Crise euro : le génie du défaut est sorti de la bouteille, il n'y rentrera plus...
Par Jacques Delpla le mardi 30 août 2011, 11:23 - Article - Lien permanent
J'avoue être assez étonné (négativement) par les décisions de Mme Merkel et de M. Sarkozy depuis le 16 août 2011 (règle d'or, gouvernement économique, taxe Tobin, sanctions pour les pays en déficits excessifs).
Ils semblent ignorer l'ampleur de l'incendie et leurs réponses sont insuffisantes. La maison euro est en feu depuis le 21 Juillet. Le Génie du défaut est sorti de la bouteille. Il n’y rentrera plus.
Les choix de la zone euro
Il y a quelques mois, il y avait trois sorties possibles à la crise de la zone euro :
- 1) L’éclatement de la zone euro si on ne faisait rien (avec un élargissement des spreads de taux d’intérêt « à la Grecque » pour tous les pays de la zone euro - hors zone allemande) ;
- 2) Laisser les États faibles faire défaut en zone euro (solution allemande) et repartir de là avec des règles crédibles et efficaces et une dette fédérale pour tous (bleue, la dette résiduelle étant rouge – en défaut ou pas) ;
- 3) éviter le défaut à tout prix pour éviter la contagion, en reprenant la dette excessive des pays fragiles sur le bilan de l’ensemble des États. Éviter que ces crises n’arrivent de nouveau. C’était la stratégie de la France jusqu’au 25 Juillet. (Je l’ai soutenue, mais je dois constater que la stratégie allemande a gagné).
Devant la dégradation de la crise grecque, deux options étaient possibles :
· Solution allemande : faire un défaut sur la dette grecque tout en gardant le pays dans la zone euro (i.e. en permettant de refinancer sa dette à la BCE malgré le défaut).
· Solution française (et Italienne) et BCE : tout faire pour éviter un défaut grec. Si, défaut grec malgré tout, alors il fallait forcer la Grèce à sortir de la zone euro (en refusant son refinancement par le BCE), de manière à éviter la contagion (les coûts du défaut étant plus grands que ses avantages, il eût alors été crédible de dire que l’Italie et l’Espagne ne feraient pas défaut).
L’accord du 21/07 a tranché de manière définitive en faveur de la solution allemande, avec un défaut grec en zone euro.
Le génie du défaut est sorti définitivement de la bouteille ; il est impossible de l’y replonger.
Malgré les protestations officielles, les marchés ont bien compris que la logique grecque s’appliquera aux autres pays, puisque l’Allemagne a annoncé urbi et orbi qu’elle ne reprendra pas de dette publique au-delà du FESF. Laisser la Grèce faire défaut en demeurant dans la zone euro (et en lui accordant, en outre, des taux plus bas sur les prêts publics), c’était déclencher une sortie massive des investisseurs sur les dettes espagnoles et italiennes, en plus de la Grèce, l'Irlande et le Portugal.
Il ne s’agit pas de spéculation, mais de contagion et de sauve-qui-peut : à chaque remboursement d’une obligation espagnole ou italienne, nombre d’investisseurs internationaux reprennent leur argent et l’investissent en Allemagne…
Statu quo = implosion rapide de la zone euro
Il est très improbable que ces pays reviendront à l’équilibre positif et stable où les marchés retrouveraient la confiance et financeraient volontairement l’ensemble de la dette de ces pays : Grèce, Irlande, Portugal, Espagne, Italie (GIPSI).
Si l’on s’en tenait uniquement à l’accord du 21 Juillet (ce que je n’anticipe pas), la zone euro exploserait d’ici fin 2011, avec une crise à la grecque sur l’ensemble des GIPSI.
Le rachat des obligations souveraines de l’Espagne et de l’Italie par la BCE est l’unique moyen d’éviter l’explosion de la zone euro à court terme. Mais ce n’est pas une solution de moyen terme soutenable. Les pompiers ne sont pas les architectes.
L’architecture nouvelle et durable de la zone euro passera par une dette fédérale acceptable par les Allemands. Blue bonds & Red bonds. Pas de monnaie unique sans dette commune !
Sans cela, la zone euro n’existera plus dans quelques mois, à moins que la BCE ne rachète toute la dette des GIPSI, ce que la Bundesbank ne veut pas !
Face à cette situation gravissime, les réponses récentes de l’Allemagne et de la France sont insuffisantes. Ils ne traitent pas l’incendie et en restent aux recettes d’avant l’incendie !
Oui à la règle d'or
Règle d’or : oui, mais M. Sarkozy doit faire un compromis avec le PS !
Je suis tout en faveur d’une règle budgétaire contraignante sur les déficits (je l’ai écrit de multiples fois dans Les Echos) et je soutiens complètement la règle d’or votée en première lecture par le Parlement (même si j’étais favorable à une règle plus efficace et plus crédible).
Mais le monde politique est fait de compromis. Le Président Sarkozy a raison de vouloir faire passer la règle d’or au Congrès de Versailles. Le PS a tort dans sa posture « avec nous qui sommes gentils et bons, il n’y aura pas de déficits, faites-nous confiance » ; le problème du PS, s’il gagne en 2012, est que les investisseurs en dette françaises ont entendu ce discours à satiété par la France et les autres pays, et que ces engagements verbaux unilatéraux de vertu budgétaire n’ont que très peu de crédibilité. D’où la nécessité d’une règle d’or.
On notera qu’un PS au pouvoir en 2012 devrait changer d’avis complètement : jamais l’Allemagne (avec la CDU ou le SPD qui fut l’instigateur de la règle d’or allemande en 2009) ne fera d’eurobonds avec la France si celle-ci n’a pas une règle budgétaire contraignante.
Mais le président doit passer un compromis avec le PS
Mais l’histoire ne s’arrête pas là : sans règle budgétaire, il se pourrait bien que la France subisse une crise de défiance analogue à celle subie par l’Italie en Juillet. Le Président doit donc, au nom de l’intérêt supérieur de la France, faire un « compromis historique » avec le PS : le PS voterait (ou s’abstiendrait sur) la règle d’or lors du vote au Congrès à l’automne; en échange, la Loi de Finances pour 2012 incluerait un certains nombres de mesures qui réduiraient le déficit, mesures poussées par le PS et refusées jusqu’ici par le Gouvernement.
La liste est longue, mais on peut penser à la:
· suppression des niches fiscales et sociales créées depuis 2007 (notamment la TVA sur les restaurants ; le crédit d’impôt sur les emprunts immobiliers) ;
· suppression des baisses des droits d’héritage de 2007 ;
· suppression des incitations fiscales en faveur du logement.
Dans une ampleur de 1% du PIB en 2012 et de 1% du PIB encore en 2013 (soit 20 Md€ chacune de ces deux années).
Il faut, au nom de l'intérêt général, que chaque camp fasse la moitié du chemin
Le PS ne peut pas voter la règle d’or sans compensation politique, au risque de s’humilier. Le gouvernement doit éviter une crise sur la dette française. Un compromis s’impose. Sans gagnant, ni vaincu.
Gouvernement économique de l’euro : pour quoi faire ?
C’est le serpent de mer français depuis des années. Toute la question est le contenu. Je suis pour l’intégration économique et politique européenne. Mais pour faire quoi ? Ce qui a été annoncé le 16/08 (deux sommets de l’euro par an) ne va pas résoudre l’incendie actuel !
Taxe Tobin : une mesure stupide et vide
Ici j’hésite entre consternation et rire.
Consternation, car cette taxe sur les transactions financières est une taxe sur les actifs les plus liquides (plus ils sont échangés plus ils sont taxés). Or la crise actuelle ne vient pas du tout des actifs liquides (obligations gouvernementales des grands pays, actions du CAC40, marché des changes), mais d’actifs non-liquides (presque jamais échangés) : prêts subprimes des banques, prêts pourris de certaines banques, CDO, actifs toxiques d’origine bancaire tellement peu échangés sur les marchés qu’on devait les évaluer avec des modèles et non avec des prix de marché, faute de transaction.
Bref, avec la taxe Merkel – Sarkozy on va taxer les actifs sans problèmes et ne pas taxer les actifs qui ont causé la crise actuelle. Cette taxe va donc inciter les banques à créer des actifs qui ne s’échangeront pratiquement jamais. Et donc renforcer les causes de la crise. Exactement ce que des gouvernements sages ne voudraient pas faire !
Rire, car les gouvernements français et allemands semblent ignorer que l’essentiel du trading sur les changes et les obligations en Europe se déroule à Londres (qui ne voudra jamais de cette taxe bien évidemment, comme l’a déjà dit G Osborne). Seules les actions demeurent encore échangées sur les places boursières du continent. Avec cette taxe, les banques qui avaient gardé le trading d’actions à Paris ou Francfort vont délocaliser leurs plateformes de trading vers Londres.
Le résultat de cette taxe Tobin sera donc de délocaliser l’ensemble des transactions financières vers Londres, avec pertes d’emplois et de bases fiscales. En revanche, cette taxe, si elle est mise en œuvre, ne rapportera rien à la France et à l’Allemagne.
Si nos gouvernants étaient sérieux à propos de la taxation de la finance, plutôt que de légiférer sur des flux de capitaux qui ne sont pas sous leur juridiction, la France et l’Allemagne devraient plutôt opter pour une taxation à sa juste valeur des dépôts des particuliers auprès des banques, dépôts qui sont aujourd’hui assurés par l’Etat à un prix ridiculement bas.
Dans une chronique précédente, Taxer les banques, non mais… , j’avais proposé une taxation de l’ordre de Taux refi de la BCE – 250 points ..., soit en moyenne, sur le cycle économique, 0.5%, avec un rendement moyen de 6 Md€ par an.
L’avantage d’une telle taxe : les actifs taxés (dépôts) ne sont pas délocalisables ; elle est conta-cyclique : elle frappe les banques en plein boom économique, pas en période de récession ou de sortie de récession, comme aujourd’hui.
Punitions pour les pays déviants
La dernière idée, du 17/08, de la France et de l’Allemagne est de priver de fonds structurels les pays qui ne respectent pas les critères du Pacte de Stabilité. Cette proposition n’a aucune crédibilité.
Quand un pays a un déficit supérieur à 3% de son PIB, c’est en général qu’il est en récession. À ce moment-là, imposer un retrait des fonds structurels augmenterait la récession. La preuve de l’inanité de cette proposition est que la Grèce, le Portugal ont (et ont eu récemment) des déficits qui violent toute règle : non seulement on ne leur a pas coupé les fonds structurels, mais on les a inondé (à juste titre) de Md€ avec les plans de sauvetage.
Le problème des finances publiques en Europe n’est pas en creux de récession, mais lors des booms où les pays refusent de passer en excédent budgétaire.
Conclusion
Ce qui est grave avec ces propositions est que les deux plus grands dirigeants européens usent leur crédibilité pour lancer des propositions qui n’ont ni crédibilité, ni efficacité.
Comment éviter l’incendie obligataire qui ravage le sud de l’Europe ? Nous attendons toujours la solution…

La version originale de ce texte de Jacques Delpla a été publiée sur Le Cercle Les Echos en date du 29 juin 2011, sous le titre "Euro : la maison brûle, la France et l'Allemagne regardent ailleurs …"
Commentaires
L`émission d'Eurobonds est impossible à mettre en oeuvre à court-terme. Il suffit de voir les affres des négociations avec la Finlande sur le colllatéral grec pour s'en convaincre.
Selon moi, l'ECB n'aura pas d'autre choix que de poursuivre son programme d'achat de la dette espagnole et italienne, pour empêcher un augmentation brutale de leur cout d'emprunt.. Les allemands continueront à hurler mais ils n'auront pas le choix d'avaler la couleuvre. La stérilisation étant impossible, vu les montants en jeu, on aura de la monétisation pure et simple. Cette dernière est un péché cardinal mais dans une période de désendettement quasiment mondial , elle a peu de chance de s'avérer inflationniste . L'expérience japonaise en est l'exemple le plus frappant.
Qu’est-ce qu’on fait des cinq Etats insolvables de la zone euro ? Le cas le plus énorme : la Grèce. En Grèce, l’Etat est insolvable. Alors, qu’est-ce qu’on fait ?
Deuxième question : les banques françaises sont exposées à la Grèce pour 45,268 milliards d’euros, soit 65,047 milliards de dollars. Alors, qu’est-ce qu’on fait ?
Troisième question : en Grèce, le ministère des Finances avait commandé un rapport aux commissaires aux comptes du Parlement grec. Mercredi 31 août, ils ont rendu leur rapport : « la dette grecque est hors de contrôle. » Alors, qu’est-ce qu’on fait ?
http://tempsreel.nouvelobs.com/actu...
Le seul point que je trouve très discutable, dans votre exposé hélas limpide, c'est votre position sur la "règle d'or".
Cette règle n'est pas seulement une escroquerie à finalité électorale, elle est aussi une imposture. Voyez la belle ligne Maginot qu'on vous promet là, et qui protègera des dérives et de l'explosion de la dette!
Seulement, comme l'autre ligne Maginot, c'est une imposture : elle ne protège pas, on la tourne facilement... l'amusante solution française, c'est de transférer aux collectivités locales etc... les tâches et dépenses, que l'on sort ainsi du budget de l'état. Ou de distinguer déficit chronique et déficit exceptionnel.
Le danger des lignes Maginot est qu'elle abusent quand même des innocents, qui y droient, sans rien protéger. C'est la raison pour laquelle je trouve illusoire et donc dangereuse cette protection factice. Car elle n'abusera pas les marchés. Vous direz peut-être : c'est toujours ça, mieux que rien, ils la respecteront un peu quand même. Mais nos énarques sont là pour concevoir des "solutions techniques", et ne savent que dépenser. La seule règle d'or sérieuse, ce serait.. de dépenser moins, significativement moins, dès à présent. Or M. Fillon annonce 10 Mds d'augmentation d'impôts... et un milliard de réduction des dépenses.
Incorrigible pessimiste, je pense qu'il faut éviter ce miroir aux alouettes, ce faux espoir, que serait la "règle d'or".
Merci encore d'être de ces libéraux que l'on lit et entend ici et là!
Bien à vous,
Alex
Alors la j'ai des questions betes a vous poser. C'est quoi au juste une tax Tobin ?? Une tax sur les flux financier. Quand j'achete une action je vois bien ce que c est, mais en quoi cela serait different des stamp duties que nous payons deja sur la bourse de Londres, Hong Kong et sur bien d'autres bourses encore. Cela n'a pas l'air d'etre une catastrophe. On peut imaginer qu on peut appliquer ce type de Stamp Duties sur d'autres titres (par exemple les obligations). Mais est ce que cela s'appliquerait aux obligations d'etats (ce qui pourrait poser un probleme sur la dette des pays de l'europe) ? Est ce que cela s'appliquerait aux prets interbancaires qui permettent aux banques de se refinancer ? Si c'est le cas cela entrainerait des credits plus chers ... Est ce vraiment l'objectif des hommes de l'etats ? Est ce que tout simplement quand je fais un virement pour payer ma facture de telephone, on me prelevera la tax Tobin ? Bref c'est pas tres clair cette histoire de tax Tobin et si c est juste equivalent a des stamp duties sur une bourse quand je souhaite acheter des actions, alors la... je suis decu et je ne comprend meme pas qu on en parle.... cela existe deja dans plein de pays...
Les commissaires au comptes du Parlement grec viennent de rendre leur rapport :
"La dette grecque est hors de contrôle."
Maintenant, il va falloir agir.
1- Première possibilité : le statu quo.
On continue de faire ce qu'on a toujours fait.
La BCE continue de racheter des obligations d'Etat grecques pour "rassurer les marchés", qui ne sont jamais rassurés.
On continue de faire des "plans de sauvetage", qui ne sauvent jamais personne.
On continue de faire des "Fonds de Stabilité", qui ne stabilisent jamais rien.
On continue de faire des centaines de réunions, qui ne règlent jamais les problèmes.
On continue d'apporter des milliards d'euros en garantie, que nous ne reverrons jamais puisque la Grèce ne peut pas rembourser ses dettes.
Rappel : concernant le Fonds Européen de Stabilité Financière, la France s'est engagée pour un plafond de garantie de 159 milliards d'euros. Je dis bien : 159 milliards d'euros. La Grèce est incapable de rembourser : les contribuables français vont l'avoir dans le ...
2- Deuxième possibilité : l'Union des dettes.
L'Union Européenne devient une Union des dettes. Le problème grec est réglé. Les contribuables européens paieront.
3- Troisième possibilité : l'explosion.
Les pays européens ne peuvent pas avoir la même monnaie. La Grèce sort de la zone euro. La Grèce retourne à sa monnaie nationale, la drachme. La Grèce dévalue massivement pour relancer son économie.
4- Quatrième possibilité : la privatisation de tout.
La Grèce privatise tout, sauf la Justice, la Police et l'Armée, parce qu'il va falloir réprimer les émeutes. La dette grecque est enfin remboursée. Le chaos s'installe.
L'aveu qui éclaire la litanie obsessionnelle des chiffres : "la privatisation, c'est le chaos".
@AlexL : entièrement d'accord avec votre analyse. Cette règle d'or est de la fumisterie et ne règlera rien dans aucun des sens du mot régler (résoudre le problème, réguler). On va instituer le Conseil constitutionnel en gardien de l'équilibre budgétaire ! C'est-à-dire, concrètement, en gardien des EXCEPTIONS à la règle d'or (sinon la question ne se pose pas), exceptions qui relèveront toujours d'un jugement de pure opportunité (par opposition au jugement de droit, qui n'est d'opportunité qu'à la marge). Bref on demande au Conseil constitutionnel de s'ériger en gouvernement des juges, pour mieux s'en défier ensuite.
Une alternative serait d'aller vers une égalisation des taux d'imposition, à la baisse, ce que permettrait hic et nunc la suppression des niches fiscales et autres privilèges fiscaux débilitants qui faussent d'ailleurs complètement, dans leur domaine d'application, la concurrence entre entreprises (il n'y a pas de plus bel exemple de captation législative par ses destinataires que ces niches). D'une telle flat tax, il y aurait sens à instituer le Conseil constitutionnel en gardien, car là il s'agirait bien d'une REGLE de droit.
La situation est identique aux USA, où les Républicains proposent la constitutionnalisation de la même règle d'or. Tandis qu'ils refusent, par ailleurs, de revenir sur ne serait-ce que la niche fiscale dont bénéficient les propriétaires d'avions d'affaires... Henri passera prochainement un bref papier que j'ai rédigé sur le sujet (de la règle d'or, pas de la niche des avions).
Le scénario 4 de BA mériterait d'être exploré sérieusement au lieu d'être balayé d'un péremptoire "le chaos s'installe" directement tiré du catalogue des idées reçues.
"privatiser", ça consiste en quoi exactement ? Ça se traduit précisément par quelles actions ? Il y a certainement des façons de le faire qui conduiraient au chaos (et j'ai bien peur que ce soient les seules auxquelles pensent les gouvernements), mais il y en a aussi d'autres qui pourraient probablement permettre une transition sans chaos.
A l'inverse, si l’État grec mettait en vente les actifs de ce qu'il veut "privatiser", est-on bien sûr qu'il trouverait des acquéreurs pour lui en donner de quoi payer ses dettes?
Je suis toujours surpris ( étant fidèle lecteur des echos) de la postiche technicienne portée par les vecteurs d'une idéologie européaniste fédéraliste.
Pour simplifier:
le Texas bien géré paye t'il pour la Californie hyperdéficitaire?
"éclatement, implosion de la zone euro" : peut-on préciser le sens de ces expressions ?
Il me semble que l'on mélange les questions monétaires et les questions de dette publique. L'euro peut survivre à un krach obligataire, voire à des défauts souverains ; la BCE pourrait refuser d'acheter des titres grecs, sans que cela remette en cause l'existence de l'euro comme monnaie. Les problèmes de dette publique sont donc distincts des questions monétaires.
Mais par "éclatement" on veut aussi parler de la sortie de certains pays de la zone euro, par exemple si la Grèce revient à la drachme. Cela ne peut se faire contre le gouvernement concerné, même s'il fait défaut, puisqu'il est le seul à pouvoir imposer une monnaie sur son territoire. Cela pourrait aussi arriver dans des pays qui ne risquent pas le défaut souverain, par exemple si l'Allemagne décidait de revenir au Mark. Les choix monétaires aussi sont distincts des questions de dette.
Alors quelqu'un peut-il m'expliquer la prédiction catastrophiste de Jacques Delpla "Sans blue bonds et red bonds, la zone euro n’existera plus dans quelques mois" ? Je sais que JD promeut ce système de dette commune, et il ne cache pas ses préférences fédéralistes. Mais à part ça ?
Je suis comme Gu Si Fang. Je constate (bêtement sans doute) que des gens riches et des gens pauvres, des cigales et des fourmis peuvent parfaitement utiliser la même monnaie, et je suppose que c'est pareil pour des états.
Je pense donc que pour passer du fait que la Grèce ne peut pas payer ses dettes à la conclusion que l'euro est condamné, il faut faire pas mal d'hypothèses que JD (et ceux qui pensent comme lui) devrait expliciter. Ça nous rendrait service.
Le fait que les eurobonds, comme l'EFSF, comme les achats d'obligations par la BCE, soient une "solution" en marge de toute légalité et de toute démocratie n'a l'air de gêner personne, et M. Delpa moins que quiconque. Nous n'en sommes sans doute plus à cela près après la forfaiture du traité de Lisbonne?
Les concepteurs et les promoteurs de l'euro devraient faire des excuses publiques pour avoir monté une usine à gaz défectueuse qui ne pouvait qu'aboutir à l'accident industriel. Mais non, ils en profitent pour pousser plus avant l'idée fédérale dont les peuples ne veulent pas. L'euro est le paradis des banquiers (dont est M. Delpa), l'enfer des peuples.
Quant à l'idée de taxer les dépôts des particuliers, au motif qu'ils ne sont pas délocalisables, et au prétexte que l'Etat les assurerait (!), en voilà une idée qu'elle est bonne pour perdre les élections! Ce qui est sympathique chez M. Delpa c'est cet amour du peuple qu'on sent chez lui, et la manière dont sa position de salarié d'une banque n'introduit aucune distorsion dans sa pensée académique. Sait-il que grâce aux directives de notre bonne mère l'Europe je peux tout aussi bien bien délocaliser mes dépôts à Malte qui lui ses transactions financières à Londres?
On sait tous les limites dans l'application d'une règle d'or constitutionnalisée, mais il ne faut pas sousestimer sa vertu pédagogique. Les éternels requérants de subventions, aides et secours vont désormais s'y heurter. Il y a une révolution des esprits à faire préalablement à toute réforme de notre social-démocratie de masse. A voir les sondages, les Français ont l'air de suivre.
Etonnant, non ?
Pas d'euro sans dette fédérale... Il faut sauver l'euro a tout prix. C'est la litanie et la stratégie des fédéralistes européens, lesquels ont mis en place l'euro en espérant qu'il conduirait a une convergence de la zone et permettrait la mise en place d'un état fédéral (un gros loupé, faut reconnaitre). Mais ces braves gens n'ont pas renoncé ils nous racontent maintenant qu'on ne peut pas sauver l'euro sans une gouvernance (fédérale) économique. Mais faut-il vraiment sauver l'euro a tout prix? La question ne sera pas posée. Le problème c'est que maintenant les peuples accusent l'euro (a tort car il n'a fait que faciliter l'endettement, il ne l'a pas provoqué) d'être a l'origine de la crise et il va falloir faire un déni de démocratie pour imposer cette gouvernance. De plus, on ne voit pas la logique de ces eurobonds: attacher 4 ou 5 culs de jatte a une dizaine d'athlètes en espérant qu'ils vont gagner le 100m est pour le moins bizarre. Comme le faisait remarquer je ne sais plus qui, l'europe est un syndicat de vaincus de la dernière guerre et les mauvaises habitudes se prenant facilement, probablement de vaincus de la prochaine qui cette fois sera économique.
@Gu Si Fang
Alors quelqu'un peut-il m'expliquer la prédiction catastrophiste de Jacques Delpla "Sans blue bonds et red bonds, la zone euro n’existera plus dans quelques mois" ?".
Il me semble qu'il s'agit d'une simple clause de style qui traduit le fait que, depuis la mi juillet, JD est maintenant convaincu que l'éclatement de la zone euro est plus que probable. Le problème avec les eurobonds est surtout qu'il s'agit d'un projet qui se situe dans un horizon de temps institutionnel et politique tout à fait incompatible avec l'urgence des questions à traiter.
Vous avez raison de distinguer les problème de dettes du problème monétaire. Actuellement, nous vivons sur le marché interbancaire un épisode de "bank run" analogue à celui de l'été/automne 2008, sauf qu'il porte cette fois-ci sur le marché des dettes souveraines et non sur les CDS et autres produits financiers frelatés. De ce point de vue, nous assistons effectivement à une crise de liquidité conjoncturelle qui entraîne les bourses dans un processus de chute cumulatif. La première de toutes les urgences est de soigner ce mal, d'y mettre un terme.
La solution technique est connue. Il suffit pour cela que la BCE intervienne massivement sur le marché et rachète les dettes qui causent problème et provoquent une méfiance généralisée sur la solvabilité d'abord de quelques établissements, puis du plus grand nombre. C'est d'ailleurs ce qu'elle fait depuis quelques semaines. Mais jusqu'où peut-elle aller dans cette pratique (de fait illégale) de ce rôle de prêteur de dernier ressort sur le marché des dettes souveraines qui n'est absolument pas prévu dans ses attributions ?
Tout dépend de l'attitude des allemands. La plupart des commentateurs partent du principe que, nolens volens, ils n'ont pas le choix et que Mme Merkel n'a pas d'autre choix que de laisser faire Trichet. Sans doute. Mais tout le monde sait que la population allemande ne pense pas tout à fait la même chose, et que le fossé entre la Chancelière et son opinion publique continue de gravement se creuser. D'où le danger de voir la volatilité des marchés se maintenir à des niveaux très élevés beaucoup plus longtemps qu'on ne devrait s'y attendre malgré les interventions de la BCE, et donc le risque de nouveaux événements très graves qui à nouveau entretient l'inquiétude.
D'où aussi l'idée qui tend à se propager parmi les économistes européens les plus médiatiques que la solution consisterait à officialiser ce rôle de prêteur en dernier ressort de la BCE pour tout ce qui concerne les dettes souveraines. Le système serait ainsi bouclé, garanti. Mais, là encore, on se heurte à l'obstacle politique et juridique qu'il faudrait pour cela une révision des statuts de la Banque centrale européenne qui ne saurait se faire en quelque jours, sinon quelques années (du fait des contraintes institutionnelles de l'Union européenne). Donc, la BCE peut bien continuer à intervenir, mais sans que l'incertitude juridique (et donc politique) de cette action soit levée. Il n'y a pas de solution miracle.
Ceci nous ramène donc au problème allemand. On comprend leur inquiétude. Le bilan de la BCE va se trouver plombé par une masse de mauvaises dettes publiques. Que se passera-t-il si un ou plusieurs des pays concernés fait effectivement défaut ? C'est toute une partie des contreparties de la masse monétaire en circulation qui disparaîtra du jour au lendemain. Comme pour les banques commerciales affectées par la faillite de Lehman Brothers en 2008, il lui faudra recapitaliser son bilan - sinon on risque d'avoir un phénomène de fuite des réserves étrangères en euros (adieu l'euro fort et fier !). Normalement, la BCE devra se tourner vers ses états actionnaires pour leur demander de venir renflouer son bilan à l'aide de fonds publics (donc un alourdissement de la charge fiscale sur leurs citoyens). Un jour ou l'autre le contribuable devra bien être sollicité. Et si l'on tient compte de ce qu'il se peut que, au cours du processus, la France se trouve à son tour hâpée dans le camp des pays menacés de banqueroute, la charge finale risque d'être particulièrement lourde pour le contribuable de dernier ressort (l'allemand) puisqu'il a été calculé que la facture annuelle finale pourrait monter jusqu'à 7 % du PNB allemand - un montant équivalent à ce qui était réclamé à l'Allemagne au titre des réparations au lendemain de la première guerre mondiale - on comprend que nos amis d'outre-Rhin hésitent à entrer dans un engrenage qui, par ailleurs, ne ferait rien - au contraire - pour corriger les comportements et les déséquilibres à l'origne de la crise actuelle.
Pour contourner la difficulté, l'idée actuelle est que ces fameuses dette souveraines douteuses de la BCE soient refilées au nouveau FESF qui les rachèteraient grâce à l'émission d'obligations européennes collectives garanties par les trésors publics des pays du "core" européen. Mais là se pose le problème des plafonds d'emprunts envisagés qui se révélent être toujours en retard par rapport à l'ampleur et à l'urgence des problèmes posés. Et puis cela ne fait pas disparaître de la responsabilité finale des contribuables (surtout allemands !).
Le pari des techniciens est que l'engagement allemand derrière ces solutions devrait permettre de passer le cap difficile de la crise conjoncturelle actuelle, et ainsi d'attendre quelques années de plus que la reprise de la croissance s'affirme et finisse par générer suffisamment de rentrées fiscales supplémentaires pour faire que la note finale ne soit pas trop sévère. Le sentiment des eurocrates est qu'une fois passé la rechute secondaire des prochains mois (le "double dip"), il y a de sérieuses raisons de considérer que la reprise qui s'affichera alors aura un caractère solide et durable (car fondée sur les gains de productivité de l'Europe élargie). Mais quid si cette hypothèse ne se réalise pas ? Si c'est au contraire le scénario d'une croissance européenne décennale "à la japonaise" qui se confirme ? La note pour le contribuable de dernier ressort risque d'être la pire que l'on puisse anticiper.
D'autres placent leur espoir dans le fait que les interventions massives d'une BCE dotée d'un statut de prêteur en dernier ressort permette finalement un amortissement général des dettes publiques par l'inflation. Ceci dit, outre le coût social très élevé d'une telle solution (qui par ailleurs fait horreur au corps électoral allemand du fait des précédents historiques), il ne faut pas croire que ce scénario soit pour demain. Le phénomène de "trappe monétaire" peut jouer pendant plusieurs années et rendre ainsi plus ou moins inévitable la facture fiscale.
Conclusion ? Etant donné la très grande complexité des inconnues qui entrent en jeu dans ces scénarios, il est extrêmement difficile de faire une prédiction sérieuse de ce qui risque de sa passer au cours des prochains mois. La clé se trouve dans l'opinion publique allemande et de la façon dont la situation politique peut évoluer. A suivre de très près.
Ainsi, il est vrai que dans les circonstances actuelles il faut dissocier le problème des dettes du problème monétaire. Mais les deux se rejoignent très vite et sont indissociables dès lors qu'on essaie de faire des scénarios pour l'avenir.
Excusez ce long développement. Je suis preneur de toute remarque, objection ou complément que les intervenants sur ce blog pourraient faire, de manière à essayer d'aller plus loin dans l'analyse.
On doit considérer les titres achetés d'occasion comme détruits : la BCE joue ici un rôle d'incinérateur, bien plus efficace qu'une "bad bank". Peu importe la valeur de ces titres. En cas de défaut, quelques lignes disparaîtront simplement de son bilan, sans autre conséquence. En l'absence de défaut, la BCE disposera d'un stock d'avoirs pouvant être réinjecté dans le système le moment venu, sans création monétaire.
La BCE a-t-elle besoin de procéder à une recapitalisation, puisqu'elle possède la faculté d'équilibrer son bilan par la création monétaire ? Si on admet que les prêts directs de la BCE aux Etats sont de la création monétaire, il faut alors comprendre l'exigence de capitaux de la BCE comme un processus de destruction monétaire. Au fond, et c'est l'objet des négociations actuelles, la BCE entend équilibrer la création monétaire nécessaire au sauvetage des Etats par une destruction monétaire équivalente, passant par l'attrition des dépenses publiques. Ce faisant, la BCE agit parfaitement dans le cadre de sa mission de maîtrise de l'inflation.
On remarque que certains gouvernements ont quelques difficultés à entendre raison, à commencer par les Grecs, qui ont annoncé un programme de privatisations mais ne le mettent pas en oeuvre. Au contraire, les fonctionnaires grecs préfèrent massacrer leur économie avec des hausses d'impôts que personne ne leur demande. Les italiens, espagnols et portugais doivent encore concrétiser pleinement leurs plans d'économies, mais semblent sur la bonne voie. L'Irlande se redresse. Le gouvernement allemand, qui vient d'annoncer des baisses d'impôts, est dans la bonne direction. Mais alors, que dire du gouvernement français qui s'entête dans la même logique ridicule que les Grecs, dans l'espoir d'un retour miraculeux de la croissance qu'il s'acharne pourtant à contrarier ? Combien de chômeurs supplémentaires faudra-t-il sacrifier à nos fonctionnaires avant que la raison l'emporte ?
Le moteur de la crise actuelle réside dans la volonté farouche des administrations publiques de maintenir un important niveau de sujétion sur les économies, quoi qu'il en coûte aux populations. On en revient encore une fois au coeur du problème : les Etats providentiels doivent être réduits massivement, non seulement par le renoncement à toute dette, mais également par des baisses d'impôts. Et contrairement à ce que certains prétendent, ce ne sont pas les privatisations mais bien les hausses d'impôts qui provoqueront le chaos.
la règle d'or sarkozienne n'est qu'une manipulation électorale et les socialistes sont tombées dedans
la seule règle d'or qui vaille c'est le déficit zéro et la vraie cagnotte pour rembourser la dette
pour cela nul texte est requis il "suffit" de dégraisser le mammouth,il paraitrait que la Grèce ne pourrait le faire sans provoquer le chaos.Peut être pourrait on faire venir à titre de conseillers des néo zélandais ...ils l'ont fait dans les années 80 et d'un pays en perdition ils ont fait un pays en expansion.
sans réforme structurelles majeures , comme la Gréce, notre pays ne pourra pas s'en sortir.
Seulement pour accepter ces réformes et vu la culture du pays (comme la culture grecque) il faudra effectivement que le chaos soit un préalable comme l'histoire de France l'a plusieurs fois montrée.
Tout cela prendra du temps et c'est bien la seule chose que nous n'avons pas
En fait tout sera fait par notre pouvoir pour repousser les échéances après l'élection d'avril prochain MAIS rien ne prouve qu'il y arrive .ce ne sont pas les pantalonnades sur la taxation des entrées dans les parcs d'attraction qui vont rassurer les marchés.
si les marchés cassent le AAA Français c'est l'UE qui explosera :/on peut faire confiance aux experts pour reconstruire une nouvelle usine à gaz.l'imagination technocratique est sans bornes
la fin de l'après guerre se joue en ce moment .Si nous ne sommes pas capables de construire un Etat Fédéral qui était sous -jacent dés e départ mais qui devait être construit par les élites sans le dire aux peuples alors nous assisterons à un rapprochement allemand vers l'Est (déjà en cours) et au délitement de toutes les petites nations qui refuseront de travailler plus pour gagner moins dans un premier temps.
Les déclaration de marine Lepen trouvant beaucoup de similitudes avec le programme de Montebourg montrent qu'un nouveau fascisme farouchement anti libéral est en train de vouloir coloniser les esprits et il faut bien l'avouer le terrain est fertile.
que va til se passer?je n'en sais rien tant les hypothéses prévisibles plus les inconnues sont nombreuses mais il est bien difficile de concevoir un programme optimiste surtout quand on entend tout et nimporte quoi dans le cadre de cette pré campagne électorale
j'écoutais Ramada Yade avec le représentant de Terra nova ce midi à la TV Manifestement elle ne comprenait même pas le problème et ne parlait que de relance économiques ,de volontarisme incroyable son opposant voyait lui quelques menues économies à effectuer dans les collectivités locales à travers une masse de nouvelles impositions.l'impôt tuant l'impôt connaît pas et l'emploi qui se décrète semble avoir encore de beaux jours.
Bref nous avons un système empêchant la dévaluation nationale .
les euro bonds permettraient sans le dire de dévaluer de facto l'euro puisqu'il s'agit de sauver les dettes d'une mauvaise gestion généralisée et de continuer le keynésianisme.
Tout va très bien madame la marquise
@ konebien : vos analyses tranchent heureusement avec un certain consensus libéral (pour les dix personnes que ça concerne, en France) et je vous remercie d'en prendre le temps. Tous ces gentils libéraux qui haissent l'Europe sont bien en peine de nous expliquer quelle alternative concrète ils nous proposent, si ce n'est le retour de facto au passé, soit l'abjecte sujétion de la France à l'Allemagne (les gens ont la mémoire bien courte). Il faut relire Jean Monnet, ce Français visionnaire par excellence, dont l'empreinte réelle sur le XXe siècle (et le XXIe) aura été incommensurablement supérieur à celle de de Gaulle. Ce n'était pourtant qu'un vulgaire "bureaucrate" (H. Lepage dixit) !
@ Bubulle pour vos précisions.
@ Drieu
Je maintiens mon jugement sur Monnet. Delors est l'héritier direct de Monnet, et c'est lui qui est à l'origine de l'usine à gaz européenne qui explose aujourd'hui. Dire que tout commence à foirer à partir, et à cause de Maastricht n'est pas être anti-européen, au contraire. Monnet avait conçu une méthode d'approche et de progrès qui a fait merveille tant qu'elle restait dans un cadre européen inter-étatique. Mais à partir du moment où Bruxelles est devenu le centre de politiques communes ayant des implications de transfert et de redistribution entre les différentes pays-membres, on est entré dans un processus pervers de renationalisation des intérêts (notamment en matière monétaire) qui éloigne les opinions publiques de l'Europe. Quoiqu'on en dise, l'Europe est redevenue un conflit d'intérêts nationaux, et ce n'est certainement pas ce dont Monnet rêvait. A travers ses héritiers, c'est la méthode Monnet (forcer la marche en avant grâce aux initiatives d'une bureaucratie éclairée en avance sur les opinions) qui fait aujourd'hui faillite.
Samedi 3 septembre 2011, un article très important dans le Wall Street Journal :
Talks on Greek Bailout Are Stalled.
The suspension pushed yields on Greek government debt to levels indicating that investors see a default by Athens soon as a near certainty : Interest rates on one-year paper blew out past 70 % and two-year yields rose close to 50 %.
"I expect a hard default definitely before March, maybe this year, and it could come with this program review," said a senior IMF economist who is keeping close tabs on the situation. "The chances for a second program are slim."
Traduction :
Les pourparlers sur le renflouement grec sont au point mort.
La suspension des pourparlers a poussé les rendements sur la dette grecque à des niveaux indiquant que les investisseurs voient un défaut de paiement d'Athènes comme une quasi-certitude à brève échéance : les taux d'intérêt sur les obligations à un an dépassent 70 % et les taux des obligations à deux ans sont de presque 50 %.
"Je m'attends à un dur défaut de paiement certainement avant Mars, peut-être même cette année, et il pourrait venir avec cet examen de programme d'aide", a déclaré un économiste du FMI qui garde un œil attentif sur la situation. "Les chances pour un deuxième programme d'aide sont minces."
http://online.wsj.com/article/SB100...
Grèce : taux des obligations à un an : 72,054 %. Record historique battu.
Grèce : taux des obligations à 2 ans : 47,202 %. Record historique battu.
Grèce : taux des obligations à 10 ans : 18,282 %. Record historique battu.
que l'on soit dans un cadre national ou européen ce qui sera fondamental c'est la vision gouvernementale qui animera l'équipe au Pouvoir
que ce soit un pays unitaire ou fédéral si la politique keynésienne continue alors définitivement notre sort historique est scellé..
voici notre situation
lUnion monétaire est un convoi de navires reliés les uns aux autres les soutes pleines de charges.Devant figurent les plus grands remorquant les autres.A la queue figure la Grèce à moitié coulée .Son naufrage ferait couler les précédents qui eux mêmes entraineraient au fond toutes l'armada... en ce moment on passe les charges de la Grèce aux armateurs de l'ensemble.Problème:ce transfert va encore ralentir l'allure du convoi.Que va t on faire ?couper la laisse et laisser la Grèce couler seule ?ou va t on la soutenir en obtenant que face aux transferts de charges il soit interdit à l'armateur grec de continuer à charger son bateau et comment faire pour que ce soit réellement fait?
Plus le temps passe plus le bateau grec semble impossible à renflouer..
Le problème se complique quand chaque armateur national tient absolument à continuer à charger son propre bateau....
moi je ne vois que 2 issues
les bateaux coulent si rien ne change ou alors faut vraiment enlever les charges du bateau au maximum.Ce remède s'appelle le libéralisme honni en Europe et en particulier en France qui y voit la cause de ses malheurs alors que c'est la solution.... solution rejetée car elle porte atteinte en premier aux fromages de la République
Rien ne va changer, et donc les bateaux européens vont couler les uns après les autres.
Le bateau grec coulera en premier, et ensuite tous les bateaux européens seront entraînés les uns après les autres au fond de l'Océan.
Dans plusieurs années, plusieurs années après le naufrage, nous pourrons reconstruire un nouveau bateau.
Au fond, tout ça est très simple quand on déblaie tous le fatras de technique bancaire : un agent économique, en l'espèce le gouvernement grec, ne peut pas honorer ses engagements. Donc ses créanciers vont en souffrir les conséquences, sauf s'ils arrivent à faire supporter leurs pertes par d'autres. Tout le reste n’est que littérature et rideaux de fumée, justement pour repasser le bébé ni vu ni connu à de braves gogos qui n'y sont pour rien, n'y comprennent rien et n'ont pas la possibilité de dire non.
Lundi 5 septembre 2011 :
Grèce : taux des obligations à un an : 82,154 %. Record historique battu.
http://www.bloomberg.com/apps/quote...
Grèce : taux des obligations à 2 ans : 50,376 %. Record historique battu.
Grèce : taux des obligations à 10 ans : 19,312 %. Record historique battu.
Lundi 5 septembre 2011 :
En zone euro, deux groupes de pays sont en train de s'éloigner l'un de l'autre de plus en plus vite.
1- Premier groupe : les Etats européens en qui les investisseurs ont confiance.
Leurs taux d'intérêt sont en train de s'effondrer.
Allemagne : taux des obligations à 10 ans : 1,8 %.
Pays-Bas : taux des obligations à 10 ans : 2,3 %.
Finlande : taux des obligations à 10 ans : 2,3 %.
Autriche : taux des obligations à 10 ans : 2,6 %.
France : taux des obligations à 10 ans : 2,6 %.
2- Second groupe : les Etats européens en qui les investisseurs n'ont plus confiance.
Leurs taux d'intérêt sont en train de monter.
Espagne : taux des obligations à 10 ans : 5,2 %.
Italie : taux des obligations à 10 ans : 5,5 %.
Irlande : taux des obligations à 10 ans : 8,7 %.
Portugal : taux des obligations à 10 ans : 10,7 %.
Grèce : taux des obligations à 10 ans : 19,3 %.
Ces deux groupes de pays divergent de plus en plus.
Cette divergence est intenable.
La zone euro est un navire dont la proue et la poupe s'éloignent l'une de l'autre : ça va finir par craquer.
Aujourd'hui, lundi 5 septembre 2011, nous sommes en train de vivre la dislocation de la zone euro.
Merci pour cette réponse détaillée !
@ hlepage
"Le bilan de la BCE va se trouver plombé par une masse de mauvaises dettes publiques. Que se passera-t-il si un ou plusieurs des pays concernés fait effectivement défaut ? C'est toute une partie des contreparties de la masse monétaire en circulation qui disparaîtra du jour au lendemain. Comme pour les banques commerciales affectées par la faillite de Lehman Brothers en 2008, il lui faudra recapitaliser son bilan [...] Un jour ou l'autre le contribuable devra bien être sollicité."
Oui, enfin c'est purement fictif puisqu'une banque centrale n'a aucun engagement réel dans son bilan. Si la BCE n'a plus de fonds propres, personne ne pourra demander sa liquidation... En pratique, elle peut donc imprimer tant qu'elle veut.
Quant à la solution de l'élargissement du FESF, elle n'est pas crédible. Aujourd'hui, il est peut-être suffisant pour garantir les dettes grecque, portugaise et irlandaise. L'élargir voudrait dire : suffisamment pour garantir les dettes espagnole et/ou italienne. Mais si l'un de ces deux grands pays était en situation de défaut, les pays restants pourraient-ils les financer ? Avec cette charge supplémentaire, le AAA de la France ne pèserait pas bien lourd. Tout l'édifice s'écroule.
@Gu Si Fang
sur le premier point : je suppose que si la BCE voit la valeur de ses fonds propres disparaître, il en résulte une massive crise de change pour l'euro - les dépôts étrangers en réserves vont s'évanouir. En un sens cet effondrement de la valeur de change de l'euro serait peut-être la solution recherchée, une bonne chose pour rétablir la compétitivité. Au fond, c'est peut-être cela que devrait proposer Rosa pour obtenir sa "dévaluation" préalable à la sortie de l'euro. Mais la sanction immédiate serait une rétrogradation immédiate, dès maintenant, de tous les ratings d'obligations publiques européennes.Donc la crise généralisée des finances publiques sur toute la zone euro. C'est bien pour cela que les allemands s'opposent à l'idée de voir la BCE (ou le Fonds européen) se transformer en prêteur en dernier ressort. L'idée serait de s'engager fermement à ce que seule la Grèce puisse bénéficier d'un tel soutien.C'est ce que dit Madelin. Mais je crains que les marchés ne soient plus prêts à accorder la moindre confiance à une telle parole. Conclusion : on est vraiment dans une impasse à laquelle il n'y a plus de solution.
Concernant le second point : tout à fait d'accord avec vous. De toute façon tout l'édifice s'écroule. Tout était fondé sur l'hypothèse d'une reprise économique durable aux USA et en Europe. Dès lors que celle-ci disparaît, tout s'effondre. Et ce sont généralement les récessions secondaires (du cycle autrichien) qui se transforment en dépression. Donc, gare aux dégâts !
"je suppose que si la BCE voit la valeur de ses fonds propres disparaître, il en résulte une massive crise de change pour l'euro - les dépôts étrangers en réserves vont s'évanouir"
Il me semble que non, hormis un effet psychologique imprévisible les fonds propres de la BCE n'apportent rien à l'euro. Faisons une expérience de pensée : les actifs de la BCE sont dépréciés de 100% dans la nuit, quelles conséquences pour les détenteurs d'euros ? Il a toujours cours légal et l'offre (M0) d'euros est inchangée. La planche à billets continue de tourner au même rythme, pas plus. La BCE ne rompt aucun engagement, aucun contrat, aucune promesse. Qu'elle ait de l'or ou de la paille dans ses coffres, c'est kif kif, non ?
P.S. C'est anecdotique mais ça me rappelle un article curieux du Code monétaire et financier qui explique que les actifs, ou certains actifs, de la Banque de France, sont insaisissables... On ne liquide pas une Banque Centrale ;)
"3) éviter le défaut à tout prix pour éviter la contagion, en reprenant la dette excessive des pays fragiles sur le bilan de l’ensemble des États. Éviter que ces crises n’arrivent de nouveau. C’était la stratégie de la France jusqu’au 25 Juillet. (Je l’ai soutenue, mais je dois constater que la stratégie allemande a gagné)."
Un "libéral" ne peut pas écrire cela. Car un libéral respecte le droit et la loi.
En plus, cette "solution" est hautement naïf.
@Henri : vous nous présentez des options apocalyptiques. Selon vous, que faut-il faire ?