Crise du Capitalisme et du Libéralisme? Soyons Sérieux!
Par Charles Gave le vendredi 9 septembre 2011, 12:52 - Article - Lien permanent
Quiconque qui lirait la presse de notre pays pour se renseigner sur la crise financière actuelle, acquerrait automatiquement la conviction que le pelé, le galeux c’est bien entendu la capitalisme (inefficace et injuste, cela va sans dire), sous tendu qu’il est par cette abominable idéologie qu’est le Libéralisme.
Voilà qui est pour le moins surprenant pour quelqu’un qui se contente de regarder les faits pour essayer de comprendre…ce qui est après tout le minimum pour un esprit scientifique.
Nous ne sommes en effet pas du tout, mais pas du tout dans une crise du capitalisme, mais tout simplement dans une crise des Etats qui ont pratiqué avec beaucoup d’allégresse ce que j’ai appelé le social-clientélisme qui consiste a acheter les voix des lecteurs en émettant de la dette que nos enfants ou petits enfants devront repayer . Or le principe essentiel de la Démocratie (qui a vu le jour en Angleterre) a toujours été «pas de taxation sans représentation» et pourtant nous taxons allégrement nos descendants alors même qu’ils ne sont pas encore nés et donc bien incapables de voter.
En réalité, nous sommes en face non pas d’une crise économique mais bien d’une crise d’un dévoiement de nos systèmes politiques, capturés par une technocratie à la fois triomphante et incompétente, ce que chacun peut constater tous les jours.
Le capitalisme quant à lui se porte comme un charme, non seulement en Asie ou en Amérique Latine mais encore dans nombre de nos pays tels la Suède, le Canada, l’Australie, la Finlande l’Autriche, le Danemark, tous pays ou la population est soignée, éduquée, nourrie et prend sa retraite sans aucun souci-tout simplement parce que le capitalisme y règne et que la classe politique locale , contrôlée par les peuples, y fait son travail convenablement. Ces pays ne connaissent rien des affres que nous traversons et ils ont tous une caractéristique commune: ils ont remis de l’ordre dans leur Etat depuis un grand moment (Citons la Suède en 1992,ou le Canada a partir de 1994 par exemple).
Par contre, dans les pays qui ont refusé de contrôler le Moloch, on constate partout le même phénomène : la part dans le PNB de ce que j’appelle le secteur communiste (représenté par la production de biens et de services où la concurrence n’est pas autorisée) a cru en moyenne de 1% par an de plus que la part du secteur capitaliste, où concurrence et prix libres sont la règle. Comme ces secteurs non concurrentiels sont par définition toujours en déficit, la dette garantie par l’Etat qui les contrôle, explose, ce qui met en danger la capacité de ces états à emprunter.
Nos Etats, pris en otage par le personnel occupant ces secteurs, sont entrainés dans cette spirale infernale de la dette et la musique s’arrêtera (comme elle est en train de s’arrêter dans l’Europe du Sud), le jour ou les étrangers refuseront de continuer à financer ce qui est à l’évidence insoutenable. Il ne s’agit donc en rien de je ne sais quelle « tyrannie des marchés financiers » ou « mur de l’argent » mais tout au plus de l’application a nos économies du vieux « principe de réalité » qui veut que personne ne puisse vivre au dessus de ses moyens indéfiniment. Le reste du monde n’a aucune raison de continuer à subventionner la France ad vitam aeternam et le reste du monde ne le fera pas.
Et donc nous allons nous heurter inévitablement a une réalité inconcevable pour le haut fonctionnaire de base «Il ne va plus y avoir d’argent», ce qui d’après mes calculs devraient se passer entre 2012 et 2014
Quand il n’y a plus d’argent, il n’y a plus d’argent ;et défiler derrière des drapeaux rouges ou noirs ne changera rien à cette dure réalité.
Pour faire simple, nos Etats sont au bord de la faillite exactement comme l’était l’Union Soviétique en 1988 et pour les mêmes raisons, ce que chacun peut comprendre.
Ce que nous sommes en train de vivre en 2011 c’est l’acte II de l’effondrement des idées communistes, et c’est bien sur une bonne nouvelle- à long terme.
Allons plus loin et imaginons que nos hommes politiques décident dans leur grande sagesse qu’il faille taxer plus l’économie capitaliste pour boucher les trous de l’économie communiste.
Ils ne feront bien sùr que transférer ce bien rare entre tous qu’est le capital de ceux qui ont une forte rentabilité du capital investi (le secteur privé) vers ceux qui ont une rentabilité négative (le secteur public) et donc le taux de croissance de l’économie continuera sa baisse structurelle, les rentrées fiscales s’effondreront, le chômage montera et avec lui les déficits budgétaires et la dette (Voir les exemples Grecs et Italiens récemment ou la politique Laval en 1934).
La réalité est donc toute simple: nous sommes en train d’arriver à la fin des mythes Keynésiens qui stipulent que les dépenses de l’Etat créent de la croissance.
Chaque accroissement du poids de l’Etat dans l’économie s’est en effet toujours traduit par une baisse du taux de croissance structurel de cette même économie dans les années suivantes. Quand, après des années de « politique de soutien de l’activité » le taux de croissance de l’économie tombe en dessous des taux d’intérêts, le pays rentre dans ce que Keynes appelait une « trappe à dettes » et la crise financière est inéluctable.
Nous y sommes
La grande affaire des 10 ans qui viennent ne va donc pas être la réforme des systèmes bancaires et économiques, mais bien la réforme de nos Etats.
Keynes avait l’habitude de dire à ceux qui lui disaient que ces solutions ne marcheraient pas à long terme « Monsieur, à long terme nous sommes tous morts »
Pour en terminer avec celui dont les idées dévoyées sont à l’origine de tant de nos problèmes actuels, la réalité est encore une fois toute simple. Nous sommes dans le long terme et Keynes est mort.
Commentaires
Un grand bravo à Charles Gave !
A propos de Keynes, je ne me lasse pas de rappeler ce qu'en a dit un jour Ludwig von Mises : "Je ne reprocherai jamais à Monsieur Keynes d'avoir écrit "à long terme, nous serons tous morts". C'est même la seule phrase exacte de tout son livre"
Les QE à répétition aux Etats-Unis et bientot en Europe c'est une victoire du capitalisme ?
Moi j'y vois plutot une sorte de soviétisme.
"Nous sommes dans le long terme et Keynes est mort." Eclairante démonstration de l'irresponsabilité et de l'égoïsme sans limite des théories de Keynes.
M. Gave,
Vous dites "qu'il n'y a pas de crise du capitalisme", sous-entendant que le capitalisme est un bon système qui est mis à mal par les interventions successives des états mal gouvernés. Cette mauvaise gouvernance serait due selon vous à l'idéologie keynesienne et inadaptée des technocrates qui nous gouvernent. j'espère par ce court résumé n'avoir pas trop biaisé l'idée générale de votre article.
Le mal ne viendrait donc que des états. Soit, les états sont bien gouvernés et le capitalisme peut s'exprimer dans toutes ces qualités, soit le capitalisme a des problèmes et cela serait du à l'interventionnisme étatique. Il est vrai qu'une bonne gouvernance est une condition absolument nécessaire à la prospérité, au bon développement de tous tous les concitoyens. Il me semble qu'il y ait toutefois une grosse omission dans vos hypothèses de départ : je veux parler du fait que les élites qui nous gouvernent sont aussi grandement influencées dans ses choix par les élites capitalistes, soit par le lobbying, soit par les transferts de décideurs du milieu privé vers le milieu publique et inversement, soit par la corruption tout simplement. D'après moi on ne peut parler d'incompétence des élites technocratiques sans parler de la recherche excessive "d'éfficacité" (pour ne pas dire recherche de profit plus abondant, voire de rapacité) des élites capitalistes. Il a bien fallu sauver les banques (capitalistes) ! alors que la question des dettes des états n'étaient pas à l'ordre du jour. Il s'agissait, si je ne m'abuse, un problème de subprimes et de produits dérivés.
Le système capitaliste, idéalement libéral, offre plein de possibilités aux citoyens de créer de la richesse. Malheureusement, c'est aussi un de jeu de monopoly au cours duquel les richesses et donc le pouvoir se concentre entre les mains d'un nombre toujours plus restreint. Le capitalisme actuel est-il toujours aussi libéral lorsque ce sont les grands industriels et les grandes banques qui décident dans le domaine économique? Le capitalisme est-il en bonne santé ?
Si c'est encore la faute de l'état qui a mal fait son travail de contrôle et de régulation, cela signifie-t-il qu'il faudrait plus de contrôle de l'état ?! Non, oubliez, c'est une blague.
@ mirza
Préalable nécessaire à la création de richesses, l'accumulation du capital ne devient une forme de pouvoir qu'à la condition d'interventions étatiques favorisant telle ou telle clientèle politique au détriment du reste de la société. Par cette dérive économique, les hommes de l'Etat entendent mieux contrôler la société à leur profit.
Les monopoles, oligopoles et cartels ne peuvent se maintenir sans la passivité ou la complicité des fonctionnaires, qui les sauvent de la faillite, leur octroient des marchés, imposent des tarifs de complaisance ou édictent des règlements stérilisant la concurrence. Cas pratique édifiant : la France...
Il arrive un moment où on ne peut plus distinguer qui corrompt qui, de l'Etat ou de l'oligarchie. Mais peu importe finalement, c'est le rétablissement de la concurrence qui compte : aucun monopole ne peut lui résister.
Samedi 10 septembre 2011 :
Le ministre allemand des Finances prédit une faillite de la Grèce.
Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, se prépare à une faillite de la Grèce, affirme l'hebdomadaire allemand der Spiegel à paraître dimanche.
Selon le journal, les fonctionnaires du ministère ont élaboré deux scénarios : dans un premier cas, la Grèce garde l'euro, dans le second elle réintroduit la drachme.
Un porte-parole du ministère allemand des Finances n'était pas immédiatement joignable pour commentaire.
Dans les scénarios développés par Berlin, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) devrait jouer un rôle clé.
Seraient proposées des lignes de crédit préventives censées porter secours à l'Espagne et l'Italie, au cas où les investisseurs ne voudraient plus payer après une faillite de la Grèce.
Les banques de nombreux pays européens devraient également nécessiter les aides du fonds.
@ bubulle
Merci pour votre très synthétique et très convaincante explication.
@ bubulle et mirza
Je ne suis pas totalement convaincu par la réponse de bubulle à mirza. Je ne reviendrai pas sur la collusion manifeste entre le hommes politiques et le "grand capital" comme disait Marchais. Il reste que dans bien des secteurs je vois mal comment la concurrence peut faire reculer les oligopoles. Je pense à tout ce qui ressemble de près ou de loin à de l'industrie lourde : acier, aluminium, chimie de base, production et transport d'électricité, de gaz, extraction et raffinage de pétrole et je m'arrêterai là.
Certes l'économie ne se réduit pas à cela mais ça me parait déja suffisant pour alimenter la collusion citée plus haut. Je ne crois pas être anti libéral mais je vois ce que je vois et les facteurs techniques s'imposent. Faut-il regretter l'échec de l'expérience de Mao qui voulait produire de l'acier dans tous les villages ? Je vois dans ces facteurs techniques la principale raison qui s'oppose au succès du libéralisme dont beaucoup rêvent.
Il est exact qu'il existe des secteurs où les conditions technico-économiques de production entraînent des économies d'échelle qui favorisent l'émergence de monopoles naturels, ou plutôt d'oligopoles.
Le libéralisme dit simplement que l'Etat ne doit toujours pas intervenir, et surtout pas pour protéger ces quasi-monopoles ou en faire de vrais monopoles, mais au contraire s'assurer qu'ils restent bien soumis à la concurrence.
Les quasi-monopoles restent limités dans le temps car ils ne résistent pas aux innovations technologiques ou même à la baisse du coût des transports. S'il entend protéger le monopole contre l'innovation au prétexte de la souveraineté nationale, l'Etat agit contre l'intérêt global de la population au profit d'une clientèle politique.
L'exemple de l'électricité évoqué par par Olivier Ferry est intéressant. Concernant le transport de l'électricité, nous sommes probablement dans une situation où la concurrence physique des réseaux serait absurde. L'action de l'Etat est alors légitime, jusqu'à ce qu'un progrès technique la rende inutile.
En revanche, rien ne justifie que la production d'électricité soit confiée à un monopoleur. La France pourrait présenter une centaine de producteurs parfaitement indépendants, certains spécialisés dans le nucléaire, d'autres dans l'hydraulique ou le gaz de schiste, d'autres encore combinants plusieurs énergies, etc.
L'innovation technologique permet aujourd'hui une concurrence effective entre producteurs mais l'Etat empêche la concurrence d'émerger, et c'est actuellement la contrainte de l'Europe sur les fonctionnaires français qui permet d'avoir quelques avancées dans ce domaine. Encore une bonne raison de rester dans l'Europe et dans l'euro.
@ l'auteur
Je ne partage pas votre point de vue et, dans les circonstances actuelles, je trouve tout de même très surprenant de lire que " le capitalisme se porte comme un charme ". L'Etat Providence est, certes, en faillite. Les conséquences sociales de ce dépôt de bilan s'annoncent très dures ; y compris dans nos pays avancés.
Mais l'Etat Providence n'est-il pas en faillite car, depuis des décennies, il essaie de panser les plaies d'un libre-échangisme sans limite ? Je suis libéral mais je n'ai jamais compris le dogme du libre-échange qui a causé tant de ravages industriels et sociaux dans nos pays. La confusion du libéralisme et du libre-échangisme est très dangereuse pour la défense du libéralisme lui-même. Il me semble que le libre-échange n'a du sens (économique, industriel et social) qu'entre pays partageant des niveaux de développement comparables et présentant une intégration politique minimale. Le Marché Commun (dans sa version initiale des années 80) devait présenter ces avantages tout en étant vaste de façon à garantir une indispensable concurrence. Malheureusement, nos hommes politiques ont commis une très grave erreur en oubliant peut-être l'essentiel : la préférence communautaire.
N'en déplaisent aux grandes firmes multinationales qui sont, bien sûr, les grandes gagnantes du dernier quart de siècle.
La ruine de l'Etat Providence n'est, donc, selon moi pas une cause mais, au moins partiellement, une conséquence.
Le capitalisme, lui, vit une nième crise du crédit. Ce n'est pas la première ni sans doute la dernière. Les crises du XIXème siècle tout comme la crise de 1929 étaient, finalement, elles-aussi des crises de crédit.
Ce qui est, en revanche, inédit, c'est le gigantisme des cumuls de dettes à travers le monde. Il y a de quoi avoir le vertige. Ces dettes qui sont autant de promesses de payer ont été monétisées à outrance ; dans des proportions qui - il faut le concevoir - menacent tout le système économique mondial. Cet excès n'est-il pas le cancer de notre capitalisme actuel ?
Comment sur de telles bases pouvez-vous affirmer que " le capitalisme se porte comme un charme " ? J'ai du mal à vous suivre.
Ces querelles sur la défaite supposée (ou le triompe) du libéralisme sont stériles. C'est quoi, LE libéralisme ? La vision déréalisée qu'en ont les économistes qui nient, par ignorance, la dimension politique des sociétés humaines ? Ou la réalité, toujours mixte d'Etat et de marché ? L'avènement de banques too big to fail, par exemple, est une limite du marché, et une défaite de la régulation étatique (encore qu'avec le recul le Glass-Steagall Act était tout de même pas mal). Donc, défaite du marché ou de l'Etat ?
@ BenoitB : le libre-change n'a strictement rien à voir avec la crise actuelle, qui est une crise de la dette publique et des banques géantes. De ce point de vue, l'euro est également une question secondaire sur laquelle se focalisent ceux qui, depuis les origines, le haissent par idéologie et parce qu'ils n'en comprennent pas la dimension poilitique.
Arrêtons les enfantillages et comportons-nous en intellectuels, en PROPOSANT la moins mauvaise des solutions à la crise actuelle. Si l'intellectuel sert à quelque chose, c'est à cela, oui ? Parce que si c'est pour se limiter à commenter le passé, tout le monde peut le faire.
@ Drieu
" Le libre-échange n'a strictement rien à voir avec la crise actuelle [...] "
Le ton est plutôt péremptoire et je ne vois pas en quoi votre réponse est celle d'un intellectuel. J'oubliais que le libre-échange (sans limite raisonnable) est un dogme sur ce blog.
on commence à avoir des doutes, même dans "Valeurs actuelles"
http://www.valeursactuelles.com/par...
@ toto : excellent papier de Stéphane Denis, merci pour la référence ;-) Il y a du vrai dans ce qu'écrit Stéphane Denis. Toutefois je ne crois pas que nous, libéraux, nous soyons trompés sur les fondamentaux : liberté, règne du droit, responsabilité, entreprise (plutôt que soumission, rule of the mob, irresponsabilité, etc.). Notre erreur aura été de ne pas voir - des auteurs comme Hayek, pourtant, nous y invitaient - que le marché bourgeonne parfois de manière néfaste et qu'il y a place pour des garde-fous publics (ou privés/publics, tels que la FDIC aux USA, qui est une remarquable réussite), surtout quand ledit bourgeonnement enfle de manière aussi obscène que notre merveilleux système financier et ses champions "too big to fail". Les intellectuels libéraux doivent penser et théoriser les limites du marché et les remèdes les plus appropriés.
@Benoît : le problème n'est pas le libre-échange. Quelle perversion voyez-vous au fait qu'un Français puisse acheter ce qu'un Australien, Américain, Chinois ou un Sud-Coréen a produit, et inversement ? En quoi y aurait-il progrès à tronçonner le monde en zone échangeables et non échangeables ? Ne voyez-vous pas l'arbitraire inhérent à ce type de démarche ? Sachant que la dernière des tablettes numériques mobilise des composants et de la main d'oeuvre sur les 5 continents, vous faites quoi, interdire les IPAD, ou forcer Apple à venir les fabriquer dans le Larzac ? Ignorez-vous que le "Smoot-Hawley Tariff Act", législation protectionniste que fit adopter le grand Roosevelt en 1930, est unanimement considérée comme l'une des causes déterminantes de la grande dépression ? Voyez-vous un inconvénient à ce que la locomotive économique de l'Europe le doive à ses exportations ? Ou que des centaines de millions d'êtres humains s'extirpent de leur misère par l'échange ? De toute façon, rassurez-vous : les Chinois sont comme nous. Ce qu'ils veulent aujourd'hui, ce sont des augmentations de salaire. Il va donc falloir trouver autre chose pour expliquer les malheurs de la France.
Le problème n'est pas le libre-échange, il est de le pratiquer avec des Etats tricheurs comme la Chine (lisez Sorman sur le sujet, c'est un intellectuel libéral qui a le mérite de s'intéresser à la réalité, pas seulement à des hochets théoriques). OK sur ce point. Mais la solution est dans le renforcement de mécanismes tels que l'OMC, et sa juridiction, pas dans le retour aux sanctions unilatérales.
@ Drieu
Vous êtes brutal dans vos commentaires.
Modestement, je crois connaître correctement les théories économiques classiques autour de l'échange ; pour les avoir étudiées d'ailleurs. L'exemple " tarte à la crème " de l'IPAD - certains parlaient des produits de General Motors il y a une quinzaine d'années - est bien connu et je ne vois pas vraiment en quoi il devrait me convaincre de quoi que ce soit.
Le repli sur soi - généralisé - et la hausse non raisonnable du protectionnisme au cours des années 30 sont effectivement des conséquences très fâcheuses de la Crise de 1929 mais non des causes de cette crise. Au cours du XIXième siècle, de grandes puissances se sont développées et ont vu leurs populations améliorer considérablement leurs niveaux de vie alors qu'elles étaient très protectionnistes. La crise de 1929 a été une crise violente consécutive à un excès d'endettement ; en cela je ne pense pas qu'elle ait été bien différente de précédentes crises du XIX ème siècle.
Mon premier commentaire, loin de s'opposer à votre diagnostic (excès d'endettement public et problèmes structurels des systèmes bancaires) que je partage, souhaitait simplement porter l'interrogation sur l'origine de l'endettement public considérable de la plupart des pays occidentaux. Si en 1929, les structures d'endettement des pays étaient naturellement encore étroitement liées aux conséquences de la Première Guerre Mondiale, pour quelles raisons historiques / majeures les pays occidentaux (notamment) sont-ils - publiquement - si endettés aujourd'hui ? C'est dans le cadre de cette réflexion qu'il me semble raisonnable de souligner vigoureusement à la fois les conséquences sociales négatives du libre-échange sans limite et les dépenses sociales induites que l'Etat Providence a du engager pour faire face et rester fidèle à ses conceptions.
Modestement toujours, les théories classique de l'échange m'ont toujours semblé négliger que les hommes ne sont pas facilement interchangeables, que les ouvriers d'hier ne peuvent devenir en 10 ou 20 ans des ingénieurs, des financiers ou autres " manipulateurs de symboles " surfant sur la vague de la mondialisation etc...
De fait, aujourd'hui, comment ne pas voir que le libre-échange sans limite a été un facteur puissant de désindustrialisation / délocalisation et qu'il a exclu une part importante des citoyens français et européens des emplois stables correctement payés.
Il me semble qu'une économie de marché moderne ne peut se développer harmonieusement sans cadre politique stable, sans conviction politique partagée. Il me semble que l'horizon géographique du libre-échange ne devrait pas dépasser l'horizon géographique politique. Cette condition n'est-elle pas nécessaire à un échange économiquement et socialement positif ? Comment, sur cette base, concevoir et soutenir le libre-échange à l'échelle mondiale ? Faudrait-il compter pour cela sur une Gouvernance mondiale efficace ? Ce que nous ne sommes pas parvenus (pour le moment) à réaliser à l'échelle de l'UE, nous le ferions naturellement à l'échelle mondiale ? Grâce à l'OMC ? Utopie totale, selon moi.
Je trouve intéressant et sans doute très actuel de s'interroger sur les conditions nécessaires à la création nette de richesses de l'échange.
Mon but n'était pas de croiser le fer mais de poser ce débat plus vaste ; je suis bien désolé d'avoir importuné votre Intelligence d'Intellectuel par mes enfantillages ou autres "hochets théoriques" !
Chers amis
Comme je l'ai dit dans mon article, le capitalisme se porte comme un charme en Suede, au Canada , en Australie , en Nouvelle Zelande, au Danemark, en Pologne , a Hong-kong, a SIngapoure et dans bien d'autres pays
Quand on parle du libre echange, une remarque toute simple: un fonctionnaire ne produit rien a destination de l'etranger (exportations=0) et consomme allegrement des importations, petrole, ipad, voyages d'etudes du conseil general en Thailand en fevrier etc
Les pays a forte ET CROISSANTE intensite fonctionnariale (la France a le meme nombre de fonctionnaires en chiffres absolus que l'Allemagne) se reperent toujours par une balance commerciale qui ne cesse de se degrader
Ce qui cree la disparition des usines en France, ce n'est donc pas le libre echange mais le social clientelisme ou l'employeur le plus important dans chaque ville en France est l'Hopital public, suivi par les services de la Secu
Le jour ou 100% des francais seront fonctionnaires, et que nous n'aurons plus de ce fait une seule entreprise en France, nous nous retrouverons en Coree du Nord, ce Qui semble etre le reve de beaucoup de nos compatriotes
De grace ne confondons pas
Ce qui cree et le deficit exterieur et le deficit public c'est l'exces de fonctionnaires et non pas le libre echange qui n'a rien, mais rien a voir avec nos problemes actuels
Je ne connais pas dans l'histoire de pays qui aient ete ruines par le libre echange
Par le protectionnisme et le fonctionnarisme, la liste est longue et va sans doute s'allonger dans les mois qui viennent
Charles Gave
@ Benoît : mes commentaires ne sont pas brutaux, ils sont directs. La remarque sur les hochets théoriques visait les intellectuels libéraux qui, à l'inverse de Sorman, ne s'intéressent jamais vraiment au réel (un exemple ? Pascal Salin !). Pas vous, donc.
Sur le fond, votre assertion selon laquelle le bilan du libre-échange - encore très relatif à l'heure actuelle, j'attire votre attention sur ce point - serait négatif pour nous, l'Occident, suppose que vous soyez capable de produire un tel bilan "social", ce dont je doute. C'est que l'Ipad n'est pas une tarte à la crème, tout au plus un exemple : la plupart des objets récents qui vous entourent répondent au même schéma de production. A commencer par un simple BIC; croyez-vous que ce soit un produit du terroir ? Et voyez l'Allemagne qui, plutôt que de gémir sur l'injustice du libre-échangisme - je ne dis pas que VOUS gémissez, d'autres le font -, eh bien, l'Allemagne elle bosse et s'épanouit merveilleusement dans le commerce mondial, avec des contraintes de départ identiques aux nôtres ! Idem pour le Nord de l'Italie, par exemple, ou la Flandre. Bref, les bosseurs. Limiter les frontières du libre-échange à la communauté ? Quelle formidable idée, qui semble toutefois nous condamner, même pas à la préférence UE, mais à la bonne vieille préférence nationale ! L'OMC est ce que nous avons fait de mieux comme mécanisme sécréteur de droit dans les relations internationales. Elle rend constamment des arrêts respectés par les Etats intéressés; du droit, donc, une juridiction, et de l'effectivité, que demander de plus ? D'élargir son périmètre, sans doute. C'est DOHA. Imparfait ? C'est évident ! Mais quelle alternative ? Si, entre les Etats, nous n'avons pas de droit, nous aurons la force.
Merci pour ce libre échange, pour ma part tout à fait stimulant et plaisant.
Il me semble que les affirmations concernant le lien entre le nombre de fonctionnaires et le niveau de crise devraient être défendues avec plus de précision que des affirmations gratuites, il faudrait des chiffres. La Chine, le summum de la réussite, n'est-elle pas un contre-exemple ? La France elle-même, avec une proportion de fonctionnaires et assimilés parmi les plus élevées de l'UE, est loin d'être le pays le plus mal en point en Europe.
Les problèmes de dettes d'état proviennent parfois même de causes totalement différentes : en Irlande ou en Islande par exemple, ou en Espagne.
@ Drieu
Bien heureux de lire votre dernier commentaire, l'échange est stimulant pour moi aussi mais j'ai cru ressentir - à tort - une agressivité ou un agacement vif de votre part. Pardonnez-moi.
Sur le fond, croyez bien que je n'ai en aucun cas une vision manichéenne du libre-échange. L'échange de biens et de services est créateur de richesses. J'osais simplement soulever - dans l'espace de liberté qu'offre ce blog - qu'inversement le dogme du libre-échange sans limite est destructeur. Je suis certainement influencé par ma connaissance - disons intime - du monde industriel français et de sa réalité sociale.
Ce n'est pas parce qu'un pays comme la France souffre - incontestablement selon moi - d'un nombre excessif de fonctionnaires que simultanément une partie des problèmes économiques ET sociaux n'est pas étroitement liée à une forme excessive du libre-échange.
La thèse qui consiste à accuser le libre-échange d'être un facteur de désindustrialisation et de chômage est absolument erronée dans les faits. Elle n'est qu'une fable inventée par les politiques et les fonctionnaires pour justifier toujours plus d'Etat, d'impôts, de réglementations, d'oligopoles et toujours moins de liberté économique.
Notre pays n'a jamais produit autant de richesses industrielles qu'aujourd'hui. Mais l'industrie, en France comme dans le monde entier, connaît une évolution similaire à celle qu'a connu le secteur agricole il y a plusieurs décennies, à savoir des gains de productivité beaucoup plus rapides que ceux réalisés dans le reste de l'économie. Ce mouvement de progrès extraordinaire réduit mécaniquement la part de l'industrie dans le PIB et dans les emplois. Ceci est parfaitement documenté et les statistiques françaises, européennes et mondiales décrivent le même phénomène.
En outre, la mondialisation nous permet d'accéder à une immense diversité de produits, de techniques, de compétences qui nous seraient interdits sous régime protectionniste. Grâce à cette diversité, la mondialisation, bien loin d'être responsable du chômage, est à l'origine de très nombreux emplois dans notre pays.
En revanche, la France connaît un chômage incompressible sans cesse en augmentation. La croissance moyenne du PIB français est également l'une des plus faibles des pays développés. Mais surtout, le chômage de masse et la décroissance du PIB ont affecté notre pays bien avant que la mondialisation récente ne devienne une réalité tangible. Comment est-il possible d'avoir les conséquences d'une cause qui n'existait pas encore ?
Tout simplement parce que l'origine du chômage de masse français est tout autre.
@ bubulle(entre autres)
Je n'ai sans doute pas été assez clair. Si j'ai évoqué l'existence quasi incoutournable des oligopoles c'était pour souligner l'inévitable collusion entre leurs responsables est le personnel politique. Quant à la concurrence elle existe bien sûr sur ces marchés mais ses effets sont lents. Toutes ces grandes structures manoeuvrent comme des pétroliers de 400.000 t. Cela laisse largement le temps aux timoniers de ces énormes entreprises de faire la cour aux hommes politiques. Ils y sont d'autant plus enclins que leur capital étant très dilué ils n'en sont pas propriétaires. Ces hommes, tout à fait respectables, peuvent aimer la liberté et la responsabilité qui va avec mais ils ont aussi très envie de rester dans leurs fauteuils pour ne pas dire sur leurs trônes. Pour cela il ne suffit pas de cultiver l'endogamie des conseils d'administration y compris à l'échelle de la planète, un coup de main de l'administration n'est jamais à négliger.
merci pour ces échanges argumentés
Pour m'en tenir au strict problème français nous subissons une désindustrialisation non à cause du libre échange mais en raison de différents facteurs
Le premier est celui du coût de l'Etat providence.pas besoin de s'étendre il est en constante progression et nécessite toujours plus d'impôts qui ont pour effet soit de diminuer la consommation soit d'alourdir les coûts de fabrication
ce facteur repose sur une donnée culturelle incontournable l'Etat serait un arbitre impartial agissant au nom de l'intérêt général
ceux qui pensent que l'Etat n'est pas la solution mais le problème sont tellement minoritaires qu'ils sont inaudibles
l'Etat s'occupe de tout/Dés lors les dirigeants d'entreprises naturellement iront le solliciter pour des aides ,des marchés, des préférences nationales , pour garder un fauteuil très confortable:l'Etat est partout .En France on ne se met pas en travers de l'Etat même quand il ne siège pas au conseil d'administration,la place dans l'avion du Président commis voyageur national est à ce prix ..
il faut ajouter un nationalisme qui se marrie mal à l'esprit de la construction européenne (c'est vrai pour l'Allemagne également) les exemples des mariages ratés entre Alstom et Siemens ou Areva/Siemens et leurs conséquences désastreuses sont là pour démontrer toute la nocivité de la situation
ainsi Siemens faute de se marier à Alstom ,pour gagner un marché avec la chine a donné la technologie du TGV ....on connaît la suite
on peut penser qu'avec une seule proposition ,les chinois n'auraient pu l'obtenir.
je ne vois là donc aucune condamnation du libre échangisme simplement le résultat de croyances erronées sur l'efficacité supérieure de l'Etat défendue par les hauts fonctionnaires , clergé de la religion Etatique enseignée à l'ENA
que faudrait t il faire??
empêcher les cumuls de mandats politiques ,limiter dans le temps les carrières politiques;empêcher réellement les pantouflages,diminuer le mille-feuille administratif.on se rend bien compte que le seul énoncé des solutions rend impossible un changement consensuel ,il y a trop de gens qui vivent aux dépens des autres et qui trouvent cela normal.Donc
fidéle à sa tradition historique tout cela se terminera dans la rue...notre pays est un pays de révolution qui préfère l'égalité ,même dans la pauvreté, à la liberté .
ceci étant dit je souhaite me tromper mais quand je lis les commentaires sur le net dés qu'il y a un sujet économique je ne peux m'empêcher de penser et dire qu'ils votent (ce qui explique la démagogie sans bornes de nos candidats politiques)
Quelques considérations générales à l'appui de l'auteur:
1 - Pas de création de valeur sans liberté des prix, donc pas de croissance dans le secteur communiste (la contribution au PIB du secteur public est évaluée à son coût, ce qui montre bien que l'économie n'y existe pas, ou sous une forme absurde).
Si Warren Buffet place un milliard avec un rendement de 10%, il produit de la croissance, pas s'il le donne à l'État.
2 - L'idéologie du progrès social me semble plus pertinente que le social-clientélisme, ou plus exactement celui-ci est le résultat de celle-là, qui est le moteur du socialisme.
3 - Le coût d'une mesure socialiste est récurrent et croissant, mais son bénéfice est temporaire car l'offre libre s'adapte. Toutefois la suppression de la mesure met dans l'embarras toute la population qui en est devenue dépendante, car les alternatives de marché qui auraient aussi bien répondu au besoin sont asséchées. C'est pourquoi le socialisme n'améliore pas la vie mais ruine les États, et pourquoi on n'en sort que dans la ruine achevée.
4 - Comme le souligne Mark Steyn, l'État-maman ruine non seulement l'économie mais surtout le capital humain des nations, dont toute une partie est rendue inapte à se prendre en charge et assumer ses responsabilités. La rhétorique de la redistribution, qui déguise la spoliation en justice, est à cet égard délétère. Or il n'est de richesse que d'hommes, la ruine est donc bien plus profonde qu'elle y paraît.
5 - La formule "'État-providence" signale un danger considérable et méconnu, celui d'un culte idolâtre de l'État - voyez l'extravagance des exigences qu'on fait peser sur lui, à l'évidence hors de portée d'une organisation humaine. L'État était traditionnellement chargé en Occident chrétien des fonctions régaliennes mais pas de définir la morale et la spiritualité (deux sujets indissociables). Or le socialisme peut être vu comme la réunion de l'autorité spirituelle/morale et coercitive dans une entreprise de réingénierie de l'homme qui confond charité et abolition des responsabilités individuelles, au mépris de la vérité et des libertés.
6 - Le Canada et la Suède ont fait face à la crise de l'État-providence avant nous, ce qui montre que l'Euro n'y est pour rien. Ils s'en sont sortis par des réformes libérales et la réduction des dépenses sociales, ce qui montre que les libéraux ont raison. Toutefois les vaches sacrées n'y ont pas toutes encore été sacrifiées, comme le montre l'étatisation de la santé au Canada ou les pouvoirs exorbitants des syndicats dans ce pays.
@ Fucius
J'ai quelques petites questions :
Si Warren Buffet créée de la croissance et tire un profit de son milliard placé, c'est, entre autre, parce que son investissement s'appuie sur le savoir faire de gens éduqués et sur les infrastructures que l'état a mis en place grâce à l'argent des contribuables et à l'argent emprunté. De plus, est-ce que des intérêts privés seraient seuls à même de répondre à l'intérêt général - du moins, si cet intérêt général existe - sur la seule base de l'idéologie du profit ?
Pourrais-tu énoncer les fonctions régaliennes de l'état, s'il te plaît ?
Avant qu'Obama ne promulgue la réforme de santé, peut-on dire que la santé était étatisée aux USA ? Peut-on dire qu'elle était correctement accessible à tous ses citoyens ?
Merci de tes réponses
Bien à toi
@ Fucius
Bravo ! Comme tu as raison d'évoquer les dégats faits dans les esprits par l'étatisme.
En démocratie, le risque est grand qu'une majorité d'électeurs contaminés bloquent définitivement le changement et que seule la ruine (comme dans l'ex-URSS) ne permette de sortir de ce faux "état-providence"