Pour une "allocation chômage européenne"
Par Jacques Delpla le vendredi 30 mars 2012, 15:30 - Article - Lien permanent
Comment faire accepter les réformes des marchés du travail dans les pays d'Europe du Sud en crise ? Et comment faire accepter aux pays du Nord des transferts importants vers l'Europe du Sud pour éviter l'éclatement de la zone euro ?
Je vais bientôt publier avec Pierre-Olivier Gourinchas, de l'université de Berkeley, une proposition pour une allocation chômage commune au sein de la zone euro. En voici l'essentiel.
Tout pays membre de la zone euro serait éligible. Chaque pays participant contribuerait à un fonds européen d'indemnisation du chômage chaque année à hauteur, par exemple, de 1 % de son PIB. Ce fonds européen viendrait en complément et en substitution partielle des assurances-chômage nationales déjà existantes.
Parallèlement, un contrat européen de travail serait créé au sein de la zone euro. Il incorporerait les meilleures pratiques européennes (voir le modèle danois de flexisécurité) : plus de flexibilité, moins de contraintes de licenciement, moins de délais et moins d'incertitudes lors du licenciement. On pourrait même ajouter à ce contrat européen de la formation professionnelle, financée par une mutualisation (partielle) des fonds nationaux. Ce contrat, défini au niveau de la zone euro avec les syndicats et patronats européens, serait unique pour l'ensemble des travailleurs. On nous objectera qu'il n'y a pas de modèle parfait de contrat de travail. Certes, mais nous savons ce qui ne fonctionne pas : les marchés du travail rigides d'Europe du Sud, avec dualité entre travailleurs bien protégés (insiders) et travailleurs précaires sans protection (outsiders).
Dans chaque pays membre, lors d'une embauche, l'entreprise serait obligée de proposer 2 contrats de travail possibles. L'un serait national avec ses rigidités et spécificités, mais, en cas de licenciement, le salarié ne serait couvert que par l'assurance-chômage nationale (faible dans les pays du Sud). L'autre contrat serait l'européen.
Un tel mécanisme permettrait de résoudre deux problèmes majeurs : comment, politiquement, flexibiliser les marchés du travail d'Europe du Sud ? Comment opérer des transferts des pays riches vers les pays en récession (choc asymétrique en zone euro) ?
Tout d'abord, en Europe du Sud, surtout en cas de récession, il est très compliqué politiquement de flexibiliser les marchés du travail. On le voit aujourd'hui en Espagne, où les syndicats espagnols appellent à une grève générale contre la réforme du marché du travail le plus rigide d'Europe lancée par le gouvernement nouvellement élu. Idem en Italie. Notre proposition permettrait de surmonter ces obstacles politiques. Personne ne serait forcé d'accepter la flexibilité, mais elle serait indispensable pour accéder à une allocation chômage et à une formation professionnelle européenne. La décision de flexibilisation ou non serait décentralisée au niveau individuel.
Ensuite, un tel mécanisme permet l'instauration de transferts « mundelliens » entre pays en boom et ceux en récession en zone euro. Depuis les travaux de Robert Mundell et Peter Kenen dans les années 1960, nous savons qu'en cas de choc asymétrique négatif dans un pays d'une zone monétaire, ce choc doit être absorbé par des baisses des prix et des salaires dans ce pays, par des migrations du pays déprimé vers les autres, et par des transferts des pays en boom vers celui en récession. Or un choc asymétrique en union monétaire, c'est exactement ce qui se passe aujourd'hui avec la récession en Europe du Sud. Par ailleurs, nous voyons bien aujourd'hui que l'Allemagne et les pays du Nord refusent de financer à fonds perdus les pays d'Europe du Sud, et qu'ils demandent des réformes drastiques et crédibles en cas d'aide (ils ont raison).
Notre proposition répond à toutes ces contraintes : il s'agit bien de transferts « mundelliens » des pays en boom vers les pays en récession, et ce en faveur du secteur le plus déprimé : les chômeurs. Ce mécanisme est acceptable par les pays du Nord car il est conditionné à une très forte réforme des marchés du travail. Ensuite, ce mécanisme de transferts est plafonné à 1 % du PIB (ce n'est pas une union de transferts généralisée) et un pays riche comme l'Allemagne peut toujours menacer de se retirer du mécanisme si un pays du Sud refuse de jouer le jeu ou triche. Enfin, l'Allemagne et tous les pays ont intérêt à une réduction drastique du chômage en Espagne, qui touche pratiquement le quart des actifs.
La version originale de ce texte de Jacques Delpla a été publiée sur Le Cercle Les Echos en date du 14 Mars 2012.
Commentaires
Ce texte est insensé.
A lire "Depuis les travaux de Robert Mundell et Peter Kenen dans les années 1960", je doute que l'auteur ait lu une ligne d'un texte de Robert Mundell.
Quant à "On nous objectera qu'il n'y a pas de modèle parfait de contrat de travail", je ne ferai aucune remarque de ce genre.
Je regretterai seulement que l'auteur démontre une ignorance absolue sur ce qu'est l'instrument juridique dénommé "contrat" et non passé au tamis des mathématiciens de l'Ecole de Bourbaki incultes en droit et qu'il tende à la répandre.
Heureusement, il n'y a pas à choisir entre ces deux maux.
Voilà une proposition nouvelle qui aurait le mérite de nous faire accepter l'Europe sous un angle positif. Attention toutefois à ceux qui négocieront l'assurance chomage européenne ( syndicats , gouvernements ?) . Peut etre serait il interressant de suggérer un système privé ,si c'est possible, fonctionnant comme une complémentaire.
Je ne comprends pas le commentaire de G.L. qui me semble déplaçé.
@ GL
Votre jugement sur ce texte a au moins le mérite de la clarté si je me réfère à la première phrase.
J'avoue être assez séduit par certains aspects du contenu du texte en question et être intrigué par la volée de bois vert que vous lui réservez.
N'ayant lu ni Mundel ni Kenen, pouvez-vous élaborer quelque peu sur les raisons qui vous font tenir la teneur de ce texte en si piètre estime.
Merci beaucoup.
Au début de la décennie 1960, le pb de Fleming et Mundell, puis de Mundell seul, est celui de l'inflation, de la balance des paiements et de la politique monétaire, en taux de change fixes ou en taux de change variables.
Ce n'est pas le problème du chômage, ni a fortiori celui de la fausse alternative inflation-chômage (Phillips, 1958) à quoi M. Friedman fait un sort à la fin de la décennie .
Mundell se situe toujours en situation de "plein emploi" (notion keynésienne) - de "non chômage" ... ou de "chômage naturel" - car il suppose qu'il y a flexibilité des prix en monnaie.
Il n'a que faire du "marché du travail" :
- qui n'existe pas selon Keynes (cf. la Théorie générale)
- que les macroéconomistes néo keynésiens s'efforcent d'introduire via la courbe de Phillips dans le moins mauvais des cas.
Son cadre théorique est le modèle économique de Metzler du début de la décennie 1950.
Forme fondamentale du "marché du travail", le contrat de travail convenu entre deux parties libres, personnes juridiques propriétaires et responsables.
Que le contrat de travail soit français, européen, "machin", il n'est qu'une réglementation arbitraire et aveugle et est donc dénaturé.
Il n'est pas le contrat synallagmatique, loi des parties, qui contribue à diminuer l'incertitude de chacune, incertitude sur quoi personne ne saurait agir, fût-elle technocrate ou homme de l'état, sauf la partie en question.
Il est l'os que les technocrates ou hommes de l'état potentiels se font forts de faire croquer à l'une des parties pour en tirer un gain entre deux élections, voire pouvoir être élus à la prochaine...
Cordialement
apres votre article en octobre sur la dette bleue jaune verte rouge et multicolore, vous vous attaquez au chomage et a son indemnisation.
encore une fois, vos solutions ne tiennent pas compte de la realite, ni de l economie. quel est franchement l interet de l allemagne de subventionner les chomeurs espagnoles par exemple? pour vendre leur produit, les salaries et les entreprises allemandes cotisent au chomage europeen, pour donner de l argent aux espagnols qui acheteront des produits allemands.
en quoi, une assurance chomage europeenne va t elle regler les problemes de competitivite de l espagne?
quand au contrat de travail unique europeen : relisez bastiat je pense que cela vous sera tres profitable.