlande et la Grèce foncent vers le défaut de paiement.
En fait, c'est même depuis 1975 que la spirale infernale déficits-dettes s'est accélérée et donc cela fait 35 ans,
La spirale infernale de l'endettement prend sa source en 1973 lorsque la France a perdu son droit de battre monnaie. En pratique depuis ce moment-là , la France ne peut plus s'endetter auprès de sa banque centrale à taux 0, mais est obligée de s'endetter auprès du marché qui bien sûr est extrêmement spéculatif et qui pratique lui un taux d'intérêt. L'accumulation de la charge de la dette à travers ces taux d'intérêts a petit à petit appauvrit le pays et l'Etat.
Cette situation a été imposée par l'Europe et l'Union Monétaire Européenne et s'est encore accélérée par l'introduction de l'euro comme monnaie nationale. La Grèce, l'Irlande, le Portugal et l'Espagne sont les premières victimes de cette Europe anti-démocratique (personne n'a élu son président et le rejet de sa constitution a été ignorée) car ces pays sont incapables de relancer leur économie par la dévaluation de leur monnaie nationale, ils sont désormais condamnés à crever à petit feu sous le joug de plans d'austérité absolument inacceptables et non nécessaires.
Après avoir asservit jusqu'à l'épuisement ses pays membres, et enrichis au-delà du raisonnable ses (déjà riches) créateurs et participants... l'Europe va mourrir de sa belle mort, laissant derrière elle un champs de désolation et de souffrance.
Voilà ce qui arrive quand on base une société en mettant la spéculation et l'argent au centre et en reléguant l'humain à un rôle d'esclave.
Bien dit TalkingMind ! D'accord à 100%.
La loi du 25 janvier 1973 grossièrement anticonstitutionnelle est reprise par l'article 123 du traité de Lisbonne malgré le référendum contraire de 2005 et généralisé à la totalité de l'Europe.
La dette publique est une formidable arnaque et n'a en réalité aucun fondement.
Aucun homme politique pour le dénoncer.
Tous les gouvernements de gauche comme de droite comme des verts ont cautionné ce pillage de la nation pour le plus grand profit des banques et du cartel bancaire mondial.
Un jour tous ces gens-là ,traîtres à la nation , auront des comptes à rendre.
Veuillez lire ceci , vous ne trouverez pas sur les médias classiques propriétés des mêmes groupes bancaires.
http://www.fauxmonnayeurs.org/
http://wiki.societal.org/tiki-index...
Achetez de l'or ! Les keynésiens qui nous gouvernent détruisent la monnaie à qui mieux mieux... pour une reprise qui ne viendra pas.