Bien d'autres de leurs collègues partageaient leurs analyses et émettaient les mêmes doutes. Mais ils avaient intérêt à ne pas les exprimer trop ouvertement s’ils ne voulaient pas voir leur carrière en être irrémédiablement affectée.

Aujourd'hui, avec le traumatisme de la crise financière grecque, tout a changé. La parole s'est libérée. Les journaux et médias n'hésitent plus à poser ouvertement la question maudite. La zone euro ne risque-t-elle pas d'éclater ? La Grèce ne va-t-elle pas sortir de l'euro ? Et si c'était, au contraire, l'Allemagne ? Les scénarios fleurissent, y compris ceux qui annoncent la mort de l'euro.

L'euro était une belle idée. A priori on ne pouvait y voir que des avantages. Pendant sept ans, en tant que fonctionnaire européen travaillant à Bruxelles, mais rentrant chaque week-end dans mon village du nord de l'Yonne, j'en ai largement apprécié la commodité. Tout comme des millions de vacanciers qui, chaque été, courent vers le soleil des pays méditerranéens. L'avènement de la monnaie unique nous a grandement simplifié la vie. Elle a privé les journalistes de ces grands moments d'excitation professionnelle qui accompagnaient le retour récurrent des crises monétaires internationales. Surtout, elle a offert au personnel politique européen l’exaltation d'avoir cru mettre en place le « moteur » qui allait accélérer le processus d'unification européenne et devait enfin précipiter l'avènement de l'Europe en tant que nouvelle puissance politique.

Sans doute la création de l'UEM a-t-elle comporté un certain nombre d'avantages, le moindre n'étant pas la possibilité de disposer de taux d'intérêt de long terme moins élevés que ceux qui auraient été payés si les pays de la zone euro avaient continué de fonctionner avec leurs propres monnaies nationales. Les trésors publics des pays méditerranéens en ont d'ailleurs abondamment profité, comme on le constate aujourd'hui. Dans les années 1990, à l'époque du traité de Maastricht, on nous expliquait, à coups de rapports largement médiatisés, que l’euro devait nous rapporter un point de croissance en plus. Mais il y a aussi le revers de la médaille, les coûts économiques que la machinerie communautaire a toujours eu tendance à passer sous silence, ou du moins à minorer, et dont elle ne veut d'ailleurs toujours pas reconnaître la réalité, alors même que la crise actuelle en est un produit direct.

Que la création de l'euro soit l'expression d'un noble projet politique, que celui-ci vaille peut-être la peine que les Européens acceptent en son nom certains sacrifices, fort bien. Mais il faut aussi tenir compte des circonstances qui ont entouré cette naissance. Or celle-ci s'est déroulée dans des conditions qui, dès les premières années, ont déclenché la mise à feu d'une série de cercles vicieux qui nous explosent maintenant en plein visage. Des processus se sont enclenchés qui ne pouvaient pas ne pas donner un jour au moins partiellement raison à ceux qui, dès le départ, affirmaient que l'euro n'était pas une construction soutenable et que l'expérience se solderait nécessairement par un échec final.

Le théorème de la zone monétaire optimale

Dès l'origine, il était évident que l'espace économique délimité par les nations européennes qui en font partie ne constitue pas une « zone monétaire optimale ». C'est l'argument qu’ont mis en avant la plupart des économistes anglo-saxons, notamment américains, pour exprimer leurs réserves quant aux chances de succès de l'expérience .

Derrière cette formulation très abstraite se cache une idée somme toute relativement simple. La faiblesse congénitale de l'euro vient de l'application politique du concept de monnaie unique à des pays dotés de caractéristiques fortement hétérogènes : dans leur culture économique, la structure de leur économie, leur démographie, leur sensibilité aux chocs externes, leurs habitudes monétaires, leur tolérance à l'inflation, leur productivité, etc.

De telles différences n'empêchent pas l'usage d'une même monnaie. Après tout, l'or a servi de monnaie commune à des pays encore plus différents. Mais faute d'une mobilité suffisante du travail au sein d'un même espace (comme c'est le cas à l'intérieur des États-Unis) et d'un super État pour assurer la solidarité financière (à l'instar des transferts massifs liés à la réunification allemande autour d'une même monnaie), la viabilité de l'euro exige deux conditions qui ne sont pas remplies… et ne sont pas près de l'être : primo, une très grande flexibilité des salaires et des prix pour permettre, dès lors que l'on ne peut plus jouer sur le taux de change, l'ajustement des différences par une variation des prix relatifs; secundo, une stricte discipline financière commune pour que la dette reste soutenable.

J'ai moi-même mis souvent cette théorie en avant pour justifier mon scepticisme quant à l'avenir de l'euro. Cela dit, il faut reconnaître qu'elle s'est trouvée depuis dix ans — voire vingt-cinq ans, si l’on raisonne par rapport au moment où les grandes polémiques sur la monnaie européenne ont débuté — constamment démentie par les faits. Ses adversaires ont beau jeu de répliquer que, s'il en est ainsi, c'est parce qu'elle néglige la dimension essentiellement politique du projet. De ce fait, cette théorie n'est pas en mesure d'intégrer cette particularité de la construction européenne qui se nourrit empiriquement d'un mélange subtil de volontarisme et de dynamique du déséquilibre, activée par les conflits et les drames qui régulièrement viennent tester la solidarité et la bonne volonté des États partenaires.

Est-ce à dire qu'il faut rejeter cette théorie et lui dénier tout pertinence pour appréhender ce que l'avenir nous réserve ? Je ne le crois pas. Son principal défaut est d'être essentiellement statique et d'annoncer un résultat futur, à un horizon incertain, sans jamais préciser, même de manière approximative, les cheminements par lesquels celui-ci sera atteint. Cependant, nous ne sommes plus, aujourd'hui, dans la même situation. À condition de ne pas rester volontairement aveugle, l'histoire des dix dernières années est pleine d'enseignements qui nous montrent comment, concrètement, la mise en place de l'Union monétaire a précisément eu pour conséquence d'allumer la mèche de l'explosion que les euro-sceptiques pressentaient sans jamais avoir la moindre chance d'être écoutés, voire seulement entendus.

1ere étape : la BCE, clone de la Bundesbank

On rappelle souvent que l'euro est le prix que les Allemands, si fiers de leur Deutschmark et de sa supériorité, ont dû payer aux Français pour obtenir que le Président Mitterrand donne son feu vert à la réunification des deux Allemagne. En fait, l'histoire est un brin plus complexe.

C'est en février 1988, avant que le processus d'effondrement du bloc communiste n'entre dans sa phase active, que Hans Dietrich Genscher, le ministre allemand des Affaires étrangères lance l'idée de la création d'une Union économique et monétaire. Mais celle-ci doit s'appuyer sur la fondation simultanée d'une Union politique. L'initiative est alors allemande. L'idée est de satisfaire les Français qui restent attachés à une conception très gaullienne et impériale de la monnaie : 1. la monnaie est un instrument de puissance; 2. l'Europe ne peut donc pas être une grande puissance si elle ne dispose pas de sa propre monnaie. Il faut leur offrir la perspective d'une monnaie unique en échange d'une réorganisation des institutions qui permettrait enfin à l'Allemagne de sortir de son statut de nain politique sur la scène internationale.

Mais la chute du Mur fait capoter ce projet. C'est la diplomatie française qui, désormais, contrôle le jeu. L'échange n'est plus Union politique contre Union monétaire, mais réunification contre monnaie unique. Les Allemands doivent passer sous les fourches caudines de leurs partenaires d’outre-Rhin. Cependant, dans les négociations qui mènent à Maastricht, ils se rattrapent en exigeant que la future Banque centrale européenne, dont le siège sera à Francfort, soit une sorte de clone de la Bundesbank. De fait, la BCE est verrouillée par les Allemands qui y détiennent le pouvoir effectif. Ce sont eux qui, hors la présidence, trustent les principaux postes opérationnels et contrôlent les nominations .

La réunification allemande s'est réalisée dans des conditions économiques très contestables — 1 Mark de l'Ouest pour 1 Mark de l'Est. Il en est résulté une forte inflation qui a contraint la Bundesbank à réagir par un vigoureux coup de frein monétaire. Si bien que lorsque l'Europe passe à l'heure de l'euro, l'économie allemande est loin d'être au mieux de sa forme. L'inflation a été brisée, mais l'économie du pays est en récession. La politique de rigueur a dopé la valeur du Mark par rapport aux autres monnaies européennes, et l'Allemagne entre dans la nouvelle UEM avec un taux de change surévalué, alors que ses partenaires méditerranéens (Espagne, Italie, Portugal) bénéficient de l'avantage de taux de change sous-évalués. C'est l'Allemagne qui, à l'époque, est malade de son commerce extérieur, accumulant une série de déficit commerciaux qui portent atteinte à son image de première puissance exportatrice du monde occidental.

Pour rétablir la capacité compétitive de son économie, le gouvernement allemand (désormais aux mains des sociaux-démocrates) réagit par un programme d'assainissement et de réformes structurelles dont tout le monde s'accorde aujourd'hui à reconnaître les mérites et l'efficacité. Mais ce rétablissement — on l'oublie souvent — doit aussi beaucoup à l'action conduite parallèlement par la nouvelle Banque centrale européenne. Celle-ci mène une politique de loyer de l'argent très bon marché qui convient bien plus à la situation allemande de l'époque qu'à celles des économies méditerranéennes où les tensions inflationnistes restent traditionnellement fortes. Comme le raconte Bernard Connally, l'ancien fonctionnaire de Bruxelles chassé de la Commission pour avoir révélé les dessous de la stratégie allemande dans les négociations qui ont mené à l'euroviii, la BCE adopte alors une politique monétaire « à l'allemande », qui sert d'abord et avant tout les intérêts allemands. Et comme par ailleurs, à la différence d'aujourd'hui, l'environnement de la croissance mondiale est très porteur, la recette fait merveille. En toute bonne conscience, les Allemands peuvent désormais vanter les mérites de leur modèle d'assainissement aux pauvres PIGS de l'Europe méridionale et exiger d'eux qu'ils suivent leur exemple, s'ils veulent bénéficier de leur soutien financier.

L'histoire, malheureusement, ne s'arrête pas là. L'économie se résume le plus souvent à unproblème de vases communicants. Et ce qui a si bien réussi à l'Allemagne provoque une série d'effets pervers qui déstabilisent l'économie des partenaires méditerranéens de la zone euro.

2e étape : l’engrenage des PIGS

Alors que les pays d’Europe du Nord enregistrent en moyenne 2 % d’inflation par an, ceux du Sud flirtent avec les 4 %. Cette différence est un produit de l'Histoire, des cultures nationales, des modes de consommation, des habitudes monétaires ou encore des relations du travail. Depuis le début des années 2000, les gains de productivité dans le Sud de l’Europe sont beaucoup plus faibles que dans le reste de l'Union européenne. L'un des arguments en faveur de l'Union monétaire était que le passage aux disciplines de la monnaie unique devait mettre fin à ces divergences. Celles-ci devaient progressivement s'estomper. Mais ce n'est pas ce qui s'est passé. Au contraire, la cassure s'est accentuée, d'où la crise de 2010.

Prenons le cas de l'Espagne. Lorsque Madrid rejoint l'Union monétaire, le pays a besoin de tout sauf de taux d'intérêt bas. Du fait de la sous-évaluation du taux de conversion de l'ancienne peseta en euro, la péninsule ibérique bénéficie de niveaux de salaires extrêmement compétitifs et attire les capitaux de la vieille Lotharingie européenne qui viennent s'investir en masse dans le tourisme et la construction. C'est l'époque où l'on craint que la sur-compétitivité des pays du Sud ne vide de ses ressources financières le cœur industriel du continent. La périphérie — c'est-à-dire l'Irlande (qui, à l'époque, vit un véritable miracle économique), la Finlande, mais aussi l'Espagne, le Portugal et l'Italie —, croit-on, va prospérer au détriment du centre (l'Allemagne, la Belgique et la France).

Cependant, cet avantage n'est pas nécessairement une bénédiction. La hausse des prix espagnols a certes été modérée par rapport aux records de l'époque franquiste, mais elle est restée structurellement plus élevée qu'en France, en Allemagne ou dans le Nord de l'Europe. Or, en raison de sa participation à l'euro, l’Espagne profite désormais des mêmes taux d'intérêt qu'à Berlin, Paris ou Bruxelles — des taux qui sont donc inférieurs au taux d'inflation observé dans le pays. Pour réduire l'inflation et la ramener vers la moyenne européenne, l'économie espagnole aurait besoin d'une politique monétaire restrictive, avec des taux d'intérêt plus élevés. Mais c'est la norme européenne, dictée par Francfort et calculée par rapport aux intérêts allemands du moment, qui s'impose.

La conséquence est immédiate. Le trop bas niveau des taux incite à l'endettement (notamment en allant chercher l'épargne étrangère) ; stimule les investissements dans les secteurs à forte intensité capitalistique ; entraîne la formation d'une formidable bulle immobilière ; fait naître une pénurie de main-d’œuvre (dans un pays où le taux de chômage atteignait encore 20 % quelques années auparavant) ; et provoque une flambée cumulative des salaires et des prix. Autrement dit, la politique de Francfort entretient l'inflation espagnole et déclenche la spéculation.

Au début, l'avantage espagnol reposait sur des salaires relatifs très concurrentiels. Mais l'inflation rogne cet avantage. Peu à peu le différentiel relatif en faveur de la main-d’œuvre espagnole disparaît, notamment dans l'industrie qui, sur le marché de l'emploi, subit la concurrence des secteurs en pleine expansion comme la construction, l'immobilier et le tourisme. La hausse des salaires relatifs se répercute sur les coûts et fait passer de nombreuses entreprises dans le rouge. Incapables de supporter la concurrence étrangère, ces sociétés délocalisent leurs productions ou ferment leurs portes. Tirée par le boom de la construction et du tourisme, l'économie continue d'afficher globalement de bons résultats qui impressionnent l'étranger ; mais, derrière la façade macro-économique, la réalité est celle d'une désindustrialisation extrêmement rapide. Au lieu de faire converger les économies de la zone euro, au lieu de conduire à une homogénéisation progressive de leurs structures, comme on l'attendait, c'est l'inverse qui se produit.

L'UEM tue l'industrie des pays industriellement les moins développés, et renforce la spécialisation et la compétitivité industrielle des pays les plus riches. Le capitaux et les touristes allemands déferlent sur la Costa del Sol, mais les revenus qu'ils y distribuent servent à importer une part croissante des produits consommés et font la fortune des entreprises industrielles étrangères. Tout va bien tant que le bâtiment va. Le jour où le krach parti d'Amérique survient, c'est le drame. L'Espagne subit le sort de tous les pays « monoproducteurs ». En très peu de temps, le chômage qui avait reculé à 10 % à l'époque d'Aznar, remonte, sous Zapatero, à plus de 20 %. L'Espagne est l'un des pays européens les plus durement touchés par la crise. Les recettes de l'État plongent, ses dépenses — notamment sociales — explosent. Le déficit budgétaire se creuse de manière abyssale, l'endettement public s'envole et, lorsque la crise grecque éclate, les marchés commencent à douter de la soutenabilité de sa dette.

L’euro : anesthésiant + euphorisant

Si l'Espagne n'avait pas fait partie de l'Euroland, le scénario aurait sans doute été différent. Les déséquilibres n'auraient jamais pu perdurer aussi longtemps et entraîner des réactions en chaîne aussi intenses. Ceux-ci auraient été contenus dans des limites raisonnables, voire tués dans l'œuf.

Face à la montée de l'inflation, la banque centrale espagnole aurait probablement réagi en relevant ses taux (alors que la BCE n'est sensible qu'au taux d'inflation « moyen » de la zone euro, qui n'est lui-même que très marginalement influencé par le taux espagnol). Une telle décision aurait refroidi la conjoncture et contenu la spirale de la gigantesque bulle immobilière. Ou alors ce sont les investisseurs étrangers qui se seraient progressivement inquiétés de voir grossir le déficit du commerce extérieur, et qui auraient fait baisser la peseta. Cette chute du taux de change aurait permis de rétablir la compétitivité de l'industrie espagnole et redirigé vers l'exportation les capitaux découragés de s'investir dans la construction.

Après une décennie de monnaie commune, nous avons oublié la rapidité avec laquelle se manifestent ces processus de correction. En septembre 1992, lors de la crise du Serpent monétaire européen, le prédécesseur de l'euro, les spéculateurs se sont acharnés contre des monnaies qui étaient surévaluées d'à peine 5 % — alors qu'aujourd'hui, dans le cas des pays méditerranéens, nous avons affaire à des différences de l'ordre de 20 à 25 %. Ce n'est que lorsque les différentiels de coûts relatifs ont atteint de tels niveaux que les marchés ont réagi, précipitant alors le virage vers des politiques de rigueur budgétaire et de déflation, mais au prix de la menace d'une nouvelle crise de liquidités internationale qui, ce printemps comme en 2007 ou en 2008, était susceptible de faire sauter tout l'édifice bancaire et financier international.

Avec un taux de change flottant vis-à-vis du reste de l'Europe, comme c'était le cas avant l'euro, il est vraisemblable que la dégradation des comptes budgétaires aurait conduit les pouvoirs publics à réagir beaucoup plus tôt. Mais la monnaie unique, avec son système de parité fixe, tend à détruire l'ensemble des mécanismes et des disciplines susceptibles de leur ouvrir les yeux. Elle produit une sorte d'effet anesthésiant qui réduit la vitesse de réaction des gouvernements face à l'accumulation de déséquilibres économiques et budgétaires.

Elle agit aussi comme un euphorisant. Si le bas niveau des taux d'intérêt pousse les particuliers et les entreprises à s'endetter plus que de raison, il en va en effet de même pour les pouvoirs publics. L'unicité du taux d'intérêt au sein de la zone euro, le fait qu'un pays membre puisse emprunter sur les marchés au même taux que l'Allemagne, même si l'inflation y est plus élevée, est une excellente affaire pour l'État. L'euro lui évite d'avoir à payer la prime de risque supplémentaire que les marchés auraient exigée au vu de la dégradation relative de ses conditions économiques. Le même niveau de dépenses lui coûte moins cher à financer. Si les circonstances nationales l'y poussent, c'est aussi une incitation à accroître encore davantage ses dépenses puisque, à la marge, celles-ci lui coûtent moins cher tant en taux qu'en charges d'endettement supplémentaire. Qui résisterait à une telle invite ? Surtout dans des pays où la rigueur fiscale et budgétaire ne fait, à l'évidence, pas partie des vertus nationales. C'est ce qui s'est passé en Grèce, avec pour résultat que le niveau de la dette publique y est aujourd'hui, sans aucun doute possible, largement supérieur à ce qu’il aurait été si le pays était resté en dehors de l'euro.

Coupables d’angélisme politique

Les pères fondateurs de l'euro étaient parfaitement conscients du problème, et du risque de contagion systémique si l'un des pays membres se mettait à trop tirer sur la corde et se trouvait un jour menacé de banqueroute publique. C'est la raison pour laquelle, principalement sous la pression des Allemands, le traité de Maastricht a prévu deux types de sauvegardes :

• d'une part, l'inclusion dans le traité d'une clause dite de « no bail out » —l'interdiction explicitement faite à la Banque centrale européenne d'intervenir pour se porter au secours d'un État menacé de faillite. Il s'agit d'éviter un processus courant dans les pays surendettés, qui consiste à racheter des titres de la dette publique contre émission de nouveaux signes monétaires. Tout l'histoire économique montre qu’il s'agit là d'un des principaux canaux par lesquels l'inflation prend naissance et se diffuse (la planche à billets) ;

• d'autre part, la mise en place d'un dispositif de surveillance et de sanction à l'encontre des pays membres qui seraient tentés par une gestion budgétaire et fiscale trop laxiste. Il s'agit du célèbre Pacte de stabilité et de croissance qui conditionne l'adhésion à l'Union monétaire au respect d'un certain nombre de critères quantitatifs (niveau du déficit budgétaire, taux d'endettement et inflation), et prévoit des procédures collectives de concertation et de sanction en cas de dépassement.

Les disciplines imposées par les critères de Maastricht ont rempli leur office pendant la période qui a précédé le lancement de l'Union monétaire. Elles ont contraint les pays candidats à l'admission — dont la France — à réaliser d'incontestables efforts d'assainissement économique et budgétaire. Mais ce n'est pas le cas du Pacte de stabilité et de croissance. Celui-ci n'a jamais fonctionné. Son dispositif s'est montré totalement inopérant pour éviter l'accumulation des dérives qui ont mené aux événements du printemps 2010 (sans compter qu'il n'a jamais apporté le moindre supplément de croissance, puisque les résultats de l'UEM sont, sur ce plan, particulièrement désastreux) .

Ceux qui veulent à tout prix « sauver l'euro » affirment qu'il faudrait revenir aux strictes disciplines du Pacte, voire en durcir les termes, et en confier la gestion à une structure qui aurait vocation à devenir un véritable gouvernement économique de l'Europe (dont le principe a théoriquement fait l'objet d'un accord entre Nicolas Sarkozy et Madame Merkel au mois de juin). C'est possible. Mais avant de s'engager dans cette voie, peut-être faudrait-il d'abord s'interroger sur les raisons de cet échec.

Les fondateurs de l'euro ont commis le péché classique de tous les faiseurs de plans. Ils ont analysé, décortiqué les problèmes susceptibles de se poser. Ils en ont rationnellement déduit que certaines règles devraient empêcher que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets. En revanche, ils ne se sont jamais posé la question du contexte institutionnel de leur application. Qui décide ? Dans quel contexte ? Quelles sont les règles de décision ? Comment s'effectuent les arbitrages en cas de désaccord ? Qui est responsable de la surveillance ? Avec quels moyens ? Ils ont oublié que les mêmes règles peuvent produire des résultats très différents selon le cadre politique et institutionnel dans lequel elles s'inscrivent.

Si les critères de Maastricht ont bien fonctionné pendant la période préparatoire de passage à l'euro, c'est qu'à l'époque l'Allemagne bénéficiait de facto d'un véritable droit de veto sur les décisions. Rien ne pouvait se faire sans elle. Les Allemands avaient fait un énorme sacrifice en acceptant la disparition du Mark, symbole de leur renaissance d'après-guerre et facteur de leur formidable réussite économique. Marqués par leur histoire et leur haine de l'inflation, il leur fallait s'assurer que le remplaçant du Mark serait au moins aussi bon que le Mark lui-même. Comme les décisions étaient prises à l'unanimité, c'était le partenaire le plus exigeant qui était en mesure d'imposer sa volonté aux autres.

Avec la naissance de l'UEM, le contexte a changé. On est passé à un système de décision à majorité qualifiée. Or tout spécialiste de l'économie électorale sait qu'un système majoritaire produit des décisions qui, de manière générale, s'alignent sur la préférence de l'électeur médian — celui dont les choix personnels sont les moins affirmés (c'est à dire celui dont la préférence personnelle est la moins affirmée, dans un sens ou dans l'autre, et dont le vote fait l'objet des convoitises des deux camps qui s'opposent pour le rallier à leur cause et obtenir qu'il vote comme eux). En Europe, cette position est celle des petits pays, plus enclins à faire jouer la surenchère entre les grands pour obtenir qu'on tienne compte de leurs intérêts particuliers, y compris au détriment de l'intérêt européen .Telle est, malheureusement, la dure loi de la démocratie majoritaire. En ne tenant pas compte de cette alchimie décisionnelle, et en se fiant uniquement à leurs analyses rationnelles, les pères fondateurs de l'euro ont fait preuve d'angélisme politique Ils ont pris le risque que le bébé, en grandissant, n'échappe finalement à leur contrôle et produise des résultats exactement contraires aux intentions d'origine. Ce qui s'est passé.

Une défaite allemande

Le processus a commencé dès le passage à la troisième étape de la transition à l'UEM (l'adoption de l'euro). Personne, à l'époque, n'imaginait à quel point l'usage des critères de convergence allait être trafiqué. Parmi les candidats, plusieurs — et pas des moindres (l'Autriche, l'Italie, l'Espagne) — étaient largement hors des clous pour ce qui concerne le déficit budgétaire. D'autres (Finlande, Irlande, Italie, Portugal) ne remplissaient pas la condition qui exigeait que leur monnaie ait été soumises aux disciplines de change du Système monétaire européen (SME) pendant une période minimale d'au moins deux années. De tous les pays, seul le Luxembourg remplissait toutes les exigences sans aucune ambiguïté.

La logique aurait commandé — et les Allemands auraient sans doute préféré — que l'accès à l'UEM fût, au départ, réservé à un petit club de pays à monnaie forte. Mais, pour la première fois, c'est le système majoritaire qui devait s'appliquer. Il était clair qu’aucun pays membre ne voterait pour l'adhésion d'un autre s'il n’avait pas l’assurance d’être lui-même qualifié, même si cela impliquait la violation explicite des règles précédemment établies. Un pays qui ne remplissait pas l'une des conditions d'éligibilité ne pouvait ignorer les demandes de ceux qui se trouvaient dans une situation analogue. Le calcul majoritaire conduit ainsi à des processus dits de « log-rolling » où chacun se montre compréhensif vis-à-vis de l'autre. C'est ce mécanisme qui favorise l'expression des préférences médianes. Résultat : d'emblée, l'accès à l'UEM a été élargi à onze pays membres, englobant un certain nombre de partenaires à monnaies faibles qui allaient peser lourd dans la suite de l'histoire.

Le problème s’est reposé avec le Pacte de stabilité et de croissance, chaque fois qu'il fallait décider de sanctions à l'encontre d'un pays dont la gestion budgétaire était en train de s’écarter des critères. Aucun membre ne pouvait être sûr de ne pas se retrouver un jour ou l'autre dans la position de l'accusé, et donc menacé de lourdes pénalités financières. D'où une plus grande indulgence à l’égard des autres — y compris des plus mauvais élèves de la classe. C'est ainsi que, de compromis en compromissions, le mécanisme des sanctions s'est trouvé rapidement rogné et atténué, jusqu'à la réforme de mars 2005 qui a vidé le Pacte de stabilité et de croissance de l'essentiel de son contenu. En admettant la licéité d'un certain nombre de pratiques comptables douteuses (par exemple, la comptabilisation du produit des opérations de privatisation en réduction du déficit budgétaire), cette réforme l'a définitivement privé de toute efficacité.

Avec le passage à la majorité et la disparition du droit de veto allemand, l'euro, sans qu'on s'en aperçoive, a changé de nature. La logique de l'électeur médian — c'est-à-dire du pays membre marginal — s'est progressivement manifestée par la voie d'une série de modifications institutionnelles et procédurales comme l'édulcoration du Pacte de stabilité et de croissance, l'adoption d'une cible de taux d'inflation plus élevée — « devant être proche de 2 % l'an en moyen terme », au lieu de rester « inférieur à 2 % » —, ou encore l'abandon progressif par la BCE de ses techniques quantitatives de gestion monétaire. La mainmise allemande sur l'administration de la Banque centrale s'est relâchée avec, comme aboutissement, le remplacement, en 2006, d'Otmar Issing à la tête du département des études économique de la BCE par un socialiste, Loukas Papademos. Un socialiste grec... tout un programme ! Un Grec qui, par de surcroît, ne trouve rien de mieux que d'affirmer que l'inflation n'est pas un problème monétaire et qui s'empresse d'organiser un colloque pour démontrer que l'offre de monnaie importe peu…

Le point d'orgue de cette évolution est atteint au matin du lundi 10 mai 2010 lorsque, en accompagnement du plan de sauvetage destiné à la Grèce, et au lendemain de l'annonce, à Bruxelles, de la constitution d'un fonds d'intervention de 750 milliards d'euros, Jean-Claude Trichet révèle que la BCE a décidé de racheter de la dette publique et privée de la zone euro pour soutenir les pays de la zone euro en difficulté et le système financier international. En clair, la Banque centrale européenne va émettre de la monnaie nouvelle en contrepartie de l'acquisition de titres de la dette grecque qui ne valent déjà plus rien et risquent de ne jamais être remboursés. On ne soulignera jamais assez l'importance de cette décision. C'est une date historique. Un tournant. En violation flagrante de la clause de no bail out qui interdisait à la BCE d'intervenir pour racheter de la dette publique émise par des États membres, Jean-Claude Trichet accepte de faire ce à quoi il s'était toujours refusé. C'est la porte ouverte au retour d'une pratique qui, dans le passé, fut l'une des grandes sources d'inflation, et contre laquelle les pères fondateurs de l'euro voulaient précisément se prémunir de la façon la plus ferme : la monétisation de la dette publique des États membres — autrement dit, le recours à la planche à billets au niveau communautaire.

On peut se réjouir qu'en prenant une telle décision Jean-Claude Trichet ait évité une nouvelle crise financière mondiale marquée par un assèchement général des liquidités, comme au mois de septembre 2008, après la faillite de Lehman Brothers. Il n'en reste pas moins que c'est l'un des principes les plus fondamentaux sur lequel l'euro s'était construit qui s'effondre. L'euro est, physiquement, toujours là. Mais, en réalité, comme l'a brillamment annoncé Philippe Simonnot dans un bref article publié sur le site de l'Institut Turgot : « l'euro est mort ». Non pas le signe monétaire qui traîne dans nos portefeuilles, bien sûr, mais ce symbole d'une grande monnaie européenne, indépendante des pouvoirs politiques, qui protège la fortune et l'épargne de ses citoyens contre les perversions d'une spoliation collective par l'inflation, et qui représente de ce fait l'expression d'un véritable pacte moral.

L’horrible souvenir des « réparations » de 1919

La zone euro survivra-t-elle malgré tout à ces événements ? Il est certain que les hommes politiques feront leur possible pour éviter l'impensable. Tant de capital politique a été investi dans l'existence de l'euro et son rôle de ciment liant l'Union européenne sur la voie de la supranationalité qu'il est difficile d'imaginer qu'ils se comportent autrement. Il est pourtant douteux qu'ils y parviennent.

En effet, même si Bruxelles a réuni une masse financière en principe suffisante pour prévenir — du moins pour l'instant — l'extension de la spéculation contre les autres pays faibles de la zone, le vrai problème de fond subsiste et n'est pas traité. Il s'agit de l'extraordinaire perte de compétitivité de ces pays depuis dix ans, qui se traduit par l'accumulation de déficits commerciaux structurels de plus en plus élevés.

Ces déficits sont la conséquence d'une économie qui ne crée plus de gains de productivité. Ils ne peuvent pas durer éternellement. La chute de la capacité compétitive du pays entraîne des pertes d'emplois, la flambée du chômage, donc l'augmentation de la demande de transferts sociaux, qui gonfle les dépenses publiques et aggrave le déficit budgétaire. Une fois la spéculation enrayée, la réduction volontaire des dépenses de l'État peut calmer le jeu pendant quelque temps, mais les licenciements de fonctionnaires, la baisse des revenus, la hausse inévitable des impôts réduisent la croissance, entraînent une nouvelle augmentation du chômage et ainsi de suite. Inévitablement, la question de la solvabilité de ces États, et de leur éventuel défaut, dans un contexte aggravé de déflation/dépression, va à nouveau se poser.

Étant a priori exclu qu'ils sortent de l'euro et qu'ils dévaluent unilatéralement après retour à leur ancienne monnaie nationale, il n'existe pour ces États que deux possibilités :

• ou bien, c'est l'ensemble de la zone euro qui dévalue vis-à-vis du reste du monde afin de permettre le retour à l'équilibre de leurs échanges extérieurs ;

• ou alors la question est réglée par des transferts financiers permanents, année après année, en provenance des autres États membres qui, eux, accumulent des excédents structurels.

La première solution est illusoire. C'est la voie que semble emprunter l'euro depuis le retournement des marchés des changes, au mois de mai. Mais le commerce extérieur de ces petits pays présente des caractéristiques telles qu'il faudrait que le taux de change de l'euro tombe à des niveaux extrêmement bas pour leur offrir une chance de rééquilibre. Selon Bernard Connally, ce taux d'équilibre pourrait avoisiner... 60 cents d'euro pour un dollar ! On imagine aisément les conséquences d'une telle chute du change sur le prix du pétrole importé en Europe et payé en dollars. Le résultat inévitable serait le déclenchement d'une formidable inflation dans tout l'Euroland qui, selon les estimations de certains modèles, pourrait entraîner une hausse de plus de 70 % des prix allemands sur cinq ans.

Quant à la seconde, elle ne l'est pas moins. Rapporté au nombre d'habitants en Europe, le montant de l'aide nécessaire pour empêcher la Grèce de sortir de l'euro et compenser son déficit de compétitivité ne représente pas grand-chose. Mais il faut tenir compte de l'effet domino. Si l'Union monétaire pose comme principe que les fautes du passé ne seront jamais sanctionnées, que le devoir des pays en excédent est nécessairement d'effacer l'ardoise de ceux qui ont adopté les comportements les moins rigoureux, que vont en déduire les marchés ? Il est inévitable que, de crise en crise, la prise en charge de tous les déficits, même celui de la France, remonte peu à peu vers le seul pays européen véritablement solvable, car structurellement en excédent : l'Allemagne !

Si l'on reprend le calcul et que l'on y ajoute tous les pays aujourd'hui en déficit, y compris l'Italie et la France, on arrive à un montant de transferts permanents évalué aux alentours du 7 % du PIB réalisé par l'Allemagne plus les autres pays excédentaires d'Europe du Nord. Un transfert de 7 % par an et perpétuel, sait-on ce que cela représente ? À titre de comparaison, si le programme des réparations imposées à l'Allemagne au lendemain de la Première Guerre mondiale avait été intégralement appliqué, il aurait représenté un transfert de 10 % du PNB allemand pendant 70 ans. 7 % à perpétuité, 10 % pendant 70 ans, représentent des flux de revenus comptables à peu près équivalents. Or, même partiellement appliquées pendant un peu plus de dix ans, les réparations ont donné le nazisme et la guerre.

Il s'agit de bornes extrêmes. Reste que ces chiffres ont de quoi donner à réfléchir aux Allemands. Ils permettent, en tout cas, de mieux comprendre les réticences de leur chancelière face au plan de sauvetage de l'État grec et aux accords financiers qui ont suivi. Non seulement le changement de politique enregistré en catastrophe à la BCE représente pour eux une défaite morale majeure, mais voilà qu'en plus on les entraîne à leur corps défendant sur la voie d'une « eurosolidarité » qui risque de leur coûter un prix prohibitif en charges fiscales supplémentaires. Tout cela pour sauvegarder le niveau de vie de Grecs qui n'ont cessé de réélire des hommes politiques tricheurs et corrompus, ou celui de Français dont l'obsession, à travers l'euro, a toujours consisté à embrigader le reste de l'Europe dans leur grand combat d'émancipation à l’égard de la puissance économique et financière anglo-saxonne !

Bientôt l’euro-mark ?

N’oublions pas que la ratification par l'Allemagne du traité de Maastricht n'a été acquise qu'après que la Cour constitutionnelle de Karlsruhe y eut posé un certain nombre de conditions. Son arrêt de 1993 soumettait l'abandon de la souveraineté monétaire allemande au remplacement de la Bundesbank par un organisme qui serait contraint aux mêmes obligations : 1) être indépendant du pouvoir politique ; 2) garantir la stabilité interne de la monnaie.

À l'époque, le Tribunal avait reconnu que rien ne s'opposait à la ratification du traité par les instances parlementaires allemandes. Mais aujourd'hui, tant la perspective de constituer une sorte de Fonds monétaire européen près de la BCE que la décision d'accepter la monétisation de titres de la dette publique d'États membres représentent une violation flagrante de ces dispositions.

Des recours auprès de la Cour constitutionnelle vont sans aucun doute être introduits. Des juges aussi éminents que ceux de Karlsruhe prendront-ils le risque de rayer d'un trait de plume dix années de politique et d'institutions monétaires ? Nul, à ce jour, ne peut le dire. En tout cas, quoi qu'en disent les responsables politiques, le risque de voir l'Europe s'acheminer vers une rupture de l'Euroland est sensiblement plus élevé qu'il n'est généralement admis.

Comment cette rupture s'effectuera-t-elle ? Sont-ce les pays faibles qui se retireront ? Ou, au contraire, l'Allemagne qui sortira en reconstituant un euro-Mark ? Certains pays décideront-ils unilatéralement d’abandonner l'euro pour revenir à leurs anciennes monnaies et dévaluer agressivement afin de reconstituer leur compétitivité ? Ou bien la transition se fera-t-elle de manière plus ordonnée sous la forme d'une coupure en deux zones, un euro faible et un euro fort coexistant au sein d'un serpent monétaire européen qui reprendrait la plupart des caractéristiques de l'ancien Système monétaire européen ?

Les avis sont très partagés, même parmi les eurosceptiques. Pour ma part, il me semble que le camouflet des décisions du 10 mai 2010 renforce significativement les possibilités d'une initiative allemande selon un scénario proche de celui décrit par l'économiste Christian Saint-Etienne. Ainsi s'achèverait la malencontreuse histoire d'une expérience qui comblait l'hubris des chefs d'États mais dont l'échec était programmé dès le départ.

Paradoxalement, une telle initiative venant de Berlin serait sans doute, d'un point de vue strictement économique, la moins mauvaise des solutions. Elle éviterait que ne se pose l'explosive question de la conversion des dettes des États débiteurs et que ne se développent des contentieux juridiques inextricables dont on ne sait sur quelles aventures politiques ils pourraient malheureusement déboucher. En partageant plus équitablement le fardeau de l'ajustement macroéconomique entre pays débiteurs et pays créditeurs, entre pays à balance extérieure déficitaire et pays en excédent, elle permettrait de réduire la violence du processus de déflation économique qui, inévitablement, attend l'Euroland pour les prochaines années. Cela dit, on ne peut définitivement exclure que les Européens s'efforcent envers et contre tout, à coups de nouveaux compromis et d'expédients, de maintenir leur zone euro en l'état. Mais, dans ce cas, comme le souligne le président Vaclav Klaus, le leader des économistes eurosceptiques, il faut bien comprendre que le prix, en termes de croissance économique et de sacrifices de niveau de vie, pour l'ensemble de l'Europe, en sera extrêmement élevé, voire politiquement insupportable. Trait_html_691a601b.jpg

Nous n'avons pas repris les notes qui accompagnent l'article paru dans le numéro 128 de Politique internationale.