Euro : pas de monnaie commune sans dette commune
Par Jacques Delpla le jeudi 4 août 2011, 12:51 - Article - Lien permanent
Autre opinion sur la crise. Celle de Jacques Delpla dans un texte où il révèle à quel point l'avenir de la zone euro est aujourd'hui sur le fil du rasoir.
Sans dette publique commune entre Etats membres, la zone euro ne survivra pas à court ou moyen terme. Une dette souveraine commune, avec garantie conjointe et solidaire entre Etats, est le seul moyen d’éviter son implosion.
De nouveaux arguments militent en faveur d’une dette commune : elle est le seul moyen d’éviter un arrêt brutal du financement d’un pays en crise ; elle est le seul moyen pour que 1 euro dans une banque française égale 1 euro dans une banque grecque ou portugaise ; elle est le seul moyen pour que les pays périphériques puissent se refinancer tout en se réformant douloureusement.
Premièrement, un risque majeur est apparu dans la construction de l’euro : la possibilité de « sudden stop » (arrêt brutal de l’ensemble des financements externes et fuite des capitaux, à cause de prophéties autoréalisatrices) pour un pays en crise. On croyait cela réservé aux pays exotiques, mais c’est bien ce qui s’est passé en Grèce, au Portugal et en Irlande. Quand la crise devint aiguë, les investisseurs firent la grève de l’achat de dette publique et privée de ces pays de peur du défaut ; ménages et entreprises de ces pays firent migrer leur épargne vers des banques allemandes ou françaises pour éviter de voir leur épargne volatilisée. Depuis, seuls des financements publics (BCE, Union européenne et FMI) compensent les effets de ce tsunami inversé de capital. Seule une dette publique commune peut nous prémunir contre ce risque. Ce serait la meilleure solution pour éviter à l’Espagne un « sudden stop » et une contagion au reste de la zone euro.
Deuxièmement, avec la crise grecque, il est devenu évident que 1 euro sur le compte d’une banque grecque (ou portugaise) n’est plus égal à 1 euro déposé dans une banque allemande ou française. Ce n’est pas tenable : les épargnants des pays à risque vont mettre toute leur épargne dans les banques des pays sûrs, car la solidité des banques commerciales est liée à la solvabilité de leur Etat (qui garantit les dépôts et leur vend des montagnes d’obligations). Sans dette commune (qui deviendrait alors l’actif sûr et liquide de référence des banques), il est illusoire de garder des banques et des systèmes financiers dans les pays fragiles et donc impossible de conserver ces pays fragiles dans la zone euro.
Troisièmement, les pays en crise du sud de l’Europe ne pourront pas restructurer leur économie, augmenter leur compétitivité par une dévaluation interne (baisses des salaires et des prix), réduire drastiquement leurs déficits (avec des récessions inévitables) tout en payant des taux d’intérêt élevés. Aujourd’hui, l’Espagne fait une dévaluation interne ; c’est incompatible avec des taux d’intérêt élevés (5,7 %), soit 2,8 points au-dessus de l’Allemagne. Sans dette commune, la dette espagnole fera boule de neige. Sans dette commune, impossible pour les pays en crise de se réformer et de contenir leur dette.
Quatrièmement, sans dette souveraine commune, un « sudden stop » sur les banques européennes du Nord exposées aux pays du Sud est possible.
Alors comment faire, sachant que les pays du Nord de l’euro ne veulent pas payer pour les pays du Sud ? La solution, à mon sens, est celle que j’avais proposée en 2010 avec l’économiste allemand Jakob Von Weizsäcker : une dette bleue commune entre Etats de la zone euro et de dettes rouges nationales. La dette bleue serait composée des premiers 60 % du PIB de dette souveraine de chaque pays ; elle serait senior et mise en commun avec une garantie très forte (conjointe et solidaire) entre tous les pays de la zone euro. Elle serait de la meilleure qualité possible. Le reste des dettes souveraines seraient rouges : juniors, émises nationalement.
Dans notre nouvelle version, la dette rouge serait contingente et absorberait les pertes (en cas de programme FMI-UE, pas d’intérêt payé et roulement automatique de la dette). Cette dette bleue éviterait les quatre risques mentionnés ci-dessus ; en outre, elle deviendrait un concurrent mondial au marché de la dette américaine, comme actif de référence. Elle est acceptable par les Allemands, car ils ne garantiraient que la partie senior et extrêmement sûre de chaque dette souveraine, la dette rouge garantissant que le secteur privé porterait les pertes en cas de crise. Il est donc urgent et impérieux de passer à la dette bleue et aux dettes rouges. Pas d’euro sans dette bleue !

La version originale de ce texte de Jacques Delpla est parue, le 29 juin 2011, sur le blog Echonoclastes.
Commentaires
Ben sûr! Encore une imbécilité de langue de bois incompréhensible et irréaliste.
Le problème de l'Euro, c'est le socialisme. Le reste, c'est de la bullshit de politicailleux...
Prenons un exemple concret : l'Allemagne.
Aujourd'hui, pour un emprunt à 10 ans, les taux des obligations de l'Allemagne sont d'environ 2,39 %.
Si il y avait des euro-obligations, l'Allemagne serait obligée d'emprunter à un taux très supérieur à 2,39 %.
Donc l'Allemagne n'acceptera jamais la création des euro-obligations.
Alors arrêtons de rêver.
Arrêtons de croire au père Noël.
Le père Noël, ça n'existe pas.
La solidarité supranationale, ça n'existe pas non plus.
La solidarité supranationale, ça n'existe pas non plus.
Mais oui, ça existe. Lit les contes de fées socialistes...
J'en ai lu quand j'étais jeune. Maintenant, ça ne m'intéresse plus.
Mais je laisse les croyants croire. Si il y en a encore qui croient aux contes de fées socialistes, je les laisse croire. Quand ils se cogneront contre la réalité, ils comprendront.
En attendant, laissons les croyants croire.
Je le rappellerai une fois de plus :
1) la monnaie et la finance font deux et
2) la banque d'émission de monnaie n'est qu'une étape du processus monétaire qui a vu le jour dans la nuit des temps.
La monnaie, la vraie, à savoir le processus qui diminue le coût de l'échange et à quoi ne contribuent pas les Etats, bien au contraire, survivra à la banque, de création récente à l'échelle de l'histoire, et cela en dépit des réglementations qui l'ont détruite depuis la décennie 1920. http://blog.georgeslane.fr/post/201...
Il n'en reste pas moins que des banques libres, indépendantes les unes des autres, peuvent juger efficace de mettre en place une "banque centrale" - électronique ou autre - comme plaque tournante de leurs opérations.
Quand il n'y a pas de banque libre, quand les banques dites de second rang sont à la merci de la banque centrale privilégiée par tel ou tel législateur, la distinction peut valoir encore.
Mais quand la banque centrale est inféodée à un Etat ou à des Etats, il n'y a plus ni monnaie ni finance, mais un chaos ou, si on préfère, un iceberg dont la partie émergée est l'inflation.
Si la banque centrale européenne respecte les statuts qui la fondent et si les banques de second rang lui rappellent qu'elle a des statuts, elle n'est pas inféodée aux Etats et la distinction vaut encore.
.
"pas de monnaie commune sans dette commune" ?
Alors, au diable la monnaie commune
Il est tout à fait légitime que les honnêtes citoyens préservent leurs acquis de la folie destructrice des hommes de l'état. Au lieu de s'en offusquer, il faudrait mieux s'en féliciter.
Les très rares pays à peu prêt gérer correctement dans la zone euro constituent un échappatoire pour les actifs de la société civile d'un état sur le point de faire défaut. Cette situation semble déplaire à l'auteur. C'est pour le moins étrange. Les citoyens sont-ils enchaînés à vie dans leur futur enfer fiscal ?
Les pays en situation délicate peuvent très bien se réformer sans un panier commun de dettes souveraines. L'exemple de la suède au début des années 90 peut servir de modèle vertueux.
Enfin, la couleur des dettes est un prétexte bien commode pour éviter à l'auteur d'envisager une véritable stratégie de retour à l'équilibre des comptes publics. Peut-on croire une seule seconde que nous allons régler un grave problème de dettes avec un rajout de celles ci dans des proportions inconsidérables ? ou bien en élaborant un gloubiboulga coloré d'actifs plus ou moins dépréciés au nom d'une solidarité de façade ?
Vendredi 5 août 2011 :
http://www.lefigaro.fr/flash-eco/20...
La BCE va acheter des obligations italiennes à partir de lundi.
La Banque centrale européenne (BCE) est d’accord pour commencer à acheter des obligations d’Etat italiennes à partir de lundi en échange de l’engagement du gouvernement italien à accélérer la réduction des déficits, a annoncé vendredi un ministre italien.
http://www.romandie.com/news/n/_La_...