Débat : où est le « véritable » islam ?
Par Yves Montenay le mercredi 8 septembre 2010, 19:21 - Article - Lien permanent
Lucien Oulahbib s’élève contre le projet de construire une mosquée près des tours détruites du World Trade Center de New York, et pour cela se livre à une réflexion générale sur l'islam.
L’argument central de ce document est la notion de « vrai islam » (en français, « véritable islam » serait préférable). Pour l’auteur, il s’agit de l’islam de Ben Laden, celui des autres musulmans n’ayant avec ce « vrai islam » que des différences de degré destinées à s’estomper.
Cette qualification de « véritable islam » pour celui de Ben Laden est tout à fait arbitraire.
Nous sommes dans les réalités humaines et sociétales, et ce qui compte ce n'est pas le classement théorique d'un universitaire occidental, mais la réalité ressentie. Or pour toutes êtres humains en situation normale, et c'est le cas de la plus grande partie des musulmans, vivre comme il y a 1400 ans et égorger ceux qui ne sont pas son avis, musulmans ou non, n'est pas considéré comme un idéal. Pour qu'il en soit ainsi, il faut être dans une situation particulière, par exemple de frustration ou d'humiliation poussée, prolongée et obsessionnelle, ou encore de délire idéologique en vase clos. On reconnaît là l'origine de nombreux terrorismes, de religions très variées, voire athées. Rien de spécifique à l'islam.
Si l’on interroge les musulmans, ils déclarent massivement : « le véritable islam » c'est le mien, et non celui de cette bande de fous dangereux. On l'a vu en Algérie, où les conditions étaient pourtant « idéales » (frustration et humiliations prolongées par le contexte polititico-social) et où néanmoins, après un temps d'hésitation, la population a cessé son soutien aux islamistes violents, qui ont donc perdu la guerre civile (« nous préférons des voleurs à des assassins »). Ça n’empêche pas les couches populaires algériennes d’être très pieuses. Ce n’est pas un problème religieux.
Maintenant, du point de vue d’observateurs extérieurs, quels sont les éléments qui permettraient de dire où est le « véritable » islam ? Je vais être bref car cette question a déjà été abordée sous un autre angle dans mes messages à l'institut Turgot. La réponse du spécialiste occidental qualifié est en général : « les textes », c'est-à-dire le Coran et la sunna (la tradition reconnue). Cette approche a son mérite, mais aussi ses limites. D’abord parce que l'interprétation des textes, est diverse, à commencer par le premier terme : « islam » généralement traduit par « soumission » (à Dieu), alors que cette signification est contestée par des lettrés. Pour mille raisons historiques, pour d'autres tenant à la langue arabe de l'époque de Mahomet et à la manière dont le Coran a été transcrit en deux étapes, l'interprétation du mot à mot est très discutée, sans qu’une autorité centrale puisse trancher. Et je ne parle pas de l'itjihad, qui consiste à rechercher l'esprit du texte au-delà du mot à mot, et qui fleurit chez les musulmans « libres », c’est-à-dire en Occident, en Inde et dans les pays musulmans où la discussion n’est pas encadrée par les politiques, ce qui est le cas, dans une certaine mesure, au Maroc, en Tunisie, en Turquie, en Indonésie et j’en oublie.
Certes, dans les pays moins libres, les islamistes martèlent « le Coran est notre constitution » (justement parce qu’il ne l’est pas), et certaines lois locales ou la pression sociale poussent à son respect. Mais ceux qui connaissent le Coran savent bien que malgré ces slogans islamistes, il n'est pas bâti comme une constitution : c’est une sorte de poème dans lequel on trouve à la fois des dispositions ponctuelles précises, d'ailleurs parfois contradictoires, et beaucoup d'images et d'allusions historiques dont il faut s'inspirer (comme dans une bonne partie de la Bible, dont ailleurs il reprend plus ou moins fidèlement une bonne partie).
De plus l'islam des musulmans est influencé par leur environnement immédiat, livresque s'ils font partie de la petite minorité lettrée, social pour les autres qui, arabophones ou pas, ne peuvent pas plus le lire que les Français du Moyen Âge ne lisaient la Bible en latin. Or les mécanismes sociaux peuvent être puissants, mais ne sont pas immuables comme on peut le constater en voyant l'immense variété des comportements d'un pays à l'autre, d'une classe sociale à l'autre, d'un niveau d'instruction à l'autre, les moins instruits étant souvent plus modérés que les intellectuels « excités ». Ceux qui ne le sont pas ont produit nombre d’ouvrages et participent aux débats universitaires ou grands public, notamment sur Internet. Donc dire « s’il y avait un islam différent de celui de Ben Laden, ça se saurait » est un préjugé et non le résultat d’une observation.
Mais surtout, à ces interprétations variées par les lettrés puis les traditions nationales ou sociales, s’ajoute le fait que les individus ne sont pas des machines. Les textes et traditions sont certes très importants, mais les hommes et les États subissent aussi d'autres influences ou contraintes. Finalement, il n'y a pas de «vrai » ou de « faux » islam, il y a des musulmans, c’est à dire des individus qui, les uns, suivent les textes à la lettre (ce qui laisse encore de la marge, nous l’avons vu) et les autres, qui, consciemment ou non, interprètent les textes en tenant compte d'autres facteurs, et produisent donc un autre islam, qui ne sera ni plus ni plus ni moins "vrai" que l'autre, voire qui se découvriront un jour athées ou « des trois religions à la fois ». J'en connais quelques-uns.
Ce n’est pas aux libéraux qu’il faut rappeler que les individus d'un groupe humain ne se réduisent pas à ce groupe : les Français ne sont pas tous coiffés d'un béret, tenant des propos racistes et grignotant leur baguette. Cela bien qu'ils soient citoyens d'un pays bien défini, gouverné par un gouvernement représentatif (en tout cas davantage que celui d'autres pays), qui a des programmes scolaires nationaux etc. Or il est encore moins justifié d'assimiler chaque musulman à un islam défini arbitrairement, qu'il ne l'est d'assimiler chaque Français à la France, car l’islam n'a pas de pape et est éclaté en d’innombrables variantes, sectes, écoles… Dont les soufis signalés par l’auteur, qui sont très nombreux, même si leur individualisme et leur apolitisme les fait échapper aux médias. De même pour les Alevis de Turquie et bien d’autres.
Il résulte de tout cela que faire une entorse à la liberté de culte américaine en bloquant une mosquée près du lieu du drame de New York, alors qu’elle est administrativement autorisée, serait assimiler « les musulmans » à la fraction terroriste qui a commis l’attentat, ce qui d’une part ne correspond pas à la réalité, et d’autre part fera le jeu des extrémistes vers qui se retourneront une partie de ceux qui seraient ainsi ostracisés.
Il faut au contraire montrer ce qu’est un État de droit, non seulement dans ce cas, mais aussi en sanctionnant judiciairement les musulmans qui ne respecteraient pas la loi du pays d’accueil ou s’apprêteraient à troubler l’ordre public. D’ailleurs la jurisprudence religieuse de l’islam est très claire sur ce point : un musulman doit respecter les règles du pays où il réside, même si elles sont contraires à sa religion. Si la différence lui devient insupportable, il doit émigrer : ceux qui réduisent l’islam à ses textes impératifs ne devraient pas oublier ce point ; de leur côté les imams devraient le rappeler à leurs ouailles.
Commentaires
Je dis juste que l'islam de Ben Laden est, contrairement à ce qu'en dit Obama et consorts, le "vrai" (true) islam. Il ne sépare qu'en degré avec le nationalisme arabe.
pour en savoir plus : http://www.controverses.fr/pdf/n3/o...
et aussi la revue de Daniel Pipes : http://www.meforum.org/
Cet article est un morceau d'anthologie de déni des réalités.
Les étatsuniens ont parfaitement raison de considérer que l'islam est incompatible leurs libertés de religion et d'expression, entre autres valeurs fondatrices de leur civilisation. Il est temps d'y mettre un frein.
Concernant la liberté d’expression, il me semble qu’après Salman Rushdie, Van Gogh, les caricaturistes danois, Ayaan Hirsi Ali et tant d’autres, un observateur objectif ne peut que constater que l’islam est une menace mortelle.
Rappelons aussi le principe d’interdiction de « diffamation des religions » cher à l’OCI, l’ONU des pays musulmans – qui d’ailleurs sa propre "déclaration des droits de l’homme en islam", c’est dire à quel point nos cultures sont inconciliables.
Mohamed lui-même commandita plusieurs meurtres pour faire taire critiques et moqueries envers l’islam, il est donc légitime de considérer qu’il s’agit-là d’une intolérance propre à l’islam.
Car n’en déplaise à M. Montenay, l’islam n’est pas une auberge espagnole, et on ne peut nier les faits pour complaire à la bien-pensance ou aux musulmans incohérents.
Concernant la liberté de conscience, rappelons que le principe selon lequel tout apostat de l’islam doit être tué est tenu pour intangible par toutes les écoles d’interprétation musulmanes. Comme l’appartenance à l’islam est considérée comme transmise automatiquement par le père, on voit que l’islam ne laisse aucune part à la liberté de conscience de l’individu.
Ainsi, l'université Al Azhar du Caire (où Obama a prononcé son discours d'apaisement) a lancé une fatwa de mort contre Mohamed Hegazy, égyptien musulman par sa naissance mais ayant demandé le statut de chrétien à l'État égyptien, afin de pouvoir éduquer ses enfants dans sa foi et celle de son épouse. Comme toujours la fatwa précise qu’il est du devoir de tout musulman d’exécuter la sentence, ce qui rend l’islam incompatible avec la notion occidentale d’État dépositaire du monopole de la coercition.
Bien entendu l’État égyptien n’a pas accédé à la demande de M. Hegazy.
Comble de raffinement, la fille de M. Hegazy devra choisir l’islam au plus tard à ses 10 ans pour ne pas être elle-même « exécutable ».
L’Égypte n’est pas un cas isolé parmi les pays musulmans, il y a même bien pire.
Un sondage Pew conduit au Pakistan récemment a constaté que 80% de la population y soutien la punition de mort pour apostasie.
http://pewresearch.org/pubs/1312/pa...
On pourrait continuer d’aligner les exemples jusqu’à la nausée et bien au-delà .
Noter que la même intolérance fanatique se retrouve dans des pays de culture très éloignée, qui n’ont que l’islam en commun : Pakistan, Iran, Nigéria, Indonésie, Arabie Saoudite… Dès lors comment croire que les conséquences en seraient autres sur notre sol ?
Pour nous rassurer, nous n’avons que les déclarations suaves des autorités islamiques en pays occidental qui, après chaque attentat, nous disent très exactement ce que nous voudrions entendre, et que nos politiciens s’empressent de reprendre à l’unisson.
Quelle inconséquence.
Lorsque le discours contredit les actes, il faut croire les actes.
En réponse à Vae Victis
Ce n'est pas par ce que l'ETA et l'IRA ont le catholicisme en commun qu'il faut en déduire que le catholicisme est terroriste. La police arrête et abat au besoin les terroristes de ces organisations, comme elle le fait pour les terroristes islamistes. Par contre le délire de ces associations dans leurs journaux, leurs tracts ou leur proclamations ont été tolérées comme l'expression de la liberté, très regrettable certes, mais parce que les interdire aurait amené à ressembler à ce que l'on dénonçait.
Je ne m'occupe pas de « l'islam » entité abstraite fantasmée aussi bien par des musulmans fanatiques que par des Occidentaux inquiets (l'inquiétude est compréhensible, mais ne doit pas mener à l'aveuglement). Je m'occupe des musulmans qui sont des hommes et des femmes qui ont également envie de calme et de sécurité.
Il est certain que dans les pays non démocratiques, musulmans ou non, la prise de pouvoir sélectionne par définition des gens y accédant par la force, donc de brutes, voire des barbares. C'est arrivé en Europe à l'époque pré-démocratique, notamment en Russie en 1917, voire, en période quasi démocratique, en Allemagne en 1933. Et les concurrents de ces brutes en sont également, que ce soient les Frères musulmans de naguère, les milices chiites d'hier ou le FIS algérien d'avant hier. Mais ce n'est pas en injiuriant l'épicier musulman du coin ou la beurette du guichet de la BNP qu'on fera avancer la question ! Je vais sur place et expose tout ce qui peut dégonfler les préjugés des musulmans sur l'Occident, symétriquement à ce que je fais ici.
Je suis tout à fait d'accord pour combattre les nazis d'aujourd'hui qu'ils soient musulmans ou Coréens du Nord, mais pas pour qualifier de nazis des gens qui ne le sont visiblement pas si on se donne la peine de les fréquenter.
M. Montenay, pardon pour cette réponse tardive, le temps m’a manqué.
Il est évidemment faux de prétendre que l’islam n’ait aucun contenu, qu’il s’agisse d’une sorte d’auberge espagnole.
Il a des textes, une longue histoire, des écoles d’interprétation.
Il véhicule une vision du monde et de l’homme.
On ne peut pas classer tous les musulmans dans un même stéréotype, mais on peut considérer, d’une part, l’effet de l’islam sur les sociétés humaines, et d’autre part le contenu du Coran et la biographie de Mohamed, essentielle pour l’interpréter.
L’effet de l’islam sur les sociétés humaines et facile à considérer puisque, du Pakistan au Maroc en passant par l’Iran, l’Indonésie ou le Nigéria, il existe un grand nombre de sociétés musulmanes issues de cultures initialement très éloignées. Or on constate des similitudes frappantes dans les développements que l’islam y amène, qui n’ont rien de rassurant, et qui, curieusement, semblent être l’application de la charia.
Comment l’expliquer si l’islam n’avait pas de contenu ?
Comment croire que notre pays puisse y faire exception ?
Il est un fait que les pays musulmans excluent les libertés de conscience et d’expression au nom de l’islam. Les autorités religieuses aussi, qui s’autosaisissent des cas d’apostasie ou d’irrévérence envers l’islam pour prononcer des sentences de mort, même à l’encontre d’infidèles, sans frontières.
Il est un fait que cette intolérance rencontre l’assentiment des populations des pays musulmans, qui y participent activement ou tacitement (voir par exemple http://pewresearch.org/pubs/1312/pa... ou http://www.valeursactuelles.com/act...).
Dans plusieurs pays musulmans, la Bible est interdite; dans la plupart, elle est dangereusement compromettante pour un musulman.
Selon vous, il faudrait voir dans ces faits une série de coïncidences sans rapport avec l’islam, pour ne pas peiner votre épicier et votre guichetière.
Excusez-moi, Monsieur et Madame, de voir ce que je vois…
En Occident même, on ne voit de musulmans manifester dans nos rues que contre notre liberté d’expression et de conscience, de Rushdie aux caricatures danois, et en général en réclamant un mort.
Quelque imam vient promptement nous assurer que l’immense majorité des musulmans sont modérés, mais on ne voit jamais ces assurances se concrétiser par une manifestation de musulmans modérés pour la défense des libertés contre les islamistes.
Votre amalgame avec l’IRA n’est pas sérieux.
La problème du terrorisme n’est pas le fond, c’est un moyen de lutte dissymétrique, employé par les islamistes avec une barbarie que l’IRA est très loin d’approcher.
Mais on fait jamais la guerre pour elle-même.
Le combat de l’IRA est le prolongement d’un conflit lors duquel un pays en a envahi un autre. L’enjeu n’est pas confessionnel mais territorial : La confession est loin d’être la seule différence entre un irlandais et un britannique.
L’objectif des islamistes est, ultimement, de soumettre le monde à un pouvoir musulman totalitaire, théocratique, appliquant strictement la charia. Dans l’immédiat, d’interdire l’expression, orale ou écrite, de toute critique envers l’islam et Mohamed, sous peine de mort.
Ce projet est cohérent avec l’exemple de Mohamed et l’histoire du monde musulman, qui s’est étendu en grande partie par la guerre, qui a toujours instauré une théocratie appliquant la charia, et qui a toujours puni de mort l’apostasie.
Les terroristes islamistes sont une frange particulièrement pressés de châtier les manquements à la charia, et de combattre « dans le sentier d’Allah », puisque le Coran l’exige.
Mais ce qu'il faut contrer à tout prix pour sauver notre civilisation, c'est le dessein ultime de tous les islamistes: Nous soumettre à une théocratie appliquant la charia.
Alors, que dire à votre épicier et à votre guichetière ?
Que l’islam est bien la cause des horreurs islamistes, qu’on ne peut pas vouloir à la fois la charia et la démocratie, et que Mohamed est un exemple déplorable.
Que tout espoir de « positiver » l’islam est vain.
Qu’élever un enfant dans l’islam et le respect de la démocratie, c’est le mettre devant un dilemme.
Un homme peut vivre avec ses contradictions en lui, mais à l’échelle d’un pays un conflit de valeurs inconciliables mène à la guerre civile.
"Je suis tout à fait d'accord pour combattre les nazis d'aujourd'hui qu'ils soient musulmans ou Coréens du Nord, mais pas pour qualifier de nazis des gens qui ne le sont visiblement pas si on se donne la peine de les fréquenter."
Je souhaite rappeler à l'auteur que l'épicier allemand en 40 ou la guichetière allemande n'étaient pas inscrit au parti nazi et que l'on ne pouvait pas non plus les qualifier de nazi (ils étaient même charmant et très fréquentable), n'empêche que lorsque les horreurs furent commises, eux comme vos musulmans actuels, au mieux ne firent rien pour les empêcher, au pire les approuvèrent et donnèrent leur concours.
Vous défendez l'indéfendable. C'est triste pour la démocratie.