Pour une règle budgétaire constitutionnelle en France
Par Jacques Delpla le mardi 10 mai 2011, 16:25 - Article - Lien permanent
Auditionné devant la Commission des lois de l'Assemblée nationale, Jacques Delpla développe son projet de règle budgétaire constitutionnelle.
Q. : Vous prônez depuis plusieurs années l’inscription de règles budgétaires dans la Constitution. En quoi un encadrement juridique à un tel niveau vous paraît-il indispensable ?
R. Revenons à « Ulysse et les Sirènes » (Odyssée, Chant XII) : il faut s’engager de manière crédible par la règle budgétaire ex ante à renoncer à la tentation de la facilité (beaucoup de déficits avec des taux d’intérêt bas) ; signer ex ante un engagement que l’on ne pourra pas déchirer plus tard, car nous savons que nous ne saurons pas résister à la tentation de l’endettement.
Faible crédibilité de la France. Depuis 1998, la France a tous les ans publié des programmes de stabilité prévoyant un quasi retour à l’équilibre budgétaire à horizon de 4 ans : jamais ce ne fut respecté. Cette violation répétée de nos engagements passait encore quand notre dette était autour de 60% du PIB ; plus aujourd’hui.
La France, au sortir de la crise, avec une dette publique entre 85% et 90% de son PIB, avec une crédibilité budgétaire historique faible, au regard de l’ampleur des déficits actuels et de l’ampleur de la réduction des déficits à effectuer (6 points de PIB, soit 120 Md€), est devant un choix crucial :
- soit elle s’engage DE MANIÈRE CREDIBLE à réduire ses déficits aujourd’hui et à moyen terme (en conformité de ses engagements européens) ; elle pourra alors bénéficier de taux d’intérêt faibles (très proches de l’Allemagne) non seulement pour ses finances publiques, mais aussi pour ses entreprises, ce qui rendra l’ajustement budgétaire peu coûteux financièrement et politiquement. Elle pourra alors rester le partenaire privilégié de l’Allemagne et demeurer une puissance européenne de premier plan. Une règle budgétaire le permet.
- Soit elle refuse de s’engager de manière crédible,sans règle budgétaire, alors ses créanciers se méfieront et les spreads de taux d’intérêts augmenteront, ce qui rendra l’ajustement plus coûteux. La France violera alors ses engagements européens et deviendra un pays de deuxième division, comme l’Italie aujourd’hui, et –à terme et sans inflexion de la politique budgétaire- comme la Grèce.
La France, la Règle Budgétaire et la prochaine législature
Quelle que soit la couleur du Gouvernement en 2012- 2017, il devra réduire les déficits, d’environ 1 point de PIB par an hors cycle (à cause de notre niveau de dette, de nos engagements européens, des agences de notation). Faire cet ajustement nécessaire avec une règle budgétaire crédible, c’est faire l’ajustement budgétaire progressivement avec des spreads de taux faibles. Sans règle budgétaire, l’ajustement se fera avec la défiance des investisseurs, avec des taux élevés et plus vite. La position du PS (« nous ferons mieux que Sarkozy ») ne convaincra pas les investisseurs, qui savent bien que tous les partis politiques français ont un biais déficitaire. C’est pourquoi le PS a intérêt à voter cette réforme constitutionnelle s’il pense revenir au pouvoir en 2012.
UNE REGLE METAPOLITIQUE
Une règle budgétaire constitutionnelle est bipartisane(ou métapolitique) : elle est compatible avec des politiques de la droite, du centre et de la gauche, au sens qu’une règle budgétaire contraignante n’empêche absolument pas les choix budgétaires des majorités. Mais, « si vous voulez des dépenses publiques élevées (Gauche), il faut voter des impôts élevés correspondant ». « Si vous voulez des impôts modérés (Droite), vous devez assumer des dépenses publiques à des niveaux modérés ». « Mais un monde avec des dépenses de gauche et des impôts de Droite, cela ne fonctionne pas et nous emmène dans le mur ». Une règle budgétaire n’impose aucun niveau de dépenses publiques ou d’impôts, elle interdit des dépenses « de gauche » avec des impôts « de droite ». Elle impose juste une contrainte forte sur les déficits. Je remarque que la règle budgétaire constitutionnelle Allemande de 2009 a été portée, poussée d’abord par le SPD (Peer Steinbrück, Ministre des Finances) et votée par le SPD, la CDU-CSU, les Verts et le FDP (qui fut le plus réticent).
Q. En quoi les futures lois-cadres d’équilibre des finances publiques (LCEFP) seraient-elles plus efficaces que les actuelles lois de programmation des finances publiques ?
R.Les actuelles lois de programmation des finances publiques n’ont pas la crédibilité suffisante (elles ont été violées systématiquement).
La réforme constitutionnelle de 2008, l’article 34 de notre Constitution ne permet pas au Conseil Constitutionnel (CC) de censurer une LF qui divergerait de l’ "équilibre " ou qui ne respecterait par nos engagements européens. Les futures LCEFP donneront CLAIREMENT mandat au CC de veiller à la constitutionnalité des LF par rapport au LCEFP.
Q. Quelle devrait être la période couverte par les lois-cadres ?
R. 3 ans est trop peu. Il y a risque d’engagements roulants où l’objectif serait toujours repoussé. La période doit être de 5 ans, durée de législature. Je suggère un amendement au projet de loi constitutionnel : une seule loi-cadre d’équilibre des finances publiques par législature, avec un horizon de 5 ans, sauf circonstances exceptionnelles (récession, catastrophe, guerre).
Q. Le projet prévoit un contrôle obligatoire du Conseil constitutionnel sur les lois-cadres, notamment pour vérifier qu’elles s’inscrivent bien dans l’objectif d’équilibre des finances publiques. Pensez-vous que le Conseil constitutionnel ait les moyens d’un tel contrôle__ ?
R. Le CC peut le faire aux conditions suivantes :
• En regardant le consensus, les prévisions officielles non gouvernementales (Commission UE, OCDE, FMI, BCE), les prévisions privées sérieuses.
• En disant qu’il regardera avec attention les conclusions et recommandations de la Cour des Comptes.
• Par l’instauration d’un Comité Budgétaire Indépendant consultatif.
• Avec une toute petite équipe en son administration (2 à 3 personnes) qui fera la synthèse de toutes ces évaluations pour les sages du CC.
Ma deuxième proposition d’amendement au projet de loi Constitutionnel : créer un Comité Budgétaire Indépendant, nommé par le Parlement.
C’est un moyen peu cher et efficace de gagner de la crédibilité budgétaire.
Q. Que pensez-vous de l’instauration d’un monopole des lois de finances et des lois de financement de la sécurité sociale en matière de prélèvements obligatoires ?__
R. Essentiel pour éviter les fuites et les contournements. Sans cela, ce projet de loi constitutionnel perdra beaucoup de sa crédibilité.
Éviter une trop petite dette publique (à très long terme). Je suggère un amendement qui vise à suspendre l’obligation de convergence vers l’équilibre budgétaire quand la dette publique est inférieure à 40% du PIB, car il faut toujours un niveau suffisant de dette souveraine pour offrir un véhicule d’épargne sans risque.
Amendement proposé. Dans l’article 34 de la Constitution, il serait dit :
« Les lois-cadres d’équilibre des finances publiques déterminent les normes d’évolution et les orientations pluriannuelles des finances publiques, en vue d’assurer l’équilibre des comptes des administrations publiques, tant que :
- (1ère option) la dette publique est supérieure à 40% du PIB
- (2ème option) la dette publique n’est pas très significativement inférieure au seuil du Traité UE (i.e. le seuil de 60% du PIB) »
Explication : La règle d’équilibre budgétaire ne doit pas conduire à une dette nulle à très long terme. Il n’y a pas de raison de se désendetter à zéro.
Quel est le bon niveau de dette optimal ? Il n’y a pas de réponse in abstracto. Cela dépend du taux de croissance futur, de la dette hors bilan, de la capacité à lever l’impôt, de la sensibilité de l’économie aux chocs…
Mais nous avons voté le Traité de Maastricht qui stipule une dette publique de 60% de PIB maximum. Quel est le bon niveau ? 20%, 30%, 40%, 50% ? 40% du PIB semble un niveau prudent – c’était le niveau de dette publique, avant la crise actuelle, en Espagne (40%), Finlande et Suède (40%), au Royaume-Uni (43%).

Jacques Delpla est économiste, ancien membre de la Commission Camdessus sur la règle budgétaire. Ce résumé de l'audition de Jacques Delpla par la Commission des lois de l'Assemblée nationale, le 7 avril 2011, a été initialement publié sur le site de La Revue Parlementaire.
Commentaires
Toujours l'artifice comptable consistant à exprimer le taux d'endettement et de déficit selon le pib. C'est un non sens intégral mais qui continue de constituer la norme.
Ce qui signifie clairement que la richesse créée par l'ensemble des individus (dénifit de manière très imprécise par cet indicateur) appartient aux hommes de l'état et qu'ils peuvent en disposer selon leur convenance.
Tant que les déficits et la dette ne seront pas exprimés par rapport aux ressources c'est à dire la spoliation légale, nous ne sommes pas prêt de sortir de l'auberge.
Très étonnant aussi le bon taux d'endettement autour de 40 %. Comme si les épargnants ne voulant prendre qu'un minimum de risque ne pouvaient s'en remettre qu'aux obligations d'état. Encore une absurdité économique qui persiste seulement grâce à des règlementations arbitraires, jusqu'au jour ou un état fera défaut sur sa dette. On verra à ce moment si les dettes des états seront toujours qualifiées de souveraines.
Enfin, et comme toujours, en cas de malheur, les exceptions à la règle si récession etc.. Ce qui nous promet de beaux plans de relance en perspective avec le succès qu'on leur connait.
Jacques Delpla libéral ? Oui sans doute selon la définition nord américaine.
@J Delpla:
"Éviter une trop petite dette publique (à très long terme). Je suggère un amendement qui vise à suspendre l’obligation de convergence vers l’équilibre budgétaire quand la dette publique est inférieure à 40% du PIB, car il faut toujours un niveau suffisant de dette souveraine pour offrir un véhicule d’épargne sans risque."
Désolé, mais là encore, désaccord total. (et en phase avec le commentaire de "pago")
La dette publique idéale, selon moi, est de zéro. Certes, elle n'est pas pour demain, mais dans l'absolu, c'est un idéal à rechercher. Cela veut dire que l'épargne ne doit s'investir que dans des projets privés et comparer des caractéristiques de rendement/liquidité/risque différents pour choisir, sans être distordu par l'appel au contribuable pour financer sa rente. Plus de comparaison avec le soi disant "risque zéro" de l'état: l'investisseur, sans ce repère traditionnel, doit faire un vrai travail d'analyse pour déterminer son bon niveau de rémunération du risque.
Cela voudrait aussi dire (voeu pieux) que les échanges monétaires internationaux ne seraient pas distordus par les choix politiques étatiques, et que les valeurs monétaires seraient fonction de la seule compétitivité des entreprises sises dans le pays concerné.
Enfin, mais je ne développerai pas maintenant, j'en suis venu à considérer que toute dette publique était immorale, puisque l'épargnant investit sur la capacité de l'état à pratiquer la coercition fiscale. Or, la crise actuelle nous démontre que la prétendue efficacité économique à court terme d'une politique ne doit JAMAIS primer sur son honnêteté et ses aspects éthiques.
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Contrairement aux remarques précédentes, un peu trop utopiques à mon goût - tous les libéraux rêvent d'une dette publique zéro, le problème étant d'y arriver réellement, et pas qu'en rêve - j'estime qu'il s'agit d'une excellente proposition dont l’essentiel a plus ou moins été repris par le projet de loi constitutionnelle relatif à l’équilibre des finances publiques en discussion actuellement au parlement.
http://www.assemblee-nationale.fr/1...
Tel qu’il a été rédigé le projet va dans le bon sens, mais évidemment pourrait être beaucoup plus offensif.
Vu les discussions parlementaires, deux craintes :
1.- que le projet de réforme constitutionnelle ne soit pas suivi dans les faits, eu égard aux sondages d'opinion et au calendrier électoral ;
2.- que la loi organique, censée détailler le régime juridique des lois-cadres d’équilibre des finances publiques (nouveauté créée par ce projet donc), ne leur confère aucune valeur juridique contraignante.
Car enfin, que se passera-t-il si les engagements ne sont pas respectés ? La crédibilité de la France en pâtira encore plus qu'avant (puisqu'aujourd'hui aucune disposition comptable n'existe au niveau constitutionnel).
Ce qu’il faudrait, en complément de ce qui est dit ci-dessus, c’est que le Conseil constitutionnel contrôle le respect de ces lois lors de son examen des lois de finances annuelles. Ca impliquerait la création d’un véritable audit des finances publiques, ainsi surtout qu'une refonte de la LOLF.
Bref, peu de chances de voir la situation s’améliorer dans un avenir proche.
On attend en effet toujours l’équivalent français de l’article 100 de la Grundgesetz allemande, ou de l’article 310 (ex art 268 CE) du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne – autrement dit l’obligation, écrite noir sur blanc, d’un budget équilibré en recettes et dépenses.
@ Vincent : j’approuve ce que vous dites mais, quand même, par acquis de conscience : un cas d’école. Il était une fois un Etat libéral, à la fiscalité réduite et aux compétences purement régaliennes (police, défense, justice, contrôle en matière d’hygiène, d’origine des produits et d’urbanisme). Survient une guerre, une épidémie ou, simplement, un viol, en précisant que le violeur ait le mauvais goût de s’enfuir, ce qui entraînera des coûts (de recherche du criminel en fuite). L’Etat devra-t-il s’abstenir d’agir, au nom de votre refus de toute dépense non budgetée selon les formes ??? je rappelle que, selon vos propres termes, le déficit public est « immoral ».
Il faut savoir se défier des formules générales, et d’un recours systématique à la morale.
Mieux vaut une certaine souplesse sur le plan de l’exécution, et un encadrement normatif sanctionnant les dérapages dépassant une limite qui, quoique arbitraire, laisse une certaine marge de manœuvre aux pouvoirs publics.
Cela semble plus crédible et réaliste.
Je partage la vue de Vincent en termes d'objectif et de justification de la dette à 0. J'ajouterais que l'on ne devrait pas contracter des dettes dont on n'est pas personnellement responsable, et un politicien n'est jamais responsable des dettes qu’ils nous font contracter.
Les gouvernements ont un fort biais pro-dépenses, par exemple, pour acheter des voix en vue d'une élection avec des dettes qui seront en cas d'échec, gérées par leurs successeurs.
Je ne crois pas à la pérennité d'une règle hyper stricte ou percée d'exceptions. Je crois à une règle qui permet à la minorité d'emmerder la majorité.
là bonne règle est la MAJORITÉ QUALIFIÉE:
- pour toute loi de finance déficitaire.
- pour tout emprunt ultérieur non prévu à la LF.
Le gouvernement devra faire un effort de provisions pour risque dans les prévisions de recettes.
L'opposition du moment sera responsabilisée sur les dépenses dont elle pourra hériter.
Un gouvernement qui veut être libre de son budget devra l'équilibrer.
Quelle croissance pour l'estimation des recettes ? : 0%, c'est arbitraire, mais on s'en fiche, rien n'empêche les députés de se faire une idée de ce qu’elle sera vraiment, pour déterminer leurs votes.
Quel seuil de majorité qualifié ? : commençons à 3/5, 2/3 plus tard.
Et si le budget tarde à être voté ? : La réponse est évidente...
Le déficit peut difficilement être qualifié au regard de la morale. Il existe seulement si des créanciers acceptent de le financer. En revanche la dette est inaceptable parce qu'elle témoigne d'une mauvaise gestion continuelle des ressources vis à vis des dépenses.
@Philippe Jaunet
Pour ce qui concerne le viol, les services de l'état pourrait se servir judicieusement des statisitiques des années précédentes pour établir un budget prévisionnel concernant ce "poste". En cas d'épidémie je crains que des milliers voir des millions de victimes ne soient à déplorer avant que "l'état" n'ai pris un semblant de mesure efficace. Roselyne Bachelot nous a donné un apperçu de la compétence des dirigeants à propos des risques épidémologiques, sur les bons conseils de l'oms. Ensuite, la guerre que je considère comme l'échappatoire des hommes de l'état des sociales démocraties. Lorsqu'ils ont lamentablement échoués dans tous les domaines ou ils sont intervenus, ils retournent sur leur terrain de "jeu" favori ; c'est à dire prétendre résoudre des conflits en massacrant avant tout un nombre incalculable d'innocentes victimes avec en bonus spécial un accroissement dramatique des finances publiques.
Enfin, ce qui pourrait sembler crédible et réaliste serait de demander l'avis au bon peuple par référendum pour toutes dérives des comptes publics au lieu de voter des lois de finances rectificatives en catimini.
@Philippe Jaunet
Pour conserver une certaine souplesse dans la gestion de l'Etat, sans jamais avoir recours à une dette structurelle, les élus disposent de deux moyens très simples : l'excédent en N-1 et l'équilibre budgétaire à N+1.
Dans le premier cas, un déséquilibre ponctuel des comptes publics est financé par les provisions de précaution réalisées l'année précédente. Dans le deuxième, l'équilibre est atteint par une hausse temporaire des impôts l'année suivante pour rembourser l'endettement de CT qui aura été nécessaire.
La combinaison de ces deux outils permet de faire face à toutes les situations habituelles. Quant aux quelques cas de crises profondes (guerres, épidémies), nul ne pouvant prévoir leurs conséquences réelles, il est inutile de les anticiper en dehors des plans de préventions raisonnables de la sécurité civile ou de l'entretien d'une force militaire limitée mais à la pointe de la technique.
Depuis 40 ans, mis à part la crise actuelle et les chocs pétroliers ponctuels, aucune guerre ou épidémie n'a jamais permis de justifier la hausse vertigineuse des dépenses et de l'endettement publics.
Pourquoi encore une règle ? Pour donner des motifs à ceux chargés de l'appliquer d'expliquer en long, en large, en travers, pourquoi ils ne l'auront pas appliquée, pourquoi ils ne devaient pas l'appliquer ?
La plaisanterie du paquet cadeau de "règles" qu'était le "pacte de stabilité et de croissance" convenu dans la décennie 1990 devrait avoir mis un terme définitif à la gestion de la règle "prendre les gens pour des imbéciles" dans le cadre des pays de la zone euro.
Tout cela pour ne pas parler de la plaisanterie purement française de la "loi T.E.P.A." et autre "bouclier fiscal".
@ bubulle :
Merci de votre commentaire à… mon commentaire. Vous avez dit : « Pour conserver une certaine souplesse dans la gestion de l'Etat, sans jamais avoir recours à une dette structurelle, les élus disposent de deux moyens très simples : l'excédent en N-1 et l'équilibre budgétaire à N+1. »
Naturellement, ce système existe, ca s’appelle un report de crédits. Toute personne non dénuée de bon sens et ayant un peu touché à la comptabilité, fusse-t-elle régie par des règles de droit public, le sait déjà.
Seulement, ce que vous semblez négliger, c’est le fait que les élus ne connaissent absolument rien des coûts de l’action publique.
@ pago4 :
Je me permets de vous répondre à tous deux en mme tps, du fait de la proximité de vos affirmations ; vous avez écrit : « pour ce qui concerne le viol, les services de l'état pourrait se servir judicieusement des statisitiques des années précédentes pour établir un budget prévisionnel concernant ce "poste". »
Vous raisonnez comme si la comptabilité de l’Etat était une opération facile à faire, et répondant aux mêmes difficultés que la comptabilité privée ; sur ce point, c’est une erreur. En effet, s’il est aisé d’évaluer des coûts répétitifs, comme les dépenses de fonctionnement (personnel, frais courants…) ou directement évaluable en argent, tout le reste est difficile à prévisionner.
[PS. pour info, le minefi se sert déjà des statistiques des années précédentes, ca s’appelle les rapports annuels de performance, reconnaissables entre tous à leur couleur rouge].
Prenons le cas du viol. Croyez vous vraiment que tous les viols se résolvent de la même manière ? Ou que toutes les filles qui se font violer vont à la police le déclarer ? Que toutes les plaintes sont prises en compte par la police, puis par la préfecture, par les agents du ministère de l’intérieur, puis par le ministre de l’intérieur lui-même ? Tout le monde a intérêt à diminuer des postes – pour faire croire à une prétendue « performance » et une diminution corrollaire de la délinquance – tandis que d’autres postes seront évidemment majorés, comme c’est le cas dans la santé – histoire de montrer au bon peuple que le pouvoir politique se préoccupe de lui.
Car, quel que soit l’hypothèse, c’est l’administration qui prépare le budget, en amont.
Avec les abus et le manque de transparence que l’on sait. Ce qui fait que les politiques valident les dépenses, sans les comprendre. D’où les hausses de dépenses publiques, le mammouth ayant tendance à gonfler ses coûts pour ne pas se réformer.
@ bubulle :
Vous avez également écrit : « Depuis 40 ans, mis à part la crise actuelle et les chocs pétroliers ponctuels, aucune guerre ou épidémie n'a jamais permis de justifier la hausse vertigineuse des dépenses et de l'endettement publics. »
Je n’ai jamais dit que la hausse des dépenses publiques était justifiée, bien au contraire.
Ce que je dis, et répète, est qu’une solution absolue est stupide. Pago4 le concède, lorsqu’il distingue le déficit de la dette, ou vous-même, lorsque vous parlez de crise profonde.
En règle générale, le déficit public devrait être interdit ; mais comme pour toute règle générale, il faut des exceptions.
@ Georges Lane :
Je comprends votre refus des réglementations redondantes et inutiles, contre-productives et sources d’effets pervers.
En revanche, je ne comprends pas votre refus du droit. Sans droit, pas de relations interindividuelles donc, pas de vie en communauté possible, pas d’échange, pas de marché. Et, sauf à supprimer l’Etat, il est nécessaire de l’encadrer en posant des règles.
La société a fonctionné ainsi pendant des siècles, en passant d’une société gouvernée par les hommes à une société régie par le droit.
« Pourquoi une règle » dites-vous ?
Vous me permettrez, je suppose, d’en appeler à la mémoire de ce grand homme que fut Jacques Rueff, pour qui : « Le problème de l’équilibre des finances publiques a hanté toute ma carrière (...). Mon expérience quotidienne a mis presque constamment sous mes yeux les dommages, souvent irréparables, qu’infligeait à la nation le désordre de ses finances publiques. J’ai été profondément marqué par la conviction que l’inflation ne créait pas les ressources qu’elle attribuait, mais les prélevait, par l’intermédiaire de la hausse des prix, sur les titulaires de revenus fixes et sur tous ceux dont la rémunération et ne suivait qu’avec retard l’augmentation des prix. »
Encadrer le déficit public est nécessaire.
A cela, 3 solutions s’offrent à vous :
1° Vous ne faites rien, soit parce que vous pensez qu’il est très bien que l’Etat dépense plus qu’il ne gagne (socialistes et interventionnistes de droit) soit parce que pour vous, l’Etat devrait être supprimé (anarchistes de gauche et ultralibéraux, penseurs de chambre pour la plupart)
2° Vous parlez beaucoup, vous vous réunissez avec vos homologues étrangers et, après trois confères, vous adoptez un texte sans valeur juridique contraignante (cas typique des résolutions de l’ONU ou du pacte de stabilité et de croissance que vous citez à juste titre)
3° Vous adoptez une règle juridiquement contraignante, que les citoyens peuvent actionner et demander aux tribunaux d’assurer le respect (cas des libéraux « actifs » comme le fut Rueff en son temps).
Toute la question est donc, - je vous renvoie à mon commentaire précédent – de savoir ce que dira la loi organique sur la question.
Après avoir dîné, je constate quelques coquilles dans ce que j'ai écrit précédemment...
Notamment, c'est "interventionnistes de droite" et non "de droit" qu'il fallait lire.
Pour tous ceux qui seraient tentés de penser que la réforme proposée par M. Delpla (notamment son idée de "blue bond", coécrite avec M. Jakob von Weizsäcker) serait illusoire, je rappelle - cela me semblait évident, mais mérite peut être d'être rappelé - qu'il ne s'agit pas d'une enième formule incantatoire, mais d'une proposition normative.
A ce sujet, je conseille à tous de s'intéresser un peu plus au système allemand, que d'aucuns décrient - à gauche naturellement, hélàs également parmi les libéraux - et notamment, sur la réforme constitutionnelle relative aux déficits publics (Schuldenregel). Il y a, me semble-t-il, quelque chose à en tirer, certes perfectible mais éminemment plus concret que le modèle américain dont certains aiment à vanter les mérites. Rappel : En 1990, le Gramm-Rudman-Hollings act devait ramener l’équilibre budgétaire; les parlementaires US ont tout fait pour faire capoter le projet. Alors qu'il s'agissait d'une simple loi, pas d'une réforme constitutionnelle comme c'est le cas outre Rhin...
@Philippe Jaunet
Les ultra libéraux sont peut être de doux rêveurs, mais en tous les cas, ils ne se méprennent pas sur la capacité des hommes de l'état à respecter leurs engagements, législatifs ou constitutionnels. Georges Lane nous a rappelé l'épisode mémorable du pacte de stabilité et de croissance adopté en 1997, assoupli en 2005 pour répondre aux impératifs que vous défendiez plus haut à propos des marges de manoeuvre.
Arrive la grande dérive des déficits et de l'endettement avec les mesures économiques dites de "relance" et ils faut désormais revenir à la réalité parce que les mauvaises recettes de Keynes (depuis le temps tout de même) n'ont pas permis aux états de se refaire une santé financière, bien au contraire.
Il faudrait surtout nous expliquer pourquoi les hommes politiques français qui ont allègrement bafoués les traités européens, vont-ils comme par enchantement respecter la constitution nationale si toutefois celle ci venait à être modifiée.
@ pago4 : je constate que vous êtes encore plus matinal que moi, mais lisez un peu trop vite les commentaires postés. Vous dites : « Il faudrait surtout nous expliquer pourquoi les hommes politiques français qui ont allègrement bafoués les traités européens, vont-ils comme par enchantement respecter la constitution nationale si toutefois celle ci venait à être modifiée. »
Il n'y a pas d'enchantement, et j'ai déjà donné la réponse : tout dépend si la règle revêt une valeur juridique contraignante, ou pas.
Vous dites également : « Les ultra libéraux sont peut être de doux rêveurs, mais en tous les cas, ils ne se méprennent pas sur la capacité des hommes de l'état à respecter leurs engagements, législatifs ou constitutionnels. »
Je n’ai jamais dit le contraire, croyez le bien ; et je pense également que les politiciens – tout comme, du reste, les personnes privées… – ne respectent pas les engagements qu’ils prennent. D’où la nécessité du droit, et d’un juge qui sanctionnera son non-respect (cf. post à GL).
Mais d’où, aussi, la nécessité de clairement distinguer entre un texte sans valeur juridique, que les hommes de l’Etat adoptent pour mieux le violer ensuite (ex : les résolutions de l’ONU) et de l’autre, des accords juridiquement contraignants, dont un juge assure le respect (ex : le droit européen, qui a son propre juge : la Cour de justice de l’UE).
Concernant les traités sur l’UE, vous m’excuserez de vous rappeler qu’il existe des règles qui n’ont aucune valeur juridique (c’est le cas du pacte de stabilité et de croissance, qui n’est pas un traité mais un simple… pacte comme son nom l’indique) et d’autres qui, incorporées aux traités, ont une valeur juridique (par exemple : les règles relatives à la libre circulation des marchandises et des capitaux).
Ce type de règles n’est pas purement virtuel ; pour votre gouverne il existe une procédure qui s’appelle le manquement d’Etat, et qui aboutit à la condamnation de l’Etat qui ne respecterait pas ses obligations européennes. Accessoirement, c’est grâce à ces mécanismes qu’un certain nombre de pratiques typiquement étatistes (contrôle des changes, quotas, contingentements, réglementation industrielle, absence de mise en concurrence dans les secteurs publics…) ont disparu.
Idem au niveau constitutionnel. La responsabilité de l'Etat pour cause d'illégalité d'une de ses décisions, ca ne vous dit rien?
Même si on l'oublie généralement, il y a des juges qui font leur boulot, et servent de rempart pour nos libertés (de manière plus efficace que les ultra-libéraux qui, tout à leur hargne de l’Etat, en viennent à négliger les moyens de le limiter). Ce qui ne veut pas dire que le système actuel est suffisant ; mais je pense qu’il vaut mieux l’enrichir que s’en désintéresser ou l’amoindrir.
Bref, je crois avoir répondu à vos interrogations.
Maintenant, permettez-moi de vous demander pourquoi vous citez Keynes ? Personne, il me semble, n’a parlé de ce pseudo économiste ici. Insinueriez-vous que je… suis keynésien, ou partisans de ces plans de relance utopiques ?
@Philippe Jaunet
La situation actuelle des finances publiques exige une toute autre approche que celle qui est en train de se dessiner.
J'admets que la cjue permet dans une certaine mesure de restreindre la capacité de nuisance des hommes de l'état nationaux.
Je parlais de keynes parce que presque tous les pays occidentaux ont adopté des plans de relance plus ou moins importants. Nous savons très bien depuis de longues années les effets dramatiques de ces mesures sur les finances publiques et la prétendue reprise économiques. Si la règle dont vous faites mention doit avoir un caractère contraignant, il serait souhaitable qu'elles réduisent les pouvoirs des hommes de l'état afin d'éviter de devoir traiter de conséquences catastrophiques suite à des décisions irresponsables.
Rueff aimait à écrire :
"Soyez libéral, soyez dirigiste, mais ne soyez pas menteur".
Les équipes ayant dirigé l'Etat de la France depuis maintenant plusieurs décennies sont des "bandes de menteurs" : il n'y a pas d'autre expression pour les désigner.
Faites moi grâce de ne ne pas m'obliger à faire la liste, j'ai autre chose à faire qu'à établir tous les antécédents à la fameuse révélation des "avions renifleurs" - "affaire de l'observatoire" comprise - et toutes les péripéties qui peuvent nous mener, à partir de là, au dernier livre d'un ex- président du conseil constitutionnel dont le cynisme est un summum du genre, le chemin étant jonché de "suicides" ou de "morts brutales".
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toujours le rêve magique du papier !!!
on fait une loi, on écrit dans la constitution, et hop ! tout est résolu !!!
Pourtant la loi de la démocratie est écrite: on respecte le choix des peuples. Et ce qui se passe dans les faits : le contraire, voir constitution européenne
Alors c'est pas un problème d'écrire quoi que ce soit dans la constitution, le problème est que nous sommes dirigés par la plus grande mafia qui n'ai jamais pris possession du pouvoir !!!!
Pour eux, le papier et ce qui est écrit dessus, importe peu.
@Philippe Jaunet
Vous évoquez les reports de crédits qui facilitent la gestion de la contrainte d'annualité. Il s'agissait au contraire de préconiser l'interdiction du recours au crédit, ce dernier étant limité à la gestion courante des écarts de faible intensité et uniquement dans la mesure où la provision de précaution ne suffirait pas. L'intérêt de cette construction est de faire subir aux français le poids financier réel de l'action du gouvernement. Les électeurs étant ainsi responsabilisés, ils se prononceraient en connaissance de cause à chaque élection.
@ Bubulle : tout à fait d’accord avec vous, seulement en finances publiques un « crédit », c’est – ne me demandez pas pourquoi – le nom qu’on donne à une somme en particulier allouée à un poste en particulier, et pas un « crédit » au sens où vous et moi l’entendons habituellement quand on va à la banque par exemple.
@ pago4 : je vous remercie de vos commentaires.
Si vous vous intéressez à la question des finances publiques vues d’un point de vue libéral, je ne saurais trop vous conseiller la lecture des œuvres de Leroy-Beaulieu et de Say (Léon, pas Jean-Baptiste) qui, loin d’être des théoriciens abstraits, étaient des praticiens qui connaissaient le fonctionnement de l’administration (et la capacité d’entrave de la haute fonction publique). Pour avoir travaillé sur le sujet, le pb de la France est qu’après-guerre, le keynésianisme, le socialisme mendèsien et la logique du « plan » (partagée entre autres par les gaullistes) ont conduit à une désorganisation totale du droit des finances publiques, tel que théorisé par Audiffret. La vision juridique et comptable – ne pas dépenser plus que ce qu’on gagne – a été remise en cause par la logique économique – l’endettement constitue un effetde levier et relance l’activité économique. D’où l’absence de règles sur la question, laissant les politiciens libres de faire ce qu’ils veulent (puisque l’économie justifiait l’abandon de toute règle sur le sujet). La loi organique sur les lois de finances (LOLF), première vraie ‘constitution financière’ de la France, date de… 2001 et n’est appliquée que depuis 2006. C’est dire à quel point ces problématiques sont récentes, comparé à d’autres pays.
N’est-il pas heureux que des libéraux s’intéressent à ces questions ? Et ne vous étonnez-vous pas que ce soient des gens comme Alain Lambert ou Philippe Marini – des libéraux somme toute très modérés – qui cherchent à améliorer les choses, et pas ces économistes radicaux qui considèrent la dette publique comme « injuste », mais ignorent tout de la LOLF, et seraient bien incapables de présenter un projet de réforme réaliste au parlement ?
@ Georges Lane : je ne comprends pas votre critique. Vous faites comme si les hommes de l’Etat n’étaient soumis à aucune règle, et pouvaient librement méconnaître leurs engagements. Ce n’est que partiellement vrai. En effet, grâce aux libéraux qui, par le passé, ont réfléchi sur les moyens concrets de poser des limites à l’interventionnisme étatique, l’Etat est soumis au droit. Que la tâche soit loin d’être parfaite, et qu’il reste encore beaucoup à faire, c’est une évidence que je vous concède bien volontiers ; mais ceci doit inciter les gens à vouloir continuer les réformes, et pas s’abstenir d’agir en attendant que le monde change tout seul.
Pour vous convaincre de ce que je disais, il vous suffit de consulter la jurisprudence rendue non pas par Roland Dumas, mais par de « vrais » juges. Prenez la Cour européenne des droits de l’homme. Grâce aux solutions qu’elle adopte, la France, quoique puissance publique, a été plusieurs fois condamnée et donc, obligée de changer sa législation. Exemples : la refonte de la garde à vue, la quasi-interdiction des lois de validation (qui portent atteinte aux décisions de justice condamnant l’Etat), l’abolition de nombreux mécanismes attentatoires à la propriété privée en matière d’urbanisme et d’expropriation, etc, etc.
Là encore, la liste est très longue et je pourrais dire, comme vous, que j’ai autre chose à faire que de la dresser. Seulement, j’estime qu’une discussion contradictoire repose sur une certaine estime de l’autre, et une aptitude à découvrir ce qu’on ne connait pas. Se contenter des théories du public choice pour dire « l’Etat c’est mal », me semble relativement limité comme mode d’analyse. Et, de fait, explique la marginalisation d’une certaine pensée libérale.
@ mapayul : Idem : le droit n’a rien d’un fantasme, lié au mythe de la « Loi » sacrée, telle que l’entendait Rousseau ou, aujourd’hui, les positivistes socialistes.
Ce que j’ai écrit, est qu’un acte juridique a pour caractéristique essentielle d’être sanctionné en cas de non respect (cas de certaines constitutions, des lois, des réglements, des contrats, …). Mais de très nombreux actes pris par des institutions n’ont rien de juridique, parce que dépourvue de caractère contraignant (cas de certaines constitutions, des « résolutions » de l’ONU, des « accords » internationaux, des « pactes », …).
Toute la question est de savoir si la réforme des finances publiques sera prise dans un acte juridiquement contraignant, ou non. D’où l’allusion que je faisais à la loi organique.
Petit complément sur cette question, l'analyse du professeur Feldman.
http://www.irefeurope.org/content/c...
Ma seule réserve est qu'un système constitutionnel peut fonctionner, la preuve : l'Allemagne.