Le 20 octobre 2011 : "Le nucléaire, arme ultime ou arme absolue ?" - deuxième séminaire de la série Défense
Par Institut Turgot le samedi 19 novembre 2011, 10:41 - Réunions - Lien permanent
Passionnante discussion que celle qui nous a réunis, le jeudi 20 octobre, pour le second séminaire consacré aux questions de Défense, avec pour intervenants Emmanuel Nal et Pierre-Marie Guillon sur le thème de l'arme nucléaire et la dissuasion.
Emmanuel Nal est enseignant à l'Université de Tours en philosophie et stratégie, chargé de cours à l'Université de Poitiers en géopolitique. Il a travaillé au CEREM (Centre d'études et de recherche de l'Ecole militaire), puis auprès de la DAS (Délégation aux affaires stratégiques) dans les domaines de la dissuasion, la dissémination nucléaire, la prolifération balistique, la défense anti-missiles et la maîtrise des armements.
Dans son remarquable exposé, bien structuré et très clair, Emmanuel Nal aborde toutes les facettes du jeu de la dissuasion. Il évoque tour à tour : 1) La problématique du nucléaire dans les années 1940-1950, 2) la philosophie de la dissuasion nucléaire, 3) les limites de la dissuasion, et enfin 4) les problèmes de la défense anti-missile balistique.
Il analyse en particulier tous les enjeux de pouvoirs qui se nouent autour de la détention de l'arme nucléaire.
Vidéo 2 : la critique de Pierre-Marie Guillon
Pierre-Marie Guillon est l'auteur d'un livre qu'il est venu présenter à l'Institut Turgot, au début de l'année : "Il faut supprimer l'Armée française". C'est d'ailleurs à la suite de la discussion suscitée par cette présentation qu'est venue l'idée d'organiser ce cycle de conférence sur la Défense.
Vidéo 3 : réponse d'Emmanuel Nal
Au cours de son intervention, très iconoclaste, très anti-conventionnelle, mais aussi très solidement argumentée, Pierre-Marie Guillon présente sa thèse en trois points : 1) Il existe des failles dans la dissuasion, 2) la guerre est désormais injouable, 3) aujourd'hui le pire danger est celui de la guerre économique.
Pierre-Marie Guillon conclue qu'il faut d'urgence supprimer la force de dissuasion. Il faut essayer d'imaginer autrechose que le jeu mené depuis la fin de la seconde guerre mondiale par les USA, et qui nous est imposé. Il faut en finir avec un budget sans fond qui est sans doute inutile.
Vidéo 4 : discussion avec la salle
Au cours de la discussion, un sujet fort discuté fut celui d'une éventuelle armée ou défense européenne. Un assez large consensus s'est établi dans l'audience, à quelques exceptions près, pour conclure que c'est quelque chose qui n'a aucune chance de jamais voir le jour. C'est une lubie typiquement française qui n'aurait aucun sens.
Commentaires
Affirmer que "la guerre (l'utilisation du nucléaire) est désormais injouable" est sans fondement. D'une manière générale qui peut prédire l'avenir?
On ne choisit pas son ennemi, c'est lui qui vous choisit.
La dissuasion repose sur l'idée que si un ennemi voulait utiliser le nucléaire sur la France, cet ennemi doit impérativement être persuadé que la même chose va lui arriver. (la loi du talion).
Les dépenses relatives à ces armes ne sont "militairement" utiles que si les Français (et les gouvernants) ont le mental qui est nécessaire pour leur utilisation éventuelle. C'est la vraie question.
Pour ce qui est des dépenses relatives à ces armes, il faut bien comprendre que compte tenu de la dégradation de la compétitivité des industries Française, elles assurent un minimum d'activité à des PME sous traitantes des grands groupes qui sont "maître d'oeuvre" (j'en connais).
Dans un pays où les entreprises ne sont pas assez compétitives, les dépenses militaires, si elles restent nationales, sont un moyen d'éviter les faillites. Donc affirmer que le budget du nucléaire militaire est "perdu" est faux actuellement en France. Pendant trente ans après la dernière guerre, c'est ce budget militaire qui a permi à de nombreuses PME de vivre.
De plus, le fait d'avoir une industrie militaire à la pointe a fait que la France a pu être exportatrice.
Mais la politique de réduction des budgets militaires a conduit l'armée à s'orienter vers des productions extérieures à la France (j'en connais).
Il n'y a pas que Peugeot qui délocalise!!! (Peugeot n'est qu'un exemple parmi cent autres)
Ceci participe au déficit du commerce extérieur.
Dans le même temps les gouvernants créent des "machins" avec une foule de fonctionnaires pour "soutenir" les PME en leur redistribuant les impôts excessifs prélevés.
Les gouvernants ont donc remplacé du travail "de production militaire" par du travail de "fonctionnaires redistributeurs".
Qui est le plus capable de nous défendre?
Parler des budgets militaires de manière isolée du reste de l'économie n'est pas sérieux.