Ces résultats sont sans doute le fruit d’opinions très variées et contradictoires. Mais ils révèlent un malaise grave: le rejet des voies et moyens mis en œuvre pour vivre ensemble. Ils placent les choix des candidats en matière fiscale au cœur de la campagne présidentielle. Pourtant la fiscalité elle-même n’est qu’une partie de la solution.

Faire payer les riches : jusqu’à 75 % de leurs revenus !

Finalement tous les grands candidats ne pensent plus qu’à taxer les riches, chacun à sa manière. Sarkozy l’a déjà fait avec 30 Mds € environ d’impôts nouveaux depuis deux ans et il a annoncé, le 29 janvier, 13 Mds de plus de TVA, CSG et taxe financière ; il promet aujourd’hui de ne plus les augmenter, mais comment le croire après tant de promesses rompues depuis sa dernière élection ? Hollande veut en rajouter pour 49,1 Mds € environ, avec une tranche d’impôt supplémentaire à 45% et un rétablissement de l’impôt sur la fortune au barème antérieur. Marine Le Pen propose une tranche supplémentaire d’impôt sur le revenu à 45%, et François Bayrou en programme deux à 45 et 50%. Ils oublient tous que la fiscalité n’est pas que mathématique et que la variation des taux d’impôt induit des effets sur le comportement des contribuables.

Taxé à 50%, un revenu sera encore amputé des cotisations CSG/RDS à un taux jusqu’à 13,5%, soit un taux d’imposition de 63,5%, proche des taux confiscatoires pratiqués par Mitterrand au début de son premier septennat. Pourquoi travailler plus lorsque l’Etat prend les deux tiers de votre revenu, surtout s’il a pris en plus préalablement des charges sociales non plafonnées qui peuvent représenter environ 50% du salaire ? C'est-à-dire que, dans la tranche supérieure, un salaire de 100 pourrait supporter des charges sociales de 50 et un impôt de 63,5. Sur un « salaire complet » de 150, les prélèvements publics représenteraient 113,5, soit 75,66% ! Avec la surtaxe de 4% sur les revenus très élevés (plus de 500 000€), la charge avoisinerait 80%, un niveau de spoliation.

L’équilibre budgétaire ne suffit pas, il faut des excédents

Les candidats disent aussi qu’ils veulent réduire le déficit public. Mais chacun propose plus de dépenses que d’économies, souvent plus de démagogie, de la hausse des bas salaires aux exonérations supplémentaires de charges, de l’« achetez français » à la surtaxation des produits étrangers : que de lucidité ?

A part Bayrou peut-être, aucun ne préconise l’équilibre budgétaire pourtant nécessaire. Il est vrai qu’il ne dit pas que ce serait pour 2013. Pour cette même échéance, l’UMP, fixe pour objectif de ramener le déficit à 3% du PIB. Or, ce seuil (fixé pour la zone Euro) ne permettrait de réduire l’endettement, en pourcentage du PIB, que si la croissance elle-même était supérieure à 3%, ce qui risque fort de ne pas être le cas dans les prochaines années. En effet, tant que, en pourcentage du PIB, le déficit est supérieur à la croissance, la dette publique s’accroît mécaniquement et inexorablement. En valeur absolue il faut même que le budget soit à l’équilibre pour que la dette n’augmente pas et qu’il soit positif pour réduire la dette. Tous les ménages le savent pour eux-mêmes mais l’Etat feint de l’ignorer et invente des notions de déficit primaire ou structurel pour tromper son monde.

Les réformes structurelles pour accompagner l’allègement fiscal

Au-delà des chiffres, souvent controversés, le retour à l’équilibre et à la prospérité exige des réformes structurelles et sociales que d’autres pays ont engagées ou commencent à mettre en œuvre et dont la France ne semble malheureusement pas comprendre la nécessité.

L’Allemagne a réduit son déficit en 2011 à 1% du PIB (5,8% en France) et son chômage à 6,8% (9,7% en France) parce qu’elle a engagé depuis 10 ans des réformes tendant à la flexibilité et à la baisse du coût du travail (12,45% d’écart avec la France hors CSG), parce que les salariés allemands travaillent 1904 heures par an et les salariés français 1 679 heures, parce que les prélèvements obligatoires représentent plus de 4 points de moins en Allemagne, et qu’à proportion de la population française, les dépenses publiques de l’Allemagne sont inférieures de 165Mds €.

La Grande Bretagne espère elle-même sortir de la crise, malgré les difficultés conjoncturelles du moment, non seulement par une réduction drastique de ses dépenses publiques, mais grâce au projet de "Big Society" défendu par David Cameron en faveur de la responsabilisation des citoyens et d’une place accrue pour la société civile.

Rome vient d’adopter un plan courageux pour réduire ou supprimer les monopoles corporatifs des taxis, des notaires, des pharmaciens ou des avocats, pour instaurer la concurrence dans la distribution d’essence, l’énergie, la distribution de la presse, ou encore pour faciliter la création d’entreprisse.

L’Espagne de Rajoy veut amplifier les réformes déjà amorcées par son prédécesseur…

Retrouver liberté et responsabilité

La vérité est que la fiscalité n’est qu’un élément parmi d’autres dans l’économie d’un pays et l’évolution de la société. Un élément important certes, mais insuffisant à lui seul pour tout expliquer.

La fiscalité doit accompagner des réformes structurelles en même temps que celles-ci doivent favoriser alors la baisse des charges publiques et des prélèvements obligatoires. Il faut sortir du cercle vicieux de l’Etat providence qui drogue les gens à la subvention et les habitue à une vie soumise et misérable. Mais c’est aussi en supprimant les subventions et autres aides publiques à tous et en abaissant la fiscalité que chacun retrouvera la liberté et la responsabilité qui sont le moteur de la croissance réelle, et de tout cercle vertueux.

Maître Jean-Philippe Delsol est avocat fiscaliste. La version originale de cet article a été publiée sur le site de l'IERF (dont JP Delsol est administrateur) en date du 2 février 2012.