Tout pays membre de la zone euro serait éligible. Chaque pays participant contribuerait à un fonds européen d'indemnisation du chômage chaque année à hauteur, par exemple, de 1 % de son PIB. Ce fonds européen viendrait en complément et en substitution partielle des assurances-chômage nationales déjà existantes.

Parallèlement, un contrat européen de travail serait créé au sein de la zone euro. Il incorporerait les meilleures pratiques européennes (voir le modèle danois de flexisécurité) : plus de flexibilité, moins de contraintes de licenciement, moins de délais et moins d'incertitudes lors du licenciement. On pourrait même ajouter à ce contrat européen de la formation professionnelle, financée par une mutualisation (partielle) des fonds nationaux. Ce contrat, défini au niveau de la zone euro avec les syndicats et patronats européens, serait unique pour l'ensemble des travailleurs. On nous objectera qu'il n'y a pas de modèle parfait de contrat de travail. Certes, mais nous savons ce qui ne fonctionne pas : les marchés du travail rigides d'Europe du Sud, avec dualité entre travailleurs bien protégés (insiders) et travailleurs précaires sans protection (outsiders).

Dans chaque pays membre, lors d'une embauche, l'entreprise serait obligée de proposer 2 contrats de travail possibles. L'un serait national avec ses rigidités et spécificités, mais, en cas de licenciement, le salarié ne serait couvert que par l'assurance-chômage nationale (faible dans les pays du Sud). L'autre contrat serait l'européen.

Un tel mécanisme permettrait de résoudre deux problèmes majeurs : comment, politiquement, flexibiliser les marchés du travail d'Europe du Sud ? Comment opérer des transferts des pays riches vers les pays en récession (choc asymétrique en zone euro) ?

Tout d'abord, en Europe du Sud, surtout en cas de récession, il est très compliqué politiquement de flexibiliser les marchés du travail. On le voit aujourd'hui en Espagne, où les syndicats espagnols appellent à une grève générale contre la réforme du marché du travail le plus rigide d'Europe lancée par le gouvernement nouvellement élu. Idem en Italie. Notre proposition permettrait de surmonter ces obstacles politiques. Personne ne serait forcé d'accepter la flexibilité, mais elle serait indispensable pour accéder à une allocation chômage et à une formation professionnelle européenne. La décision de flexibilisation ou non serait décentralisée au niveau individuel.

Ensuite, un tel mécanisme permet l'instauration de transferts « mundelliens » entre pays en boom et ceux en récession en zone euro. Depuis les travaux de Robert Mundell et Peter Kenen dans les années 1960, nous savons qu'en cas de choc asymétrique négatif dans un pays d'une zone monétaire, ce choc doit être absorbé par des baisses des prix et des salaires dans ce pays, par des migrations du pays déprimé vers les autres, et par des transferts des pays en boom vers celui en récession. Or un choc asymétrique en union monétaire, c'est exactement ce qui se passe aujourd'hui avec la récession en Europe du Sud. Par ailleurs, nous voyons bien aujourd'hui que l'Allemagne et les pays du Nord refusent de financer à fonds perdus les pays d'Europe du Sud, et qu'ils demandent des réformes drastiques et crédibles en cas d'aide (ils ont raison).

Notre proposition répond à toutes ces contraintes : il s'agit bien de transferts « mundelliens » des pays en boom vers les pays en récession, et ce en faveur du secteur le plus déprimé : les chômeurs. Ce mécanisme est acceptable par les pays du Nord car il est conditionné à une très forte réforme des marchés du travail. Ensuite, ce mécanisme de transferts est plafonné à 1 % du PIB (ce n'est pas une union de transferts généralisée) et un pays riche comme l'Allemagne peut toujours menacer de se retirer du mécanisme si un pays du Sud refuse de jouer le jeu ou triche. Enfin, l'Allemagne et tous les pays ont intérêt à une réduction drastique du chômage en Espagne, qui touche pratiquement le quart des actifs.

Trait.jpg La version originale de ce texte de Jacques Delpla a été publiée sur Le Cercle Les Echos en date du 14 Mars 2012.